L. — Â Monsieur Singlin
Elle le remercie de ce qu'il lui avait écrit, lui fait connaître ses dispositioiib, etc.
l'eudrcdi a ne nj heures et demie ; achevée à une heure U dtntic après uiidi.
23 février \VyiO.
Mon père, Je ne pcnsois pas vous donner de la peine ni
vous prendre lanl de temps. l*our le premier il me semble
que l'esprit de Dieu vous est si présent que c'est a vous à <iui
il esl dit : Avant que vous m'invoquiez, je dirai : me voici. Je le
dis, mon père, sans intention de vous donner de la louange,
mais dans l'expérience que je fais (jti'a l'éganl des âmes vous
ne vous méprenez point à leur montrer la voie île Dieu et à
recomidître ce (pi il demande d'elles; et vous devriez, ce me
sc'mbie, a>oir plus de peine a suivre les âmes ipi'a lescdUihiirc;
pui!M|ui> l espiilde Dieu iii «'lies n<; Iciirdoil inspirer «piassu-
jeltissemeni, et à vous direction et connoissance. Je ne m'attendois aussi qu'à trois lignes de réponse, et voire charité s'est étendue à trois pages, de quoi je vous remercie très-lunublement; car encore que je ne les aie pas attendues ni désirées, elles ont été pourtant les bien-venues, hormis l'appréhension que j'ai de me les rendre inutiles.
Pour ce qui est de ma confession, la remise est conforme à mon instinct qui étoit de la faire la semaine prochaine, et je n'avance que pour avoir entendu dire que vous aviez inclination de confesser les premiers jours du carême. Je ne veux pas pourtant dire que je la ferai en ce temps, car ce sera ce qu'il vous plaira ; et bien que j'eusse désiré ne point communier auparavant, je ferai néanmoins ce que vous m'ordonnez de m'en rapporter à M. D., qui est assez porté à m'en priver quand je lui propose, ce que j'avois cessé de faire depuis quelque temps, voyant que vous n'approuviez pas que je m'en retirasse si souvent. Ce que je vous ai dit, mon père, qu'il ne me connoît pas, n'est pas que je veuille dire qu'il me croie plus innocente que je suis, car je pense au contraire qu'il est fort mal édifié de moi, et avec raison ; et je ne désire pas non plus qu'il me soit plus sévère, car je sais bien que je ne le pourrois porter, non-seulement par foiblesse, mais par contradiction d'esprit, trouvant à redire à tout ce qu'il fait, ou peu s'en faut, parce que je m'imagine que son procédé n'est point par conduite de grâce, mais par raison et efforts humains dans lesquels il met les âmes; et c'est ce que j'estime un joug qui charge, et ne soulage point comme fait celui de Notre-Seigneur; au lieu que les paroles de ceux qui sont dans un autre esprit opèrent ce qu'elles signifient, humiliant l'esprit si elles sont de repréhension, l'encourageant s'il est abattu, etc. Je voudrois bien ne point faire ce discernement-là, et je le condamne comme une marque de ma mauvaise disposition qui m'empêche de considérer que c'est Jésus-Christ qui confesse, voulant que cette vérité me soit sensible. Ce n'est donc pas sans raison que je me plains ; et je ne le ferois pas, si ce n'étoit pour dire la raison qui me fait désirer autre chose.
Je ne sais, mon père, comme vous avez reconnu que j'étois dans la défiance de la bonté de Dieu \ers moi, car je le cache
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tant que je puis et à moi-même et aux autres, sachant combien je suis obligée d'espérer en lui qui m'a fait tant de grâces; mais les voyant comme perdues, il est vrai que je craius extrêmement dêlre du nombre de ceux à qui elles ne scr^ iront que decondamuation, et cela même me lait plus craindre (|ue tout le reste, voyant que ma crainte vient de peu de charité, ou pour mieux dire d'amour-propre. Les paroles qu'il vous a plu me proposer ont relevé mon esprit vers Dieu, qui est ce que je tâche de laire quand cela me presse, comme il fait prescjue toujours si je ne suis dans la stupidité, ce qui est encore pire.
Ma sœur Madeleine n'allendoit point de réponse à sa lettre, et il n'y en avoit point aussi, c'est bien assez que vous preniez la peine de les voir; pour moi, je ne prétends que cela (juaud je vous écris des clioses de mou âme, si ce n'est que Dieu vous donne le loisir et l'instinct de m'en dire votre sentiment (jui m'est toujours fort utile. Je suis étonnée, mou père, que vous m'ayez refusé si peu de chose (jue de me passer <lc pain le soir, cela ne m'eût rien coûté du tout. Mais puisque vous ne le voulez pas, je prendrai autre chose.
Ma su'ur de Kolelin nous a écrit; j'aurois besoin de vous parler sur son sujet et sur celui de l'abbesse de Dol : ce sera à votre commodité. Je me recommande à vos saintes prières. C'est demain le jour (jue ma mère a pris l'habit. Klle n'a point comnmnié dejmis la Chandeleur. J'avuis pensé à celte fi-lc qui fait le milieu entre les deux Notre-Dame, mais je ne sais si ce seroit votre sentiment, et il est trop lard de le proposer si on les veut faire conmumier loules.