LETTRE 1ÈRE. ADRESSÉE AUX MINISTRES
et employés des sociétés de Méthodistes- Wesleyens à Manchester,
Londres, 6 juillet 1839.
Révérends Messieurs,— Il a paru dans le Moming Chronicle un avertissement, intitulé : Education nationale, contenant un manifeste sur ce sujet important, adressé par vous à vos représentans au parlement.
Je ne vous conteste nullement le droit que vous pouvez avoir de vous adresser à vos représentans sur un sujet d'aussi grand intérêt ; mais, tout en admettant ce droit, je me sens obligé de contester la manière inconvenante avec laquelle vous avez formulé vos représentations. Il me semble que le contenu de vos remontrances ne démontre pas une grande connaissance du christianisme et encore moins, la pratique de la charité chrétienne.
Pour éviter toute possibilité de faux exposé de vos sentimens, je me servirai de vos propres paroles. Les voici :
" Très-décidément nous objectons au projet médité pour les fortes raisons ** de principe de conscience et de notre droit à une pleine liberté religieuse*"
" Nous protestons contre le droit qu'on croit avoir de nous taxer pour enseigner et maintenir un système de religion que nous croyons, avec la majorité de nos concitoyens, être faux et injurieux.
" Nous protestons plus spécialement contre le prétendu droit de nous forcer à maintenir des écoles dans lesquelles on se propose de mettre en usage des versions des St.cs-Ecrit.urcs'notoircmcnt corrompues et. infidèles, et accompagnées de notes que nous considérons comme contenant des doctrines trèsabsurdes et très-pernicieuses.
"Nous pensons que ce serait un empiétement sur nos droits,commc communauté religieuse, nombreuse et influente, puisqu'après avoir payé une portion considérable de l'argent destiné à l'éducation nationale, nos enfans ne pourraient se prévaloir de ses avantages, sans être exposés aux dangers qui naîtraient de l'exhibition de sectes rivales, disputant en faveur de versions opposées de la Bible et aussi sans le péril, tout probable, du doute dans la foi, sinon de l'infidélité absolue dans cette matière."
J'ai plusieurs objections contre ce manifeste de votre façon. La Ire. est relative à votre prétention à être considérés comme amis du principe d'une pleine liberté religieuse.
C'est un principe excellent ; mais, je le répète, vous n'avez aucune prétention ou droit à ce principe. Au contraire, cette assertion dans vos bouches a si bien le son de l'hypocrisie,que je vous prierais respectueusement de ne plus l'employer ; pour cette raison toute simple, que les Méthodistes- Wesleyens,
dans la personne de leur fondateur depuis sa mort, se sont montrés, en toutes occasions, les ennemis de la liberté de conscience.
Je parle des Méthodistes- Wesleyens en général. Car il y a et des exceptions individuelles et même quelques-unes hautement honorables ; mdn accusation n'est dirigée que contre la grande et accablante majorité des Méthodistes-Wesleyens.
Voyez l'histoire de votre secte,société, ou persuasion, ou de quelque autre nom qu'il vous plaira de l'appeler, et vous reconnaîtrez que cette histoire justifie et prouve la vérité de mon accusation. En premier lieu, les protestans dissidens d'Angleterre, pendant près d'un demi siècle après l'organisation de votre société, furent opprimés par des lois pénales et répressives pour des raisons de conscience. Et, lorsqu'ils combattirent pour le rappel du serment du test et des actes de corporation, vous, méthodistes-Wesleyens, vous ne les avez jamais aidés dans cette lutte sainte. Au moins, si vous l'avez fait, c'est entièrement hors de ma connaissance. Au contraire,si ce n'est pas réellement, du moins vous avez paru être du nombre des plus ardens alliés des ennemis des protestans anglais dissidens.
Je sais qu'en l'année 1 828, lorsque les catholiques d'Irlande pétitionnèrent unanimement et puissamment pour obtenir une liberté parfaite de conscience pour les dissidens anglais, vous n'avez pas, comme nous, pris part au combat, ou vous ne vous êtes pas qualifiés à prendre votre part à la gloire de la victoire.
Secondement, pendant la longue lutte des Irlandais pour obtenir l'abolition des lois qui violaient la liberté de conscience, vous ne nous avez jamais donné la moindre assistance. Au contraire, vous avez paru dans les rangs ennemis ; et vous vous y êtes montrés actifs, persévérants, virulens.
Comment pouvez-vous donc penser à réclamer pour vous mêmes l'épithète d'amis de la liberté de conscience 1
En troisième lieu, vous vous seriez, en vérité, grandement écartés des principes de l'homme remarquable qui a formé votre société, si vous n'étiez pas es ennemis actifs de la liberté de conscience ; puisque le Rév. Jean Wesley, votre fondateur, montra le zèle le plus ardent dans la cause de l'intolérance. Il fut, en 1779, l'un des fondateurs ou conducteurs de cette association protestante laquelle, en juin, 1780, fut au moment d'effectuer la destruction de Londres, par une de ces insurrections qu'on appelle émeutes. La populace protestante, comme tout le monde sait, fut en possession de Londres pendant
six jours ; elle détruisit non seulement les maisons et les propriétés des catholiques, mais encore les chapelles catholiques et aussi grand nombre de propriétés protestantes, aussi bien que toutes les prisons de la métropole. Le grand instigateur de cette association protestante, soit dans la chaire, soit par le moyen de la presse, fut ce Wesley dont vous portez le nom ; et la 1ère, page de votre histoire politique est souillée par les pillages, les incendies, la destruction de propriété, l'effusion du sang et par l'épouvantable insurrection du mois de juin 1780.
En quatrième lieu, vous n'avez ni la possibilité, ni peut-être la volonté, de justifier Jean Wesley sur tous les faits mentionnés ci-dessus. L'insurrection commença le 2 de juin 1780, jour où l'association protestante présenta sa pétition au parlement. Le 17 février de cette année, cette même association présenta ses remercîmens unanimes à Jean Wesley pour ses effoVts dans l'intérêt de leur cause. Mais, le trait le plus hideux de toute sa conduite est. que, dans la suite et après que l'insurrection eut été supprimée, il eut l'audace, sans exemple, de publier des argumentations pour prouver que l'insurrection qui avait détruit les propriétés des catholiques, les chapelles catholiques et les vies des catholiques, n'était rien moins que le résultat d'une conjuration papiste ! ! !
C'est ainsi, Méthodistes- Wesleyens, que j'apprécie votre prétention d'être les amis de la liberté de conscience. Je vous conseille d'abandonner cette misérable prétention pour l'avenir. Déclarez- vous solennellement les amis de l'intolérance et de la persécution, si vous l'osez ; mais n'outragez pas le sens commun et les sentimens chrétiens, en affectant d'être favorables à la liberté religieuse.
Telle est ma première objection à votre manifeste ; votre prétention à être ce que vous n'êtes pas.
Cependant, je suis tout-à-fait disposé à applaudir au principe que vous établissez dans votre manifeste. Lorsqu'il vous est applicable, je suis très-satisfait que vous en recueilliez les avantages. Vous protestez contre la taxe qui a pour but d'enseigner et de maintenir des systèmes de religions que vous croyez fausses et injurieuses. Je me joins à vous dans ce protêt. Oh ! combien cordialement je vous remercie, Méthodistes- Wesleyens, de l'émission de ce principe ! Quel soufflet il donne aux taxes d'église (church-rates) payées, en Angleterre, par les dissidens protestans ou par les catholiques ! Quel rude coup vous portez à l'établissement protestant en Irlande ! Combien cordialement je vous remercie de l'excellent principe que vous produisez !
Mais voyons, soyez honnêtes ! Développez votre propre principe. Aucun homme ne devrait être taxé pour enseigner ou maintenir une religion qu'il croit fausse et injurieuse. Que les presbytériens, les épiscopaux, les indépendants, les baptistes et les catholiques recueillent également les avantages de ce principe. Il s'applique à tous. Voulez-vous l'étendre à tous?
Mais non ! vous y prétendez seuls ; vous ne l'accorderez pas aux autres. " Ce que vous voulez qu'on vous fasse, vous ne voulez pas le faire aux autres."
Pour apprécier votre conduite, sous ce point de vue moral, il suffit de montrer qu'elle est en contradiction avec la lettre du précepte des Stes. Ecritures.
Maintenant nous allons passer à vos connaissances bibliques. Voici les paroles dont vous vous servez :
" Nous protestons très-spécialement contre la prétention de nous forcer à maintenir des écoles dans lesquelles on se propose d'introduire des versions des Saintes-Ecritures,notoirementjcorrompues et infidèles, et accompagnées de notes, lesquelles, selon nous, contiennent des doctrines les plus absurdes et les plus pernicieuses."
Je commencerai par les notes. Et c'est ma conviction qu'aucun de vous n'a jamais lu les notes de la version catholique des Saintes-Ecritures en usage dans les tems modernes. Il est très-vrai qu'il y a eu une édition de ia Bible de Rheims ou de Douay qui contenait des notes, dans lesquelles on justifiait le pouvoir civil de persécuter ses sujets pour cause de religion ; mais il reste en vérité très-peu de copies qui contiennent de telles notes ; et tous les exemplaires, en usage parmi le clergé ou dans les écoles, sont tout-àfait exempts de telles notes. Toutes les éditions publiées, soit en Angleterre, soit en Irlande, ne contiennent rien de semblable. Après tout, si ces notes existaient encore, ils auraient bien mauvaise grâce de s'en plaindre, ces Méthodistes-Wesleyens qui, en autant que l'esprit libéral de l'époque peut le permettre, soutiennent le principe delà persécution religieuse. Mais les catholiques, sans exception, ont répudié ces notes et les doctrines qu'elles contenaient. Personne ne les a répudiées et condamnées plus hautement que je l'ai fait et que je le fais encore. C'est pourquoi, la plainte que vous portez contre des notes qui ne sont plus en usage, me parait oiseuse et frivole, et toutà-fait indigne d'être discutée dans un sujet aussi important que l'est l'éducation nationale.
Votre second allégué, auquel j'objecte, c'est que la version catholique des Saintes Ecritures est notoirement corrompue et infidèle. En ceci, vous ne
manifestez rien autre chose qu'une ignorance lamentable. Vous faites là une accusation que vous ne pourrez jamais prouver et que vous auriez honte de faire ,si vous aviez de la Bible une connaissance conforme à l'importance du sujet. Car vous auriez su que cette accusation s'applique, non à la version catholique, mais à la version protestante ; et que, tandis que des théologiens protestans ont rendu témoignage en faveur de la version catholique, plusieurs savans protestans, aussi bien que tous les théologiens catholiques, ont démontré les erreurs de la version protestante telle qu'autorisée ; ju?ques-là que quelques-unes de ces erreurs, sur des points très-importans qui concernent même la foi, sont admises par des protestans insu-uits, comme étant manifestes ; et cependant jusqu'à ce jour on a différé de les corriger. Laissez-moi vous mettre en possession de quelques-uns de ces faits. Cette connaissance pourrait vous être utile.
1 ° . Le premier usage, en grand,qu'on ait fait de la presse, à la suite de l'invention de l'imprimerie, fut la publication de la Bible, selon la Vulgate, par le célèbre Faust. Cette édition était d'un grand format et en langue latine ; mais vous devez savoir qu'à cette époque tous ceux qui savaient lire, entendaient le latin. Cette publication s'est faite plus de 70 ans avant la soidisante réforme.
2 ° . Environ S00 éditions de la Bible ou du nouveau Testament, furent imprimées, et circulèrent dans l'Europe catholique, avant la prétendue réforme et avant que le nom de protestant fut connu dans le monde.
3 ° . Un nombre de ces éditions, excédant 200, étaient en langues vulgaires des différens pays où elles furent publiées, et furent ainsi accessibles à tous ceux qui savaient lire.
4> ° Les éditions de la Bible en langues vulgaires furent presqu'exclusivement publiées dans les pays qui,parla suite,ont continué d'être fidèles à la foi catholique ; tandis qu'en Angleterre, en Ecosse, en Suède, en Danemark et en Norwége où le protestantisme acquit, dès le commencement,un ascendant qui s'est maintenu depuis,il n'a existé,pour ces différens peuples,aucune bible dans leur langue nationale, avant qu'ils embrassassent le nouveau symbole.
5 ° La seule exception à ces faits,dans les pays qui embrassèrent le nouveau ou plutôt les nouveaux symboles, est la Hollande, où il y eut deux ou trois éditions en langue vulgaire avant la réforme ; mais il faut admettre que la position géographique de la Hollande a décidé,sinon créé l'adhésion des Hollandais au protcstantisme.Encore y a-t-il cette compensation qu'il n'existe aucun pays,en
Europe, dont les habitans reviennent plus vile, et en plus grand nombre, à la foi catholique que les Hollandais.DepIus,entre les pays mentionnés plus haut,comme étant particulièrement protestans,il est remarquable que le protestantisme a été introduit en Angleterre par Henri VIII, et en Danemark par Christiern II, les deux plus grands scélérats qui aient jamais souillé, je ne dis pas seulement le trône, mais la nature humaine !
6 ° ♦ Les premières versions de la Bible,en langue anglaise,publiée après le commencement de la réforme, furent: 1. celle de Tyndal, 2. celle de Coverdale ; toutes deux sous le règne d'Henri VIII ; 3. celle appelée la Bible de Pévêque, sous le règne d'Elizabeth ; et ces trois Bibles furent les seules en circulation, en Angleterre, jusqu'en 1611, où la présente Bible approuvée fut publiée, sous le règne de Jacques I. Les trois précédentes versions avaient prévalu, pendant une période de près de soixante ans, comme versions des Saintes-Ecritures, autorisées pour l'usage des protestans anglais.
7 ° .Ces versions étaient si remplies de fautes grossières qu'elles furent considérées par plus de mille ministres de l'Eglise protestante anglaise " comme étant absurdes dans quelques endroits, et en d'autres com*ie corrompant, obscurcissant et falsifiant la parole de Dieu, et comme étant, selon l'expression de Jacques lui-même, une traduction très-corrompue." Cependant ce fut dans cette version que les chrétiens anglais puisèrent leur religion, durant une période de soixante ans.
S ° . La version même actuellement autorisée, celle du roi Jacques,n'a pu échapper à la censure protestante la plus sévère. Des théologiens protestans du caractère le plus élevé,tels que Louth,Neweome, Wakefield,Bellamy? (et j'en pourrais nommer plusieurs autres,) admettent qu'il se rencontre de fréquentes erreurs dans la version protestante autorisée et qu'on doit désirer une révision. Même, un écrivain protestant plus récent et plus laborieux, le révd. M. Howe, dans son introduction à l'étude critique des Ecritures, vol.ii, concourt pleinement dans cette opinion des théologiens protestans plus anciens.
Cependant, c'est dans cette version, dans laquelle, selon le langage modéré des théologiens protestans, les erreurs sont fréquentes, et dont la revision est désirable, que vous, Méthodistes- Wesleyens, et le reste des protestans d'Angleterre, vous puisez votre religion !
9 ° . Les personnes qui revisèrent cette version, et qui l'appuyèrent de leur sanction, étaient des hommes dont on peut apprécier le caractère et la force de génie par la dédicace môme qu'ils firent de leur Bible
à Jacques I, cet être sale et dégoûtant, qui a été si justement représenté comme la honte et de la royauté et de la nature humaine ! Ils l'appelaient : " le soleil dans sa force,"déclarant que la main céleste du Seigneur l'avait enrichi de grâces singulières et extraordinaires, afin qu'il fût la merveille du monde\\\
10 ° La version catholique approuvée fut d'abord publiée à Douay, en 1609. Ce fut l'œuvre de quarante ans de fatigues et de labeurs, et elle peut très-bien soutenir le parallèle avec aucune autre version des Ecritures, publiée dans aucun pays, catholique ou protestant.
11°. Je termine cet abrégé de notices intéressantes, en vous rappelant que le catholique ne compte sur aucune version catholique particulière des Saintes-Ecritures.il a une autorité parlante et toujours existante à laquelle il a recours, c'est le devoir et le bonheur du catholique de se laisser diriger par celle que Dieu a promis de ne jamais abandonner.
Après avoir mis sous vos yeux des faits dont la vérification doit être familière à tout écolier dans la science biblique, je passe à la considération d'un sujet de grande importance en lui-même, mais que vous n'avez amené sur le tapis que par une grande imprudence. C'est un sujet dont vous auriez dû prudemment,selon moi, vous abstenir de parler. Il ne peut que nuire à votre cause. Il me parait être un désaveu du principe fondamental du protestantisme. Je veux désigner ici l'avancé dans lequel vous déclarez que vos enfans seraient exposés au doute et à la défection dans la foi, en voyant des sectes rivales se combattre par des versions de la Bible opposées les unes aux autres.
En est-il ainsi, Méthodistes- Wesleyens? Y a-t-il donc danger de tomber dans le doute, même dans l'infidélité absolue, à l'occasion de versions contradictoires de la Bible ? Vous êtes donc déterminés à élever vos enfans et à les éduquer sans la connaissance d'un fait aussi importantîEt laisserez- vous aussi ignorer à vos enfans, qui étaient ceux de qui cet esprit de doute leur est venu ; quand et par qui cet esprit de doute a été introduit et soutenu ? Méditez bien vos propres paroles, et voyez si elles ne sont pas destinées à s'élever contre vous au jour du jugement, et à vous faire condamner par votre propre bouche.
Car, à ne considérer le protestantisme que comme un fait, et sans l'approuver pour le moment ni le désapprouver, n'est-ce pas le droit du jugement privent le droit aussi bien que le devoir de chaque individu d'examiner et de décider pour lui-même, en choisissant dans la parole de Dieu écrite, et dans cette source seulement, les dogmes de sa religion 1
C'est là.le principe de votre religion ; si vous ne l'admettez pas, vous n'êtes plus protestans : La parole de Dieu écrite suffit, avec le droit à chacun de l'interpréter pour lui-même.
Maintenant je vous prie de me dire si ce principe ne suppose pas nécessairement une connaissance parfaite de ce qui est et de ce qui n'est pas la parole de Dieu écrite ?
Pour observer les règles du langage exact, qu'on peut appeler langage parlementaire, il y a plusieurs questions préliminaires à faire, avant que vous soyez sûrs que le livre^ dont vous vous servez, contient la parole Dieu et toute la parole de Dieu.
1 ° Est- il certain que ce livre contient la parole de Dieu ?
2 ° Est-il certain qu'il contient toute la parole de Dieu ?
Il faudrait qu'un protestant pût répondre, d'une manière satisfaisante et même complète, à ces questions, avant de pouvoir, sans danger, se servir de sa Bible. Dans le fait, c'est évidemment le devoir de chaque membre des diverses églises protestantes de se procurer à lui-même une pleine satisfaction relativement aux raisons qu'il a pour adopter une Bible protestante. Cette stricte recherche est de la plus haute importance. Le protestant a rejeté l'autorité de l'Eglise dans le jugement qu'elle prononce sur la divinité des Ecritures ; par conséquent, il doit être pour le moins absurde de supposer qu'ayant désavoué cette autorité de l'Eglise, il veuille s'en rapporter à l'autorité de l'imprimeur du Roi ! ! c'est pourquoi, si vous tenez sincèrement au protestantisme, au lieu d'éviter l'examen, vous devez considérer comme votre premier devoir d'apprendre à vos enfans le moyen de s'assurer de l'authenticité des Ecritures et de distinguer le vrai du faux et de l'erroné.
C'est un fait que vos enfans,pour être en assurance,en lisant le livre que vous leur mettez dans les mains comme étant la Bible,devraient savoir :l.si plusieurs livres qui composent ce volume sont authentiques,ou non ; et pourquoi ; 2. si vraiment les auteurs de ces livres ont écrit sous l'inspiration divine. Ils devraient encore être capables de donner la raison pour laquelle les livres de St. Marc et de St. Luc, qui n'étaient point des Apôtres, sont cependant reçus comme vrais et surtout comme inspirés ; tandis qu'on les a accoutumés à rejeter le livre écrit par St. Barnabe comme n'étant point inspiré, quoiqu'il soit certainement authentiquent quoiqu'il soit reconnu que St. Barnabe a fait des miracles, et que vous le désigniez, dans vos Bibles, comme un apôtre rempli du St. Esprit.
Ces questions ne créent point le doute ; elles n'excitent point {-infidélité
dans l'esprit des catholiques qui s'en rapportent à l'autorité de l'Eglise pour l'authenticité et l'inspiration des Ecritures, ce dépôt sacré de l'Eglise catholique dans tous les teins et dans tous les âges.
Mais vous, M éthodistes- Wesleyens, qu'allez-vous faire? Allez-vous contrôler f esprit et le jugement de vos enfans par une prétention éphémère d'autorité spirituelle ? Et si vous n'avez pas celte autorité, (comme assurément vous ne l'avez pas,V^'est en vain que vous espérez étouffer les doutes en laissant vos enfans dans l'ignorance sur ce point majeur de controverse religieuse ; c'est en vain que vous croyez extirper les germes d'infidélité en insistant sur leur soumission dans une chose qu'il ne vous appartient aucunement de contrôler.
En principe, la doctrine de l'autorité de l'Eglise est si conforme au sens commun que,sans vous en douter, vous y avez recours 5 et vous admettez(sans intention, mais en termes exprès) que la règle anti-catholique conduit nécessairement au doute et qu'elle a une tendance directe à l'infidélité.
Méthodistes-Wesleyens, j'ai fini avec vous pour le présent. Je ne relèverai aucune publication anonyme qui pourra paraître en réponse à cette lettre. Mais je vais terminer cette adresse par les réflexions suivantes :
1 ° . Vous alléguez qu'il n'est pas honnête d'employer l'argent des Wesleyens pour é.duquer les membres de la religion catholique. J'admets cela. Mais n'est-il pas également déshonnête d'appliquer l'argent des catholiques pour l'éducation des Wesleyens, ou de toute autre secte, dans des doctrines que les catholiques croyent être erronées 1 selon l'expression vulgaire de Cobbett : "ce qui est sauce pour l'oie est sauce pour le jars."
2 ° . Votre lettre est pleine de la mal-honnêteté ci-dessus. Vous désirez que l'argent de toutes les persuasions soit appliqué pour l'éducation d'une seule.
3 ° . D'un autre côté, les catholiques désirent agir honnêtement avec toutes les sectes. Ils insistent sur le principe du sens commun et de justice égale, savoir que l'argent de tous soit appliqué à l'éducation de chacun.
L'Eglise catholique, dans tous les tems et dans tous les lieux, a été la protectrice de l'éducation. Avant ia réforme, chaque grande Eglise,tous les monastères et les couvents avaient une école fondée au profit des pauvres qui y recevaient une éducation gratuite. Dans Oxford seul, avant la réforme, il y avait 300 salles et écoles privées, outre les collèges. Où sont-elles aujourd'hui ?
Méthodistes-Wesleyens, je conclus pour le présent. Vous avez provoqué cette dispute par vos vues rétrécies sur l'éducation. Je me réjouis de ce que
vous m'avez procuré le contraste entre la vraie libéralité catholique et l'intolérance du méthodisme-wesleyen. Vous avez été amenés à contredire les principes protestans, afin de pallier cette intolérance.
Comme c'est bien vrai : "et secum petulans amentia certat." Votre organisation est étendue ; elle serait formidable, si ce n'était de cet esprit d'antipathie sans charité que vous avez pour vos confrères-chrétiens. Vous désirez faire des conversions parmi les catholiques. Pouvez-vous espérer d'y réussir par des injustices pécuniaires et une virulence spirituelle !
Votre cri de non papisme perd tous les jours de sa force et de son efficacité. A l'époque où nous sommes, vous ne pourriez pas plus exciter un mouvement insurrectionnel contre les catholiques, comme vous fîtes en 1780, que vous ne pourriez renverser le trône ou la constitution. Au lieu de nuire au catholiscisme, vous servez sa cause, en faisant contraster vos travaux avec les efforts des catholiques pour promouvoir l'esprit de libéralité, l'éducation générale et l'exemption entière, pour tous les chrétiens, de toutes entraves locales ou temporelles à la liberté de conscience.
Je suis, Révds. MM., &c.