L'ONS
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cureront que les Hurons viennent au plus tôt, afin qu'ils mettent les armes bas comme les Agnirognons, pour témoigner que nous voulons être amis d'Ognoté et qu'ils seront les enfants d'Ononthio. Cet Ognoté est une petite nation que les Iroquois ont peuplée et qu'ils appellent pour ce sujet leurs enfants.
Le onzième. Pour les remercier de ce que nous voyons le Père Jogues, et que nous espérons revoir le Père Bressani.
Le douzième. Voilà pour servir de collier à Onatkemater de Totranchoron.
Le treizième. C'est pour demander la petite Thérèse Hurone, et un jeune Français captifs aux Iroquois.
Le quatarzième. Pour les assurer que nous regardons les Santoneronons (ce sont des nations iroquoises) et les autres nations qui leur sont alliées, comme leurs parents et les nôtres.
Après que l'interprète de M. le Gouverneur eut cessé de parler, Pieskaret se leva, et fit un présent, en disant à haute voix que c'était une pierre qu'il mettait sur la fosse des trénassés, afin qu'on ne remuât plus leurs os, c'est-à-dire, afin qu'on ei: perdit la mémoire, et qu'on n'en tirât point vengeance.
Noël Negabamat se leva ensuite, et dit qu'il présentait quelques peaux d'orignal, pour faire des souliers aux ambassadeurs, afin qu'ils ne se blessassent point dans leur retour. Il présenta trois peaux d'orignal, puis continua son discours, disant qu'il désirait ensevelir et couvrir les morts, et les retirer du cœur et de la pensée de leurs parents, afin de leur en ôter la douleur. Il conclut, disant que sun cœur n'étant qu'un avec celui le son frère aîné Ononthio, il ne faisait aussi qu'un présent avec le sien. Pour conclusion, on tira trois
coups de canon pour chasser le mauvais air de la guerre et pour se réjouir du bonheur de la paix.
Après cette cérémonie, un Huron d'un esprit mal tourné, abordant l'ambassadeur Iroquois, lui voulut jeter quelque défiance des Français; mais il lui repartit : J'ai le visage peint et barbouillé d'un côté, mais de l'autre il est net. Je ne vois pas bien clair du côté que je suis barbouillé; de l'autre j'ai bonne vue. Le côté barbouïllé est le côté des Hurons, je n’y vois goutte; le côté net est le côté des Français, j'y vois bien clair. Ayant dit ces paroles, il se tut, et imposa silence à cet esprit mal fait.
Le soir, avant le départ des Iroquois, le révérend Père Supérieur des Jésuites les fit venir en leur maison, où il leur fit des présents conformes à leur inclination, savoir chacun un chalumet avec du petun (tabac). Le grand Iroquois ayant recu le sien, parla en ces termes : Quand je suis parti de mon pays, jai abandonné ma vie, et me suis volontairement exposé à la mort, si bien que je vous suis redevable de ce que je suis encore en vie. Je vous remercie de ce que je vois encore le soleii; je vous remercie de ce que vous nous avez si bien traités; je vous remercie de vos bons discours; je vous remercie de ce que vous nous avez couverts depuis les pieds jusqu'à la tête; je vous remercie enfin de vos beaux présents. Il ne nous restait plus de vide que la bouche, voilà que vo:.: la remplissez d'une chose que nous aimons fort. Je vous dis donc adieu; quand nous mourrions en chemin, et que nous serions noyés dans le lac, les arbres porteraient de vos nouvelles en notre pays, et quelque élément donnerait avis du bon traiteinent que vous nous avez fait, Je crois même que quelque génie nous a déjà devancés, et que
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l'on ressent déjà de la joie dans le pays des Iroquois pour le bon accueil qüe vous nous avez fait.
Le lendemain, qui était le 15 de juillet, sur les dix heures du matin, le grand Iroquois voyant tous ses gens erabarqués, et les sauvages aussi bien que les Français sur le bord de l'eau, il s'écria : Adieu, mes frères, je suis de vos parents, je vais porter de bonnes nouvelles en mon pays; puis s'adressant à M. le Gouverneur, il lui dit : Ononthio, ton nom est grand par toute la terre; je ne pensais pas remporter ma tête, que j'avais hasardée, ni qu'elle dût sortir de vos portes : mais bien loin de l'avoir perdue, je m'en retourne chargé d'honneur et de bienveillance. Mes frères, dit-il aux sauvages, obéissez bien à Ononthio, et aux Français; leurs intentions sont bonnes, et vous ne sauriez mieux faire que de suivre leurs avis. Au reste, vous aurez bientôt de nos nouvelles, attendez-moi. Là-dessus les sauvages firent une salve d'arquebusades, et le fort tira le canon, et ainsi se termina l'ambassade. Dieu veuille par sa bonté en tirer sa gloire.
Je me remets à écrire ce 27 de septembre, pour vous dire la suite de cette affaire. Les Iroquois partant d'ici furent accompagnés de deux Français qu'on leur donna, pour marque qu'on ne se défiait pas d'eux. Avec cette escorte, ils furent reçus dans leur pays, où la paix fut ratifiée de tous avec une satisfaction nonpareille. Ils ont été de retour, selon leur promesse, vers le 18 de septembre, et ont fait un nouvel accord avec les Hurons et Algonquins de l’île, et ce qui nous a été plus agréable que toute autre chôse, ils ont demandé des Pères pour les instruire en leur pays. Il se pourra faire que, ceux qui y ont déjà répandu leur sang, seront chargés de cette mission; mais c°a nest pas encore bien assuré.
La paix avec ces barbares peut passer pour un miracle du Ciel; car humainement parlant, on ne la pouvait espérer, pour les grands obstacles qui se rencontrent en leurs façons d'agir! Nous en avons donc toute l'obligation à Dieu. qui par ce moyen ouvre la porte à l'Evangile dans toutes ces nations. Vous pouvez juger de là si nous n'avons pas des joies indicibles de cette haute grâce, et de ce que nous sommes à la veille de voir le royaume de Dieu s'étendre sur tous les peuples infidèles de notre Arnérique. Nous qui avons vu et expérimenté les persécutions des infidèles, ressentons doublement. la douceur qu'il y a de se voir délivré d'un joug aussi pesant et aussi contraire à la gloire de Dieu qu'était celui-là. Demandez à Dieu la solidité de cette paix, car le diable, qui va être chassé de son empire, jouera de son reste pour la troubler, ce qui serait pire qu'auparavant.
Au reste, nos néophytes ressentent vivement cette faveur du ciel, d'où Notre-Seigneur fait découler sur eux des grâces si extraordinaires, qu'on en voit déjà des eflets continuels de vertu. L'un d'eux, en suite d'une vision que Notre-Seigneur lui a donnée, a causé de grandes conversions, jusqu'à faire des pénitences publiques, que les sauvages faisaient d'eux - mêmes pour l'horreur qu'ils avaient de leurs péchés passés. Cela continue encore à présent, et celui qui a eu la vision, ne se peut empêcher de prêcher à ses compatriotes ce qu'il a vu Cette vision est de Notre-Seigneur qui lui a apparu, et qui, après lui avoir montré ses plaies sacrées, lui a fait voir la gloire des bienheureux,
, (1) Cette paix paraissait sincère; peut-être l'était-elle; mais on verra plus loin, daus la Lettre LXXXI, avec quelle perfidie er quelle férocité les Iroquois
brisèrent leurs engagements,
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et les peines des damnés, avec la juste raison qu'il a de châtier les hommes, qui ne font pas un bon usage du bienfait de la Rédemption. Il lui a encore révélé plusieurs secrets touchant l'état des sauvages décédés, et la disposition de quelques-uns, qui étaient encore en vie. Or cet homme parle de tout cela avec un zèle merveilleux; il reprend les sauvages, et leur dit ce qu'il a vu écrit d'eux dans un livre que Notre-Seigneur lui a fait voir; et comme ils ne peuvent démentir leur conscience, ils se condamnent eux-mêmes à la pénitence. Tout ceci arriva dans un lieu où plusieurs nations étaient assemblées, lesquelles apprenant ce qui s'était passé, en demeurèrent si épouvantées et si touchées, que plusieurs 8e convertirent et pleuraient sans relâche.
Les révérends Pères Poncet et Brissani (qui sont deux excellents missionnaires) sont allés aux Hurons. Ce dernier, qui a tant souffert des Iroquois, a mendié de l'étoffe pour faire des robes à ses tyrans, nous les avons faites, et il les leur a envoyées. Il les aime ardemment et soupire que le sort tombe sur lui pour leur aller porter la parole de la vie éternelle, pour la temporelle qu’ils lui ont voulu ôter, car il a souffert mille morts en douleurs et en angoisses tant intérieures qu'extérieures. Ah! qu'il fait bon appartenir à JEsUus- CHRIST, et imiter les exemples de ce divin Prototype (premier modèle)! on sait rendre le bien pour le mal, et quand on en a le pouvoir, on le rend au centuple. Nous espérons avoir des filles Iroquoises avec notre
| captive qu'on nous doit rendre. Si ce bon Père nous
amène ces petites harpies, qui ont aidé à le tyranniser, nous les chérirons beaucoup, puisqu'elles ont aidé à ce grand serviteur de Dieu à gagner de si précieuses couronnes : Car nous voulons entrer dans ses senti-
ments, et faire voir à nos ennemis que nous ne savons nous venger qu'en rendant des biens pour des maux.
De Québec, le 14 de septembre 1645.