‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 58 sur 101 · LETTRE CLXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXV

A SON FILS

Il ne faut se prescrire aucun terme dans TOraison, mais se laisser oondoire par l'esprit de Dieu jusqu'à ce que lui-même nous arrête. ^- Etat où il arrête les Ames fidèles, qui est celui où elle était lorsqu'elle écrivait cette lettre. — Son inçlifférence et sa résignation pour les charges.

Mon très-chçr fils,

Voici la réponse à votre lettre de confiance, qui m'a également consolée et édifiée. Je crois que le Saint- Esprit vous a donné les saints mouvements qui youB ont tant pressé le cœur ; et c'est un plus grand avantage pour votre bien que le tout se soit passé en esprit de foi, que si vous aviez eu des visions on quelque chose extraordinaire de sensible, qui sont bien souvent sujettes à l'illusion. Il y en a pourtant de véritables qui viennent de Dieu , mais ce qui se fait en l'âme par l'opération de la Foi est plus sûr et d'un plus grand mérite ; et cela conserve mieux l'esprit d'humilité. Vive» donc en la possession de cette divine sagesse. J'ai bieo compris tout ce. que vous m'en avez écrit, selon

t petites Inmièrea que la bonté de Dieu me donne dans

I la oommuoication. foncière par laquelle elle me fût la grâce et l'honneur de me lier à elle.

Il me semble néanmoins que tous donnez une borne

' à l'esprit de grâce qui toqs conduit, lorsque vous dites que c'est à l'esprit d'oraison et d'union que tous devez Toas attacher pour le reste de vos Jours. Non, ne croyez ^as cela, â moins d'une révélation bien avérée ; parce que dans ce nouTel état d'alliance où tous êtes entré aTec la sagesse éternelle, si vous lui êtes fldôle tous irez toujours de plus en plus en de nouvelles commonications aTec elle. C'est un abîme sans fond qui ne dit jamais, c'est assez, aux âmes qu'elle possède. Je TOUS avouerai bien une chose que j'ai expérimentée être véritable, que, dans le cours de la vie spirituelle, il 7 a des écarts où l'âme soufii'e de saintes inquiétudes et des

, impatiences amoureuses, quoiqu'il lui semble être dans

^ la jouissance de son unique bien. Il la fait jouir, puis il M retire pour la faire courir après lui. Ce sont des jeux de cette adorable Sagesse qui est descendue du ciel foUT jouer dans le monde, et potv pren^ ses àivertiêsements I avec les enfants des hommes. (PROV. vill, 31.) Ces divins états ne finissent point, jusqu'à ce que cette même Sagesse, a^ant purifié dans son feu l'âme dans laquelle ■ «lie se ptait d'habiter, elle la possède enfin parfaitement

i. dans son fond, où il ne se trouve plus d'inquiétude, je y veux dire plus de désir, mais une paix profonde qui I par expérience est inaltérable. Je ne Teox pas dire qae l'on deviendrait impeccable, car ce serait une illosion </? J^ présumer ; mais on jouit de la liberté des enfants iffi jyi^u ^YQc une douceur et tranquillité ineffables. Les "' — '-— ■ ^ tgj Texations des démons, les M, les croix, les peines, les ma-

ladies, ni quoi que ce soit, ne sauraient troubler ni inquiéter ce fond, qui est la demeure de Dieu, et je crois qu*il n'y a que le péché et l'imperfection volontaire qui le puissent faire.

Mais comme dans le ciel, outre la gloire essentielle, Dieu fait goûter aux bienheureux des joies et des félicités accidentelles, pour faire éclater en eux sa magnificence divine^ ainsi dans ces âmes chéries où il fait sa demeure en terre, outre cette possession foncière qu'il leur donne de lui-même, il leur fait quelquefois sentir un ^panchement de joie qui esL comme un avant-goût de l'état des bienheureux. II a bien néanmoins de. la diâférence entre cet état fon cier et cet autre accidentel, parce, que ce dernier es sujet au changement et à l'altération, au lieu que 1 premier concentre de plus en plus l'âme dans son Dieu pour lui faire trouver un parfait repos dans une par faite jouissance.

Ces âmes ainsi avancées ont trouvé leur fin e; jouissant dans leur fond de Celui qu'elles aiment; e ce qu'elles pâtissent extraordinairement hors de ce fon' n'est qu'un excès de sa magnifique bonté. Quoi qtfi arrive, elles sont contentes en elles-mêmes, et ne veulen rien que dans l'ordre de sa très-sainte et suradorabl volonté. Si elles se trouvent engagées dans les affaires^ temporelles, il ne leur est pas besoin de faire tant i0^ réflexions pour trouver des raisons ou des réponses* convenables en celle dont il s'agit, parce que Celui qai les dirige intérieurement leur met en un moment daoH la pensée ce qui est à dire ou à faire. La façon mêm^ avec laquelle elles prennent et envisagent les choses ^^^ fait voir en elles la droiture et la direction de l'esprit de ^^ ^

Dieu. Ce n'est pas qu'elles ne se sentent portées et I^

qu'elles ne se portent en effet à demander conseil à ceux qni les gouvernent et les dirigent sur la terre, parce que Dieu, qui veut que nous nous défiions de nousmêmes, nous soumettant à ses serviteurs, se plaît à cette soumission, et veut que nous en usions de la sorte. 11 est très-difficile à ces âmes qui jouissent ainsi de Dieu de rendre compte de leur intérieur, parce que Tétat où elles sont est une extrême simplicité, et qu'elles y sont perdues en Dieu, qui est l'unité et la simplicité mêmes.

Jusqu'à ce que vous soyez arrivé à ce point, courez et avancez sans cesse dans les embrassements de votre divine Sagesse. Elle vous arrêtera au temps de son or'donnance, et vous conduira par son Esprit-Saint en to^t ce que sa divine Majesté voudra de vous. Par ce P^u de mots vous voyez que votre lettre m'est tombée oxi^tre les mains : elle n'a été vue ni ne le sera de personne, puisque vous le voulez. Si vous y prenez garde de près vous connsutrez ma disposition présente, car 1*^ pondant à l'état où vous êtes, je vous ai insensiblei^cnt dit celui où je suis par la miséricorde de Celui qui J^ous prévient de tant de grâces.

Quant à ma disposition corporelle, je suis devenue

^^trêmement faible par mes grandes maladies, qui ont

dâjà duré deux ans, durant lesquels je me suis très-mal

^oqaittée de ma charge. Je souhaite le repos et ma

déposition, avec tranquillité néanmoins, l'Esprit qui

^e fait la grâce de me diriger ne me permettant pas de

^en vouloir que dans, la conduite de ses adorables

A^seins sur moi. Je rends de très-humbles actions de

St'âces à la Bonté divine de toutes celles qu'elle vous

• ^^t et qu'elle veut vous faire si vous lui êtes fidèle.

^est un point qui me manque, car je serais bien autre

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que je ne suis, si j'avais correspondu à toutes se$ faveurs.

De Québec, le 22 de septembre 1666.

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