A UN DE SES PARENTS
Qui lui avait donné avis de la retraite de sa nièce dans la religion. —
Elle l'exhorte d'embrasser le mème parti.
Monsieur,
La paix et l'amour de Jksus pour mon très-humble et très-affectionné salut.
J'ai reçu vos trois lettres, que je n'ai pu lire sans répandre des larmes de joie, y voyant de si puissants eflets de la miséricorde de Dieu sur ma chère nièce.
Je ne puis cesser d'admirer cette Providence, ni les admirables inventions dont elle se sert pour attirer les âmes, et leur faire faire un entier divorce avec le monde. Elle m'a écrit quatre lettres toutes pleines de reconnaissance pour les secours qu'elle a reçus de vous; elle m'a fait aussi le récit d'une partie de ses aventures : mais surtout elle s'étend sur les grands désirs qu'elle a d'être bonne religieuse. Elle a de bonnes qualités pour cela, mais il lui en coûtera de bonnes mortifications, à cause de la grande habitude qu'elle a de faire sa propre volonté. Car encore que ce ne soit qu'en des choses indifférentes, ces choses néanmoins étani du monde, où la nature se porte faciiement, cette inclination se tourne bientôt en nature, c'est-à-dire, en une habitude qui ne se perd pas en un jour, à moins d'une grâce fort extraordinaire. Elle a pour maîtresse des novices ma révérende Mère Françoise de Saint-Bernard, ce qui me donne une joie toute particulière, à cause de sa grande expérience et de sa singulière vertu. C'est elle aussi qui m'a reçue en religion, et elle m'a tant fait de bien, que je puis bien la reconnaître pour ma véritable Mère. On m'a dit que, pour m'obliger, elle avait accepté cette charge, afin d'avoir elle-même le soin de cette enfant, laquelle certes doit appartenir à Dieu par beaucoup de titres. Elle n'est venue au monde qu'après un grand nombre de vœux, de prières et de bonnes œuvres pratiquées pour la demander à Dieu. Elle à aussi été offerte à la sainte Vierge, qui, peut-être, la veut donner pour épouse à son Fils, après l'avoir retirée des tromperies du monde qui la lui voulait ravir. Pour vous, si vous étiez tel que je vous souhaïte, vous posséderiez le vrai dégagement que vous désirez, et
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par ce moyen vous seriez plus particulièrement à Dieu. C'est ce que je lui demande pour vous avec d'autant plus d.nstance, que je vous vois en des dispositions toutes propres à ce dessein.' Puisque vous vous êtes retiré de toutes les affaires du monde, qui ne sont que des épines propres à étouffer l'esprit de Dieu dans les âmes qui s’y portent avec empressement, quelle doucur ne serait-ce pas pour vous, après tant d'afflictions que sa Providence a permis vous arriver? Car ce ne sont pas des choses arrivées par hasard, ce sont des moyens qu'elle vous a envoyés par une douce sévérité, afin de vous détacher de tout, et de vous attacher à lui seul. En quelque état que vous soyez, je vous supplie de vous souvenir de rioi devani Dieu, puisque je n'ai
point de plus grand contentement que d'être, et de me dire en lui, votre...
De Québec, le 16 août 1644.
() Claude Martin dit que ces vœux furent exaucés.