s êtes bien près de mon cœur, et je vous regarde
cnine une autre Mère de Saint- Joseph, ma chère com-
gne et votre bonne sœur. Vous me priez de vous dire
^Ique chose d'elle, et d'autres m'en écrivent et le
dirent aussi. Vous devez avoir gardé les mémoires
^ je vous envoyai après sa mort, et ceux que je vous
encore envoyés depuis touchant la translation de son
>^ps de son premier cercueil dans un autre. Ces sortes
papiers ne doivent pas se perdre, et je les avais
^its fidèlement dans la pensée que nos Mères les
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garderaient mieux qoe moi. Nos Mères de Paria se sont servies de ce que le réyérend Père £e Jeane avait pris dans ces mémoires pour mettre dans sa Relation. Le révérend Père du Creox qui a fait l'histoire do Canada, me demandant chaque année des. nouvelles pour les 7 insérer, je lui ai mandé beaucoup de choses de cette chère Mère, qu*il a fait imprimer; et même oe qui arriva à sœur Isabelle Pavy avant sa mort est couché dans cette histoire. Il y a quelque temps qne DOS Mères de Paris nous demandèrent une attestation de ce qui était arrivé au Frère Bonnemer. Nods l'envoyâmes signée de sa propre main.^
M . de Bernières me manda avant sa mort, que Diea lui avait fait de grandes grâces par l'invocation de cette heureuse Mère. Il y a ici de nos sœurs qui disent le même à leur égard. L'une d'entre elUes m'assure qu'elle lui est redevable de la grâce de sa vocation. Pour moi, je puis assurer qu'elle m'a rendu de grandes assistances, et je ne fais nul doute qii'elle ne soit bien puissante auprès de Dieu, pour moyenner auprès de sa divine Majesté des grâces intérieures et l'amortissement des passions à ceux qui l'invoquent. Sa mémoire nous est aussi récente que si elle était encore en vie parmi nous. L'on a encore universellement l'impression de sa vertu, et je ne connais personne qui blâme en aucune manière sa conduite, soit dans sa conversation, soit dans ses actions ordinaires. Lorsque je croyais mourir de ma grande maladie, je me réjouissais dans la pensée que j6 la verrai dans le ciel, quoique bien éloignée d'elle. Enfin, chère Mère, je vous estime heureuse d'avoir une si sainte Sœur et si puissante avocate dans le cieL
^1) Ce qui arriva au Frère Bonnemer, après la mort de la Mère Ifirie^ Saint-Joseph, est rapporté ci-dessus, à là fin de la Lettre CVIII, u I*'. p. ^1*
Vous me demandez les lettres que feu monsieur votre père et madame votre mère écrivirent à cette chère More sur le sujet de son passage en Canada ; cela m'est impossible parce qu'elles furent brûlées à notre incendie avec tous nos autres papiers de dévotion. Pour moi, je laissai volontairement brûler les miens, quoique la pensée me fût venue de les sauver avec ceux qui regar- ' dent les principales affaires de notre maison, que je mis à la hâte en sûreté. Priez, chère Mère, pour notre petite Communauté, qui vous salue avec bien de la tendresse, et surtout souvenez- vous de celle qui vous est invariablement, dans le Cœur aimable de Jjâsus, très-humble servante.
De Québec, le 15 septembre 1668.
LETTRE CXCl.
A UNE RELIQIBUSE URSULINB DE TOURS. {La Mère Marie de la Nativité,)
lUa se réjouit de la voir soaffrir avec patience les doaleon d'ane grande maladie ; et par une amitié tonte surnaturelle, elle lui en désire encore de pins grandes.
Ma révérende et très-chère Mère,
J*ai reçu cette année deux de vos lettres, dont la première m'apprend que notre bon Jésus vous a attachée à la croix par une maladie bien douloureuse. Si ^Ue dure longtemps, voua y acquerrez bien des cou-
ronDes. Je bënis la bonté du Maître qui dispense les croix à ses amis, de la paix et tranquillité qall donne à votre esprit dans de si grandes douleurs. J*ai été surprise apprenant lït qualité de cette maladie, de laquelle je navals jamais ouï dire que vous eussiez été attaquée par le passé. Cela me fait croire que ce ne sera peut-être qu'une infirmité passagère, et je prie la divine Bonté que cela soit, si c*est pour sa plus grande gloire : mais si elle en a disposé autrement, et qu'elle veuille vous élever à une plus haute sainteté par la voie de la souflFrance, je la supplie d'accroître vos douleurs, et de vous faire un modèle de patience à la gloire de notre bon Jésus. Vous voyez par là, chère Mère, que je vous souhaite ce que saint Philippe de Néri et le bienheureux Félix se souhaitaient l'un à l'autre : savoir des peines , des souffrances , des maf tyres, parce qu'ils ne vivaient plus à eux-mêmes, mai^ à Celui qui était mort et ressuscité pour eux. Bonrr courage, mon aimable Mère, puisque, outre les souf — frances du corps, celles de l'esprit viennent encore jC la foule. Le prochain s'en mêle et ajoute douleur sur^ douleur. Oh ! que cela est ravissant, et que Dieu vou* envoie de biens ! Mais si Dieu même se met de la partiel et que sa main vous touche, ce sera encore bien autres chose. Ah ! chère Mère, s'il vous conduit une fois parr cette voie, vous crierez à lui, parce qu'il n'y aura que lui qui puisse donner remède. Il tue, il vivifie, il mène les âmes jusqu'aux portes de la mort, puis il les ramèn et les fait revivre.
Vous avez voulu recueillir ses droits, et Ton vous a trouvée sévère, parce que les débiteurs ne payent pai^ toujours trop bien. Voyez ce qu'en dit l'Evangile, et vous trouverez que les débiteurs ont persécuté jjisquà
la mort les serviteurs qui recaeillaient les droits du Maître. Souffrez donc volontiers pour l'amour du Maître de la vigne ; il saura récompenser au centuple les peines et les reproches que vous aurez endurés pour son service. Je vous estime la fille du monde la plus heureuse de n'avoir pas été remise en charge; notre bon Jësus vous a traitée en ami de vous détacher d'une croix pour vous attacher à une autre, de la croix, dis-je, de la supériorité, pour vous attacher à celle de la maladie et de la persécution, que j'estime plus aimable parce qu'on y souffre davantage. Bénissons les conduites de notre très-aimable Epoux, qui veut que nous soyons toujours avec Lui, puisqu'il veut que nous soyons toujours dans la croix. Si nous vivons encore Tannée prochaine, vous me direz de vos nouvelles, et je vous dirai des miennes.
C'est ici la dernière voie par laquelle mon cœur se
rêpandra dans le vôtre, et vous assurera que mon âme
demeurera toujours collée à votre âme. Cependant je
serai en peine de vous jusqu'à Tannée prochaine, la
g^randeur de votre maladie m*en rendant l'issue dou-
l^use et suspecte. Je juge de votre mal par le mien,
et de vos dispositions par les miennes. Dans ma maladie
d^ quatre ans, ma joie et ma paix étaient dans le cru-
^ifi^. Je lui disais que c'était lui qui me faisait souffrir,
®t qui me faisait aimer la souffrance. Vous avez eu le
loisir^ toute cette année, à l'infirmerie, de vous entre-
*®ïiir avec cet amour crucifié, et je ne doute point que
^OQs ne lui ayez tenu le même langage que moi, puisque
"^ous en avez ressenti les mêmes effets. Vous vous
réjouissiez d'être en solitude, il fallait que la croix
^ous y accompagnât, afin qu'elle fût semblable à celle
de notre divin Sauveur. Pour ce qui me regarde, sa
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boDtë, qnoiqne je sois extrêmement faible, m'a fait la grâce d'écrire mes lettres, qui sont en si grand nombre qne yoos en seriez effrayée. Une main de papier est aussitôt expédiée, et j'en ai la main si lasse qn'à peine la pnis-je porter; et néanmoins il faut qu'elle prenne courage jusqu'à la fin, il ne m'en reste plus qu'environ quarante qui doivent être expédiées vers la fin de ce mois. Mon Dieu, que je serai heureuse quand je me verrai déchargée de ce fardeau qui est attaché à la supériorité! Mais non, il faut prendre patience : c'est un effet de l'amour-propre de désirer de se voir déchargée de ces fardeaux. Il nous les fant porter, ma chère Mère, autant de temps que notre bon Jésus l'ordonnera. Agréez, s'il vous plaît, le trôs-humble et très-respectueux salut de notre Communauté. Vons y êtes connue comme si vous y étiez, car l'on vous y tient pour cauadienneL Adfeu pour cette année.
j De Québec, le 15 de septembre 1668.
LETTRE GXCII.