XXIX. — A MtiNSiELK ARNALLD 1) ANDIl.LV. o
soin d une autre foi pour croire à une opération si imperceptible.
Et il me semble qu'on jieut approprier à cet état ce que dit saint Paul, (pie ce r/u/ (\s^ /"o/^/c ('» I)icu,esi plus fort que les hommes, parce que ces ell'ets de grâce qu'on ne sent quasi point, sont plus puissans que ceux de la nature ; et nous nous devons contenter de celte loiblesse, trouvant, comme dit l'Apôtre, la force dans notre infirmité.
Que si nous désirons autre chose, nous voulons ce que la <;râce ne veut pas donner, parce cpi'élant toute intérieure et S()irituelle,elle ne doit rien communi(|uer aux sens qui n'en sont pas capables ; outre (pie son dessein n'est [)as de conserver le \ itil iiomme, mais de le ruiner en ne lui donnant aucune part à l'aiipui (pie le fond de lesprit prend en la providence divine: cl eu cola s'accomplit la parole du Fils de Dieu ((u'/V u'est pas veim apporter la paix, mais la guerre, voulant (piil y ait une conlnidiction ijcrpéliiclli,' entre l.i foi et les senlimens, et par consé(pient une continuelle séjiaialiou de l'un et de l'autre.
H ne faut donc pas, s'il vous plaît, que vous vousétonniezde ce (|ue les paroles du Fils de Dieu ne vous font |>as des impressions (iiii vous (jtent tout scnlimeut contraire. Elles demandent seulement que la révérence que vous leur devez sépare votre volonté de l'adhérence à ces mêmes sentimeiis, et que parmi tant de pensées de votre propre esprit contre ces vérités divines, vous demeuriez en silence sans rien répondre sinon j)ar la souflrauce (jui est une [irotestation (pie vous n'y adhérez pas, n'y ay.int rien de moins volonlair(i (juc ce que l'on soullre ; c'est pounpioi il est dit qu'en noire patience nous jiosséderons nos âmes, et (jue la patience a une a>uvre parfaite, i)arce(pril n'y a rien en clh; pour la créature ipii y meurt dansla vie n'agissant pastantcoiilre leschoses (jue contre elle-même, (pii au lieu de suivre l'attrait de la tentation, le convertit en une croi* par le change (pi'elle fait de Fadhércnce en soulViauce, se servant du même moyen (|iiele péché nous fournit pour trouver la grâce et le chemin du salut dans la voie de la perdition.
Vous desirez, mon cher fi('r(;, (jue Dieu vousaugmeiite la foi a mesure qu'il augmente vos besoins; mais permettez-moi de
o8 LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
VOUS dire que vous demandez plutôt en cela une diminution de peine qu'un accroissement de vertu. Je vous désire davantage une augmentation de fidélité pour vous contenter de votre petite foi. Et puis, comment connoissez-vous si elle est grande ou petite puisqu'elle ne se voit point, qu'elle ne se sent point et qu'elle réside en l'homme intérieur où l'on n'entre point que par la perte de toute connoissance. Il est vrai que h juste vil de la foi, mais ce n'est pas de celle que vous désirez ; il a la foi parla foi, et non parles sentimens et les vues. C'est cette foi que je demande à Jésus-Christ pour vous, encore que je craigne que, comme la science est un accroissement de douleur, cette double foi ne vous soit un surcroît de peine, son effet n'étant pas de fortifier mais de ruiner jusqu'aux fondemens de la prudence et de la prévoyance humaine.
Vous dirai-je, mon très-cher frère, pour votre consolation, un sentiment d'une dame qui m'a grandement édifiée ? C'est la sœur de ma sœur Jeanne de Saint-Joseph qui a douze enfans, qu'elle abandonne si fort à Dieu qu'au lieu de se plaindre d'une si grande charge, elle s'estime heureuse que Dieu l'ait destinée pour élever ces petites créatures qui portent son image. N'est-ce pas une pensée bien chrétienne et qui honore parfaitement la providence divine qui n'a garde de manquera une âme qui la regarde avec tant de respect et d'amour? Mais ne vous donnerai-je point de scrupule par cet exemple, parce que vous n'avez peut-être pas la même disposition, qui n'est pas aussi ce que je demande (puisque vous ne la sauriez avoir si Dieu ne vous la donne), (mais) seulement que vous souffriez de ne l'avoir point et d'être tout environné d'inquiétudes qui se succèdent l'une à l'autre, sans y apporter d'autre remède que celui que Notre-Seigneur nous enseigne : 5/ l'on nous frappe en une joue, de présenter l'autre; c'est-à-dire toujours souffrir sans se défendre, sinon par la même souffrance, qui est notre martyre et notre couronne.
C'est assez répéter une même chose. Il me reste à vous assurer, mon cher frère, que je me chargerai volontiers devant Dieu du soin de votre famille, et que mes prières pour cela n'auront point de cesse, parce (fu'ellcs seront par état et non nar parole ; et je désire que les vôtres soient de même, croyant