‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 4 sur 247 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

ce nes^» — Vous devez, (lisait-elle à uneaufre, bien prendre « garde que vous n'ayez plus d'égard à la personne

« qu'au sacrement car une créature ne sauroit

{( communiquer la grâce qu'elle a reçue, elle n'est que « pour elle, et celle qui est en sa puissance comme « ministie de Dieu n'est que pour les âmes disposées (( qui se conduisent par la foi, et regardent tous les « prêtres d'un même œil pourvu qu'ils soient de bonne « vie ^ >.

Elle écrivait encore : « Vous le savez, l'obéissance, « le respect, l'humilité, le silence, etc., sont les obser- « vances essentielles; les autres sont des hypocrisies de- « vaut Dieu quand on ne s'en sert pas pour acquérir « celles-ci, qui sont l'esprit et la vie des pratiques exté- « rieures \ )i — a II faut èlre à Dieu, ma chère sœur, « en esprit et en vérité, et ne pas s'arrêter à la super- « ticie des choses * » .

Nous pourrions multiplier ces citations; ajoutons-y seulement une parole de la mère Angélique, qui est rapportée dans la correspondance de sa sœur. La grande religieuse était mourante; en proie à de continuelles souffrances, elle avait encore le chagrin de ne pouvoir être assistée par les directeurs habituels de la communauté, et surtout par M. Siuglin qu'un ordre du roi avait

1 Lettre à la supérieure des Céksles de Lyon, tome II, p. 258.

* Tome II , p. 48G. Lellro à une religieuse qui ne voulait d'autre confesseur qiie M. Singlin.

' Tome ler, p. 398. Lettre à sa nièce Maric-Angornpie (.l'Anililly.

* Tome I", p. 403.

IMRODLCTION. XXXI

ôloigiié de Paris. Pour comprendre l'étendue de cette privation, il faut se rappeler l'estime et la vénération extraordinaires dont M. Singlin était l'objcl ù Porl- Hoyal : on voyait en lui l'homme de Dieu et de la grâce par excellence, le type du prêtre, le médecin consommé des Ames, l'oracle infaillibre des consciences. Quelle douleur n'était-ce donc pas de voir sa place vide au chevet de l'illustre malade, en ce moment suprême! — « Ma mère, lui dit un jour la mère Agnès, vous avez « beaucoup à donner à Dieu, de ivêtre pas assistée de « M. Singlin. » — « Je n'en ai point de peine ; répondit « sur-le-champ la mère Angélique ; je sais (ju'il prie Dieu 0 pour moi et cela me suffit; je l'honore beaucoup el « tous ceux qui ont tant de charité pour nous; mais je « ne mets point un homme à la place de Dieu ' » .

N'est-ce j)oint là une parole où l'esprit de Port-Royal lespire tout entier dans son stoïcisme, nous dirions presque dans son héroïsme chrétien ?

Or, une telle doctrine, il faut bien le reconnaître, semble plutôt faite pour des âmes d'élite que pour le grand nond)re; elle est trop épurée et trop relevée pour être comprise et facilement reçue par la généralité des hommes. De plus, cette aspiration vers une vie plus exactement parfaite entraîne toujours avec elle une certaine lutte avec les choses existantes. I^^n effet, porter «Ml soi l'esprit de réforme et vouloir l'appli(|uer hors de

' Tome I", p. l')\ I. I.oilr.' .«.ur la nioii «le l.i iiuTf Anji-'linne.

XXXIl 1MKOULOIO.\.

soi, qu'on nous permette une expression bien moderne, c'est être par cela même de l'opposition.

Il en fut nécessairement ainsi de Port-Royal, du moment qu'ayant accompli la réforme en son propre sein, il commença à regarder et à déplorer les abus existants dans l'Église et dans les Ordres religieux. C'est ainsi que tout en étant une école d'autorité et de respect, il se trouva en opposition avec la société de son temps : il le fut par cela même qu'il aspirait à une plus grande perfection en morale et en religion.

En considérant aujourd'hui à distance, dans le calme impartial de l'histoire, ces longues controverses et l'intervention qu'y exerça le pouvoir temporel, on a peine à comprendre les accusations dont Port-Royal fut l'objet, et l'on déplore que tant de passion humaine soit venue se mêler à un débat qui devait demeurer purement théologique. Sans doute les destinées de l'État et celles de la Religion n'eussent pas été en péril si l'autorité temporelle se fût abstenue de réfuter par l'argument de la force le docteur Arnauld et les autres écrivains de Port- Royal, et il suffisait que le champ de la discussion fût librement ouvert aux défenseurs de la doctrine contraire. Qu'importait-il surtout au salut de l'Église et de l'État que de pauvres religieuses, pieuses d'ailleurs jusqu'à la sainteté, se refusassent à déclarer que les cinq Propositions étaient ou non dans Jansénius?

Sans vouloir toucher à des controverses qui n'ont, en

iMhoim.Th». XXXIII

l»'ur temps, que trop agité les esprits, troublé les consciences et blessé la charité, il est permis de se demander ce qui serait advenu si l'autorité religieuse et l'autorité politique, voyant avant tout dans Port-Royal une grande école de morale, de science et de piété, avaient combattu par les seules armes de la discussion, au lieu de les persécuter, des opinions dont les partisans ne cessèrent jamais de professer l'union à l'Église et au sainl-siége, et qui étaient d'ailleurs trop subtiles pour que leur discussion pût jamais devenir une cause de trouble au sein des masses. Nous sommes porté à croire que si cette marche eût été adoptée, les esprits au lieu de s'agiter de plus en plus sous l'aiguillon d'une incessante persécution, se seraient calmés; les doctrines de Port-Royal se seraient finalement développées dans les justes et véritables proportions de l'esprit chrétien, et l'histoire n'aurait pas eu à enregistrer dans ses annales des actes d'une violence (jui, après s'être attaquée aux esprits sans avoir pu les dompter, s'en prit à la matière elle-même, et détruisit d'une niain sauvage la demeure des pieux solitaires, sans épargner leurs tombeaux. Le cri qui sort de ces ruines est un reproche accusateur pour legouvernemenl de Louis XIV; il doit être pour (ont le monde une leç^'un de liberté religieuse, de tolérance elde charité ! Ln terminant ces pages, nous éprouvons le regret qu'elles soient trop incomplètes et trop peu dignes d'un aussi grand sujet; c'est dans les heures recueillies de la solilndc (jiic tioiis anrioîis souhailè les èrrirc cf non

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