A UNE SUPÉRIEURE DE TOURS
(La Mère Ursule.)
Elle lui parle du zèle des sauvages, tant à recevoir la Foi qu'à la prêcher. — Les Iroquois attaquent les Hurons, qui succombent. — Les Français poursuivent les Iroquois et les défont.
Ma révérende, très-chère et très-honorée Mère,
Si j'ai cherché de la joie à l'arrivée des vaisseaux, c'a été en ce qui me pouvait donner de vos nouvelles et de toutes mes chères Mères. J'en ai reçu à ma grande
consolation, tant par la lettre dont il vous a plu de m'honorer, que de vive voix par le révérend Père Le Jeune, qui à eu la consolation de vous voir, et que Notre-Seigneur nous a rendu, au grand contentement de tout le pays. Il ne peut se lasser de parler de votre chère Communauté, ni de l'estime qu'il fait de votre vertu en particulier. Mais ce n'est pas ici le lieu de parler des nouvelles de France, il faut vous entretenir de celles de Canada.
Tous les sujets du séminaire vous sont acquis en la facon que Dieu le connaît. Nos cœurs, nos prières et nos vœux sont à vous, sans excepter nos petits travaux. Nos petites séminaristes ne vous aiment pas moins que nous; ce sont vos créatures que vous aimez; pourquoi n'aurajent-elles pas pour vous un retour d'affection
et de reconnaissance? Nous en avons eu cette année au-dessus de nos forces, mais notre bon maître nous a fait la grâce de subsister, sans parler du secours que nous avons donné aux sauvages sédentaires, qui ont passé l'hiver proche de nous, et qui faisaient leurs traînées (transports au moyen de traîneaux), en une hauteur suffisante de la neige. Nous avons eu encore un grand nombre de passagers qui étaient presque continuellement à notre grille pour demander, tant la nourriture spirituelle que celle du corps. La providence du Père céleste a pourvu à tout, en sorte que la chaudière était toujours sur le feu, pendant que l'une se vidait, l'autre s'apprêtait.
Les vaisseaux ne furent pas plus tôt partis l'année dernière, que l'on nous amena un grand nombre de filles sauvages pour les disposer au saint baptême dans le séminaire, où ayant demeuré quelque temps, on en baptisa cinq à la fois en notre petite chapelle. Comme elles étaient assez grandes, et capables de comprendre le grand bien que Dieu leur faisait par la grâce de la régénération, elles faisaient paraître à leurs visages et encore plus à leurs paroles, que le Saint-Esprit avait pris possession de leurs cœurs, qui jusques alors avaient été la retraite des démons. Nous y avons encore vu baptiser un grand nombre d'hommes, de femmes et de filles qui faisaient paraître des sentiments si chrétiens, que nos cœurs fondaient de tendresse et de dévotion. Une jeune femme fut tellement transportée dans cette action, qu'aussitôt qu’on lui eut versé sur la tête les eaux sacrées, elle se tourna vers les assistants en s'écriant : « Ah! c'en est fait, je suis lavée. » Il y avait plus de dix-huit mois qu'elle pressait pour être admise au nombre des enfants de Dieu, c'est ce
qui la fit c non-pareil Un jeun ne voulut quittassen Je l'interr notre sain de voir q milliers de cela qu'on chasse, il de sa natio de grands quoi qu'ils et il ne q lequel on | de Pâques, « Ah! me, que faisaisen la main le signe de disais : Aie toi qui me trompe poi rieux de se:
Comme | année tout vages, et il:
Nous eûme le matin du à perte d' Comme not aperçurent :
qui la fit crier si haut avec des tressaillements de joie non-pareils.
Un jeune homme de ceux que nous vîmes baptiser ne voulut jamais partir, quoique tous ses gens le quittassent, qu'il ne fût lavé des eaux du saint baptême. Je l'interrogeai assez longtemps sur les mystères de notre sainte religion, et j'étais ravie de l'entendre, et de voir qu'il en avait plus de connaissance que des milliers de chrétiens qui font les savants. Ce fut pour cela qu'on le nomma Augustin. Durant son séjour à la chasse, il fut contraint de demeurer avec des païens de sa nation, qui est des plus libertines. Ils lui donnèrent de grands sujets d'exercer sa foi et sa patience; mais quoi qu'ils lui pussent dire, ils ne l'ébranlèrent jamais, et il ne quitta point sa prière, qui est le point sur lequel on le combattait. Etant de retour pour la fête de Pâques, je lui demandai comment il s'était comporté. « Ah! me dit-il, le diable m'a grandement tenté. — Et que faisais-tu pour le chasser? — Je tenais, répondait-il, en la main, le chapelet que tu m'as donné, et faisais le signe de JEsus (c'est le signe de la croix), puis je disais : Aïe pitié de moi, JESUS, car j'espère en toi; c'est toi qui me détermines, chasse le diable afin qu'il ne me trompe point. » Ainsi ce bon néophyte demeura victorieux de ses ennemis visibles et invisibles.
Comme le grand fleuve de Saint-Laurent a été cette année tout plein de glace, il a servi de pont à nos sauvages, et ils y marchaient comme sur une belle plaine. Nous eûùmes toute la satisfaction possible, la veille et. le matin du saint jour de Pâques, de les voir accourir à perte d'haleine pour se confesser et communier. Comme nous sommes logées sur le bord de l'eau, ils aperçurent quelques-unes de nous et s'écrièrent : « Dites-
nous si c'est aujourd'hui le jour de Pâques, auquel Jésus est ressuscité? Avons-nous bien compris notre Massinahigan? » C'est un papier où on leur marque les jours et les lunes. « Oui, dimes-nous, mais il est tard et vous êtes en danger de ne point entendre la messe. » À ces mots, ils commencèrent à courir au haut de la montagne et arrivèrent à l'église, où ils eurent encore le temps de faire leurs dévotions. Ils étaient altérés comme des cerfs du désir d'entendre la messe et de recevoir le saint Sacrement, après en avoir été privés près de quatre mois. On les voyait venir par troupes en notre église pour faire leurs prières et rendre leur première visite au saint Sacrement, et nous prier de les aider à rendre grâces à Dieu de ce qu'il les avait gardés durant leur chasse, qu'il leur avait donnée très-bonne.
Un excellent chrétien nommé Charles, dont les Relations parlent avantageusement, fut un des premiers qui arriva la veille de Pâques avec une grande troupe de femmes et de filles pour se disposer à la fête. Après son action de grâce, je lui demandai : « Que veux-tu faire de toutes ces femmes et filles? — Ho, Ningue, me dit-il, c'est-à-dire, ma Mère, je les ai toujours gardées durant la chasse, et je n'avais garde de les laisser seules de crainte qu'il ne leur arrivât accident; nous avons toujours prié ensemble, et elles n'ont point eu d'autre cabane que la mienne. Ce bon homme qui mène une vie de saint n'avait quasi rien rapporté de sa chasse, parce qu'il lui avait toujours fallu nourrir ses hôtesses durant les trois mois de son absence, par un pur zèle de rendre service à Dieu, et pour la conservation de leur pureté. Il eut un zèle apostolique pour aller au Saguenay, afin d'inviter de nouveau sa nation à croire en Dieu. A cet effet il vint me trouver et me dit : « Je
te prie de rapporter:
Je lui den aller aide D'ailleurs, saurait à toujours à gens, et je sans mour mon cruci| dévotion, compagnie et baptiser ceux de sa mis au no qui l'avait outre, fut et de voir sorte qu'en bre, réserv sont pas sc baptême qu Le bon V ayant peu iln'en est f une attentid familier et croit ne rié tiens. Il s'e
(1) On appelle de transporter u parce que le cour la navigation plu
te prie de me prêter un crucifix assez grand, je te le rapporterai, je ferai un coffre exprès pour le conserver. Je lui demandai, qu'en veux-tu faire? — Je veux, dit-il, aller aider le Père de Quen à convertir ma nation. D'ailleurs, il y a des lieux très-dangereux où il ne saurait aller, ce sont des sauts en l'eau où il faut toujours aller à genoux, moi j'y irai pour convertir mes gens, et je ferai ce voyage que le Père ne saurait faire sans mourir.' » Je le louai de son dessein et lui donnai mon crucifix, qu'il baisa et caressa avec une très-grande dévotion, puis il sortit aussitôt pour aller trouver sa compagnie, qui était venue ici pour se faire instruire et baptiser. Ce sauvage devenu apôtre a enseigné tous ceux de sa nation, en sorte qu'ils sont capables d'être mis au nombre des enfants de Dieu. Le Père de Quen, qui l'avait attendu à Tadoussac, n'ayant pu passer outre, fut ravi du zèle apostolique de ce bon sauvage, et de voir un si heureux succès de sa prédication, de sorte qu'en peu de temps il en baptisa un grand nombre, réservant à une autre occasion les autres qui ne sont pas sédentaires, pour ne point hasarder le saint baptême qu'après les avoir bien éprouvés.
Le bon Victor, qui est un de nos meilleurs chrétiens, ayant peu de mémoire, oublie facilement ses prières; il n'en est pas de même de son intérieur, car il est dans une attention continuelle à Dieu et dans un entretien familier et très-intime avec sa divine Majesté; mais il croit ne rien faire s’il ne fait comme les autres chrétiens. Il s'en vient donc à la grille, et à la première
(1) On appelle sauts les endroits où, pour continuer un voyage, l'on est obligé de transporter un canot par terre, soit parce qu'il faut changer de rivière, soit parce que le courant que l'on rencontre étant trop rapide, il faut aller reprendre la navigation plus loin.
138 LETTRES de nous qu'il rencontre, il dit : Hélas! je n'ai point
cet hiver à la chasse avec leurs parents pour les aider dans le ménage et à appréter leur pelleterie. Elles s'appellent
les cantiqu
| d'esprit; fais-moi prier Dieu. Il a la patience de se faire et la trois
| répéter dix ou douze fois une prière, et la croyant bien faisait con. DIE | savoir il s'en retourne à sa cabane, où il n'est pas plus tôt cice. Mais
| | 1 arrivé qu'il l'oublie. Il revient à mains jointes, il con- des pratiqu TT fesse comme un enfant qu'il n'a point d'esprit, et prie deux fois : [al qu'on recommence à l'instruire. Combien pensez-vous àmoi en « FUUt { que cette ferveur est agréable à des âmes qui désirent tout le mo il | la gloire de Dieu et le salut des âmes! Le bon Charles, notre Gouv y dont j'ai parlé ci-dessus, s'accorde des mieux avec celui- particulière qrt ci, car quand il le visite, il lui dit: Prions Dieu, mon dans les b: LU frère. Ils se mettent à genoux et récitent trois ou quatre dévotion et || | fois le chapelet sans se lever. Je n'avais dessein que pas, bien s LE | de vous parler de nos séminaristes, mais comme ceux- France. Le | £ | || ci sont passagers et la plupart du temps à notre grille, si longtemp 1111 il ne m'est pas facile de m'empêcher de parler de leur qu'on leur « ‘Mb ferveur, la charité me liant à nos néophytes d'une ennui. À le | | i étrange manière. fut au très-:
il Nous avons eu trois grandes séminaristes, qui ont été la très-sain
JÉSUS, Ann du printem
Anne-Marie Uthirdchich, Agnès Chabvekveche, Louise nous rendi (At Aretevir. Elles eurent bien de la peine à se résoudre Ah! disaien | LU à ce voyage, parce qu'elles devaient être trois mois et des sacrer IN privées de la sainte messe et de l'usage des sacrements; à qui les de IR mais leurs parents étant de nos principaux chrétiens, on de les retire | . ne les put refuser. Nous les garnîmes autant que la pau- samment in } vreté du Canada nous le put permettre, après quoi elles et pour rom
L nous quittèrent avec bien des larmes. Leur principal de lui écrire
h | office était de régler les prières et les exercices de et me demaï
chrétien, ce qui passe pour un grand honneur parmi les sauvages. L'une réglait les prières et les faisait faire avec une singulière dévotion; la seconde déterminait
dont la prem
« Mon frè
les cantiques spirituels sur les mystères de notre foi, et la troisième présidait à l'examen de conscie, ce et faisait concevoir à l'assemblée l'importance de cet exercice. Mais quoiqu'elles passassent ainsi le temps dans des pratiques de dévotion, elles ne laissèrent pas d'écrire deux fois au révérend Père supérieur de la Mission et à moi en des termes si religieux et si judicieux, que tout le monde admirait leur esprit. Surtout monsieur notre Gouverneur m'en parla avec une consolation toute particulière de voir en des filles sauvages, nourries dans les bois et dans les neiges, des/sentiments de dévotion et une politesse d'esprit qui ne se trouvent pas, bien souvent, dans des filles bien élevées de la France. Le sujet de leurs lettres était que, se voyant si longtemps privées des sacrements, elles demandaient qu'on leur envoyât du secours pour les retirer de cet ennui. À leur retour, la première visite qu'elles firent fut au très-saint Sacrement, et la seconde à l'image de la très-sainte Vierge, à laquelle, comme aussi au petit Jésus, Anne-Marie avait cherché les premières fleurs du printemps pour faire des couronnes. Ensuite elles nous rendirent compte de tous leurs comportements. Ah! disaient-elles, que la privation de la sainte messe et des sacrements nous a été pénible! Noël Tekvermatch à qui les deux premières appartiennent, ayant dessein de les retirer auprès de soi, parce qu'elles étaient suffñsamment instruites, elles en apprirent les nouvelles, et pour rompre ce dessein, elles prirent la résolution de lui écrire. Elles me vinrent déclarer leur sentiment, et me demandèrent permission d'envoyer leurs lettres dont la première était conçue en ces termes :
« Mon frère, je suis résolue de ne m'en pas aller,
c'est une conclusion prise que je veux être vierge, et que je désire aimer et servir en cette maison où je suis Celui qui a tout fait. Je désire, dis-je, y demeurer toute ma vie, pour instruire des filles de ma nation. Si je puis une fois savoir lire et écrire je les enseignerai plus efficacement à aimer Dieu. Apaise-toi, mon frère, apaise ma sœur, car je ne veux plus aller chez toi : adieu | donc, mon frère, je te serai servante tant que je vivrai, et je prierai Dieu pour toi dans la maison des prières. »
Voici la seconde lettre :
« Mon frère, agréerais-tu que je demeurasse pour toujours avec les filles vierges en cette maison? car de || tout mon cœur je souhaite d'être vierge comme elles, ; Il j| et c'est une affaire d'importance pour moi que je sois toujours vierge. Quand je sêrai plus grande, j'instruirai
les filles de ma nation, et leur enseignerai le droit che-
| min du ciel, afin qu'elles puissent un jour, après leur mort, voir Celui qui a tout fait. Voilà pourquoi j'ai résolu de ne m'en pas retourner chez toi, si tu l'agrées,
et de demeurer pour toujours dans la maison des
prières. Prie pour moi, je prierai pour toi tant que je
vivrai et je te serai servante, moi qui suis ta fille
| Anne-Marie. »
Voilà le style dans lequel elles expriment leurs sentiments. Le révérend Père de Quen voyant ces lettres, fut surpris d'une si grande ferveur, les loua et
fl donna de belles instructions : il leur la néan- : moins de suivre leurs parents, ce qui ipêcherait | DE leurs bons desseins, si Dieu en: voulait :exécution. f ersonnes
Nous avons dans notre séminaire des grandes et petites, des filles et des femmes, qu'on nous
donne pou des sauva l'une fut Ô à l'insu de fût aussi
qu'elle fût chrétien, : à cet hom:
avait, s'il :
se fit chr il n'y a pa infidèles, parents de Le révéren bien de la elle rompr pour retou reçûmes nc ou trois jo comme un truite et d pouvaient
car elle ne fit chrétien comme les fient pas v longue épr cabane. Qu allée en qu elle comme la maison | cache de cr.
point s'il n
donne pour plusieurs causes déterminées dans le conseil des sauvages, Nous en avons eu deux cet hiver, dont l'une fut ôtée à un païen qui l'avait prise pour femme à l'insu de ses parents qui sont chrétiens, quoiqu'elle fût aussi païenne. Ces bons néophytes qui voulaient qu'elle fût instruite dans la foi, afin de la donner à un chrétien, ne pouvant souffrir cette injure, signifièrent à cet homme qu'il eût à quitter une autre femme qu'il avait, s'il voulait épouser leur parente, et de plus qu'il se fit chrétien. Il promit de le faire, mais comme il n'y a pas de foi (fidélité aux engagements) dans les infidèles, il manqua à sa parole, ce qui obligea ses parents de lui ôter cette femme et de nous la donner. Le révérend Père de Quen nous dit qu'elle nous ferait bien de la peine, et quil croyait qu'en peu de temps elle romprait la clôture, et qu'elle ferait son possible pour retourner avec ce païen qu'elle aimait. Nous la reçûmes néanmoins avec affection. Elle fût triste deux ou trois jours, puis tout d'un coup elle devint douce comme un enfant; elle désirait ardemment d'être instruite et de recevoir le saint baptême. Ses parents ne pouvaient croire un si grand et si subit changement, car elle ne voulait plus voir son mari qu'en cas qu'il se fit chrétien et que ses parents l’agréassent. Néanmoins comme les sauvages sont changeants, et qu'ils ne se fient pas volontiers les uns aux autres qu'après une longue épreuve de fidélité, ils la retirèrent dans leur cabane. Quelque temps après, cette pauvre femme étant allée en quelque lieu, elle fit rencontre de son mari : elle commence à fuir; il court après, elle entre dans la maison d'un Français; il y entre avec elle, elle se cache de crainte de lui parler; il proteste qu'il ne sortira point s'il ne lui parle. Il lui parle enfin et n'oublie
a A D A T0 D A En mm dr
if | | ; aucune sorte de flatterie pour lui persuader de retourner faire à la [10 avec lui, mais en vain. Il se met en colère, il crie, il exécuter | | {ll | menace de tuer tout le monde si l'on ne lui rend sa de Quen, q NM femme; mais pendant qu'il s'emporte de la sorte, elle Quand il (| 1} fit un petit détour sans qu'il s’en aperçut, et prit sa croyait qu (Al A 1! course vers la cabane de ses parents, et de la sorte elle avait été p |. ! [ll se délivra des mains de cet importun. Pendant qu'elle passé ni j! [1 était ainsi sollicitée, elle disait en son cœur : c'est tout serait bien | f | de bon que je veux croire, je veux être baptisée, j'aime qui mène IT l'obéissance. mande de | | (l Elle dit qu'elle aime l’obéissance, parce qu'on lui avait lui découv | f | défendu de parler à ce païen; et ne pas obéir en ces une doucet | | | rencontres, c'est un crime parmi nos nouveaux chré- l'on veut. 4 | À 1 | tiens. Elle raconte tout ce qui lui est arrivé, mais on Ecoutez, é IE [hi ne la veut pas croire, et on dit constamment qu'elle a l'obéissance 1 ‘na volontairement suivi ce païen, et qu'elle a désobéi au pour cela q |l fl commandement qui lui a été fait. Elle dit qu'elle veut vos enfants (fl (en être baptisée, mais quelque protestation qu'elle fasse, vous en al | (l on tient conseil comment on punirait cette faute. Quel- décharge u fl ‘4 ques-uns disent que pour un exemple perpétuel, il la patiente, et | f fallait condamner à la mort; et que si cette faute demeu- donner cin( À N !: rait impunie, les femmes et les filles imiteraient sa déso- de Quen ent | | béissance. D'autres qui n'étaient pas si fervents (ardents), fort rudeme | repartirent que pour la première fois il y fallait procéder teur, La pe | ll plus doucement, et qu'il suffisait de la condamner à être et tranquill 1 fustigée en publie. La conclusion en fut prise et il ne baptiser. M 1} | restait plus qu’à trouver un exécuteur. Le plus zélé de la rebuta fort "| | 1 compagnie se leva disant : C'est moi qui le ferai. Cepen- te croie, va |! dant la pauvre innocente ne dit mot, mais elle pense levé, et je ti | Il en son cœur que cette peine confusible (humiliante) vères, Nous | | sera une disposition pour son baptême. Voilà toutes les mais le réve IH? femmes et les filles bien honteuses, car par la sentence de toute l'hi HU il elles devaient toutes assister à l'exécution qui se devait Æ Il faut qu
faire à la porte de l’église. On ne voulut pas néanmoins exécuter la sentence sans l'avoir communiquée au Père de Quen, qui étaitalors dans le confessionnal, fort occupé. Quand il fut en état d'écouter, on lui dit le mal qu'on croyait que cette femme avait fait et la résolution qui avait été prise de la punir. Lui sans savoir ce qui s'était passé ni jusqu'où la chose devait aller, repartit que ce serait bien fait, puis il se retira. Voilà donc l'exécuteur qui mène la criminelle à la porte de l'église, lui commande de poser les mains sur la balustrade du pont, et lui découvre les épaules. Elle, sans se plaindre et avec une douceur et affabilité non-pareille, obéit à tout ce que l'on veut. Alors le fervent sauvage élève sa voix, disant : Ecoutez, écoutez, Français, sachez que nous aimons l'obéissance : Voici une de nos filles qui a désobéi, c'est pour cela que nous l’allons punir ainsi que vous punissez vos enfants. Et vous, filles et femmes sauvages, autant vous en arrivera si vous désobéissez. Disant cela, il décharge un grand coup de fouet; compte, dit-il à la patiente, et retiens bien. Il disait cela parce qu'il devait donner cinq coups. Quand ce fut au troisième, le Père de Quen entendant qu'on ne cessait point et qu'on y allait fort rudement, sortit, et fit faire le hola au zélé exécuteur. La patiente se revêtit avec une grande douceur et tranquillité et alla trouver le Père pour le prier de la baptiser. Mais comme il iguorait son innocence, il la rebuta fort rudement en lui disant : Si tu veux que je te croie, va-t-en aux Ursulines demain après le soleil levé, et je te baptiserai avec tes compagnes si tu persévères. Nous ne savions rien de tout ce qui s'était passé, mais le révérend Père nous venant voir nous fit le détail de toute l'histoire.
Il faut que je vous avoue, ma très-chère Mère, que je
pensai me fâcher contre lui, d'avoir laissé fustiger cette pauvre innocente sans arrêter la ferveur inconsidérée des sauvages, mais enfin comme le tout s'était passé innocemment de part et d'autre, il fallut se rire de la simplicité des sauvages, et demeurer édifiés de la patience de la femme. Elle devança le temps et vint me trouver dès la pointe du jour avec une troupe de filles, me disant qu'elle venait attendre le Père pour être baptisée. Je lui demandai si tout de bon elle voulait être au nombre des enfants de Dieu; elle me répond qu'elle n'est venue que pour cela. Mais, lui dis-je, que dis-tu de ce que l'on t'a fustigée? En es-tu bien contente? Oui, repart-elie, j'ai voulu souffrir cet affront pour me disposer au baptême, et j'ai enduré en paix, puisque JÉsus a enduré et payé pour moi. Je vous confesse, ma très-bonne Mère, que j'étais ravie de l’entendre et de voir de si belles dispositions à la grâce. Je l'instruis, j'envoie quérir le Père, il la baptise, et durant la cérémonie elle fit paraître une modestie qui témoignait assez que c'était sans feintise qu'elle poursuivait si courageusement. Je lui fis donner le nom de notre première Mère sainte Angèle, estimant que cela lui était dû, puisque Dieu l'avait convertie dans une maison de ses filles. Je lui demandai ensuite ses pensées sur la grande grâce qu'elle venait de recevoir. Je pensais, dit-elle, au commencement : bientôt je serai lavée ; mon âme sera embellie, et Celui qui a tout fait m'aura pour fille. Lorsque je fus lavée, je dis en moimême : Ah! c'en est fait, je suis fille de Dieu: et durant tout le temps de la cérémonie j'avais dans le cœur un plaisir extrême.
Jugez de là, ma chère Mère, du contentement que nous avons de voir tous ces miracles de la bonté de
Dieu? Com femmes da timents si « extérieur f des biens Canada, et plaisirs de Je vous sont ponctt à s'accuser qu'aucune :
par le moy, cœur qui 1 inclination Pénitence e et pénitence munion, je faire cesser :
que j'en av:
sorte de pér qu'elles vou que c'est ur elles se dis autres la pet seulement de de pénitence Notre bom maintenant « dirai, est cell pagnes huroi grande fervet pour le salut Deux Huro
6 de
Dieu? Comme l'on baptise souvent des hommes et des femmes dans notre chapelle, nous voyons des sentiments si chrétiens dans nos bons néophytes, que notre extérieur fait connaître la joie de nos cœurs; ce sont des biens du paradis qui adoucissent les épines du Canada, et les rendent plus aimables que tous les plaisirs de la terre.
Je vous disais l'an passé combien nos séminaristes sont ponctuelles à faire leur examen de conscience et à s'accuser charitablement les unes les autres, sans qu'aucune s'offense. Elles continuent ce saint exercice, par le moyen duquel elles vivent dans une pureté de cœur qui nest pas croyable. Elles ont encore une inclination très-grande à fréquenter les sacrements de Péaitence et de Communion, s’y disposant avec jeûnes et pénitences. Il y à peu de jours qu'une veille de Communion, je fus contrainte de quitter l'office pour leur faire cesser une rude discipline, qui dura si longtemps que j'en avais horreur. Quand on leur accorde cette sorte de pénitence, ce qu'on ne fait pas aussi souvent qu'elles voudraient, elles tressaillent de joie, croyant que c'est une grâce singulière qu'on leur fait, alors elles se disciplinent tout à bon. J'admire entre les autres la petite Marie-Magdeleine Abatenau, qui, âgée seulement de neuf ans, est aussi ardente à ces exercices de pénitence que les plus âgées et les plus robustes.
Notre bonne Huronne pour laquelle nous souffrons maintenant de très-sensibles croix, ainsi que je vous dirai, est celle qui a le plus aidé cette année ses compagnes huronnes, tant par son exemple que par sa grande ferveur. Il ne se peut voir un plus grand zèle pour le salut des âmes que le sien.
Deux Hurons ayant demeuré cet hiver en ces quar-
tiers pour se faire instruire et baptiser, étaient souvent chez nous pour être enseignés et pour entendre les bons discours, tant de notre néophyte que de la Mère Marie de Saint-Joseph, qui sait la langue huronne. Ils étaient ravis d'entendre l'une et l'autre, ne pouvant comprendre comment une personne qui n'a jamais été en leur pays pût parler leur langue, et comment leur parente pût avoir tant d'esprit, et dire des choses si grandes de Dieu et de notre religion. Ils écoutaient cette jeune fille avec une attention non-pareille, et un jour, comme l'un d'eux était sur le point d’être baptisé, il feignit de ne plus croire en Dieu, et par conséquent qu'il ne lui fallait plus parler de la foi ni du baptême. Alors notre fervente Thérèse (c'est ainsi qu'elle se nomme), commença à s'émouvoir et à lui dire : Comment parlestu? je vois bien que le diable a renversé et troublé toutes tes pensées pour te perdre. Sais-tu bien si tu ne mourras point aujourd'hui, et qu’à l'heure même tu irais en enfer où tu brüûlerais avec les démons, qui te feraient souffrir d'horribles tourments ! Ce bonhomme riait de tout ce qu'elle disait, ce qui lui faisait croire que c'était par un esprit de mépris qu'il parlait. Cela lui fit redoubler son exhortation pour le combattre; mais n'en pouvant plus, elle nous vint raconter sa peine avec larmes : Ah! disait-elle, il est perdu; il a quitté la foi; il ne sera pas baptisé. Il m'a fait tant de peine de le voir parler contre Dieu, que s'il n'y eût eu une grille entre lui et moi, je me serais jetée sur lui pour le battre. Nous fûmes aussitôt pour savoir la vérité, et si v'était tout de bon qu'il parlait; mais nous reconnümes sa feinte, et il nous témoigna que ce qu'il avait fait n'était que pour éprouver la foi et le zèle de notre bonne néophyte.
Nous f Pâques; < aussi dési une mont:
elle dit à cacher cor pour tous toutes, afi tout ce ter seulement prise, et | avis à ses « ver notre ( de la partie firent cha et gardèrei prières et d de leur ret lation, éta nées dans u et gardent passèrent t qu'il les en y allaient) a
Nous avo l'ordinaire, À leur arriv pour nous reconnaissa cantiques d envers vous n'est-il pas !
qu'elles ne
Nous fîmes nos exercices spirituels après la fête de Pâques; quand nous les eûmes finis, notre Thérèse eut aussi désir de les faire. A cet effet, elle se retira sur une montagne qui borne notre clôture; et en partant elle dit à une de ses compagnes : Je m'en vais me cacher comme les filles vierges, et là je prierai Dieu pour tous les sauvages et les Français et- pour vous toutes, afin qu'il vous fasse miséricorde, et pendant tout ce temps je ne parlerai à aucune créature, mais seulement à Dieu. L'autre, bien étonnée de cette entreprise, et tout ensemble bien édifiée, en vint donner avis à ses compagnes, qui toutes ensemble furent trouver notre ermite, et lui dirent qu'elles voulaient être de la partie. Elles la ramenèrent au logis, où elles se firent chacune une petite cellule où elles s'enfermèrent et gardèrent un silence très-exact. Elles firent des prières et des oraisons continuelles durant tout le temps de leur retraite, cé qui nous donna bien de la consolation, étant une chose rare que des filles sauvages, nées dans une liberté étrange, se captivent de la sorte et gardent une solitude volontaire; cependant elles passèrent tout ce temps dans une si grande douceur qu'il les en fallut retirer de force, y allant (vu qu'elles y allaient) avec trop de zèle et de sévérité.
Nous avons eu cette année les vaisseaux plutôt qu’à l'ordinaire, n'ayant été que deux mois à leur voyage. A leur arrivée, nous avons trouvé du rafraichissement pour nous et pour nos séminaristes, qui en sont si reconnaissantes, qu'elles chantent tous les jours des cantiques de louanges à Dieu, et de reconnaissance envers vous devant le très-saint Sacrement. Et cela n'est-il pas bien raisonnable, ma très-chère Mère, puisqu'elles ne sont à Dieu que par le secours de leurs
bienfaiteurs? Les sauvages sont naturellement ingrats, comme nous l'expérimentons en ceux qui ne sont pas encore baptisés; mais pour ceux qui le sont, la grâce dont leurs âmes sont embellies les rend très-reconnaissants, et presque toutes leurs prières et leurs communions se font pour la conservation des personnes de France qui leur font du bien, et qui par leur charité les ont retirées de l'infidélité.
Les vaisseaux étant arrivés, les Hurons se rendirent aux Trois-Rivières sans avoir fait aucune rencontre des Iroquois. Le révérend Père Isaac Jogues, qui avait fait le voyage avec eux, vint jusqu'à Québec avec cinq Hurons, tant chrétiens que catéchumènes, trois desquels, qui étaient les plus considérables, étaient parents de notre Thérèse, et venaient à dessein de la retirer afin de la pourvoir. Durant tout leur séjour à Québec ils
étaient presque toujours ou dans notre chapelle ou
à notre grille ; l'on eût dit à voir la grande modestie de de ces bons néophytes, qu'ils eussent été élevés dès leur enfance parmi des religieux. Ils nous firent des harangues si chrétiennes que nous étions ravies de les entendre parler; il ne se peut voir des remerciements plus humbles que ceux qu'ils nous faisaient pour les soins que nous avions eus de leur parente, depuis deux ans qu'elle demeurait au séminaire. Ils tenaient pour miracle de la voir lire et crire, ce qu'ils n'avaient encore jamais vu parmi eux; ils la voyaient adroïte comme une Française, ils l'entendaient parler deux ou trois sortes de langues, et ils croyaient déjà qu'elle serait l'exemple de leur nation et la maîtresse des filles et des femmes huronnes. Nous la pourvûmes de tout ce qui était nécessaire à son mariage, par le moyen de nos amis, ensuite de quoi il fallut la rendre. Je ne sais en
quiilyae de nous Qq l'exhortati sance qu'e peine que sur la cra fallut se v le révéren Hurons, la ses canots furent pas firent ren passage, ti pauvres H Les voilà :
les Hurons avec deux chrétiens, | un sien co emmenés a
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qui il y a eu le plus de répugnance et de douleur, en elle de nous quitter, ou en nous de la perdre. Mais enfin l'exhortation que lui fit le Père Jogues touchant l'obéissance qu'elle devait à ses parents la fit résoudre. La peine que nous avions à la laisser aller était fondée sur la crainte de ce qui lui est arrivé. Mais enfin il fallut se vaincre de part et d'autre; on l'embarqua, et le révérend Père Jogues qui accompagnait la flotte des Hurons, la mit pour une plus grande sûreté, dans un de ses canots où il y avait trois de ses domestiques. Ils ne furent pas quinze lieues avant dans le fleuve qu'ils firent rencontre des Iroquois qui les attendaient au passage, très-bien armés. Ces barbares attaquent nos pauvres Hurons qui s'accordent de se battre à terre. Les voilà aux mains, mais enfin les Iroquois mettent les Hurons en fuite. Le révérend Père Jogues fut pris avec deux braves Français et quatre de nos principaux chrétiens, parents de notre Thérèse, qui fut liée avec un sien cousin âgé seulement de quinze ans. Ils furent emmenés avec plusieurs, tant catéchumènes que païens, jusqu'au nombre de vingt-huit, qui expérimenteront, sils ne l'ont déjà fait, la tyrannie de ces barbares, si la bonté de Dieu ne les retient. Jugez de grâce, ma très-chère Mère, quelle douleur nous a causé cette triste nouvelle. Le Canada n'avait point encore vu un pareil accident depuis qu'on y prêche le saint Evangile. L'on dit pourtant qu'ils ne tueront pas notre captive, mais qu'ils la marieront à quelqu'un des leurs. Si Dieu conservait le révérend Père et nos chrétiens, on croit que ce serait une ouverture à la lumière de l'Evangile dans ce pays infidèle, mais, selon les apparences humaines, ils sont à présent tous massacrés, et nous avons prié pour les chrétiens comme s'ils étaient morts. Au
même temps un autre parti iroquois prit une compagnie de Hurons, qui venaient faire leur traite proche de Mont-Real, tellement que ces barbares commandent la rivière de toutes parts.
Lorsque les Hurons furent défaits, monsieur notre Gouverneur était aux Trois-Rivières, attendant un vent favorable pour aller construire un fort sur la rivière des Iroquois, par la libéralité de monseigneur le Cardinal. Il avait voulu faire attendre les Hurons afin de leur faire escorte; mais ces bonnes gens, qui ne craignent les dangers que quand ils voient l'ennemi, le remercièrent; et justement ils furent pris proche le lieu destiné à la construction du fort. Monsieur le Gouverneur apprit ces tristes nouvelles lorsqu'il allait partir, mais le mal était sans remède, car ces barbares s'enfuirent, et furent quérir de nouvelles forces, emportant leur butin, qui était de valeur de huit mille livres. Ces barbares ne sachant point que l'on voulait borner leur rivière, firent un fort à une lieue de là, afin d’avoir le chemin libre. Une troupe de trois cents hommes se débanda pour fondre sur les Français et sur les sauvages qu'ils pourraient rencontrer. Cependant monsieur le Gouverneur faisait puissamment travailler à son fort, de sorte que les Iroquois trouvant dans leur che. min ce qu'ils n'attendaient pas, et ce qu'ils n'y avaient pas vu quelques jours auparavant, furent extrêmement surpris. Néanmoins comme ils sont vaillants, et que la mémoire de leur victoire encore toute récente leur enflait le cœur, ils attaquèrent le fort jusqu’à vouloir mettre le pied dedans. La mêlée fut grande, et il y eut bien des coups de part et d'autre. Les ennemis étaient dans leurs barques d’où ils voulaient tout ravager, prenant la commodité des meurtrières du fort pour tirer
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sur les Français. Ces gens qui pensaient rencontrer des fuyards, comme les Hurons et les Algonquins, firent les vaillants au commencement; mais par la bonne conduite de monsieur notre Gouverneur, ils furent mis en déroute avec une telle épouvante, qu'on a trouvé une partie de leurs armes qu'ils avaient jetées cà et là afin de fuir pius légèrement. Il y a eu quantité de leurs gens tués et blessés, comme on a remarqué dans la poursuite qu'on en a faite, les chemins étant pleins de sang, et des écorces où ils portent leurs morts et leurs blessés. Du côté des Français il y a seulement un homme tué et quatre blessés. Les armes de ces barbares, sont : flèches, massues et fusils. Ils avaient justement trouvé dans la capture qu'ils firent des Hurons tout ce qu'il leur fallait pour nous faire la guerre, outre ce qu'ils avaient eu des traîtres Hollandais. Jamais ils n'avaient osé attaquer les Français dans leurs forts, et sans la rencontre de celui-ci, on dit qu'ils se seraient jetés sur celui de Mont-Réal et sur les Trois-Rivières. Si monsieur notre Gouverneur n'eût été sur le lieu, tout était perdu, car il n'y fût resté que trente ou quarante hommes qui n'eussent peut-être pas été des plus soiyneux. Sa présence a tout mis à couvert, car il avait trois barques bien équipées avec son Brigantin et environ cent hommes d'armes. L'on a trouvé proche de ce fort, auquel on a donné le nom de Richelieu, une place où ces barbares ont fait brûler des hommes, mais on ne sut si ce sont de nos captifs ou d'autres, On a trouvé au même lieu douze têtes peintes en rouge, qui est une marque que ceux-là seront brulés; six autres peintes en noir, qui est un indice que ceux-ci ne sont pas encore condamnés, et une seule élevée au-dessus des autres, qu'on croit être celle du bon Eustache,
grand capitaine huron, qui avait été baptisé depuis peu de temps, et qui avait fait merveille pour soutenir notre sainte foi. C'était le plus grand ennemi des Iroquois, et qui remportait souvent des victoires sur eux. Lorsqu'il fut pris, ils firent un cri de joie épouvantable : quoiqu'il se laissât prendre volontairement afin de mourir avec le révérend Père Jogues et avec les Fran. çais qui l'accompagnaient; car comme on lui disait : Tu te peux sauver. Non, dit-il, je n'ai garde, je veux mourir avec les Français. La haine de ces barbares est trop grande contre lui pour l'épargner, et il ne faut pas douter qu'ils ne le fassent mourir d'une mort horrible.
Notre Thérèse, non plus que son cousin, n'était point peinte comme les autres; c'est une marque qu'ils ne sont plus liés, et qu'ils la garderont libre parmi eux. Pour le reste des vingt-sept, on croit qu'ils ont été brûlés. L'on n'en recevra des nouvelles certaines que par quelques fugitifs : car tout ce que je viens de dire nous à été rapporté par quatre femmes qui se sont sauvées, d'un grand nombre d'Algonquins qui furent pris l'hiver dernier par les Iroquois. Ils tuèrent tous les hommes, €. réservèrent environ vingt femmes pour remplacer un pareil nombre des leurs, que les Algonquins avaient fait mourir peu de temps auparavant. Celles-ci s'étant sauvées, celles qui restent peuvent bien trembler, car on croit qu'ils les feront brûler, comme ils firent brûler leurs maris et leurs enfants en leur présence.
Vous verrez par la Relation combien les diables sont enragés de voir le progrès du christianisme ici et aux Hurons. C'est pour cela qu'ils font révolter ceux qui ne sont pas chrétiens contre ceux qui le sont. Ces bons néophytes présentent généreusement leurs têtes et celles
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de leurs enfants sous la hache pour le soutien de la foi. Dieu leur donne tant de courage qu'ils ne font point d'état de la vie quand il faut soutenir le parti de JÉsus- CarisT, pour lequel ils sont outrageusement persécutés. [l y a peu de temps que les démons déclaraient leur rage tout haut par la bouche des païens qu'ils possèdent; et ils avaient en quelque façon prédit le massacre qu'ils viennent de faire des Hurons par les mains des Iroquois. Mais quoi qu'ils fassent, ils sont contraints de céder la place au Roi légitime des nations, dont le royaume croît d'une telle manière que nous en sommes consolées. Remerciez-le des grâces qu'il nous fait. Priez-le pour nos bons néophytes, et particulièrement pour nos captifs et pour moi qui vous suis en lui une servante tout acquise.
LETTRE XLVIT.