XXX. — A Monsieur Arnauld
Kllc se réjouit lie son cnirt-c diiiis Il's s-ainls urdios, ol souliailr do le voir exceller )I:mis I:i science el dans la charilo.
Dr .\nlrf-lhimr >lc Tard, a Dijon, a- iH Hfiiinnhrc UiSl. Mon tiejj-cher ficre , Après avoir demeuré trois mois en
60 l.El niliS DE LA MÈKE AGNÈS.
silence depuis que j'ai appris l'agréable nouvelle de la résolution que vous avez prise de vous donner à Jésus-Christ et à son Eglise, dont vous avez pris les marques extérieures, penneltez-moi, s'il vous plaît, que je vous témoigne la joie que j'en ressens, me persuadant déjà que le Fils de Dieu, qui promet cent fois autant qu'on lui donne, vous prépare une abondance de grâces qui vous fera connoître par expérience que les effets de sa libéralité divine surpassent la vérité de ses promesses (si l'une de ses perfections peut être plus grande que l'autre), mais c'est notre peu de foi qui ne peut croire aux dons de Dieu jusqu'à ce qu'elle les possède. Je suis demeurée sans réponse, mon très-cher frère, à celle que vous nous écrivîtes au commencement de cette année, en ayant été si satisfaite que je ne désirois rien davantage, Je relis encore présentement votre lettre où je trouve tant de bons sentimens que je n'ai qu'à bénir Dieu qui vous les donne, principalement celui qui vous fait désirer de profiter davantage en la science des saints qu'en celle de l'école, qui enferme, comme vous dites, un tumulte de disputes, dans lequel la paix de l'âme et le silence intérienr, qui la rend capable d'entendre le parler intime de Dieu, ne se trouve pas toujours, quoiqu'il n'y ait de soi aucune répugnance, la connoissance de Dieu n'étant pas contraire à son amour, si l'attachement que l'esprit prend à la lumière de la science ne le retenoit dans des bornes qui l'empêchent de se perdre dans l'abîme do la charité divine qui attire les âmes dans elle pour les rendre capables de son immensité. Mais jiourquoi n'auroit-on pas celle-ci sans perdre l'autre, puisque tant de saints ont possédé tous les deux avec éminence?Si vous étiez le premier qui vous seriez jeté dans la dispute, on auroit à craindre que cet esprit de contradiction ne fût contraire à la démission qu'on doit avoir de ses propres pensées, et qu'il n'y eût de l'inutilité à tant contester sur des vérités qui doivent être plutôt adorées qu'examinées. Au lieu que celte manière d'exercer les esjjrits ayant été mise en usage par des saints, se peut pratiquer saintement comme ils ont fait. Encore que des plus grands personnages de notre siècle désirent que tout cela cesse pour rentrer dans la première façon de concevoir les choses divines, par élévation d'esprit, admirant la
XXXI— A MONSIEIR ABNAILD d'aNDILLY. CI
sagesse élcniulle dans la (profondeur') des divers sens de l'Ecriture, sans les vouloir accorder jiar des subtilités scolasti(|ues;et on jtourroit approprier aux études trop curieuses ce (|ue disoit le Fils de Dieu à sainte Marthe, (jucUe se Iroubloit en beaucoup de choses, et qu'une seide ctoit nécessaire. Mais toutes choses ont leur saison. Il est un temps d'étudier et un temps de prier, temps d'être savant et temps d'être saint, temps de disputer avec les hommes des mystères divins et temps de lis adorer avec les anges, temps d'en avoir la connoissance et temi)sd'en recevoir l'onction. Ainsi j'espère, mon très-cher frère, que vous serez excellent en l'un et en l'autre, et (jue la grâce ne voudra pas céder à la nature (jui vous a |)artagé si avantageusement. Pour moi je demande à Jésus- (^hrist que si vous faites un pas dans la science, vous en fassiez deux dans la dévotion, et (lu'cn vous avançant en la connaissance des richesses de la sapience et de la science de Dieu, vous soyez si bien enraciné et fondé en la charité ({ue vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la charité lie Jésiis-(;iuist (pii surpasse toute counoissance, atlu (jiie vous soyez rem[)li en toute plénitude de Dieu. Je ne puis finir par un meillem- souhait, ni me dire par un princi|)e plus saint (jiie crlui de l'aïudur de Jésus-Christ, Mon très-cher frère.
Votre tres-humble et très-alfectionnée sœur et servante. Sœur Agnès de Saim-Pail, I. I{. P..
Mon très-cher frère, je vous supplie de présenter mes trèshiiudjles recommandations à mes neveux le Maitre. hormis M. l'avocat, iiarcc (|U(' nous sonuucs en guerre.