‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 56 sur 127 · PRE · texte numérisé non relu

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bien aussi que nous étions indignes de cette grâce et qu'elles la méritaient beaucoup mieux que nous. Mais enfin sa puissance et sa bonté se font paraître où il iui plaît, et elles opèrent ses merveilles par qui et en qui il veut. Vous pouvez voir par les Relations que l'on imprime chaque année, les grands sujets de consolation qui adoucissent nos petits travaux par la bénédiction que Dieu leur donne, et par les espérances qui deviennent plus grandes de jour en jour de voir établir et accroître le royaume de Dieu dans les âmes rachetées du sang de JEsUS-CHRIST. C'est ce qui nous augmente le courage, et nous fait prendre tous les jours de nouvelles résolutions de ne point épargner ni nos travaux ni nos vies pour la gloire de Celui qui a employé pour nous ses sueurs ef son sang.

Mais, ma révérende Mère, puisqu'en ce qui nous regarde, il nous est nécessaire, pour exercer les fonctions de notre institut, de subvenir non-seulement aux âmes, mais encore aux corps des filles que nous instruisons, leur donnant le vivre et le vêtir, c'est ce qui me fait prendre la liberté, après vous avoir demandé le secours de vos prières, de vous supplier encore de vouloir nous procurer quelques commodités temporelles, selon les occasions que vous en pourrez avoir. Vous exercerez en cela le grand zèle que Notre-Seigneur vous donne de nous aider à cultiver sa vigne en cette terre étrangère. S'il y a charité et miséricorde, soit spirituelle soit corporelle, qui mérite récompense, j'ose bien vous assurer que c'est particulièrement celleci, parce que où la misère est plus grande, la miséricorde est aussi plus méritoire. Si les pauvres de France tirent quelquefois les larmes des yeux, je puis vous assurer que la vue de nos pauvres sauvages serait

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capable de vous faire saigner le cœur, si vous les pouviez voir, comme nous les voyons, dans le besoin d'instruction pour leurs âmes, et de toutes choses pour le soutien de leurs vies. En France il y a beaucoup de nécessiteux, mais il y a aussi beaucoup de personnes charitables pour les secourir : ici tous sont pauvres et nul ne les peut assister que nous, et quelque petit nombre de gens de bien qui sont passés de France; mais nous sommes pauvres nous-mêmes, et n'avons que par aumônes ce peu que nous avons pour nos nécessités. Vous inférerez de là combien la miséricorde est grande et bien employée à l'endroit de ces pauvres abandonnés.

Je ne vous fais pas l'ouverture des moyens que vous ‘pouvez prendre pour nous aider ; comme serait de contribuer quelque chose par vous-même; de conjurer les autres supérieures de France de faire le même; d'inviter les filles de qualité que vous instruisez, ou bien leurs parents à cette œuvre de charité; et enfin de pratiquer (vous mettre en rapport avec) des personnes pieuses, qui ne demandent bien souvent que des moyens d'employer utilement leurs aumônes. O ma révérende Mère, que ne vous dirais-je pas sur ce sujet! car le désir que j'ai du salut de ces pauvres âmes, et l'extrême nécessité où elles sont, me ferait volontiers aller prier et crier miséricorde pour elles par toutes les rues de nos villes de France, et demander l'aumône de porte en porte pour avoir de quoi subvenir à leur misère; mais je ne crois pas vous en devoir dire davantage, croyaut que c'est assez à une âme que je sais avoir le désir de les secourir pour l'amour de Jésus. Elles sont perdues si elles ne sont aidées; et je sais que vous aimez leur

salut. La confiance que j'ai que vous aimez nos petits

travaux m'a fait prendre la liberté de vous écrire cette

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lettre et m'en donne encore une autre, qui est que si

votre charité s'exerce en notre endroit, et si vous faites

quelque petite cueillette de celles des personnes affectionnées à la gloire de Dieu, vous ayez la bonté d'en faire l'adresse à un très-pieux gentilhomme de Caen, nommé monsieur de Bernières, qui s'employe charita. blement à l'établissement de cette Maison. C'est de quoi nous lui aurons des obligations éternelles, comme aussi à toutes les personnes de France qui feront le même, du nombre desquelles j'espère que vous serez, ma révérende Mère, et plusieurs autres personnes de piété par votre moyen, lesquelles auront autant de part au salut de nos pauvres sauvages qu'elles leur auront fait part de leurs commodités. Et pour mon particulier, j'aurai un nouveau motif de me dire de toute votre communauté, et de vous plus particulièrement, la très-obéissante fille et servante.

De Québec, le 16 de septembre 1642.

Elle lui parle Les Iroquoi:

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