‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 224 sur 247 · LEHKES DE LA MÈRE AGNÈS · texte numérisé non relu

LEHKES DE LA MÈRE AGNÈS

VOUS avez oublié celle-là, mais vous avez bien jugé de ma sœur Valeuline relie sortit le 2 de juillet. 3Ia sœur Justine est aussi à Port-Royal-des-Champs, qui pourra joindre ma sœur Marie de Sainte-Luce. Ma sœur Elisabeth de Sainte-Agnès et ma sœur Marie-Thérèse sont reçues pour la profession; Ton espère qu'elles la pourront faire le jour de saint Matthieu.

Il est mort à Port-Royal-des-Champs une des petites sœurs, c'est la petite Guillard; elle a fait sa première commuuion en viatique, et douze jours après elle demanda à communier une seconde fois, ce qu'elle fit la nuit dout elle mourut le lendemain. On lui demanda ce qu'elle vouloit qu'on dît de sa part à son papa et à sa maman ; elle répondit qu'elle mourroit bien contente, et qu'elle prieroit bien Dieu pour eux. Elle a dit d'autres choses semblables, qui out bien donné de la consolation et de l'édification. Ses petites sœurs d'ici' ont chanté un service pour elle, toutes seules. Elle avoit prié les petites de Porl-Royal de bien prier Dieu pour elle, ])arce qu'elle l'avoit beaucoup offensé ; et c'étoit néanmoins une enfant fort innocente et fort docile ; elle avoit onze ou douze ans. Ma sœur Marguerite Gertrude^, leur maîtresse, est fort malade. Nous avons aussi M. d'Alençon^', notre confesseur, qui a été à l'extrémité, il commence un peu à revenir. Je vous supplie de prier Dieu qu'il nous conserve ces deux personnes.

Notre mère se porte assez bien ; elle vous salue et vous assure qu'elle \ous tient au nombre de ses filles. Vous ne doutez point, ma très-chère sœur, de ce que je vous suis, qui n'est point capable de changement, sinon en mieux, puisque les œuvres de Dieu doivent être parfaites, et je mets de ce nombre la liaison qu'il m'a donnée avec vous, qui suis, votre très-humble et affectionnée servante.

Sœur Agnès, R^e indigne.

1 Les pensionnaires de Porl-Royal de Paris.

2 La sœur Marguerite de Sainle-Gerlrude du Pré.

3 Tou^sainl d'Alençon, prélre du diocèse de Lisieux, pendant 40 ans liabitué de la paroisse Sainl-Médard, et depuis 1636 coulesseur de Port- Royal. Il est mort en 1666, âgé de 70 ans.

CXCVlll. — A LA SttLli .MAKlE-DulunilÉE DE LlNLAUNAllUN. "Hil

CXCVIII.— A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte.

Au siijei (le son voyage ù Por"-Hoyal-<les-Clianips. — Les sœurs Marie de Sainle-Tliérèse Collard cl ÉlisabetL de Sainte -Agnès Le Féron fonl profession le 21 septembre.

23 scplembrc fl6o3).

Ma très-chère sœur, Je ne sais point encore le jour que nous partirons, et je ne le demande point, afin de pouvoir dire que je n'en sais rien'; c'est pourquoi vous ferez s'il vous plait votre chapitre, et moi les miens du noviciat. Il y a quatre jours ipie les livres sont empaquetés et i)ortés au tour pour vous les envoyer; je crois que vous les aurez reçus maintenant. Pour les ori^Muaux volants, je vous les reporterai dans notre cassette. Je suis bien fâchée de ma sœur Gerlrude. Nous avons eu une courte joie aussi bien (pie de M. d'Alcnçon, qui est bien plus mal qu'il uY'toit il y a dix jours.

Il est certain (ju'il faudroit dire matines plus bas et phis lé^^èremenl quand on est si peu. Je pense que ma sœur (Geneviève excéderoit à prendre l'un sur l'autre si on la laissoit faire; car c'est aiusi qu'on dit dans leurs maisons. L'on sortit céans samedi* à (juatre heures, mais il y eut de la précipitation tant à prendre les versets trop vite, qu'à sonner les deux coups l'un sur l'autre. Or, ce jour-la, la férié du samedi en carême, qui est la même chose, a accouluniéde dureijuscju'au quart. Je crois que votre espace est plus long que le nôtre.

Ma sœur .Marie de Saiut-Laureut est fort mal d'une lièvre continue avec vomissement, et un coimuencemeul de dyssenterie. Il ne le faut pas encore dire à mademoiselle de Sainte- Maure jusqu'à ce ([ue la maladie soit formée, car ce n'est (juc de samedi au soir.

Les professions se sont faile«î le mieux du monde, (pioique les deux (illes fussent si mal (pi'il y avoil a douter (iii'ellts en pussent sortir. Ou croyoil (jue le moins (ju'ou les pourroit ménager, éloit de les faire communier a la première messe, et

' La mère Agnès, qui écrivait ceci le niittiii, ne fut aM-rlio (lu'uprès le dîner qu'i'lli' parlait à l'ort-Huyal-des-Clianips. * Samedi des (Juatrc-Temps.

de ne se point mettre à genoux à ÏOra pro me; mais elles n'ont fait ni Tun ni Tantre et n'ont été dispensées de rien , la ferveur de ma sœur Thérèse l'a fortifiée, et celle de notre mère a soutenu ma sœur Elisabeth. M. Singlin a fait un sermon superlatif, et le plus fort qu'il ait jamais fait, au dire de M. de Sainte-Beuve, en une semblable occasion, quoiqu'il fût fait en faveur de la plus foible (ju'on estimoit être ma sœur Elisabeth; mais je crois qu'elle l'emportera à l'avenir pardessus l'autre, au moins selon le corps, car elle est levée dès cinq heures drue comme une mouche, et l'autre est toute plate dans son lit.

Je vous donne le bonjour, ma très-chère sœur. Je suis toute à vous et à ma sœur Angélique et à la malade, sans oublier ma sœur Marie-Charlotte.

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