‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 37 sur 247 · XXII. — A Monsieur Arnauld d'Andilly, à Pomponne · texte numérisé non relu

XXII. — A Monsieur Arnauld d'Andilly, à Pomponne

Elle lui parle de rcxcelleiice «le ruiiioii cliiélienne ; du duiiger de la vaine complaisance; et des bonnes dispositions où il est par la grâce de Dieu. — Estime qu'elle fail de l'abbé de .Sainl-Cyran.

De Xolrc-Dame de Turd, ce 8 juin 4 634.

Mon très-cher Frère, Ça été avec beaucoup de regret que je suis demeurée jnsiiu'à présent à vous remercier de votre excellente lettre qui m'a rendu au centuple la consolation (jue vous dites avoir reçue de la mienne. C'est une preuve de votre bouté de vous satisfaire d'une chose qui ne le mérite pas, et à moi une obligation de justice de l'être avec tant de raison. Vous nie parlez si saintement, mon cher Frère, de l'union (jue nous devons avoir en Jésus-Christ de (|ui nous avons reçu une nouvelle naissance et la participation d'un même e.'^iiril de grâce, «jue je ne veux jilus être liée à vous que par ce lien divin de la charité éternelle. Je vous demande très-inslaunnent cjue cela soit ainsi, vl (ju'en une connnunion laite pour ce dessein, nous fassions un heureux echan;;e di; l'alliance (pie nous avons en Adam, a celle cpie nous recevons du Fils de Dieu par ce mystère où nuussununes laits un corps en participant d'un même pain de vie. Vous ave/ autrefois dit merNcille de la bonne amitié; mais il lanl confesser (|ue celle-là i toit bien hmnaine, au lieu (|uc celle-ci est loulespiriluelle,et, sije l'ose dire, toute

divine, puis |u'elle ne veut rien qui ne soit de Dieu et pour Dieu; et comme celle-là n'éloit que dans la capacité d'un esprit juste et raisonnable, celle-ci surpasse l'esprit et la raison et ne peut être en nous que par l'infusion du Saint-Esprit qui nous est donné pour aimer Dieu et le prochain d'un même amour, tellement que pour être fidèles à nos âmes en cette sorte d'amitié, il le faut être à Dieu premièrement, et que l'amour que nous leur portons soit une marque de la parfaite charité que nous avons pour celui qui en est l'auteur.

J'ai été y^randement édifiée, mon cher Frère, de la linnière que Jésus- Christ vous donne pour ce qu'il y a d'imparfait en vous, et Thumilité que vous avez à le découvrir. Je suis demeurée confuse que vous m'ayez honorée de votre confiance en ce secret, encore que vous ne pouviez vous adresser à une personne plus capable de ces choses-là, étant continuellement dans la (vaine) complaisance, quoique les sujets me manquent d'en avoir, mais dans le désir d'en rencontrer, qui est la même chose devant Dieu. Que si l'on me flatte eu quelque chose, quand ce ne seroil que d'une chétive lettre, la vanité me poursuit et emporte bien souvent mon adhérence, ce qui me fait désirer de bon cœur de ne jamais paroître devant les hommes, croyant qu'il est impossible d'être a Dieu comme il faut taudis qu'on se repaît de ces vaines louanges.

iMais quoi ! l'on ne peut pas empêcher que cela n'arrive, ni prendre l'Évangile à la lettre qui dit qu'on arrache ses yeux et que l'on coupe sa main, ou son pied s'il se scandalise : il faut souffrir ces attaques sans les pouvoir anéantir, étant assez que la grâce de Jésus-Chrisl nous en sépare, retirant notre cœur de la vanité pour lui faire aimer la vérité qui demeure éternellement, tandis que le reste passe comme une fumée.

Vous êtes fort libre , mon cher Frère , à dire vos manquemens, et trop réservé à faire connoîlre les bonnes dispositions où vous êtes par la miséricorde de Dieu, qui rend votre esprit supérieur à toutes les choses qui captivent les autres. Vous êtes sans ambition, sans sollicitude, ce qui vous rend aussi dépendant de la Providence divine que si vous en aviez fait le vœu. Ces etïets ne peuvent être en vous sans une grâce trèsparticulière qui vous conduira toujours plus avant, comme je

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