XXIX.— A Monsieur Arnauld d'Andilly
Sur le commanflement de rechercher premièrement le royaume de Dieu et sa justice. — Sur la contradiction qu'il y a entre noire foi et nos sentiments naturels, dont le remède est de posséder son âme en patience. — Bel exemple d'une mère chargée de douze enfans. — Avis au sujet de l'activité naturelle des hommes dans ce qu'ils font.
De noire monastère de Tard, ce 10 septembre \6'ii.
Mon très-cher frère. Maintenant que je suis assurée, par tant de témoignages que votre bonté m'en donne, que mes lettres ne vous sont pas désagréables, je vous en veux offrir le plus souvent qu'il me sera possible, et demander à Jésus- Christ que ce soit parla conduite de son esprit, afin que vous y trouviez la grâce que votre humilité vous fait croire que vous pouvez recevoir de nous. Je n'ai pas voulu laisser passer cette semaine qu'il est votre fête, parce que TÉglise nous y propose l'Évangile de la providence divine', sans vous entretenir un peu de l'honneur que vous devez rendre aux paroles du Fils de Dieu, par lesquelles il nous ordonne de perdre le souci de tous les besoins de noire vie, pour nous occuper seulement de la recherche de son royaume et de sa justice. Mais ne pensez i)as pourtant, mon très- cher frère, qu'ensuite de ce commandement que Jésus-Christ nous impose, vous soyez criminel de ne vous pas reposer assez absolument sur sa protection divine. C'est une loi d'amour pour attirer votre confiance, et non de rigueur pour condamner votre foiblesse, n'étant pas possible que tant d'objets de sollicitude qui frappent continuellement vos sens, n'impriment leurs qualités en votre esprit qui en demeure afflige, mais non pas surmonté ; la raison et la foi faisant leurs etforts pour attirer le consentement de votre cœur ; en quoi la raison agit violemment et fortement, et la foi au contraire bien foiblement, parce qu'elle n'a rien pour elle, tous les sentimens humains lui étant opposés, de sorte que se séparant d'eux, elle fait son impression dans le fond de l'esprit si secrètement et si intimement qu'il est be-
* L'évangile du X1V« dimanche après la Pentecôte.