LETTRE XXXVII
À UNE DE SES SŒURS
Elle la console sur la mort de son mari et lui conseille de demeurer dans l'état de veuvage.
Ma très-chère Sœur,
Je prie Jésus crucifié d'être votre tout pour jamais.
Je ne puis vous dissimuler que j'ai été sensiblement touchée, et que j'ai vivement ressenti votre affliction dans la perte de mon bon frère, que j'aimais uniquement. Il est mort sur la terre et devant les hommes, mais je crois qu'il est vivant dans le ciel et devant Dieu. Vous ne pouvez douter que je n’aie fait pour le repos de son âme tout ce que l'amitié jointe à la charité chrétienne m'a pu suggérer, et que je n'aie procuré pour lui le plus de suffrages qu'il m'a été possible des Apôtres de cette mission. Vous me priez que je demande à Dieu qu'il vous laisse dans l'état où vous êtes. Je l'en prie et le souhaite; mais il faut que vous sachiez, ma très-chère Sœur, que si vous demeurez dans l’état de viduité, votre vie doit être une pratique continuelle de vertus. IL vous faut mépriser toutes les vanités du monde : car, comme dit saint Paul, la veuve qui vit dans les délices est morte, quoiquelle semble vivre aux yeux du monde. Je connais votre cœur et votre naturel porté à faire le bien; je
vous conjure donc, ma très-aimée Sœur, de vous comporter selon le dessein de Dieu sur vous. J'ai été un peu mortifiée de ce que vous ne m'avez rien mandé de l'état de vos affaires; car il faut que vous sachiez que tout ce qui vous touche me touche, et qu’encore que vous soyez fort éloignée de moi, je ne laisse pas de vous offrir à Dieu avec toute votre famille. Je ne vous saurais dire combien je vous aime ; si j'étais riche en mérites vous y auriez bonne part; mais comme j'en suis fort pauvre, je vous offre tous les jours au Père Eternel sur le cœur de son très-aimable Fils Jesus. C'est là que je suis votre...
De Québec, le 2 de septembre 1641.