LETTRE CXLVIII
A SON FILS
^ eomptiit à aoe ioârmité habituelle dont il était incommodé, et l'exhorte à la patience. — Elle s'excuse de se rendre à la prière qu'il lui avait faite ^^ traiter des matières spirituelles.
Mon très- cher fils,
•J'ai enfin reçu vos trois lettres avec une joie d'autaat plos sensible, que j'avais quasi perdu Tespérance de ^ recevoir. La cause de ce retardement est que nos i^nets et ceux de nos amis ont été brouillés, mais enfin %et nous avons tout reçu. Je crains bien que la inode faiblesse que vous ressentez n'augmente de plus 6& plus. Il n'y a rien qui afifaiblisse tant que les causes }Q6 vous me dites; et ce qui est incommode à votre infirmité, c'est le genre de vie que votre règle vous oUige de garder. J'ai ressenti vivement votre infirmité; mais Dieu soit béni, vous êtes à lui plus qu'à moi, et TOtre vie et la mienne sont entre ses mains. C'est ce |ae j'ai à vous dire pour votre consolation et pour oiotîf de patience et d'acquiescement aux ordres de Dieu.
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Ce n*e8t pas manque de bonne volonté si je ne m'entretiens avec vous de choses spirituelles selon votre inclination et la mienne : mais je sois, aussi bien que vous, si accablée d'affaires, que tout ce que je puis faire après y avoir satisfait, c'est de m'acquitter des observances régulières. Je soupire après la retraite et la solitude, mais il n'est pas en ma disposition de choisir cet état. Ce n'est pas que du côté de Dieu mon esprit ne lui soit attaché par son attrait, et que mon . cœur n'ait le bien d'être uni à sa divine Majesté, avec sa privante et sa grâce ordinaire. M. de Genève dit qu'il y a des oiseaux qui en volant prennent leur réfeotion. Je suis de même en matière de la vie de l'esprit, car dans, les tracas où je suis attachée par nécessité, je prends la nourriture solide et continuelle que je viens de vous dire. Ainsi je vous assure que je ne puis rien écrire des choses spirituelles; et si je le pouvais faire, il n'y a rien qui me donnât tant de satisfaction que de vous donner ce contentement. Demeurons-en là, s'il vous plaît, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu d'en disposer autrement. Cependant pensons à nous sanctifier dans ces tracas, vous et moi, puisque le plus parfait et le pins agréable à ses yeux est de suivre ses ordres. Pour moi, j'ai un fort attrait de m'offrir dans tous les moments en esprit de sacrifice, et, en m'oubliant moi-même, me laisser consumer à Celui qui fait gloire d'avoir des âmes anéanties.
Vous m'avez fort obligée de n'avoir pas communiqué nos écrits pour être insérés dans l'ouvrage de ce bon Père qui compose l'histoire de Canada.* Il y a plus de
(1) Cé sont 1m mémoires qui ont servi à composer Ttiistoire de sa vie. (Nota de a. Martiiu)
ix ans qu'il me presse de lui donner quelque chose 8 semblable; je m'en suis toujours excusée. Je ne sais i le révérend Père Lalemant ne lui en a point donné es mémoires; il l'a- pu s'il l'a voulu, car c'est l'homme u monde qui me connaisse le mieux : s'il l'a fait c'a été ans m'en parler. Mourons entièrement au monde, t disons avec un saint : C'est alors que nous serons entablement servantes de Jësus-Christ si le monde e voit rien de nous. Comme je m'unis à vous en tous » biens que la divine bonté fait par vous, aussi ce que ) fais en lui, car sans lui je ne puis rien faire, est areillement à vous. Demeurons dans cette union et ^mmunication de biens pour l'amour, pour l'honneur t pour la gloire de Jésus. Mes autres lettres vous [sent les nouvelles du pays.
De Québec, le 13 d octobre 1660.