‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 87 sur 247 · LVIII.— A Monsieur Arnauld d'Andilly · texte numérisé non relu

LVIII.— A Monsieur Arnauld d'Andilly

Qui avail élé iiKiIudf ;i IcxlréiniLé dans le iiiOiue loiiips (lue la mèie Ayucs. Disposilions clircliennes avec lesquelles il faut rentrer dans la vie.

De noire lit, ce M aotU 1642.

Mon très-cher frère , Nous avons rendu nos actions de grâces à Dieu de votre santé avec autant dalVection que nous la lui avions demandée. Je l'ai regardée comme un don de la main de Dieu non-seulement comme auteur de la nature, (|u'il ré[)are connue il lui plaît, mais comme Dieu de la grâce qui vous veut faire être à lui plus que vous n'avez encore été en renouvelant votre corps et votre àme. Je dois tirer la même conséijuence pour moi qui avois mérité la mort et m'étois rendue indigne de vivre ; si Dieu n'eût détourné ses yeux de moi, pour les jeter sur des âmes qui lui sont agréables, qui ont désiré qu'il me laissât encore vivre ; ou Iilulnt c'est moi qu'il a regardée, pour donner lieu à la grâce qu'il me veut faire de lui rendre plus d'amour et de fidélité que je n'ai fait jusqu'à présent. M. R.' donne à tous ses amis cette devise : E'/o aulcm Clirisli. Elle nous doit être main- Icnaut en particulière reconnuandation, ayant été rachetés de la mort par Notrc-Seigneur Jésus-Christ, qui en se donnant à nous en viati(iue a eu dessein de nous nourrir pour la vie présente, et non pour la future, nous réservant, connue j'espère, cette grâce pour une autre fois. C'est encore à nous ((n'appartiennent ces paroles, (ju'/Z faul (jnc ceux qui vivent ne vivoil l'ias à eud-mrmes, mais à relui ([ui es( mort et ressuscité ]tour eux. Je ne vous puis dire, mon cher frère^ combien je me trouve empêchée à ce renouvelh.'ment, (|ui me montre une Noie plus étroite <ine je ne Tavois point encore comprise. Je me promets que Dieu fortiliera mon esprit, quand il aura tout à fait réparé mon corps, et qu'à mêuK! temps (jne je pourrai marcher librement par le monastère, je cnimnencerai a coiuir par la voie de ses commandemens.

Tout ce (jue je désire pour moi-même, je le soidiaile pour

I I/al)bé (le Sainl-Cyran.

VOUS, mon très-cher frère, et je demande à Dien qn'il donne plus de grâces à celui de nous deux qui la doit mieux employer, afin qu'elle ne soit pas reçue en vain, et que nous ne manquions pas de la principale de toutes les grâces, qui est celle de corres[)ondre à la grâce, comme on nous a appris de lui demander tous les jours. Je finis pour mettre ma lettre entre les mains de M. Singlin qui la rendront meilleure qu'elle n'est.

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