‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 62 sur 127 · LETTRE L VI · texte numérisé non relu

LETTRE L VI

A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION

(La Mère Marie Gillette Roland.)

Elle lui parle de la pureté de la foi des sauvages convertis, et du zèle qu'ils ont

ä-punir les coupables.

Ma très-chère et bien-aimée Mère,

JESUS, notre très-doux et très aimable Epoux, soit À jamais la consolation de votre cœur.

Vous êtes toujours ma chère Sœur, et en cette qualité vous m'êtes toujours présente auprès de notre

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très-bon Maître. Je suis consolée de ce que vous avez vu le révérend Père Le Jeune, et nous ne l'avons pas moins été de le revoir en notre Canada, avec nos deux chères Sœurs qui sont arrivées heureusement avec lui, ayant fait une traversée fort courte.’ Elles nous ont apporté de vos nouvelles de vive voix, ce qui nous à donné une particulière consolation.

Vous désirez, ma chère Sœur, savoir des nouvelles de nos bons néophytes. Ils sont dans la ferveur, plus que jamais inexorables à ceux qui s'éloignent de leur devoir et qui dégénèrent de la pureté de la foi. L'un d'entr'eux ayant commis une faute considérable contre les bonnes mœurs, les cheïs le voulaient tout à fait chasser de leur bourgade, et firent leur possible auprès de M. le Gouverneur et des révérends Pères pour empêcher qu'il n'y demeurât, quoiqu'il eût fait une confession publique de sa faute. Car, disaient-ils, il attirera le diable parmi nous; il est cause, avec sa jeunesse, que Dieu nous quitte, et qu'il nous punit par nos ennemis. D'autres qui avaient été excités à boire par des Français, et qui avaient traité avec eux pour des boissons enivrantes, en sorte que quelques jeunes gens en furent pris, furent privés trois jours entiers de l'entrée de l'église à la sollicitation des anciens. Les innocents ont aidé les coupables à faire cette pénitence. Ils allaient deux fois le jour de compagnie à la porte de la chapelle faire leurs prières avec une grande humilité, mais ils n'y entraient pas. Les anciens, non contents de cela, condamnèrent les coupables à

(1) Elle parle de deux Ursulines de Tours, la Mère Anne Compain de Sainte- Cécile et la Mère Anne Le Boue de Notre-Dame, qui étaient venues prendre part à la mission du Canada. La première ne put se faire à la rigueur du climat et elle revint en France après onze ans de séjour 4 Québec,

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lamende, qui était d'un certain nombre de peaux de castor destinées à acheter de quoi parer l'autel de Celui qui a tout fait, afin de l'apaiser. Cette pénitence est ordinaire et sert beaucoup à retenir dans le devoir ceux qui n'ont pas des intentions tout à fait pures. Ils donnent à Dieu les prémices de leurs champs au temps de leur récolte. Enfin quoiqu'ils soient continuellement persécutés de leurs ennemis, leur foi n'en est que plus forte : vous le verrez dans le récit que j'en fais à nos Mères, où je leur parle, tant de la disposit.on de notre séminaire, que des particularités de toute cette nouvelle Eglise, pour laquelle je vous supplie de continuer vos prières et de porter votre sainte communauté à y joindre les siennes.

De Québec, le 12 août 1644.

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