‹ Lettres de la mère Agnès Arnauld, abbesse de Port-Royal, publiées sur les textes authentiques avec une introduction par m. P. FaugèreChapitre 98 sur 247 · LXVI.— A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte · texte numérisé non relu

LXVI.— A la sœur Marie-Dorothée de l'Incarnation Le Conte

Klle lui U'iiiuijiiie sa joii- de la ii;râce que Dieu lui a faite. — La gralilude esl nu dou de Dieu qui eu auire plusieurs auUes.

Lundi 27 février 16i5, à 3 heurea.

Ma très-chère sœur, J'ai reçu une joie sensible de ce (jue NOUS avez pris la peine de m'écrirc. Car il n'y a rien qui me console tant et que j'admire plus que les effets de la grâce de hicii dans les âme?, lorstpi'il les fait changer d'un état on un autre d'une manière qui ne peut appartenir qu'a lui, qui attend (juelquefois que les choses soient arrivées au point oi'i les créatures n'y peuvent plus rien. Il me semble, ma sœur, que cette rencontre qui vous adonné, connue vous dites, beaucoup de connoissance de votre foiblesse, vous doit aussi donner une merveilleuse confiance en Dieu, qui vous témoigne que vous ètestlu noudtre de cesàmesijiii ne se blessent point (juand elles tombent, parce que Dieu met sa main dessous. Rien n'est tant ca|ial)le d'abaisser une âme en elle-même, et (juand et quand de l'élever vers Di«'u ; car s'il la tire à lui |»ar ses fautes mêmes, quefera-t-il lorsfju'ell»; lui sera fidèle? J'ai encore plus estimé la grâce (jue Dieu vous a faite de lui vouloir être reconnoissanle, que celle de vous avoir assistée, la gratitude étant un don de Dieu (jui en attire plusieurs autres. Vous l'avez établie dans un point (}ui sera fort agréable a Dieu, faisant la charité

* De Sériconrl.

* Henri Arnaultl, abbé de Saint-Nicolas d'Angers.

* l.a mère Marie-Dorolliée de rinciiniatiou Le Coule, naquit en 1610. Klle fui élevée à t'orl-Hoyal, et donna dè^ son eidance de grandes |tar(|ues de vertu. Lile |iril rii;d)il le i.'i luiveinlire ll)'J">, et lit prolession le 7 déeeinbre UiiC. Apirs avoir reiiipli iduvicuis ilts rliarges inférieures, elle fut établie en tti.'iH prieure de l'on Uiival-<les-(.lianqis, cpi <lle gouverna pendant •) ans, étant aidée et («inseillée la plus jirande partie de ce tenip> parla mère .Vngéruiue (pii y denienrail. En KiCO. la mère Marie de l'Incarnatinn Le (.onle fut apfielée .'i j\(ris, où on la lit d'abord preniiéie sous prieure, el prieure à la lin île \*)¥,\. h'.ix Ifitii, ille fut exilée clie/. les lilles

à nos sœurs de leur être une verge veillante pour leur avan cernent k Vous vous ferez le même bien à vous-même en les avertissant. Tâchez de conserver la paix que Dieu vous a donnée par le retranchement de toutes les réflexions que vous faites sur vous-même. Quand il vous revient des obscurcissemens d'esprit, souvenez-vous de l'état où Dieu vous a mise ; et encore que vous ne le sentiez plus, ne croyez pas que Dieu vous en ait privée, puisque ses dons sont sans repentir. Aux mauvais jours, souvenez-vous des bons jours, et espérez qu'ils reviendront encore. Pour moi je ne pourrai jamais douter que Dieu ne vous aime, car il me semble qu'il vous en donne des preuves sensibles. Ne pensez plus qu'à l'aimer, ma chère sœur, et à vous réjouir en ses miséricordes. Je vous supplif très-humblement de le prier pour moi, qui suis toute à vouir par le titre de cette nouvelle grâce qu'il vous a faite.

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Elle lui montre la différence des bons désirs d'avec les désirs imparfaits; et l'engage à se donner à Dieu sans partage.

Ce 22 aoûH 645.

Ma très-chère sœur. Puisque vous désirez que je vous écrive sans m'avoir dit le sujet sur quoi je vous devois parler, je prendrai votre même désir pour fondement de cette lettre, où je désire vous faire voir combien il importe de n'avoir point de désirs qui ne soient bons non seulement en leur fin, mais aussi en leur principe; c'est-à-dire, qu'il ne suffit pas pour désirer une chose que l'on en espère un bon effet, mais il faut tâcher de reconnoître si ce désir a ime borme cause, ce qui ne peut être si Dieu n'en est l'auteur, et qu'il ait inspiré à cette âme de désirer ce qu'elle désire; ce qui fait qu'elle peut dire à Dieu avec David : Seigneur, tous mes désirs sont devant vous, n'en ayant point qui ne viennent de vous, et que je n'expose devant vous pour être purifiée s'il y a quelque

de la Visitation, rue Montorgueil. Au mois de juillet 1665, elle fut réunie avec ses sœurs à Porl-Royal-des-Cliauips. Elle cessa d'être prieure en 1669, et mourut le le"" novembre 167i.

1 La sœur Marie-Dorothée de rincarnaiion était alors sous-mailresse des novices.

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chose du mien. Tous les désirs, ma chère sœur, que nous savons bien que Dieu ne nous a pas donnés, sont des désirs de la chair, quand même ils auroient pour fin le bien de l'âme. Une autre marque de ces sortes de désirs qui, n'étant point de Dieu, naissent de la concupiscence ou de l'amour-propre qui est une même chose, c'est qu'on les cache à soi-même et à ceux qui nous conduisent, de [)eur qu'ils ne soient reconnus pour im|>arfaits; selon ce (jue dit Notre-Sei^neur, que cr/i<» qui f ail mal ne vient point à la lumiérCy et qu'il craint la lumière, de peur que ses œuvres ne soient découvertes : (il en est) au contraire des bons (désirs), qu'on expose à Dieu comme j'ai dit, et à ceux qui nous conduisent, pour en juger.

La troisième marque des désirs imparfaits, c'est qu'ils inquiètent, et qu'on n'a point de repos qu'ils ne soient accomplis : au lieu (jue les bons sont tranquilles et soumis à l'ordre de celui (jui les a donnés.

Je ne dis pas tout ceci, ma chère sœur, pour condamner le désir (jue vous avez eu (pie je vous écrive, ne voulant point juj^'er qu'il soit mauvais, mais pour vous instruire sur ce sujet, sachant que vous avez inclination à désirer plusieurs choses avec beaucou]) d'ardeur; ce (jui vous fait avoir besoin de la maxime du bienheureux évècjue de Genève, qui disoit qu'il avoit fort peu de désirs, et que ce qu'il désiroit, il le désiroit fort peu; ce qui a peut-être été la source de cette admirable tran(|iiillité qui le faisoit paroître connue un bienluureux dès ce monde.

Vous avez bien souvent fort i>eu de paix intérieure; vous y trouverez le remède en modérant vos désirs, vos craintes, vos répugnances, \os prévoyances, et tout ce (pii relire votre esprit du moment jjrésenl auquel il faut s'attacher pour rendre à Dieu ce qu'on lui doit, sans se mettre en peine d'autre chose. Demandez à la sainte Vierge en ce dernier jour de son octave, qu'elle vous obtieiuie la grâce de retirer votre cœur de la nudlitude des désirs, des pensées, des attaches, pour ne chercher ipie l'unité cpii est la meillture part, parce (jue Dieu est un, (|ui nous veut tirer a lui |»ar le rctraucliemenl de tcMitcs les choses ({ui divisent notre cœur et l'emiiêchent de se donner a Dieu sans partage, comme l'on nous disoit, le jour de saint

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