Lettres de m. Botta sur ses découvertes à Kharsabad, publ
Lorsque M. Botta partit pour Mossul , au printemps de i8&3, il était déterminé à employer le loisir que pourraient lui laisser ses fonctions de consul pour faire des fouilles à Ninive , dont les ruines ne sont séparées de Mossul que par le Tigre. Il fit exécuter, pendant quelque temps, des travaux dans Tenceinte qui est adossée au fleuve , et qui a longtemps passé pour le i^mpart de la ville de Ninive, mais que Ton doit supposer aujourdliui n^avoir renfermé que le palais qui formait la résidepce officielle des rois assyriens. Toutefois, cette enceinte se trouve trop près de la ville de Mossul pour qu'dle n*aît pas été, depuis des siècles, exjdoitée comme une carrière; et les travaux de M. Botta n'amenèrent que la dé* couverte de quelques inscriptions sur brique et sur pierre. Pendant ce temps, les habitants des environs, qui voyaient le consul de France occupé à ces recherches, lui apportèrent, de plusieurs côtés, des brique» à inscriptions et d'autres restes d'antiquités; et M. Botta, désespérant d'obtenir des résultats considérables dans l'enceinte même, transporta, au commencement de Tannée i8&3, ses opérations à un endroit situé à cinq heures de caravane de Mossul , d*où lui étaient venues de très-belles briques. C'était une colline d'une trentaine de pieds d'élévation et couronnée par le village de Khorsabad. Les travaux produisirent bientôt des^^
briques à inscriptions d'une grandeur énorme, et, peu à peu, on vit paraître des restes de murs couverts de sculptures. Ce fut une grande joie pour M. Botta, car jusqu'alors on possédait à peine un fragment de sculpture assyrienne; il redoubla de zèle, et vit, en peu de temps, sa découverte s'agrandir au delà de tout ce qu'il avait espéré. Il demanda l'aide du Gouvernement français pour donner aux fouilles toute l'extension nécessaire, car il avait bientôt acquis la certitude que toute la colline ne consistait qu'en une vaste ruine recouverte de terre. On doit rendre au Gouvernement la justice de dire qu'il a fait tout ce qu'il falilait pour aider M. Botta et pour assurer à la France la possession du trésor d'antiquités qui venait d'être découvert. M. Duchàtel accorda, pour les fouilles, des subventions, d'abord modérées, ensuite plus considérables à mesure que les travaux s'étendaient. M. Villemain, de son côté, lorsqu'il sut que M. Botta demandait l'envoi d'un dessinateur pour obtenir des représentations exactes des bas-reliefs qui ne pouvaient supporter le transport en France , se chargea de cette partie de la dépense , et envoya M. Flandin , qui revenait d'un voyage en Perse, et avait fait ses preuves dans ce genre de travail. C'est ainsi que M. Botta fut mis en état d'achever ses fouilles, de déblayer les restes d'un iimuense palais dont les murs étaient entièrement couverts de sculptures et d'inscriptions, de faire reproduire par d'excellents dessins la majeure partie de ces antiquités, et d'«xpédier en France tout ce qui en était assez conservé pour supporter le voyage. Dans ce moment il est
encore à Mossul , occupé à transporter de Khorsabad au Tigre les blocs enlevés à Tédifice, et dont quelques-uns pèsent jusqu'à trente mille kilogrammes; il a déjà employé six mois à cette opération, qui offre les difficultés les plus grandes, dans un pays où les transports ne se font qu*à dos de chameaux et de mulets. M. Botta a été obligé d'améliorer la route, de fabriquer des mouffies pour soulever les blocs, de faire construire une grosse voiture , et de préparer des outres pour supporter les radeaux sur lesquels il fait flotter les pierres jusqu'à Bassora , où un navire de la marine royale doit les embarquer. Le poids des sculptures qu'il envoie en France excède trois cents tonneaux; puissent -elles arriver saines et sauves, et ajouter au musée du Louvre une galerie assyrienne, unique au monde!
Les lettres qui forment ce petit volume ont été publiées dans le Journal asiatique, de mai i843 à février 1845. J'en ai reçu de M. Botta, depuis le conmiencement de ses fouilles, plus de soixante; mais je n'en ai publié que ce qui était nécessaire pour instruire les savants des progrès de sa découverte; et cette partie de sa correspondance ne peut donner qu'une faible idée de tout ce qu'il a fallu à M. Botta d'énei^e et de persévérance, pour amener à une si heureuse fin une entreprise hérissée de tant de difficultés. Le mauvais vouloir de Méhémet, pacha de Mossul, entravait à tout instant les fouilles : tantôt il jetait en prison les ouvriers; tantôt il défendait aux gens du village de vendre leurs maisons; tantôt il écrivait à Constantinople que M. Botta bâtissait une forteresse à Khorsa-
bad; tantôt H déclarait ^11 voulait totttisâ ces vieilles pieihres, pout fôirè dispàrattre totite cause de disseà* sion entre lui et son amj le consul de Franoe. Qii'oin ajoute à cela la défense du divan d'exporter les sculptures et leS'insèriptiidns, Tincertitude perpétuelle dans laÈquelle était M. Botta sur cd qui se faisait â Paris' et àùr les mesurés qu'on y prenait pour répondre. aux diverses eidgènces de sa position ; qu'on Infléchisse qu'ii avait, peùdànt tout ce temps, une chaire consulaire à remplir, que les circonstances rendaient particulière* ment importante et difficile, qu'à Fetception des sîi mois pendant lesquels M. Flandin resta âur les lieux, il n'avait personne pour Taider, qu'il était seul à diriger leS' fouilles, à copier les inscriptions, à dessiner les sculptures, à défendre sa découverte contre la malveillance des Turcs, à' transporter les pierres et à lutter contre des obstacles renaissant à chaqne pas; enfin qu'il épuisait ses propres ressources, quand les fonds mis à sa disposition ne sfutlisaient pas, et l'on concevra les fatigues et les anxiétés qu'il a eues à endurer pendant les deux années que durèrent ses travaux.
Au resté , tout est tek'mîné aujourd'hui ; les fouilles simili achevées; M. Fkndin est de retour avec le$ deissins de ceàt trente bas-rèlieft; les sculptures sont en grande partie à Bagdad, et n'attendent que l'arrivée cl'un vaisseau pour descendre k Baissori et être embarquées pour la France; enfin M. Botta est appelé à Paris, où il ne tardera pas à ^ùrtivèt avec les copies de deux cents inscriptions, et à rendre compte lui-même au monde savant de sa grande découverte, dans un ou-
vrage qui sera accompagné de gravures représentant la totalité des sculptures et des inscriptions.
Je publie ces lettres telles qu'elles ont paru dans le Journal asiatique, sans y faire aucun changement et sans effacer les notes dont une grande partie est aujour* d'hui inutile, sans même modifier quelques opinions émises, dans le principe, mais sur lesquelles la suite de ses opérations Ta porté à revenir ; je désire conserver lliistoire de cette découverte, telle qu'elle a été écrite au moment même et au fur et à mesure de ses progrès. Jusqu'à présent, ces lettres sont les seules pièces authentiques qui aient paru sur ce sujet, car les articles qu'on a insérés dans différents journaux contiennent, pour la plupart, des erreurs étranges, dont la lecture de ce petit volume fera amplement justice.
Jules MOHL.
Paris, le 13 juin l^845.