WEBSTER, N.Y
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n44 LETTRES
laisse à penser si ce m'est une affliction bien sensible. C'en est une, je vous assure; ct il n’y a que la pensée du bonheur qu'elle possède, qui me puisse consoler de cette perte. Cette pensée, fondée sur les amabilités de notre divin JESUS en son endroit, a je ne sais quoi de si assuré, que je me sens plus consolée de l'avoir si heureusement perdue, que je n'ai été aflligée de son absence. Elle a vécu en sainte, et elle est morte en sainte. Je l'invoque tous les jours; d'autres le font aussi bien que moi avec dévotion et aussi avec fruit. En un mot, sa mémoire est ici en bénédiction. J'écris à nos Mères la conduite de Dieu sur elle, ses vertus, sa maladie, sa mort, et quelques circonstances remarquables qui l'ont suivie. Ce n'est qu'un petit abrégé fait à la hâte et avec précipitation, aussi est-il sans ordre, et je m'attends bien qu'on y remarquera plus d'affection que de conduite (d'ordre et de suite), mon cœur s'étant seulement porté à produire à nos chères Mères ses véritables sentiments au sujet d'une personne qui leur était si chère, et qu'elles avaient donnée de si bonne grâce à la mission du Canada. Je m'assure que quand vous saurez l'étroite liaison de cette âme sainte avec le sacré Verbe Incarné, vous pleurerez de joie. Je vous prie de me mander ce qui en sera, comme aussi de demander à ce divin Sauveur, qui lui a donné la grâce d'une si abondante sanctification, qu'il m'en donne une semblable. Enfin, votre ange et le mien m'ont devancée en vertu et en tout. Elle a couru à grands pas dans les voies de Dieu, et y a porté sa croix avec ferveur, tandis que je porte la mienne, ou plutôt tandis que je la traine à pas de plomb. Dieu veuille au moins que je la porte dans le dessein de Celui qui y est mort; je suis contente, il me donnera des aîles quand il lui plaira.
Nous avons aussi pensé perdre la Mère Anne de Notre-Dame; mais elle est à présent en meilleur état qu'elle n'a été depuis sept mois que dure sa maladie. Comme c'est une fille propre à tout, sa maladie ne nous a pas peu incommodées; mais la volonté de Dieu est préférable à tout, et nous sommes contentes d'en porter les effets. Je suis en Lui et en son amour votre...
De Québec, le 24 octobre 1652,