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tout d'un coup les fatigues du voyage. Ils avaient fait un vœu dès la France, qu'il leur fut facile d'accomplir dès l'abord : savoir de donner les saints noms de Marie et de Joseph aux deux premières personnes qu'ils auraient l'honneur de baptiser. Joseph est mort bon Chrétien peu de temps après son baptême : Marie est encore en vie; et sa mère qui est la première qui ait apporté des enfants aux Pères, a promis de la laisser entre leurs mains pour la faire instruire. Le nombre des baptisés de cette année monte bien à une centaine, et c'est tout à bon (tout de bon) que l'on va faire un séminaire à Québec.!' Quant à ce qui me touche, le révérend Père Paul Le.Jeune a dessein de faire passer des religieuses en ce pays-là pour instruire les petites filles, et ces bons Pères qui m'ont écrit, en ayant entendu parler, l'ont prié de ne me pas laisser. Il leur a promis de faire pour moi tout ce qu'il pourra; me voilà à présent dans l'espérance et dans l'attente. Si. vous aviez entendu parler ces saints, vous seriez ravi, et vous vous disposeriez à exécuter vos desseins. Admirez, je vous prie, comme ces âmes favorisées du ciel daignent penser à moi tous les jours, à ce qu'ils disent. C'est par une providence de Dieu toute particulière, car je ne les ai jamais vus, ce qui fait que je tiens cela pour une insigne faveur. Allons donc au nom de Dieu, mon cher Père, goûter les délices du paradis, dans les croix qui se trouvent belles et grandes dans la Nouvelle France; dans ce nouveau monde, dis-je, où l'on gagne des âmes au Roi des saints. Mais allons,
(1) On verra plus loin que, par le mot séminaire, il faut entendre une maison pour y instruire les jeunes filles des sauvages. En effet, ce fut le nom que les Ursulines donnèrent au pensionnat de jeunes filles françaises et sauvages, qu'elles établirent à Québec.
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de grâce, vous n'y serez pas si infirme qu'en France, car la charité y fait vivre. Et de plus, quand vous y
mourriez, ne seriez-vous pas bien heureux de finir une *
vie chétive dans l'exercice d'un apôtre? Pour moi j'ai
” tant d'envie d'y aller, que je languirais dans mes désirs, … si la vue de mes indignités ne les abattait et ne me
faisait baisser la tête devant Dieu, dans la crainte de … perdre ce qu'il me donnerait volontiers, si j'avais une
bonne provision de vertus. Faites-moi la grâce, mon
très-cher Père, de prier Notre-Seigneur pour moi, afin qu'il lui plaise de ne me pas rebuter : s'il m'accepte,
je vous verrai en passant, et je vous tirerai si fort, vous et votre compagnon, que j'emporterai la pièce
de vos habits si vous ne venez. Je vous en dirai davan-
: tage à la première occasion, et non quand j'aurai reçu vos réponses : car on met une pauvre Sœur comme moi derrière la porte; c'est ma place, et je l'agrée fort volontiers, comme d'être toute ma vie et de tout mon cœur, votre...
De Tours, le 26 octobre 1636.