CCII. — A LA MÈRE MARIE ANGÉLIQl E ARNAl LD
M, Sinp:lin fil hier un trcs-bon sermon où il n'y avoil rien pour le?{3^cns du monde. Il dit. sur ce (jue les anges nous gardent dans nos voies, qu'il falloit être ( Eato firmus in viam Domini) ferme dans ?a voie tjuand Dieu nous y avoit engagé, encore qu'on y trouvât beaucoup de difficultés : Expccla Dominum, el cuslodi viam ejus: (ju'il y en a qui s'y découragent quand ils voient qu'ils ne réussissent pas, ce (|ui montre qu'ils sont dans leurs propres voies, et qu'ils se cherchent euxmêmes en croyant chcrclnr Dieu. Que les anges nous préservent, comme le jeune Tohie, d être dévorés du poisson. ( Saint Augustin. ) Que ce grand poisson est le monde qui dévore ceux (ju'il transforme en lui en leur inspirant ses maximes. 11 parla foitement des scandales contre ceux qui se relâchent et qui sont occasion aux autres de s'affoiblir; qu'il vaudroit mieux h celui-là de n'avoir point été né, c'est-à-dire, selon saint Bernard, de n'élre point régénéré par le baptême et de n'être point né du Saint-Esprit par un renouvellement de vie, parce (jue ceux-là seront traités de Dieu avec |ilns de ligueur que ceux (|ui sont d( meures dans le monde et dans leuis crimes. Que le scandale n'est pas seulement quand on se nialédifie, mais (|ue les jilus grands scandales sont (juaiid on ne se >candalist.' point, lI (|ue les défauts ilt s peisonncs religieuses et les crimes des gens du monde tournent en coutume et (ju'on n'en a point d'horreur, et qu'a présent l'Église est toute remplie d»' scandales dont on ne s'aperçoit jiresipie pas.
Voilà un petit abrégé des tiois iioiuts (jui fiucnl trois grâces (|ue nous recevons des anges, le prenner qu'ils nous conduisent en nos voies, le second qu'ils nous préservent d'être dévorés, le troisième (|u'ils nous rendent la lumière connue a Tobie; mais il ne dit rien de cette lumieie.
Il dit une chose bien piessante, qui est que nous devons être dans la terre ce (|iie nous serons dans le ciel. Or, Jésus- Christ dit (jue nous S(.'rons dcr^ auges. Il laut donc être des anges dans l'Église en les imilani, non pas seulement dans la pun-té, mais d;ms l'iMunilité; et que c'est la seide différence • piil y a entre les bons et les mauvais anges, «jue les uns sont humbles et les autres superbes.
.Matlame d'Aïunout se porte mieux, Dieu merc i. Klle eut hier
un entretien de deux heures avec M. de Sacy, dont elle est fort satisfaite: il a une grande réputation en ce pays^
Madame de Ralfetot^ n'est point du tout si bourrue que le premier jour. Ma sœur Anne Gertrude ^ ne l'aime pas trop; elle ne se gâtera pas avec elle.
J'ai parlé à M. de la Place* de notre affaire; il s'est rendu aussitôt, et a trouvé les raisons bonnes.
Je suis toute à vous, ma très-chère mère. Avec votre permission , je salue toutes nos chères sœurs professes et novices.
CCIII.— A la sœur Angélique de Sainte-Agnès de Marie delaFalaire^
Il est des circonstances où l'on peut conseiller la communion, sans que ce doive être pour cela une règle générale.
Gloire à Jésus au Très- Saint-Sacrement !
6 octobre 1633.
Ma très-chère sœur, Je crois que vous aurez bien su que j'ai été autant surprise de notre voyage^ comme vous l'avez été. Je savois bien que ce seroit dans la semaine que je partis, mais je ne savois point assurément le jour, qu'après le dîner, dont je partis deux heures après.
Vous aurez pratiqué en cette rencontre, ma chère sœur, la dévotion aux additions, ayant ajouté à notre absence, si elle a été digne de vous toucher, le regret de ne nous avoir pointdit adieu. C'est le moyen de profiler des choses qui arrivent contre notre gré, de ne se pas contenter de souffrir le nécessaire, mais d'y ajouter quelque chose par-dessus, pour témoignera Dieu que notre sacrifice est volontaire.
Je ne sais pourquoi vous me pressez, ma chère sœur, de vous expliquer ce que je vous ai dit au sujet de la commu-
1 A Port-Roy al-des-Champs.
2 Voyez, sur madame de Raffetot, Lettres de la mère Angélique, t. 11, p. 63 et 300.
' Sœur Anne de Sainle-Gerlrude Robert.
* Le docteur Antoine Arnauld.
•'' Cette sœur était à Paris.
* A Porl-Royal-des-Champs.
CClir.— A LA SiEUR ANGÉLIOl E DE SAINTE- AGIS ES. 295
nion, car c'a été une parole sans mystère, et doiil il ne nie souvitndioit pas, sinon qu'elle nie revient souvent sur d'autres sujets. Je pense que je vouloisdire en vous conseillant de communier, qu'étant iors dans une vue particulière de vos maïKjuemens et dans le désir d'en sortir, vous deviez vous approciier de Dieu pemiant cette lumière. Car il me semble que les fautes sont grandes quand on ne les connoU pas, et qu'on Us veut défendre; et elles deviennent petites et pres(jue nulles (|uand ou les connoît, (ju'on les avoue, et ({u'on en est fort humilié devant Dit u, ce qui porte à se retirer de la communion; et c'est quel(juefois lors (ju'il est meilleur de s'en approcher : mais la refile n'eu est pas {.générale; c'est pouitjuoi cela se dit dans un mouvement présent, qui ne doit point tirer de conséquence pour une autre fois. Vous voyez par mon explication (jue je ne suis pas si profonde (jue vous pensez. Mais a|»rès vous avoir obéi, je vous dirai (|ue vous êtes trop remanjuante, et qu'il faut laisser |»asser cetpii est passager, ne vous ayant dit celle parole que pour une fois : et c'est ce (jiii nous fait avoir toujours besoin de conseil, n'étant pas toujours permis de nous résoudre sur ce qui nous a été dit en une occasion particulière.
Je vous désire, ma très-chère sœur, la disposition ([ue la règle nous ordonne, de chercher la paix, et de la poursuivre avec ardeur. On ne s'imagine point que ce soit un devoir d'être dans cet état ; au contraire, on croit (|iie c'est une partie de la piété de se troubler des maux de son âme, (juoitpielle ue puisse guérir (pie dans le k pos, non [tins (jne les malades dans un lit; et (pii les voudroil soiiV( ut lever et les changer de place, auginenteioit leur mal, nelant pas capables de ces agitations- là.
Je suis, ma très-chère su'ur, entièrement a vous.
Son LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.