‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 32 sur 247 · XIX. — A Monsieur Arnauld d'Andilly · texte numérisé non relu

XIX. — A Monsieur Arnauld d'Andilly

Pour la remercier du présent qu'il lui avait l;iil de ses OEuvres chrclwnncs en vers, et sur le désir qu'elle aurait de la visite de H. Arnauld, leur frère.

Ce 27 rtvn'/ 1634.

Mon cher frère. Nous avons reçu votre présent qui nous a apporté une merveilleuse consolation, voyant votre esf)rit si saintement occupé dans les choses de Dieu qu'on vous i)rendroit pour un apôtre ou un évangéliste, ou tout au moins pour un grand religieux qui passe sa vie en une cellule dans une haute contemplation; mais il y a des solitudes intérieures qui valent bien les extérieures, et une manière d'être à Dieu qui n'éclate pas tant, et qui n'est pas pour cela moins sainte ni moins enrichie des divines communications. Vous nous avez fourni des stijels d'oraison pour toute l'année, qu'il ne sera pas besoin de prendre dans le livre, car j'espère que je les saurai par cœur. Je trouve que les vers ont un grand ascendant sur l'esprit pour lui imprimer les choses puissamment. Que si cela arrive par les conceptions des autres, il est à croire que les auteurs en sont les premiers charmés, et qu'ils ne peuvent effacer de leur esprit ce qu'ils ont produit par une abondance de sentiment et de lumière; ce (jui me fait présupposer que l'Evangile est gravé en votre cœur par l'Esprit de Dieu vivant qui vous en a donné une intelligence particulière pour être votre plénitude, au lieu que les autres sciences ne sontqti'un accroissement de douleur. Je distribue ici vos œuvres sans vous nommer ; néanmoins quand on me prend à foi et à serment, je n'oserois retenir la vérité prisonnière, lellement que je fran-

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