‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 31 sur 101 · A SON ANCIENNE SUPERIEURE DE TOURS · texte numérisé non relu

A SON ANCIENNE SUPERIEURE DE TOURS

[La Mère Françoise de Saint-Bernard.)

biens renfermés dans la croix. — Vives alertes à l'occasion des Iroquois. — De la pauvreté et du soin des affaires temporelles. *

Ma révérende et très-honorée Mère,

C'est avec bien de la joie que j'ai reçu votre lettre, X est la première et Tonique qui m'ait été rendue de ^tre part cette année. Je ne lai reçue que vers la i-septembre, quoique lès premiers navires aient paru notre port sans nous donner aucune nouvelle de otre chère maison de Tours. Cette privation ne nous pas mises peu en peine de vos chères personnes, et le vous plus que de toute autre, mon unique Mère, fais enfin votre lettre m'a fait respirer, et m'a donné m grand sujet de rendre grâces à la divine bonté 168 forces quelle vous donne pour porter le poids des âeheux événements qui suivent le cours de la vie iQmaine, et surtout ceux que la divine Providence ordonne pour la sanctification des saints. Mon intime tfère, nous ne sommes pas bien éloignées d'âge, ainsi ^ous ne serons pas longtemps sans connaître à découvert les biens et les avantages qui sont enfermés dans es croix et dans la vie cachée des âmes choisies. La ^nne Mère Le Coq les voit à présent, et elle se rit,

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8*il faut ainsi parler, de la bassesse des opinions hom nés. Pour mieux dire, elle voit la vanité et raveug ment du cœur humain, qui se brûle à la lampe e la fumée : vous entendez, mon aimable Mère, ce ( je veux dire par cette énigme. J*ai été surprise de mort si subite de cette Mère, car comme elle non écrit des lettres bien amples, nous étions sur le pc de lui faire réponse, mais nous avons converti (toai notre soin à faire pour elle des prières publiques particulières.

Si le vaisseau qui est parti d*içi au mois de jui est arrivé à bon port, vous aurez appris de nos n< velles dès le mois d*août, vous ayant écrit des leti bien amples, qui vous apprennent tout ce qui s*est pa ici au sujet des Iroquois, qui nous ont bien taillé Touvrage aux mois de mai et de juin. J*ai cru l obligée de vous mander dans la sincérité comme choses se sont passées, pour prévenir ce que l'on aai pu vous écrire, ma très-chère Mère, et qui aurait vous donner sujet de craindre pour nous, à cause votre bon cœur pour vos filles. Cet orage a pa lorsque Ton croyait tout perdu : de sorte qu'on a fait paix les moissons que Ion croyait devoir être ravag par cet ennemi. De plus. Dieu a envoyé aux marchai pour plus de cent quarante mille livres de castors, j l'arrivée des Outaouak, qui en avaient soixante can chargés. Cette bénédiction du ciel est arrivée, lorsq ces messieurs voulaient quitter ce pays, ne croyi pas qu'il y eût plus rien à faire pour le commer S'ils eussent quittée il nous eût fallu quitter avec eu car sans les correspondances qui s'entretiennent à iavour du commerce, il ne serait pas possible de si sihtt)!* ici. Vous Yovez* mon intime Mère, comme Di

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par sa sagesse infinie rétablit les affaires, lorsqu'on les croit entièrement désespérées. C'est là sa conduite ordiiiaix*e sur ce pays, qui fait que les plus éclairés. s*y conf^sseQt aveugles. On ne laisse pas de se préparer à bî^n recevoir Tennemi, s'il retourne. Comme Ton s'y attend. C'est pourquoi l'on se fortiSe en la manière que je vous l'ai mandé.

Pour ce qui est de notre petite famille, la paix et et Tunion y régnent. Nous sommes plus riches en biens spirituels qu'en ceux du siècle : car je vous confesse que xious avons toutes les peines imaginables à subsister apr&s tant de si grands accidents que Dieu a permis nou^ arriver, et dont nous ne saurions nous remettre. J'espère néanmoins que Dieu qui nous a amenées à sa nou^^^elle église, nous assistera, et qu'à présent que 0OUS sommes rebâties, les dépenses ne seront pas si gran des. Nous faisons de grands frais pour notre séminaire; non qu'il y ait un grand nombre de filles sauvages sédentaires; mais parce qu'on nous donne plusieurs filles Françaises, pour l'entretien desquelles les çarents ne peuvent fournir que peu de chose, et d*autres ne peuvent rien donner du tout : et ce qui est à remarquer, les Françaises nous coûtent sans comparaison plus à nourrir et à entretenir que les sau- • vagesses. Dieu est le Père des unes et des autres, et il &nt espérer de sa bonté qu'il nous aidera à les assister. Nous avons toutes participé à la joie que nous ont Apportée les nouvelles de la paix : ^ car outre l'intérêt 9Qe nous devons prendre au bien commun, nous espérons que ce pauvre pays s'en sentira par la liberté

(1) II s'agît de la paix entre la France et l'Espagne, signée le 7 novembre 1659, *^<lQifat suivie du mariage de Louis XIV avec l'infante d'Espagne.

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