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Ce sont des coups du ciel, qui nous disent pu'il faut #humilier sous la puissante main de Dieu (I PETR. v, 6), dont les desseins sont toujours justes, et d'autant plus
adorables que l'exécution en est cachée à nos concep-
tions. Car nous ignorons ce que veut dire ce commencement de croix qui semble tout perdre. Je ne sais si cette
C vine Majesté voulait me disposer à quelque événement
qui peut-être ne serait guère agréable à mon esprit immortifié : car depuis quelque temps il m'a tenue fort plongée dans la vue de ses desseins et secrets juge- Ments, comme aussi de leurs effets dans le temps de leur ordonnance. Je ne comprenais là-dedans qu'abimes cachés à tous les esprits célestes, même les plus élevés. 1 me vint une pensée du Verbe humanisé (fait homme), savoir si comme homme il savait ces grands secrets r” l'étendue de leur infinité. Je pâtissais (j'étais pas-
sive en) ces vues, et il me semblait que pour tout ce qui est au-dessous de la divinité, cet incompréhensible JESUS en avait les connaissances dans une plénitude qui lui est particulière. Alors mon esprit ayant perdu fond dans ces connaissances, il se trouva dans une ignorance qui lui faisait adorer ces grands secrets; et comme perdu dans cet abîme, il lui était montré que JÉsus ayant tous ces dons par le moyen de l'union hypostatique, il avait une science qui nous est incompréhensible; mais que la plénitude de toute science est cachée dans la divinité, qui la communique selon son bon plaisir et à la mesure qu'il lui plaît. Mon esprit demeura si charmé de l'amour des desseins de ce grand Dieu, qu'en cet instant j'acquiesçai de tout mon cœur à leur exécution toute sainte, tels qu'ils pussent être, quoique contraires à mon inclination, à la vie et à la mort, pour le temps et pour l'éternité.
Voici donc, mon très-cher Père, une occasion où il
faut que je sois fidèle, puisque notre divin Maître ne.
permet rien que pour le bien de ses élus. Pour vous, je vous conjure de ne vous point affliger. Attendons un peu; qui sait si de cette affliction il ne naîtra point quelque sujet de joie? Quoi qu'il en soit, je ne veux que ce que cet adorable JEÉsSus voudra. Je ne me lasserai point de lui recommander l'affaire, et s’il ne veut point nous faire la faveur que nous désirons dans l'emploi actuel de cette vocation, j'ose me promettre de son amour qu'il ne refusera pas à nos prières la conversion de ces pauvres sauvages : car quand je devrais mourir en priant, je ne cesserai de l'importuner. Je lui demanderai encore qu'il dispose quelques âmes saintes qui par l'efficace de son esprit, travaillent effectivement à lui gagner ces cœurs qui sont si éloignés de son amour.
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Ma Mère Ursule est constante, et elle n'est pas si … aisée à abattre que vous croyez. Quoique ce grand coup … Jui ait donné de l'affliction, et à moi de l'humiliation, “ nous sommes toujours telles dans le fond que nous … l'avons été dans les commencements.
De Tours, le 29 de novembre 1635.
AU MÊME
a. Elle confesse qu'on doit abandonner les meilleurs projets, quand des obstacles insurmontables montrent que telle est la volonté de Dieu. — Elie encourage dom Raimond à exécuter son dessein.
7 Mon très-révérend Père,
HO MIQeeTE
» Un dessein entrepris pour Dieu se doit aussi laisser … pour Dieu, surtout quand on voit de l'impossibilité à l'exécuter. Puisque le nôtre est de cette nature, j'acquiesce, sans perdre pourtant la volonté de Fembrasser s'il arrive que celui qui est tout-puissant rompe . les obstacles qui s'y opposent; car ce ne sont que des … pailles et des toiles d'araignées qu'il peut détruire en # un moment. Ces empêchements paraissent aux hommes comme des montagnes difficiles à renverser, mais je les … ai toujours regardés, aussi bien que ceux qui les suscitent, comme de petits moucherons qui se dissipent au moindre vent. Je ne me regarde donc plus dans les prétentions du Canada; je ne pense plus à posséder
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à ce coup ce grand, cet aimable, ce souhaitable bien. Je ne laisserai pas d'entrer dans les intérêts de mon Jésus, qui a répandu son sang pour ces âmes abandonnées, et je ne cesserai point de les demander au Père Eternel, afin qu'un jour elles participent au bienfait de notre rédemption. Si ce grand Dieu ne donne des âmes remplies de son Esprit, il n’y a rien à faire; c'est ce que je lui demande plusieurs fois le jour, m'y sentant portée intérieurement, et j'espère qu'il en donnera, dans lesquelles il mettra cette plénitude. O que j'estime heureuses ces âmes ainsi favorisées du Ciel, dont le dessein éternel de Dieu a fait choix pour travailler à une si sainte conquête! Je les aime déjà par avance, puisque la bonté divine leur donne de si grands témoignages de son amour. Pour vous, ce sera à la prochaine flotte quo vous cinglerez en mer pour aller prendre possession de cet heureux pays.
Allez, mon très-cher Père; allez, à la bonne heure. Que le Saint-Esprit vous conduise de ses doux et agréables zéphirs ; je n'en aurai point de jalousie, parce que je me reconnais entièrement indigne de ce bonheur; et je ne regarde en cela que la volonté de Dieu, que je veux aimer et adorer de toute l'étendue de mon affection. L'on met au jour une Relation qui fait espérer que les Hurons embrasseront notre sainte foi. Je ne puis vous exprimer combien mon âme a été consolée de cette nouvelle. Ces peuples ont tenu un conseil, où il a été permis à qui voudra de se faire chrétien. J'en ai tant de joie que cela me fait passer par-dessus beaucoup de mortifications qui m'arrivent coup sur coup. Je vous supplie d'offrir tout cela à Notre-Seigneur. Quoi que je n'aille pas en Canada avec vous, je vous y suivrai en esprit, et je serai inséparablement
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: votre très-humble et très-obéissante fille en Notre- « Seigneur.
De Tours, le 16 de décembre 1635.