‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 7 sur 247 · AL PATE · texte numérisé non relu

AL PATE

contredire la créance ([iiils ont de la réelle présence de Jésus- Christ en rEucharislie, tant ils commettent d'irrévérences èslieux sacrés où il repose : pour llionneur et ornement de la sainte Église qui ne fait pas, ce semble, assez de montre du précieux trésor qu'elle possède, qui éclatera à toute la terre quand celte lumière sera posée sur le chandelier d'un Ordre particulier : pour le secours de la même Église qui n'est jamais sans l'assistance de son Époux, mais qui manque à s'en prévaloir, n'ayant pas encore commis des âmes pour lui faire continuellement la cour et rompècher de s'endormir sur les nécessités de son Épouse, au nom de laquelle elles crieront incessamment : Sanvcz-nous, Seigneur, car nous périssons ; afin que la sainte Eglise, comme l'aurore, aille toujours croissant en piété, en ce qu'après avoir instilue une fête solennelle pour la vénération du Très-Saint-Sacrement, elle ajoutera un Ordre qui lui sera tout consacré et qui , au nom de tous les fidèles, rendra k Jésus-Christ la juste rétribution de sa perpétuelle résidence en ce divin mystère, par une continuelle assistance aux pieds de son autel : afin de donner sujet à sa majesté de répéter plus amoureuseiïient ces paroles : Mes délices sont d'èlre avec les enfans des hommes, quand il aura des âmes qui ne chercheront autres délices que de l'accompagner : que Jésus-Christ semble demander au chef de son Eglise (ju'il le f.issc chef d'un Ordre, parce qu'il veut établir une nouvelle Jérusali-m en la terre, de laipielle il soit lui-même la lampe, sans(|u'il soit besoin de prendre lumière des autres religions, (car) il cherche des tabernacles non point faits de m.iins (d'hommes), mais vivans et spirituels.

Pour ces lins, il plaise à Sa Sainteté dégager les âmes qui lui présentent cette très-humble recjuète de l'obligation qu'elles ont a l'Ordre de Citnaux, aiupiel elles ont fait k'ur profession, et tâché depuis plusieurs années de \i\Tr un buniie observance, ce qui leur a été très-difficile pour le peu d'assistance qu'elles ont reru d(;s supérieurs dudil Oi'dre, et (|ui se pourrait encore plus malaisément continuer, a cause des relàchemens (|ui s'augmentent de jour à autre en icelui; joint le droit de no^ minalion qu'a le roi sur les abbayes de cet Ordre, ijui est cause que les réformes, établies de longue main, périssent eu un

moment par la succession des abbesses qui y entrent plus sur la considération de la grandeur de leur extraction ou autres respects, qu'eu égard au mérite de leur vie; duquel inconvénient cet Institut, fondé en élection et triennalité, sera exempt, comme aussi Dieu aidant de tout danger de relaxation, étant établi sur la pierre ferme qui est Jésus-Clirist, qui ne permettra pas que ces âmes jeûnent jamais de ses grâces, l'ayant toujours avec eux. Que si elles étoient si malheureuses que de se départir de l'obligation d'être des victimes volontaires, continuellement immolées à l'amour de Jésus-Christ qui s'offre incessamment par un excès de charité en ce Très-Sainl-Sacrement pour être tout à elles, il faudroit que l'Église trouvât de nouvelles censures pour fulminer contre une infidélité si détestable, et que Dieu fît un nouvel enfer pour punir l'ingratitude incomparable de ces créatures qui auroient crucifié le Seigneur de la gloire séant au trône de son inestimable dilection. Qu'il faut espérer au contraire que ces âmes, gratifiées de la sainte Église de l'honneur d'une si heureuse condilion, reluiront comme flambeaux au milieu de la nation perverse qui a oubHé son Dieu qui est au milieu d'elle.

Et partant, prosternées derechef aux pieds de Sa Sainteté, elles la supplient en toute humilité de leur accorder cette grâce d'être autant à Jésus-Christ que Jésus-Christ esta elles, et qu'il y ait quelque proportion entre l'infinité divine et la petitesse humaine, en ce que Dieu emploie toute sa puissance, qui n'a point de bornes, pour gratifier les hommes, et qu'il y aura quelque nombre de personnes qui seront à lui de toute l'étendue de leur pouvoir. Que Sa Sainteté pourra aisément conclure, par le moyen de la rare doctrine dont le ciel l'a favorisée, qu'il n'y a rien si juste que cet Institut, parce que ce n'est pas une invention humaine, mais un projet divin, la merveille des œuvres de Dieu, qui doit être plus adorée que discutée, et qu'il ne faut pas douter si cet esprit est de Dieu, puisque c'est Dieu même. Ce qu'étant ainsi, Sa Sainteté est très-humblement suppliée de ne différer point l'octroi de cette grâce, pour obhger ces âmes de reconnoître en l'éternité la faveur qu'il leur aura faite d'ajouter quelques momens au temps qui leur sera donné pour un emploi qui sera leur félicité commencée.

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