LETTRE CXLVII
A UNE RELIGIEUSE URSULINE DE TOURS
Klle la console de la mort d'un de ses parents et d'une religieuse de ses amies. — On ne doit point être surpris quand on apprend la nouvelle de la mort de quelqu'un qu'on aime. — Bonne régularité des Ursulines de Tours. — Il faut toujours croître en vertu, et cet accroissement est une marque qu'elle est véritable.
Ma révérende et très- chère Mère,
Je ne doute point que vous n'ayez vivement ressenti
la mort de votre bon oncle qui était aussi votre bon
Pore spirituel. C'est sans doute une grande privation
à ses amis, et singulièrement à vous qui aviez tant de
^^nflance et de facilité à lui ouvrir votre cœur. Mais
ônfin, vous irez un jour avec lui dans le séjour des
j Wenheureux, où vous vous parlerez esprit à esprit, et
[ 7 glorifierez Dieu d'une nouvelle manière. Ah ! ma chère
Mère, quand serons-nous dans ce lieu de bonheur? Quand
^ons embrasserons-nous dans la pureté des Saints?
Nous avons aussi appris la mort de notre chère
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Mère Le Coq ; et par la même voie, nous avons reça de ses lettres. Cela est surprenant à la vériié, mais pourtant la brièveté et Tincertitude des moments qui ne sont pas à notre disposition doivent faire que noas ne soyons surpris de rien, surtout quand nous appre-nons la mort de nos amis. Quoique nous ayons resseot%^ la perte de cette chère Mère, nous avons été très-aisa ^ de la savoir, a6n de lui pouvoir rendre nos dernier^^ devoirs. Nous l'avons fait de cœur et d'afifection pa^T une communion générale et par un service solennel chanté par le révérend Père supérieur, car cette bonm ^ Mère était canadienne d'afifection.
Pour nous, nous sommes toutes, grâce à Notr^- Seigneur, dans une bonne santé, et ce qui vous doxt le plus consoler, dans une union aussi douce, et darm^ une paix aussi profonde que nous saurions la souhaite ^' Je bénis Dieu de celle que vous me dites être dans vott*^ sainte maison de Tours. Je crois qu'elle est telle qia^ vous le dites, et que la divine bonté y bâtit sur de boo-^
fonds. Je n'oublierai jamais ce que j'y ai vu da»^
l'éducation des sujets qui la sanctifient aujourd'hts^^ par leur vertu et par leur régularité. De celles que j*J^ ai vues, je juge de celles qui y sont entrées depuis notr^ absence, puisque, grâces à Notre-Seigneur, j'y ai remarqué un esprit foncier capable de se communiquer et de persévérer. Je prie la bonté divine de le vouloir augmenter; car la sainteté veut toujours croître, et ses accroissements montrent qu'elle est véritable.
Nous avons fait nos élections, où la révérende Mère de Saint-Athanase a été continuée en sa charge de supérieure, et moi en celle de dépositaire, qui ne me donne pas peu de tracas : mais Dieu le veut, j'en suis contente, puisque cest son bon plaisir. J'espère que
bfi LA MÈRE MARIB DE L*INCARNAtiON. lîO
^ous me manderez Tannée prochaine le succès des nôtres; je prie Dieu cependant quelles réussissent à sa gloire. Je vous supplie de me continuer votre assistance auprès de Notre* Seigneur, et de croire que je suis en lui, avec autant de sincérité que de vérité, votre...
De Québec, le 28 de septembre 1660.