‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 74 sur 101 · EN FRANCE · texte numérisé non relu

EN FRANCE

^Me lie avec elle une union sainte et une communication de biens spirituels «t lui décrit la pauvreté de son monastère. — De quelle manière on francise 'es sauvages.

C*est moi, ma trôs-chère Mère, qui ai perda dans ^ l^rivation de vos chères lettres. Il y avait longtemps ^^ je vous connaissais de réputation par le moyen 3 x^évérend Père de La Haye et de défunte mademoi- 1^1^ de Luynes. L'amour et l'estime qu'ils avaient de ^t;:re vertu me sont devenus communs avec eux, et si ^ <3e temps-là nous eussions été en état de demander ^s religieuses en France, nous nous fussions adressées ^xix pour nous aider à vous demander à votre sainte ^xximunauté.

^dais Dieu ne l'a pas voulu, et il vous réservait pour i rendre les grands services que vous lui avez rendus ^puis, et que vous lui rendez encore pour sa plus ^«inde gloire. Par la lettre que vous avez eu la bonté ^ m'écrire, je connais que l'aflFection pour le Canada c^vis est toujours demeurée dans le cœur, puisque par ^tre bienveillance vous voulez bien en épouser les ^'t^rêts, et surtout ceux de notre séminaire. Cela me '^che le cœur d'une nouvelle émotion d'amitié pour ^^i«, mon aimable Mère; car je n'aurais osé présumer

que Yoas pensassiez seulement à noos, et à moi en particalier. Mais puisque notre bon Dieu le veut, lions donc une nouvelle et indissoluble union et communication de biens spirituels, moi avec vous, et notre Communauté avec la vôtre. Nous vous aimons toutes cordialement et nous ne doutons point de votre affection réciproque en notre endroit. Votre cordiale lettre en fait foi, comme fait aussi celle que vous avez écrite à ma Mère de Saint- Athanase, notre assistante.

Je n'ai pas manqué à ce que vous désirez de moi à l'égard de cette vertueuse dame. Je me donne Thonneur de lui écrire, quoique je ne l'entretienne que de civilités. S'il plaisait à notre bon Dieu de l'inspirer d'aider notre pauvre séminaire, elle ferait assurément une œuvre de grande charité : car je vous dirai sincèrement qu'il est fort chargé, et que pour toutes ses charges nous n'avons nulle fondation pour nos filles sauvages, mais seulement pour quatre religieuses qui les doivent instruire. Depuis près de trente ans que nous sommes en ce pays, celles que nous avons nourries et entretenues de tout dans le séminaire, ne Tout été que par un effet de la divine Providence.

Nous avons francisé plusieurs filles sauvages, tant huronnes qu'algonquines, que nous avons ensuite mariées à des Français, qui font fort bon ménage. Il yen a une entre autres qui sait lire et écrire en perfection, tant en sa langue huronne qu'en notre française ; il n'y a personne qui la puisse distinguer ni se persuader qu'elle soit née sauvage. M. l'Intendant en a été si ravi, qu'il l'a obligée de lui écrire quelque chose en sa langue et en la nôtre, pour l'emporter en France et le faira voir comme une chose extraordinaire. Sa Majesté, qui a envoyé des troupes en ce pays, voyant que Dieu y a

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béni ses armes, désire que Ton francise ainsi pea à peu tons les sauvages, afin d'en faire un peuple poli. L'on commence par les enfants. Mgr notre Prélat en a pris un grand nombre à cei effet; les révérends Pères en ont pris aussi en leur collège de Québec; tous sont yêtus à la française, et on leur apprend à lire et à écrire comme en France. Nous sommes chargées des filles, conformément à notre esprit; mais quoique nous les ayons élevées depuis que nous sommes en ce pays, nous n'avons néanmoins francisé que celles dont les parents l'ont bien voulu, et quelques pauvres orphelines dont nous étions les maîtresses ; les autres n'étaient que passagères et demeuraient avec nous un mois ou un peu plus, puis elles faisaient place à d'autres. Mais à présent il les faut toutes franciser et les vêtir d'habits à la française, ce qui n'est pas d'une petite dépense, car il n'y en a pas une, non plus que des petits garçons, qui ne coûte pour le moins deux cents livres à entretenir. Feu mademoiselle de Luynes nous assistait beau- <^up, car elle nous envoyait des étoffes pour les vêtir, ^t une bonne aumône pour aider à les nourrir. Elle ^^ait dessein de faire une fondation à cet effet, et quand ^Hd tomba malade, elle chargea son testament d'un legs ^iisidérable, mais la mort l'ayant surprise avant que ^ô \g signer, rien n'a été exécuté. Par sa mort nos filles ^Uft^i bien que nous sont demeurées sans appui, car ^ pi:^^sent il n'y a que deux honnêtes dames en France <lûi nous envoient chacune cinquante livres pour notre «éminaire. L'embrasement de notre monastère arriva ^ xiQême temps, et ces deux accidents joints ensemble ïiovis réduisirent à la dernière pauvreté. La seule Pro- ^dence de Dieu a rétabli notre monastère et jious a ^^i^es en l'état où nous sommes à présent. Mais quoique

nous fussions réduites à l'hôpital, nous retînmes toujours nos chères séminaristes, que nous estimons notre plus riche trésor en ce monde, et pour lequel nous avons quitté la France, nos Mères et tous nos amis.

Voilà, mon intime Mère, une petite partie de nos aventures passées et de notre état présent; soyez Tavocate de notre pauvre séminaire, si notre bon Jtisus et sa sainte Mère, notre vrai support, vous en donnent les mouvements. Nous eussions été ravies si la bonne Mère de votre maison fût passée cette année avec celle de Rouen ; mais Mgr notre Prélat a tant vu de remises pour cette dernière, qu'enfin il s*est lassé, et dans la nécessité où nous étions, il a bien voulu que nous prissions des novices de ce pays. Nous en avons donc reçu quatre, et une cinquième est sur le point d'entrer. Mais nous voyons bien que pour maintenir l'esprit reUgieux en ce pays il nous faudra toujours avoir des religieuses de France. C'est pourquoi, ma très-cbère Mère, nous nous adresserons à vous dans les occasions. Nos révérends Pères nous ont parlé si avantage^ement de la sainteté de votre maison, outre ce que nous en savons dailleurs, que nous ne croyons pas mieux faire que de nous adresser à vos bontés pour vous demander des filles qui soient jeunes, pour pouvoir satisfaire anx devoirs de l'Institut, et qui puissent s'accoutumer au climat froid de ce pays, où les personnes âgées ne saccoutument pas si facilement. Je vous réitère, ma très-chère Mère, la sincère aflFection de mon cœur pour votre âme; je vous demande aussi la vôtre dans l'intime union de notre divin Sauveur, dans laquelle je suis votre....

De Québec, le 21 de septembre 1668.

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