‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 227 sur 247 · CCI.-^A Madame d'Aumont · texte numérisé non relu

CCI.-^A Madame d'Aumont

Elle l'engage à venir à Porl-Uoyal-des-Cliamps. — Ne pas réussir dans se» désirs, ci- si le mnycn do faire du progrès dans le clieuii» de la vertu.

Siiniiili iitdiiii {il si'f)timl/rt \Ci'.V.]),

Ma lies-chere suur, \ oyaiil que vous avez tant de peine à trouver le chemin du désert, je vous envoie un guide pour

' De sainl Laurrnl. I,a c«inst''cralion de l'aulel de saint Laurent se lit par M. lY'véque d'Oloinie, le mercredi, H aotil 16.">H.

' Lu iiierc Agiu's i'i:iit aliir> |iri«Miri' de l'orl-HoNal de l'aris. * Sti:ur .Marguerite de Sainlc-tiiilriidt ilu l'rr.

VOUS y amener en prospérité et en joie. Notre mère' nous mande que M. Singlin ne viendra pas avec vous. J'aurois désiré que vous eussiez cet avantage sur nous, de venir en si bonne compagnie; mais comme vous dites, ma très-chère sœur, il est le temps de ne pas réussir dans ses désirs, c'est le moyen de faire progrès dans notre chemin, et de n'avoir point peur d'Hérode comme saint Joseph, qui tourne la tète de peur de l'avoir en queue. J'avois prié M. Singlin de vous demander aussitôt que je serois partie; mais il nous donne l'exemple de ne pas faire ce que nous voulons, étant presque toujours obligé de faire le contraire de ce qu'il a délibéré. Encourageons-nous, ma trèschère sœur, à marcher parce chemin qui nous mènera tout droit au lieu où nous tendons, et duquel nous nous détournons souvent pour j)laire à nous-mêmes, ce qui ne se peut faire sans déplaire à Dieu.

Mais Joseph est bien aise d'avoir la journée entière, encore n'aura-t-il pas tout f;iit; il restera peu néanmoins, et je crois que vous serez contente de son ouvrage; au moins fait-il du mieux quil peut, parce qu'il a grande affection de vous bien servir.

Mademoiselle de Bonœil m'a fait la faveur de me venir voir à notre chambre, et de nie promettre qu'elle agréera que je l'aille voir à sa cellule. Elle est assez gaie quand on l'entretient; mais hors cela elle fuit lout le genre humain.

Dieu me fasse la grâce, ma très-chere sœur, de lui bien demander ce qu'il vous veut donner, aOn que vous soyez toute à lui, et moi toute à vous !

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