‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 99 sur 247 · LETTRES DE LA MÈRE ACNES · texte numérisé non relu

LETTRES DE LA MÈRE ACNES

Bernard, que le juste doit faire dès son premier âge, afin que vous ne vous excusiez pas sur ce que vous êtes encore jeune. La marque de s'être donné à Dieu de la sorte, c'est d'aimer à le prier, de se mettre souvent en sa présence. Je finirai en vous recommandant cette pratique par-dessus toutes choses, parce que l'oraison donne toutes les autres choses, en se donnant elle-même à Dieu. Je suis en lui toute à vous, ma trèschère sœur.

LXVIIL— A une religieuse de Port-Royal.

Que l'esprit de solitude el de sévérité contre soi-même doit rendre les âmes plus dociles,

Ce 24 oo»H 645. Ma très-chère sœur. Je vous demande pardon de n'avoir point répondu à votre billet. Je proposai quand je le reçus de vous y répondre de vive voix; et depuis m'étant trouvée mal et obligée de garder le lit, je vous confesse que je l'ai oublié. Je vous dirai, ma chère sœur, que je ne me souviens point en quels termes je vous ai parlé de vos défauts, il me sembloit à l'heure que je disois vrai ; mais je ne pourrois pas vous répéter ce que je vous ai dit, n'y ayant pensé ni devant ni après. C'est assez que vous y ayez donné créance pour faire en vous l'eifet que l'on désire, qui est de vous retirer d'un esprit particulier qui vous tenoit attachée à vous-même. Si Dieu vous continue la grâce qu'il vous a faite à votre maladie, il réduira au néant cette prétendue justice qui vous rendoit si bornée dans la véritable vertu et mépris de soi-même, qui dépend de l'estime qu'on fait d'autrui. A'ous avez de quoi vous y exercer en rendant une véritable soumission à N... Dieu vous l'a donnée pour supérieure en vous faisant malade. Il n'y a pas obligation de conscience à lui obéir en tout et partout comme à notre mère, et avec la même cordialité et sincérité ; mais il y a obligation de perfection ; et faute de la prendre au plus haut, vous ferez beaucoup de fautes qui seront véritablement fautes, et qui donneront sujet de dire que les plus austères et les plussoHtaires sont les plus volontaires; au lieu que l'esprit de solitude et de sévéïité contre soi-même doit rendre les àuies plus dociles. Dieu vous

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