‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 29 sur 247 · XVII.— A la Mère supérieure des Ursulines de Chàtillon · texte numérisé non relu

XVII.— A la Mère supérieure des Ursulines de Chàtillon

Au sujet de quelques affaires. Elle lui parle de la sanlé de l'évèque de Laiigres , el la remercie de la cliariié qu'elle a pour elle.

19 mars 1631.

Ma très-chere mère, Vous n'avez guère de respect à la Providence divine d'avoir troulilé son ordre, n'altendanl pas i|ue nous eussions votre dépôt pour nous rembourser de la grosse somme que nous avions mise pour vous. Nous avons donc reçu les 30 livres par M. le curé, qui ne nous a point fait l'honneur de nous visiter, et je ne sais s'il est encore à la ville. Pour les lOU livres, ceux qui vous les doivent ne se pressent pas trop; nous n'en avons entendu aucune nouvelle. Aussitôt que nous les aurons reçus je vous en donnerai avis, alin qu'il puisse incontinent \ous aller trouver, car je crois quc^ nous n'en serez point incommodée.

II faut vous dire des nouvelles de notre saint père"'; les jdus récentes sont de jeudi dernier. 11 se |>orte bien, Dieu merci ; néanmoins avec (juehjue menace de flèvre (juai le. S'il conlimie a se bien poiler, il ne lui en faudra pas savoir gré, mais à Dieu seul, car ce n'est [las par son soin ni sa prévoyance, ayant

' Sœur Anfîi'lique de Sainie-Ai^nès de Marie de la Kalaire.

* Suiir Marie de Sainle-lilaire Ariiauld.

^ Sdur .Marguerile-Agnes de la Trinité Mauroi. Elle est morte le 18 «icioliri- Uiii.

* Sij'ur Louise de Saiiite-Praxéde de Lanioigiiou. Elle est niorle le 19 jaiiviiT UiilS.

' Sii'ur .Madeleine de Saint- Alexis de la fîr:iii^;e. Elle e>t niorle le '.) oclol»re 1611.

" SœurCallier'me de Saint-Paul Goulas.

' /.iinet, évè(iue de l.anurcs, (|iii alors aimait les reli^^icuses de Port- Hoyal. Il en île vint riMiiu ini par jalnusic ci.hlrr l'ai)!)!- de S.imt-C.yran. L'alibaye du Tard était dans son diocèse.

fait le carême dès la se[)liiagésime, sans considérer que celui de l'Eglise l'incommode beaucoup. Je pense que Jésus-Clirist ne souffrira jamais à ses saints d'avoir de la charité pour euxmêmes, non plus qu'il n'en a point eu pour conserver une vie divine comme étoit la sienne; et avec cela il faut souffrir que M. de Langres s'applique à une vie chétive comme la mienne, et qu'il me commande d'en avoir grand soin ; à quoi je réponds que la parole du Fils de Dieu est bien nécessaire à ce propos : Faites ce qu'ils vous disent, mais ne faites pas selon leurs œuvres.

Et vous, ma mère, par imitation qui vous mettez en alarme de peur que je ne meure, il paroit bien que la charité et la raison n'ont point de commerce ensemble, parce que l'une est aveugle et l'autre Toit trop clair; mais il vaut mieux être borgne en la vie que d'avoir deux yeux et être privé de bonté et d'amour pour une misérable créature que la seule charité divine vous convie d'aimer. Sachez donc, s'il vous plaît, que je me porte bien à votre très-humble service, néanmoins privée de la plupart des exercices par pure obéissance, ne connoissant point le besoin que l'on dit que j'ai de m'en dispenser, mais je me suis résolue de m'exj)oser au jugement de Dieu plutôt que de jamais contredire, et je verrai devant lui s'il fait si bon obéir comme l'on dit.

Au reste, ma chère mère, votre bonté n'oublie pas mon âme par les précieuses communications que vous nous donnez. Je vous en rends un milhon d'actions de grâces qui ne sont rien au prix de ce que je vous dois. Vous nous gratifiez si souvent de quelque ciiose, que je les oublie les unes pour les autres, non à les ressentir, mais à vous en remercier, qui n'est pas ce que vous prétendez, mais seulement d'honorer la libéralité divine, qui donne à tous et ne reçoit de personne; mais elle veut les personnes mêmes, et je me donne aussi à vous, ma chère et bonne mère, de toute l'étendue de ma |)uissance.

Sœur Agnès de Saim-Pail.

Ma sœur Jeanne de Saint-Joseph vous salue très-humblement et encore mieux que je ne puis dire. Permettez-nous , s'il vous plaît, d'embrasser la mère assistante et ma sœur Marie Aimée de Jésus.

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