LETTRE LXXXI
AU MÈME
Rupture de la paix par les Iroquois. — Précieuse mort du Révérend Père
Isaac Jogues. — Progrès de l'Evangile. — Exemples de vertu de quelques
particuliers.
Mon très-cher et bien-aimé fils, Fos .
Puisque je vous mande tous les ans les grâces et les Gb bénédictions que Dieu verse sur cette nouvelle Eglise, M} ? DA BTE il est bien juste aussi que je vous fasse part des afflic- is Haine tions qu'il permet lui arriver, Il nous console quelque. M P?"7" ü fois comme un père amoureux, et quelquefois il nous Toutes i châtie comme un juge sévère, et moi plus particulière- sait ce qi ment, qui irrite sa colère plus que tout autre par mes profits LL infidélités continuelles. Il nous a fait ressentir cette qu'ils dis année la pesanteur de sa main par une affliction bien oublier ic sensible à ceux qui ont du zèle pour le salut des âmes. M‘ Conjur C'est la rupture de la paix par les perfides Iroquois, d'où M Même ter s'est ensuivie la mort d'un grand nombre de Français MR ‘101Ses et de sauvages chrétiens, et surtout du révérend Père Souontou: Jogues. leur conju Ce qui a porté ces barbares à rompre une paix que Cepend nous croyions si bien établie, c'est l'aversion que quel M ‘ Change ques Hurons captifs leur ont donnée de notre foi et de visiter te la prière, disant que c'était ce qui avait attiré toutes M 10! avait de son sa
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de maladies contagieuses, et qui avait rendu leurs chasses et leurs pêches plus stériles que lorsqu'ils vivaient selon leurs anciennes coutumes. Quasi au même temps la mortalité s'est attachée à leur nation et répandue dans leurs villages, où elle a moissonné beaucoup de leurs gens en peu de temps; et le mauvais air y à engendré une espèce de vers dans leurs blés, qui les a presque tous rongés. Ces fâcheux accidents leur ont facilement persuadé que ce que les Hurons captifs leur avaient dit était véritable. Le révérend Père Jogues étant allé les visiter pour leur confirmer la paix de la part de M. le Gouverneur et de tous les chrétiens, tant Français que sauvages, avait laissé à son hôte pour gage de son retour une cassette, dans laquelle il y avait quelques livres et quelques meubles d'église; ils crurent que c'étaient des démons, qu'il avait laissés parmi eux, et qui étaient la cause de leurs malheurs. Toutes ces rencontres jointes à leur infidélité, qui ne sait ce que c'est que de tenir la foi, et à la perte des profits qu'ils avaient coutume de faire par les victoires qu'ils remportaient sur leurs ennemis, leur ont fait oublier toutes les promesses qu'ils nous avaient faites, et conjurer la perte de leurs anciens adversaires. Au même temps ils ont envoyé des présents aux nations iroquoises supérieures, savoir aux Onondageronons, Souontouaronons, et autres, afin de les attirer dans leur conjuration, où ils sont facilement entrés. Cependant M. le Gouverneur, qui ne savait rien de ce changement, disposa des Français pour les aller visiter avec quelques Hurons. Le révérend Père Jogues, qui avait déjà commencé à arroser cette terre ingrate de son sang, se joint aux uns et aux autres pour leur
saires dans le voyage. Ils partirent des Trois-Rivières
le 24 de septembre 1646, et arrivèrent aux Iroquois Agneronons avec beaucoup de fatigue, le 17 d'octobre de la même année. A leur arrivée ils furent traités d'une manière qu'ils n’attendaient pas. L'on n'attendit pas seulement qu'ils fussent entrés dans des cabanes pour les maltraiter, mais d'abord on les dépouilla tout nus, puis on les salua de coups de poings et de bâtons, disant : Ne vous étonnez pas du traitement qu'on vous fait, car vous mourrez demain, mais consolez-vous, on ne vous brûlera pas; vous serez frappés de la hache, et vos têtes seront mises sur les palissades qui ferment notre village, afin que vos frères vous voient encore,
quand nous les aurons pris. Ils virent bien à la réception !
qu'on leur faisait, que les esprits étaient aigris à un tel point qu'il n’y avait plus de grâce à espérer. C'est pourquoi ils se disposèrent à la mort dans le peu de temps qui leur restait. Le jour suivant néanmoins se passa doucement, ce qui fit croire que ces barbares
étaient un peu adoucis. Mais sur le soir un sauvage |
de la nation de l'Ours menant le Père Jogues dans sa cabane pour le faire souper, il y en avait un autre derrière la porte, qui l’attendait, et qui lui déchargea un coup de hache dont il tomba mort sur la place. Il en fit autant à un jeune Français nommé Jean de la Lande, natif de Dieppe, lequel s'était donné au Père pour le servir; et au même temps ce barbare leur coupa la tête qu'il érigea en trophée sur la palissade, et jeta les corps dans la rivière. C'est ainsi que ce grand serviteur de Dieu 4 “onsommé son sacrifice. Nous l'honorons comme un martyr; et il l'est en effet, puisqu'il a été massacré en détestation de notre sainte foi, et de la prière que ces perfides prennent pour des sortiléges
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et enchantements. Nous pouvons même dire qu'il est trois fois martyr, c'est-à-dire autant de fois qu'il est allé dans les nations iroquoises. La première fois il n'y est pas mort, mais il y a assez souffert pour mourir. La seconde fois il n'y a souffert et n'y est mort qu'en désir, son cœur brûlant continuellement du désir du martyre. Mais la troisième fois Dieu lui a accordé ce que son cœur avait si longtemps désiré. Il semblait que Dieu lui eût promis cette grande faveur, car il avait écrit à un de ses amis, par un esprit prophétique : J'irai etn'en reviendrai pas; et de là vient qu'il attendait ce. bienheureux moment avec une sainte impatience. Oh! qu'il est doux de mourir pour JEÉsus-CurisT! C'est pour cela que ses serviteurs désirent de souffrir avec tant d'ardeur. Comme les saints sont toujours prêts à faire du bien à leurs ennemis, nous ne doutons point que celui-ci, étant dans le ciel, n'ait demandé à Dieu le salut de celui qui lui avait donné le coup de la mort, car ce barbare ayant été pris quelque temps après par les Français, il s'est converti à la foi, et après avoir reçu le saint baptême, il a été mis à mort avec les sentiments d'un véritable chrétien.
Après ce carnage et la mort de tous ceux qui avaient accompagné ce révérend Père, ces barbares se mirent aussitôt en campagne pour surprendre les Français, les Algonquins et les Hurons avant qu'ils en eussent appris la nouvelle, et qu'ils eussent le loisir de se mettre en défense. Ils vinrent jusques à Montréal, où ils prirent trois Hurons et deux Français. Ils pillèrent quelques maisons françaises qui étaient un peu à l'écart, et enlevèrent tout ce qu'ils y trouvèrent, tandis que les personnes étaient allées à l'église faire leurs dévetions. Deux Algonquins des Trois-Rivières étant allés avec
leurs femmes à deux lieues de là, quérir un élan tué par un Huron, tombèrent entre leurs mains. De cette capture a suivi la désolation de tout le pays: car ces barbares ayant appris de leurs captifs que les Algonquins étaient partis pour leur grande chasse, et qu'ils s'étaient divisés en deux bandes, dont l’une était allée du côté du nord et l’autre vers le sud, ils se divisèrent pareillement en deux bandes. Il ne leur fut pas difficile de trouver ce qu'ils cherchaient, parce que les vestiges de tant de personnes les menèrent droit aux cabanes où ils étaient. Ils n’y trouvèrent néanmoins que les femmes, les enfants et le bagage. Ils se saisirent de tout et continuèrent leur chemin pour aller chercher les hommes. Ils rencontrèrent le fameux Pieskaret, qui s'en retournait seul à la négligence, mais bien armé. Et parce qu'ils savaient bien que c'était un homme qui vendrait sa vie bien cher, et qui était capable, quoiqu'il fût seul, de leur faire de la peine, ils feignirent de venir en amis lui rendre visite, Il les crut facilement, ne les voyant que dix, et dans cette créance il commenca à chanter sa chanson de paix. Mais comme il se défiait le moins, l’un d'eux le prit par derrière et le perça d'un coup d'épée, dont il tomba mort sur la place. Ils enlevèrent sa chevelure, comme d’un capitaine considérable, et allèrent chercher les autres, qu'ils trouvèrent et prirent sans peine, n'attendant rien moins qu'un accident si funeste. Ils les menèrent au lieu où étaient leurs femmes et leurs enfants. Il ne se peut dire combien les uns et les autres furent saisis de douleur, se voyant tous captifs, lorsqu'ils croyaient la paix bien établie, et leur liberté très-assurée.
Ceux qui étaient allés du côté du Sud, firent une pareille capture. Ils trouvèrent nos bons chrétiens et
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néophytes, lorsqu'ils venaient de décabaner (plier et emporter leurs tentes ou cabanes) pour enfoncer davantage dans les bois, et qu'ils étaient chargés de femmes, d'enfants et de bagages; ce qui ne leur donna pas le loisir de se mettre en défense. Marie néanmoins, femme de Jean-Baptiste, qui marchait des dernières avec son fils, les ayant aperçus comme ils se jetaient sur un Huron qui faisait l'arrière-garde, cria à son mari de hâter le pas pour avertir ceux qui marchaient les premiers de se mettre en état de se défendre : mais lui qui était vaillant, et qui ne savait ce que c'était que de fuir, prit ses armes, et tua le premier Iroquois qui marchait en tête, mais il fut aussitôt renversé par ceux qui le suivaient. Ces barbares enveloppèrent tous les autres, afin qu'aucun n'échappât. Mais le bon Bernard, homme vaillant et généreux, tua le premier qu'il eut à la rencontre; mais comme il ne fut pas secondé, il fut massacré sur le lieu, et tous les autres pris et menés au lieu où les Iroquois s'étaient donné le rendez-vous avant que de se séparer.
Le lendemain, ceux de l’autre bande arrivèrent au même lieu avec leur proie, faisant les cris et les huées qu'ils ont coutume de faire quand ils mènent leurs prisonniers en triomphe. Tous nos bons chrétiens se voyant réunis dans un même malheur, liés, meurtris, couverts de plaies, ne se purent parler que par des regards d'une mutuelle compassion, puis ils baissèrent la vue, ayant le cœur plongé dans la douleur et dans l'amertume. Jean Taouichkaron, qui était un excellent chrétien, ne perdit point cœur dans une désolation si universelle. Il se leva du milieu de ses frères captifs, et d'un maintien assuré, d'un regard constant, d'une
voix ferme, il leur dit ces paroles : Courage, mes frères, LETTR. M. 22
ne quittons point la foi ni la prière; l'orgueil de nos ennemis passera bientôt; nos tourments, pour grands qu'ils puissent être, ne seront pas de durée, et après les avoir endurés avec patience, nous aurons un repos éternel dans le ciel. Que personne donc ne branle dans sa créance; pour être misérables, nous ne sommes pas délaissés de Dieu. Jetons-nous à genoux et le prions de nous donner courage et patience dans nos travaux. A ces paroles, non-seulement les chrétiens et les catéchumènes, mais encore leurs parents se jetèrent à terre, et l’un d'eux disant les prières à haute voix, les autres le suivaient à leur ordinaire. Ils chantèrent ensuite des cantiques spirituels pour se consoler avec Dieu dans l'affliction profonde où sa Providence les avait réduits. Les Iroquois même, tout fiers qu'ils étaient, les regardaient avec étonnement. L'un d'eux néanmoins s'étant mis à rire, Marie, femme de Jean-Baptiste, dit avec une gravité chrétienne à un renégat qu'elle reconnut : Dis à tes gens qu'ils ne se moquent point d'une chose
si sainte : c'est notre coutume de prier Celui qui a tout !
fait, dans les afflictions qu'il nous envoie; il châtiera ceux qui le méprisent, et toi particulièrement qui as été si lâche que de lui tourner le dos. Les autres se moquèrent de ce qu'elle disait, mais celui-ci reçut un reproche secret de sa conscience, qui lui fit baisser la tête sans dire mot, et respecter les prières qu'il avait autrefois proférées.
Les autres chrétiennes ne furent pas moins constantes parmi les railleries et les brocards de ces infidèles; elles faisaient faire le signe de la croix à leurs enfants à la face de leurs ennemis, et leur faisaient dire leur chapelet avec les doigts, ces barbares leur ayant pris toutes les marques et tous les instruments de leur dévotion, Avant
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que de passer plus avant ils brûlèrent tout vif un chrétien qui avait été blessé d'un coup dangereux, de crainte qu'il ne mourût en chemin d'une mort trop douce. Nous avons appris que ces barbares, plus cruels que les bêtes féroces, crucifièrent avant que de partir de ce lieu un petit enfant âgé seulement de trois ans, qui avait été baptisé. Ils lui étendirent le corps sur une grosse écorce, et lui percèrent les pieds et les mains avec des bâtons pointus en forme de clous. Oh! que cet enfant est heureux d'avoir mérité en son état d'innocence l’honneur de mourir d'une mort semblable à celle de JÉsus-CHRisT!
à Qui ne porterait envie à ce saint innocent, plus heureux,
dans {M i mon avis, que ceux dont la mort honora la naissance
de notre divin Sauveur?
Cette troupe affligée fut conduite au pays des Iroquois, où elle fut reçue à la manière des prisonniers de guerre,
MA c'est-à-dire avec une salve de coups de bâton et des
tisons ardents dont on leur perçait les côtés. On éleva deux grands échafauds, l'un pour les hommes, l’autre pour les femmes, où les uns et les autres furent exposés tout nus à la risée et aux brocards de tout le monde. Ils demandèrent le Père Jogues, les chrétiens pour se conlsser, et ies catéchumènes pour se faire baptiser. On ne répondit à leurs prières qu'avec des railleries; mais quelques anciennes captives Algonquines s’approchant doucement de ces théâtres d'ignominie, leur dirent qu'on l'avait tué d'un coup üe hache, et que sa tête était sur les palissades. A ces paroles ils virent bien qu'ils 1e pouvaient attendre un plus doux traitement, et que l'ayant aucun prêtre pour se confesser, c'était de Dieu seul qu'ils devaient attendre du secours et de la conso-
lation dans leurs souffrances.
En effet, après qu'ils eurent été le jouet des grands
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et des petits, on les fit descendre pour les mener dans les trois bourgs des Iroquois Agneronons. Dans l'un on leur arrache les ongles, dans l'autre on leur coupe les doigts, dans l'autre on les brûle, et partout on les charge de coups de bâton, ajoutant toujours de nouvelles plaies aux premières. On donna la vie aux femmes, aux filles et aux enfants, mais les hommes et les jeunes gens qui étaient capables de porter les armes furent distribués en tous les villages pour y être brûlés, bouillis et rôtis. Le chrétien dont j'ai parlé, qui faisait les prières publiques, fut grillé et tourmenté avec une cruauté des plus barbares. On commença à le tyranniser avant le coucher du soleil, et on le brûla toute la nuit depuis les pieds jusqu'à la ceinture : le lendemain on le brüla
depuis la ceinture jusqu'au col : on réservait à lui brûler &
la tête la nuit suivante; mais ces tyrans voyant que les forces lui manquaient, jetèrent son corps dans Île feu, où il fut consumé. Jamais on ne lui entendit proférer une parole de plainte, ni donner aucune marque d'un cœur abattu. La foi lui donnait de la force intérieurement, et lui faisait faire au dehors des actes de résigna-
tion à la volonté de Dieu. Il ievait sans cesse les yeux f
au ciel, comme au lieu où son âme aspirait, et où elle devait bientôt aller. Vous l’appellerez martyr, ou de quel autre nom il vous plaira; mais il est certain que la prière est la cause de ses souffrances, et que la raison pour laquelle il a été plus cruellement tourmenté que les autres, est qu'il la faisait tout haut à la tête de tous les captifs.
. Nous avons appris toutes les particularités que je À
viens de rapporter de quelques femmes qui se sont sauvées, et particulièrement de la bonne Marie, femme de Jean-Baptiste, dont j'ai déjà parlé. L'histoire de sa
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où elle de quel a prière pn pour que les de tous
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fuite est assez considérable pour vous être écrite. Elle avait déjà été une fois prisonnière aux Iroquois Onondagneronons, en sorte qu'elle fut reconnue par quelquesuns de ceux d'Onondagné, qui la prièrent de sortir de la bourgade où elle était, feignant lui vouloir dire quelque bonne parole. Etant sortie, ils l'enlevèrent partie de force, partie de gré, lui faisant voir qu'étant sortie de leur village, elle y devait retourner. Après qu'elle eut consenti à leur volonté, ils la cachèrent dans le bois avec promesse de venir la prendre le lendemain, comme ils firent. Ils devaient passer par Ononioté, d'où était celui qui l'avait prise prisonnière, et à qui elle appartenait par le droit de la guerre. Ceux qui l'avaient enlevée, craignant qu'elle n’y fût reconnue et arrêtée, la cachèrent dans le bois, la couvrant d'un sac pour la
| déguiser, et lui donnant quelques vivres pour manger
durant la nuit. Après s'être un peu reposée, elle s’approcha du village à la faveur des ténèbres. Elle entendit les huées et les clameurs des Iroquois, qui faisaient brûler un homme de sa nation. Il lui vint dans l'esprit, quon lui en ferait autant dans la bourgade où on la menait et d'où elle s'était sauvée, parce que les sauvages pardonnent rarement aux fugitifs. Sa pensée lui semblait d'autant mieux fondée, que quelques jeunes gens l'ayant bien considérée, s'étaient demandé l'un à l’autre quelle partie de son corps serait le plus à leur goût. L'un d'eux avait répondu que ses pieds cuits sous la
cendre seraient fort bons. Comme elle entendait la lanu-
gue, ayant été captive en leur pays, elle fut tellement effrayée, sans pourtant le faire paraître, qu'elle crut qu'il n’y avait que la fuite qui la pût garantir de la mort. Elle prend donc la résolution de fuir, et à l'heure même elle prit sa course vers son pays tirant du côté
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d'Onondagrié, et prenant le chemin frayé, de crainte de donner connaissance de sa route par ses vestiges si elle eût pris des chemins écartés. Elle se cacha dans le bois tout proche du village dans une tanière fort épaisse, où elle demeura dix jours et dix nuits, n'osant passer outre, car elle voyait souvent les Iroquois passer tout proche d'elle; elle vit même ceux qui l'avaient enlevée. Elle en sortait néanmoins la nuit pour aller chercher dans les champs voisins quelques épis de blé d'Inde, qui étaient restés de la moisson, afin de faire une provision de vivres. Quelque recherche qu'elle pût faire, elle n'en put ramasser plus de deux petits plats, qui lui devaient servir pour plus de deux mois que devait durer son voyage. Cette grande nécessité lui fit perdre cœur, et ce qui mit le comble à ses ennuis fut qu'un grand Iroquois s'en vint un jour droit à elle la hache sur l'épaule; alors croyant qu'il n'y avait plus de vie pour elle, elle se disposa à la mort par la prière, mais Dieu permit que cet homme étant proche d'elle, se détourna tout court pour entrer dans le bois. Cette protection de Dieu ne lui releva pas néanmoins le cœur, car elle voyait que si elle s’en fût retournée en son pays, elle fût morte de faim dans les forêts et dans les neiges. De retourner à Agnié, d'où on l'avait enlevée, elle ne pouvait éviter le feu, comme une fugitive à qui on venait de donner la vie. Si elle eût pris le chemin d'Onondagné, où on la voulait mener, elle avait déjà entendu prononcer sa sentence. Si enfin elle fut restée en sa tanière, ou elle y fût morte de faim, ou elle n'eût pas tardé d'être découverte.
Voyant donc que la mort lui était inévitable, elle crut par une erreur de sauvage qu'elle ferait une bonne action de se la donner elle-même, et de s'en procurer
arbre.
la corde les yeux rément, veut sa fuite ; il
s'enfonce que le pe à la vue solitudes,
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pour trot était trop en sucer écorce, qi dire com néanmoir ceux qui une hach Cet instr
rainte ges si dans e fort 'osant passer vaient aller le blé | faire le pût plats, 8 que lui fit 1is fut à elle t plus prière, d'elle, Cette cœur, pays, eiges.
Ile ne enait agné,
pronière, d'être
, elle onne urer
une plus douce, Après donc avoir fait sa prière, et s'être recommandée à Dieu, elle prit sa ceinture, et se l'étant mise au col avec un lacet coulant, elle se pendit à un arbre. Mais Dieu, qui excuse facilement les erreurs des innocents, permit que celle-ci, qui pensait continuellement en lui, ne reçût aucun mal, le poids du corps ayant rompu la corde. Elle ne laissa pas de remonter dans l'arbre, et de se pendre une seconde fois, mais la corde rompit comme à la première. Alors elle ouvrit les yeux pour voir la protection de Dieu sur elle. Assurément, dit-elle, Dieu ne veut pas que je meure, il me veut sauver la vie; il faut donc que je me sauve à la fuite ; il est vrai que je n'ai pas de vivres, mais n'est-il pas assez puissant pour m'en donner? C'est lui qui nourrit les oiseaux de l'air, c'est lui qui donne à manger aux bêtes des forêts, sa bonté n'est-elle pas assez grande pour s'étendre jusqu'à moi, qui crois et espère en lui. Là-dessus elle fait sa prière, suppliant Notre-Seigneur de la conduire; et sans tarder plus longtemps, elle s'enfonce dans ces grandes forêts, sans autre provision que le peu de blé qu'elle avait glané. Elle se conduisait à la vue du soleil, qui lui servait de boussole dans ces solitudes, où il n'y avait point de routes ni de chemins.
M Après qu'elle eut mangé sa provision, elle gratta la terre
pour trouver quelques racines tendres : quand la terre était trop dure par la gelée, elle mordait les arbres pour en sucer l'humeur (la sève), et en manger la seconde écorce, qui est plus tendre que la première. Il ne se peut dire combien elle souffrit de froid et de faim. Dieu néanmoins, qui n'abandonne jamais dans la nécessité ceux qui ont confiance en lui, permit qu'elle trouvât une hache dans un lieu où les Iroquois avaient cabané. Cet instrument lui sauva la vie. Premièrement elle
trouva l'invention de faire un fusil de bois, avec lequel
elle faisait du feu pendant la nuit, et l'éteignait à la
pointe du jour, de crainte que la fumée ne la découvrit, Elle trouva ensuite de petites tortues, dont elle fit provision. Avec ce petit ravitaillement elle sabsista quelques jours : car le soir ayant fait ses prières, elle passait la nuit à manger, à se chauffer et à dormir, et elle passait tout le jour à cheminer et à prier Dieu. Elle rencontra des Iroquois qui allaient à la chasse; mais ils ne la virent pas. Ils avaient laissé un canot sur le bord de la rivière à dessein de le reprendre à leur retour; elle se jette dedans et l'emmène, et depuis ce temps-là elle n'eut plus que du divertissement (des incidents heureux), Ôôté (excepté) l'inquiétude d’être rencontrée de ses ennemis et l'incertitude du lieu où elle était. Elle se trouva enfin dans le grand fleuve de Saint-Laurent dont elle suivit le cours pour se rendre au pays des Français. Elle allait d'île en île, où elle trouvait quantité d'œufs d'oiseaux, dont elle mangeait dans la nécessité. Elle fit une longue épée de bois dont elle brûla le bout, afin de la durcir, et se servait de cet instrument pour prendre des esturgeons de cinq ou six pieds de long. Elle tua quantité de cerfs et de castors : Elle les faisait lancer dans l'eau, puis elle entrait dans son canot pour les poursuivre : les ayant atteints, elle les tuait avec sa hache, et quand ils étaient aux abois, elle les tirait à bord et prenait des chairs autant qu'elle en avait besoin, en sorte qu'arrivant à Mont-Réal, elle en avait encore une assez bonne provision. Lorsqu'elle approcha de l'habitation, l'on fut au-devant pour reconnaître qui c'était. On reconnut aussitôt que c'était Marie Kamakateouingouetch femme du bon Jean-Baptiste Manitounagouch. On ne savait si l'on devait se
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réjouir lequel p dite qu'e mena à sauvages et qui l'a fit beauc ce qu'ell pouvait ses pare fait pleur eux où aimés. M mais le s pour les un peu r premiers prise de arrivé de Plusieurs liberté se :
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réjouir ou pleurer en la voyant, et elle-même ne savait lequel prendre de ces deux partis; car elle était si interdite qu'elle ne pouvait ni rien faire ni rien dire. On la mena à madame d’Aiïlleboust, Gouvernante, à qui les sauvages ont donné le nom de Chaouerindamaguetch, et qui l'avait toujours beaucoup aimée. Cette dame lui ft beaucoup de caresses, et elle et ses demoiselles firent qu'elles purent pour la consoler, lui disant qu'elle pouvait bien essuyer ses larmes, puisqu'elle était avec ses parents et ses amis. Et c'est, dit-elle, ce qui me fait pleurer, de me voir avec les personnes et dans les lieux où mon mari, mon enfant et moi avons été tant aimés. Mes larmes étaient taries il y avait longtemps, mais le souvenir de notre amitié m'a ouvert les yeux pour les faire sortir en abondance. Après qu'elle se fut un peu reposée, et qu'elle eut payé à la nature les premiers sentiments de son affection, elle raconta la prise de nos bons néophytes, et tout ce qui leur est arrivé depuis, en la manière que je viens de l'écrire. Plusieurs femmes à qui les Iroquois avaient donné la liberté se sont encore sauvées de leurs mains et nous ont confirmé les mêmes choses, et dans les mêmes circonstances.
Depuis ce temps-là les Algonquins se sont toujours tenus sur leurs gardes, ét il y a toujours quelque acte l'hostilité entre eux rt les Iroquois. Un Algonquin de h petite nation s'étant embarqué avec sa femme dans un canot, pour aiier dire à ses compatriotes qu'ils se tennent sur leurs gardes, et que les Irsquois avaiont pris et massacré leurs parents proche des Trois-Rivières, lne fut pas bien avant dans le fleuve qu'il découvrit in canot, où il y avait sept ou huit Iroquois. Il äit isa femme qu'il avait envie de l’attaquer pourvu qu'elle
voulût bien le seconder, à quoi la femme repartit qu'elle le suivrait volontiers, et qu'elle voulait vivre et mourir avec lui. À ces paroles, ils s’animent l’un et l’autre, et à force de bras avancent le plus qu'ils peuvent vers le canot des ennemis. Mais avant que d'être découverts, ils remarquèrent que ce canot était accompagné de quatre autres remplis d'hommes, qui faisaient des acclamations comme des gens victorieux. Cette rencontre lui fit changer de résolution, il prend terre de l’autre côté du fleuve, d'où, comme s’il fût venu du côté des Iroquois, il tira un coup de fusil, comme pour donner avis de ! son arrivée et s'informer de l'état de leur chasse. Ceuxci croyant que c'était quelque troupe de leurs gens, s'écrièrent quarante fois avec effort: Héé! tirant à chaque fois un coup de fusil. Il connut par là qu'ils avaient quarante prisonniers de sa nation, et sans per:
temps, il alla prendre sa femme qu'il avait laissée à l'autre bord, et tous deux vont en diligence donner avis de ce qu'ils avaient vu à quelques personnes qu'ils M avaient quittées il n’y avait pas longtemps, les exhortant À de ne pas perdre l'occasion de se venger de leurs À ennemis, et de délivrer leurs frères captifs. Sept jeunes M hommes de la compagnie s'offrent de l'accompagner, et sans différer ils voguent après les canots Iroquois. Afin de ne rien faire témérairement, ils se glissent à 4 la brune pour découvrir l’état des ennemis. Ils remar- # quèrent qu'ils avaient cinq canots, dans chacun des- ! quels il y avait plus d'hommes capables de se défendre, À qu'ils n'étaient pour les attaquer. C'est pourquoi ils crurent qu'il les fallait prendre pendant la nuit, lorsqu'ils
na eg à à oral
seraient dans leur premier sommeil. L'ordre qu'ils réso- 1
lurent entr'eux de tenir dans leur attaque fut que deux # se jetteraient dans chacun destrois vaisseaux qui étaient $
d'elle les plus grands et les plus remplis, et deux dans les deux ourir ! autres. Les choses étant ainsi conclues, les chrétiens re, et (4 firent leurs prières, et tous sur la minuit se jetèrent vers JM sur les Iroquois, tuant et frappant tous ceux qui se verts, # rencontraient. Les ennemis s'éveillant anx coups, et 16 de 4 nentendant et ne voyant rien, s'écriaient: Qui êtesaccla- 4 vous? Mais les autres ne répondaient qu'à coups de re lui 4 haches et d'épées. Un grand Iroquois se sentant percé > côté dun coup d'épée, court sur celui qui l'avait frappé, quois, #4 et le colletant rompt son épée; l'autre se débarrasse de vis de ses mains, et le voyant sans armes, a recours aux Ceux- M pierres. L'Iroquois le poursuit encore et l'allait prendre, gens, M si son second qui vint au secours ne lui eût donné un ant à M coup dont il mourut sur la place. Le carnage fut grand, qu'ils et l'obscurité de la nuit le rendait encore plus horrible. pertre Il y eut dix Iroquois morts sur le lieu, un grand nombre ssée à @ de blessés, les captifs délivrés, et tout le bagage pris. donner M Ceux qui avaient été mis en liberté dirent à leurs qu'ils 4 libérateurs : Fuyez, mes frères; car il y a ici proche
ortant leurs
un grand nombre d'Iroquois cachés, et si le jour vous trouve ici, ils vous traiteront pour le moins aussi mal jeunes que vous avez fait à leurs frères. A ces paroles ils enlepagner, vèrent ia chevelure aux morts, et jetèrent dans le fleuve oquois. A boutes les peaux et marchandises, qui étaient en grande sent à M quantité, parce qu'ils avaient pillé plusieurs nations remar- #4 qui s'étaieat jointes aux Hurons pour venir en traite n des- Æ chez les Français.
endre, M Les Iroquois qui étaient cachés avaient encore d'autres ls cru- Æ prisonniers, entre lesquels il y avait une femme qui squ'ils Æ ft un coup bien hardi. Il y avait plusieurs jours que s réso- M tes barbares la traînaient après eux avec leur inhuma- » deux M uité ordinaire. Durant la nuit ils l'attachaient à quatre étaient M pieux fichés en terre en forme de croix de saint André,
de crainte qu'elle ne leur échappât. Une certaine nuit elle sentit que le lien d'un de ses bras se relâchait; elle remua tant qu'elle se dégagea. Ce bras étant libre délia l'autre, et tous deux détachèrent les pieds. Tous les Iroquois dormaient d'un profond sommeil, et la femme qui avait envie de se sauver marchait par-dessus sans qu'aucun s'éveillât. Etant prête de sortir, elle trouva une hache à la porte de la cabane; elle la prend, et transportée d'une fureur de sauvage, elle en décharge un grand coup sur la tête de l'Iroquois qui était proche, Cet homme qui ne mourut pas sur l'heure, remua et fit au bruit qui éveilla les autres. On ailume un flambeau pour voir ce que c'était. Trouvant cet homme noyé dans son sang on cherche l'auteur de ce meurtre, mais quand on eut vu que la femme s'était échappée, on crut qu'il n’en fallait pas chercher un autre. Les jeunes gens courent après, mais en vain, car elle s'était cachée dans une souche creuse qu'elle avait remarquée le jour d'auparavant, comme étant proche de la cabane. Elle entendait de là tout le bruit que faisaient ces barbares
sur la mort de leur camarade. Mais le tumulte étant | apaisé, et les gens qui la cherchaient étant allés d'un # côté, elle s'encourut de l'autre. Le jour étant venu, ils ! allèrent tous de côté et d'autre pour tâcher de décou- k vrir ses vestiges; ils les trouvèrent, et quelques-uns
d'eux la poursuivirent deux jours entiers avec tant de diligence, qu'ils vinrent jusqu'au lieu où elle était. Elle se croyait déjà morte, ne sachant plus où se
cacher. Elle rencontre un étang où les castors faisaient 4
leur fort. Ne sachant plus où aller, elle se jette dedans, y demeurant presque toujours plongée et ne levant la
tête que de fois à autre pour respirer, en sorte que À ne paraissant point, les Iroquois désespérèrent de la #
trouver, partis. $ jours da d'écorce même, « avec des temps ei nage, m£ des bois écorces cordes.
fleuve, e allait, ju:
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trouver, et s'en retournèrent au lieu d'où ils étaient partis. Se voyant en liberté, elle marcha trente-cinq jours dans les bois, sans autre habit qu'un morceau d'écorce dont elle se servait pour se cacher à ellemême, et sans autre nourriture que quelques racines avec des groseilles et fruits sauvages, qu'elle trouvait de temps en temps. Elle passait les petites rivières à la nage, mais pour traverser le grand fleuve, elle assembla des bois qu'elle arracha, et les lia ensemble avec des écorces dont les sauvages se servent pour faire des cordes. Etant plus en assurance de l'autre côté du fleuve, elle marcha sur ses bords sans savoir où elle allait, jusqr'à ce qu'ayant trouvé une vieille hache, elle se fit un canct d'écorce pour suivre le fil de l'eau. Elle rencontra des Hurons qui allaient à la pêche, mais ne sachant s'ils étaient amis ou ennemis, elle se jeta aussitôt dans le bois, outre qu'étant toute nue, elle avait honte de paraître à la vue des hommes ; car il faut remarquer que les femmes de cette Amérique, quoique sauvages, sont fort pudiques et honnêtes. Voyant qu'elle approchait des habitations, eile ne marcha plus que la nuit, afin de ne pas paraître nue. Sur les dix heures du soir, elle découvrit l'habitation française des Trois-Rivières, et au même temps elle fut aperçue de quelques Hurons qui coururent après elle pour savoir qui elle était. Elle s'enfuit dans le bois; ils la suivent; elle crie qu'ils n'approchent pas, parce qu’elle était nue, et qu’elle s'était ainsi sauvée des mains des Iroquois. Un Huron lui jette son capot avec une espèce de robe dont elle se couvrit, et ensuite elle se fit connaître et leur raconta toutes ses aventures. [ls la menèrent aux Trois-Rivières, où les Français lui firent mille bons traitements, dont elle était si surprise, qu'elle ne pouvait quasi croire que les
biens qu'on lui faisait fussent véritables, n'ayant jamais vu dans les nations sauvages qu'on traitât de la sorte une personne inconnue. Elle n'avait jamais vu de Français, elle avait seulement oui dire qu'ils ne faisaient de mal à personne, et qu'ils faisaient du bien à tout le monde.
Voilà la confusion que les perfides Iroquois jettent dans toutes les nations, en sorte qu'elles sont contraintes, ou de demeurer captives dans leurs pays sans en pouvoir sortir, ou de s'exposer à la rage de ces barbares si elles en sortent pour venir se faire instruire, ou pour aller en traite avec leurs alliés. Mais au même temps que Dieu afflige son Eglise d’un côté, il la console de l’autre. Les révérends Pères qui demeurent aux Hurons ont écrit ici, que les sauvages d’Anastohé, qui sont des peuples voisins de la Virginie et amis des Hurons, leur ont fait savoir qu'ils avaient appris les mauvais traitements qu'ils reçoivent de la part des Iroquois, et que s'ils avaient besoin d'eux, ils n'avaient qu'à leur faire savoir, et qu'ils aiguiseraient leurs haches pour venir à leurs secours. Les Hurons, bien joyeux d'une offre si avantageuse, leur ont envoyé des députés pour renouveler l'alliance et les confirmer dans leur bonne volonté. Le chef de cette légation est un excellent chrétien, qui est accompagné de huit personnes, entre lesquelles il y en a quatre de chrétiens, les quatre autres ne l'étant pas encore. Cette rencontre est favorable, non-seulement aux Hurons pour leur donner moyen de se défendre de leurs ennemis, mais encore à notre sainte foi, pour la grande moisson qu'il y aura à faire si les ouvriers de l'Evangile y peuvent avoir entrée. Mais il faut du temps pour une si grande entreprise, et il est nécessaire que les chemins soient plus libres qu'ils ne sont.
Un a néophyta dire. Ils éclatent qui la fai leurs coœ qui à Soil contre |” quand ils touché de là, mon et par là qu'il me mots; je étranger, gade. Su mon disc mais sur suis âgé, qui êtes je condamne où je me Ce pauvre discours, | d'esprit, c’ qui a tout pas le che et priez le de bonnes Le jour le même l'explicatio ce jour, ui
amais sorte Franent de onde, ettent CON- S Sans le ces ruire, même onsole t aux lé, qui is des ris les rt des vaient leurs , bien yé des dans est un t per- Étiens, ontre
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mais n quil uvent rrande soient
Un autre sujet de consolation est la ferveur de nos néophytes, qui en vérité surpasse tout ce qui s'en peut dire. Ils sont quelquefois si transportés de zèle qu'ils éclatent pendant la prédication, interrompant le Père qui la fait, afin de dire publiquement les sentiments dont leurs cœurs sont intérieurement pressés. Un jour le Père qui a soin de la mission de Sillery invectivant fortement contre l’ivrognerie où tombent souvent les sauvages quand ils boivent du vin ou de l'eau-de-vie, un sauvage touché de ce qu’il avait dit, l'interrompit disant : Arrêtelà, mon Père, ce que tu dis est vrai, je me suis enivré, et par là je montre que je n'ai point d'esprit; prie Dieu qu'il me fasse miséricorde, souffre que je dise trois mots; je ne parlerai qu'à ceux de mon pays, car étant étranger, ce n’est point à moi à haranguer en cette bourgade. Sus donc, jeunesse, c'est à vous que j'adresse mon discours: prenez exemple, non sur mon péché, mais sur ma douleur, et souvenez-vous que si moi qui suis âgé, je reconnais et confesse mon crime, vous qui êtes jeunes ne devez point dissimuler les vôtres. Je condamne l'action que j'ai faite; c'est un précipice où je me suis jeté, donnez-vous de garde d'y tomber. Ce pauvre homme avait un complice qui entendant ce discours, l'interrompit : Non, c'est moi qui nai point d'esprit, c'est moi qui suis un méchant; j'ai fâché celui qui a tout fait. Jeunesse, soyez plus sage, et ne suivez pas le chemin où je me suis égaré; marchez tout droit, et priez le Père de prier celui qui a tout fait d’avoir de bonnes pensées pour moi.
Le jour de la Purification üe la très-sainte Vierge, le même Père ayant distribué des cierges et donné l'explication de la cérémonie que l'Eglise pratique en ce jour, un capitaine l'interrompit et fit sa petite pré-
dication, ou plutôt sa petite harangue en ces termes : Ah! mes frères, que nous avons d'obligation au Père de nous enseigner de si belles vérités. Concevez-vous bien ce que veut dire ce feu que vous portez en vos mains? Il nous apprend que JÉSUS-CHRIST est notre jour et notre lumière; que c'est lui qui nous a donné de l'esprit en nous donnant la foi et la connaissance des vérités du ciel; que c'est lui qui nous découvre par sa lumière le chemin de la félicité. Que ces flambeaux nous enseignent que JÉSUS-CHRIST s'est consumé sur la terre pour notre salut: que ces mêmes flambeaux se consument dans notre main pour nous apprendre que nous devons aussi brûler pour son amour, et nous consumer pour son service. Il y a parmi nous des jeunes gens, il y a aussi des vieillards, tous se consument, tous tendent à la mort. Mais pourquoi se consument-ils? pour satisfaire à leur chair. Oh! que nous serions bien plus heureux si nous nous consumions pour JESUS !
Ce même capitaine assistant une autre fois à un À
sermon où le Père prêchait de sainte Catherine et de
sa foi et constance dans les tourments, il s'écria inopi- ! nément: Voilà ce que c’est que d’être chrétien, c'est |
faire état de la foi et non pas de sa vie. Faut-il qu'une À
fille nous couvre le visage de confusion? L'on n’en voit |
que trop parmi nous qui deviennent sourds et aveugles, # ils ferment les oreilles aux instructions qu'on leur !
donne, et les yeux aux choses saintes qu'on leur présente. Prenons courage, mes frères; demeurons fermes et constants dans la foi. Que la faim, la soif, la maladie, et la mort même n'ébranlent point la résolution que nous avons faite de croire en Dieu et de lui obéir
jusqu'au dernier soupir de notre vie. Je vous laisse $
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DK LA MERE MARIE DE L'INCARNATION. 393 à penser si cette ferveur n'est pas capable de gagner le cœur de ceux qui ont du zèle pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes.
Un capitaine allant avec ses gens à la découverte des Iroquois, afin de leur faire la guerre, passa par Mont-Réal, où on lui fit un grand festin. Après avoir été bien traité, il fit ce compliment à ses hôtes : « Autrefois, quand on nous avait fait faire grande chère, nous disions à ceux qui nous avaient donné à manger : Ce festin va porter votre nom par toute ia terre, et toutes les nations vous regarderont comme des gens libéraux, qui savez conserver la vie aux hommes; mais j'ai quitté ces anciennes coutumes, c'est maintenant à Dieu que je m'adresse quand on me fait du bien, et je lui dis: O toi qui as tout fait, tu es bon; secours ceux qui nous assistent, fais qu'ils t'aiment toujours, empêche le démon de leur nuire, et donne-leur place avec nous dans ton paradis. » Voilà les actions de grâces que cet excellent chrétien rendait après le repas, bien différentes de celles qu'il rendait lorsqu'il était dans le pagarisme.
Nous voyons continuellement faire à notre grille de semblables actes de vertu. Un Huron instruit par la Mère Marie de Saint-Joseph étant pressé par d'autres sauvages de sa nation d'aller à la chasse, leur dit qu'il ne pouvait se résoudre d'y aller qu'il n'en eût le congé de sa bonne Mère et directrice. Les autres lui repartireut avec quelque sorte d'indignation et de mépris : Ah! tu n'es pas un homme, mais une femme. A ces paroles, ce pauvre homme baissa la vue sans dire mot, mais son cœur en fut vivement touché. Il alla déclarer sa peine à sa bonne maîtresse, qui le consola, et l'exhorta de supporter cette injure en chrétien, qui doit faire profession de patience et d'aimer ses ennemis. Il lui
ni 24 LETTR, M, #
répondit en soupirant : Ah! Marie, que c'est une chose difficile à un homme d'être tenu pour une femme! Néanmoins puisque je veux être chrétien, il faut que j'imite JEsus-CHrisr. Le voyant dans cette disposition, elle lui conseilla d'aller avec les autres. IL y alla et en revint heureusement. Mais s'il avait pardonné à son ennemi, Dieu en tira le châtiment, car il permit qu'il fût pris par les Iroquois.
Les Attikamek, autrement les poissons blancs, continuent dans leur ferveur, et ceux qui ne sont pas chrétiens témoignent un grand désir de l'être. Ces peuples sont bons, doux, traitables, et ils ne savent ce que c'est que de faire la guerre, sinon aux animaux. Cette bonté naturelle les porte jusqu'à la superstition ; ils ont des espèces de prophètes ou devins qui se mêlent de dire les choses à venir. Mais en effet, ce sont des sorciers et magiciens qui apparemment ont du commerce avec les démons. Ils se servent de petits tambours, de chansons, de sifflements, pour guérir les maladies. Ils se servent de petits tabernacles pour consulter les génies de l'air, et usent de pyromancie pour savoir l'issue des maladies, les lieux où il fera bon à la chasse, s'il n'y a point quelque ennemi caché dans leurs terres, et pour d'autres semblables occasions. Mais le fond de ces peuples étant docile et candide, ils reviennent facilement de ces folles superstitions quand on leur en fait voir la vanité et qu'on les instruit des vérités de notre sainte religion, qui portant avec elles l’onction dans le cœur, leur donnent un goût bien plus doux et plus innocent que ne font tous ces vains enchantements.
Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de la bonne Marie, femme de ce Bernard qui a été tué par les Iroquois; cinq jours après son arrivée, une jeune femme Attika-
mèque que fit inspirer tiens on aux Iro misères en com tu n'es mais j'ai et je v extrême l'embras foi, tu 1 La foi es estimer.
fait qu'u mes pare sœur. C’e ai-je de 1 connais tu meure dant je n que je t'a en lui. ( de te don avec sa f il te fera:
qui te sa par les Ir tourment:
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mèque arriva et se présenta à elle. La première chose que fit Marie, qui ne la connaissait pas, fut de lui inspirer ses sentiments, ainsi que les sauvages chrétiens ont coutume de faire aux infidèles. J'ai été captive aux Iroquois, lui dit-elle, où j'ai souffert toutes les misères qu'on peut souffrir, mais tout cela n'est rien en comparaison de ce que tu souffriras en enfer si tu n'es chrétienne. L'autre lui répondit : Je le suis, mais j'ai un mari païen qui a une autre femme que moi, et je voudrais bien le quitter, car il a une aversion extrême de la foi et de la prière. A ces paroles, Marie lembrassa et lui dit : Ah! si tu savais la valeur de la foi, tu la préférerais à toutes choses et à la vie même. La foi est une chose si admirable qu'on ne la peut assez estimer. Elle ramasse les nations et de plusieurs n’en fait qu'une. C'est elle qui fait que les chrétiens sont mes parents, et qu'ils me traitent comme si j'étais leur sœur. C'est.la foi qui fait que je t'aime : car quel sujet ai-je de t'aimer? tu n'es point de ma nation, je ne te connais point, il m'importe fort peu que tu vives ou que tu meures, que tu demeures ou que tu t'en aïlles; cependant je ne sais comment cela se fait, mais je sens bien que je t'aime, parce que je crois en Dieu et que tu crois en lui. C’est pour cela que je ne me puis empêcher de te donner un bon conseil, qui est de laisser ton mari avec sa femme, et de ne plus retourner avec lui : car il te ferait perdre la foi, ce qui est le plus grand mal qui te saurait arriver. De plus, tu seras peut-être prise par les Iroquois, qui te feront souffrir toutes sortes de tourments. Ah! si tu savais la pesanteur du joug de la captivité, et combien il est sensible à un chrétien d'être éloigné de la maison de prière! L'on porte envir aux petits oiseaux. Souvent je leur disais : Ah! que ne