AU RÉVÉREND PÈRE DOM RAYMOND DE SAINT BERNARD
À Elle lui apprend le dessein qu'a madame de la Peltrie de fonder un monastère $ d'Ursulines en Canada ; que cette dame la demande pour l'accompagner. — … Difficultés qui se rencontrent touchant le mélange qu'on vouluit faire des religieuses de Paris avec celles de Tours.
Mon très-révérend Père,
Nous sommes dans une affaire où notre révérende Mère et moi voudrions acheter bien cher votre présence. Ce que je vous en dirai demeurera, s’il vous plaît, entre vous et moi, parce qu'elle se traite en secret à cause e son importance. Voici ce que c'est : Notre-Seigneur inspiré à une Dame de qualité et de vertu, de fonder n monastère en Canada pour des religieuses Ursulines, et elle me fait l'honneur de me demander, pour m'em- “mener avec elle, caf elle veut se donner elle-même. usqu'à cette heure son dessein a été de prendre chez ous toutes les religieuses de la fondation, mais lorsu'il a fallu traiter d'affaires, le révérend Père Provincial
72 LETTRES des Jésuites, qui, comme je crois, est engagé de parole, ou du moins d'affection à nos révérendes Mères de Paris, nous traverse sans savoir néanmoins que nous le sachions. Il a donc fait proposer à cette Dame qu'il fallait prendre des religieuses de Paris, à quoi elle a répondu qu'elle me voulait absolument et avant toute autre. Sur cela, et sur ce que le révérend Père de la Haye a dit qu'il était d'avis que j'y allasse la première, il a donné les mains; mais il.a ajouté qu'il suffisait que je sortisse seule d'ici avec une compagne, et que pour
les autres, on les prendrait plus facilement à Paris. :
Et d'autant que ces révérendes Mères font vœu d'instruire, ce que nous ne faisons pas, ces révérends Pères disent que leur règlement est meilleur que le nôtre, et par conséquent qu'il le faudra prendre quand les religieuses de ces deux monastères viendront à s'unir. C'est à quoi notre révérende Mère et moi avons de la peine, car nous trouvons nos règlements aussi bons que ceux-là. Mais bien consentirons-nous, sauf votre meilleur avis, que les unes et les autres demeurent dans l'état où elles sont, jusqu'à ce que nous soyons sur le lieu, où selon la disposition du pays nous ferons des règlements que nous embrasserons toutes unanimement. Dites-nous, s’il vous plaît, votre sentiment ; nous l’attendons par la première poste.
Il se présente encore une autre difficulté. La Dame veut partir cette année, mais elle a toutes les peines du monde de trouver qui veuille acheter son bien secrètemert, ainsi qu'elle désire, afin de n'être point traversée. Je lui ai conseillé, le dernier voyage, d'assurer sa fondation sur le tiers de son bien, selon la coutume, afin d'agir plus librement et de ne rien craindre. Je n'a pas eu encore de réponse. Enfin c'est une affaire qu
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