LI.— Â Monsieur Singlin
Mlle lui renti comme (k- ses dispusilions, el lui (K-mandc sa iK-nôilidion cl
ses iiiières.
Vus 1610.
Mon l'tMc, Je pense vous devoir rendre compte de ce qui m est urnvé cette nuil. Je me suis réveillée dans nue angoi>.<e de cœur que je ne saurois exprimer, tant elle étoit pressante, (|ui n-gardoil mon salut, laquelle n'a point été précédée d aucun .'^onge ou pensée, sinon ce qu'on nous dit hier au sermon
lOO LETTRES DE LA MÈRE AGNÈS.
qui ne m'avoit pas pourtant fait grande impression. J'avois quand et quand une défaillance d'esprit qui m'assiégeoit de si près que je ne pou\ois presque prier Dieu, au moins c'éloit dans une si grande détresse qu'il me sembloit que j'offensois Dieu de le prier, et que ce n'étoit que la crainte et la peine qui me le faisoit faire. J'ai été deux heures comme cela, ne sachant ce qui en arriveroit, car il me sembloit que mon esprit s'en alloit troublé. Nous avons dit notre office dans cet élat, pendant lequel je me suis accoisée et me suis trouvée fort en paix quand il a été dit. Je pense, mon père, que c'est une menace que Dieu m'a laite pour me rappeler à lui, ayant besoin d'un renouvellement d'esprit pour sortir de mes désordres; car c'est une chose étrange de mes continuelles distractions, légèretés, empressemens, mauvaises humeurs, impatiences, rebuts des sœurs, et semblables choses. Je vous supplie trèshumblement, mon père, de veiller sur moi pour me redresser, puisque je n'ai personne qui le fasse. Ce n'est pas que je ne reconnoisse que vous avez beaucouj) d'application à moi, et je ressens les effets de votre charité en toutes les occasions. Mais il me semble que vous ne vous défiez pas assez de moi, croyant peut être mes fautes moins volontaires qu'elle ne sont, comme j'ai sujet de croire par mes fréquentes rechutes.
Celle-ci est pour vous demander en toute humilité votre bénédiction et vos prières pour m'obtenir la grâce d'entrer dans une voie plus étroite et plus solide, car je ne tiens à rien me laissant emporter à toutes sortes de rencontres. Je vous disois ces jours passés dans un billet que j'eusse voulu n'être pas pire que ma sœur Marie-Claire. Il m'est demeuré un scrupule d'avoir dit cela, parce qu'encore que je ne doute point quelle ne soit meilleure que moi, je ne voudrois pas changer mes défauts aux siens, ce qui montre que mes fautes ne me déplaisent pas assez, et que je crains plus celles qui paroissent davantage, quoique plus légères que les miennes.
LU.— A I.NK HKl.KjlKLSt l>K l'uKl-RUVAL. J()|
LII.— A une religieuse de Port-Royal Sur les avantages des maladies, et le Iniit qu'on en doit retirer.
Gloire à Jésus au Très-Saint-Sacrement ! Ce jettdi, 4 octobre 1640.
Ji' suis bien fàcliée, ma très-clière sœur, de vous manquer au besoin. Si on ne craignoit point la fièvre pour moi , je serois souvent auprès de vous pour faire souvenir de ne pas recevoir la frràce de Pieu en vain ; car c'en est une fort avantageuse que delre malado, puisfjii'on appelle les nialidies des visites de Dieu. C'est assez de quoi consoler une personne dans cet état, de se souvenir de cette vérité que Dieu est avec elle, et que sa présence fait en elle tous leselVels à quoi elle désire de contribuer en un autre temps. Tout ce (luel'on fait pour attirer Dieu en soi-même, est fort imparfait et fort intcrtompu; au lieu que la maladie aiiit toujours et éloijxne les empèchemens que nous apportons à lœuvre de Dieu, ne permettant point à l'amoiirpropre de chercher ni de trouver ses .'satisfactions. Il ne faut jlonc |»as se plaindre que cet état nous prive de l'application (ju'il faut avoir à Dieu. Il est vrai (lu'il ne permet pa> de former des |)ensées capables de nous occuper l'esprit; mais il suffit de se souvenir quebjuefois que Dieu nous voit, et que nous sommes rol)jet de sa complaisance si nous souffrons avec une entière soumission à sa volonté. Les jours que vous n'avez point de fièvre, et que vous n'êtes pas néanmoins capable de vous guère occuper ni à la prière, ni à la lecture, ce sera assez de vous tenir en repos, et d'éviter les tiop grandes dissipations qui font tort au corps et à l'esinit. Offrez à Dieu tous les remèdes pénibles ijii'il faut faire dans la maladie, pour satisfaire aux iimuoililications de la sauté (pii seroient bien plus faciles à éviter ; mais parce (pic la mortification est volontaire et qu'on a peu de bonne volonté, ou laisse passer pres(|iio toutes les occasions (|ui s'en |irésentent. l*r<'n(Z garde d'èlre sérieuse ; ce «jiii n'empêche pas (|u'on ne prenne (|uel(juefois du divertissement, mai*; ce ne «loit pas être d'une manière enjouée, et en se servant de paroles et de termes impertinens, comme si l'on étoit dispens»"' datis l'infirmerie de la Liravilé religieuse (|ni
doit accompagner partout. Quand vous aurez quelque besoin, la mère-prieure aura assez de bonté pour vous donner du temps quand vous la ferez prier devons aller voir. Je prie Dieu , ma très-chère sœur, que le fruit que vous aurez tiré de votre maladie vous rende une nouvelle créature quand vous serez retournée dans la santé.
LUI.— A Monsieur l'abbé de Saint-Cyran.
Sur la maladie de Mme Arnauld , sœur Catherine de Sainte-Félicité. Mort de Maie de Feuquières. De Luzancy est blessé d'une chute de cheval.
Ce samedi, 10 novembre 1640.
Mon père, Ma pauvre mère est si malade qu'elle n^en peut plus. Elle souffre des douleurs extrêmes par tout son corps, qui lui durent sept ou huit tieures sans relâche. Elle les a eues une fois onze heures de suite. Elles lui laissoient au commencement la liberté de prier Dieu, mais elles sont devenues si violentes qu'elle ne peut plus rien faire que se plaindre, ce qu'elle fait bien doucement, encore qu'elle ne le croie pas ayant bien peurd'être impatiente. Elle vous supplie très-humblement de l'offrir à Dieu^ et de lui demander pour elle la patience et la (persévérance), pour souffrir jusqu'à la fin de sa vie tout ce qu'il plaira à Dieu. Elle a été saignée sept fois pour ce mal-là depuis cinq semaines. 11 n'y a que ce remède qui la soulage, mais elle ne le pourra pas toujours porter.
Il nous est arrivé deux autres afflictions depuis quatre jours, qui sont la mort de ma cousine de Feuquières dans sa fausse religion, et la blessure du troisième fils de mon frère, qui est page ', lequel est tombé de dessus un cheval et s'est extrêmement blessé à la tête. M. Juif ne désespère pas de sa vie. Il trouve le mal fort grand et long à guérir. On lui a fait d'horribles incisions. Mon fi"ère - n'en sait encore rien. Il est à Saint- Ange. C'est mon frère de Saint-Nicolas' qui l'assiste avec un
1 Charles-Henri Arnauldde Luzancy, lils d'Arnaiild d'Andllly. I.e 22 mai 1642, n'étant âgé que de 20 ans, il renonça au monde et se retira à l'ort- Royal avec ses deux cousins-germains ( le Mailre et de Scricourl), qu'il n'avait point vus, cl ;i qui il n'avait pas même écrit depuis qu'ils avaient quitté le monde.
2 Arnauld d'Andilly.
^ Henri Arnauld, depuis évêque d'Angers.