‹ Lettres de M. D. O'Connell aux Methodistes-WesleyensChapitre 3 sur 4 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

Londres, 15 août 1839.

Mêthodistes-Wesleyens, — Votre réplique à ma première lettre est une pièce d'impertinences des plus exquises, un plat assaisonné de colère, de rancune et d'absurdité au-delà de toute expression.

Cependant, acceptez, pour le tout, mes très-sincères remercîmens. Le dépit que vous montrez d'avoir été défaits par mes argumens, prouve combien vous seriez désireux de contester les faits qne je vous cite et les raisonnemens que je vous présente, si vous le pouviez. Mais il vous est bien plus aisé de me quereller et vilipender, que de répondre à ces faits et à ces argumens. Aussi, vous n'y avez pas manqué ; et, dans votre pieuse douceur, vous m'avez gourmande et calomnié avec une intensité de malice qui proclame bien haut le sentiment de votre défaite. Cette conduite est la ressource ordinaire de ceux qui sont coupables, bigots et sans charité. Voilà pourquoi vous y avez un droit incontestable.

En réalité, c'est un vrai triomphe que m'a procuré cet aveu de votre faibles«2. Un grand nombre de vos amis, protestans comme catholiques.

m'ont dit qu'on ne pouvait répondre à ma lettre ; que les faits allégués étaient pi clairement prouvés et les conséquences, que j'en avais tirées, tellement justes et naturelles qu'il n'y avait pas de réponse raisonnable possible. L'événement a parfaitement justifié cette assertion ; et certainement, après avoir commencé cette controverse en attaquant les catholiques sur leur version des Saintes-Ecritures, vous auriez indubitablement répliqué, par écrit,à ma lettre, si vous eussiez eu quelque chose à répondre.

Ne suis-je pas autorisé à tirer cette conclusion, lorsque vous-mêmes vous faites voir combien vous sentez vivement le poids des charges portées contre vous et la force de ma dissertation sur la Bible 1 Vous devez être persuadés que la faiblesse des excuses que vous alléguez pour ne pas me répondre, montre, de la manière la plus évidente, votre incapacité à le faire. Mon triomphe est complet ; et la joie que j'éprouve de l'impression que ma lettre a faite, est sans aucun mélange de ressentiment pour l'impolitesse et le manque de charité qui font le caractère principal de votre second manifeste.

Permettez-moi, maintenant, d'examiner, arec le même esprit dans lequel j'ai écrit ma 1ère, lettre, l'excuse que vous prétextez pour pallier votre incapacité à donner une réponse raisonnable.

Voici votre première excuse. Avec vous, il faut être précis et se servir de votre propre langage. Voici donc, dans vos propres termes,votre première excuse, pour ne pas répondre à ma lettre :

I. Parce que cette lettre contient des imputations fausses et calomnieuses? tant contre le caractère et la conduite de feu le vénérable Jean Wesley, que contre les dispositions générales et les habitudes de cette secte de chrétiens qui portent son nom, et à laquelle les membres de ce comité tiennent à honneur d'appartenir.

Ici nous arrivons ensemble à l'état de la question. J'ai, il est vrai, fait des accusations fortes et sévères, et non de simples imputations, contre les Méthodistes- Wesleyens et contre leur fondateur, qu'il vous plait de désigner comme " vénérable." Vénérable l bah î mais je nie absolument que ces accusations soient fausses ou calomnieuses, à moins qu'on appelle calomnies ce qui est strictement vrai, comme certainement l'ont été toutes mes accusations.

Permettez-moi de répéter brièvement ces accusations et de montrer tout de suite leur vérité indubitable. Ces accusations étaient au nombre de trois.

1 ° . J'ai accusé les Méthodistes- Wesleyens d'être les ennemis invétérés de la liberté de conscience. J'ai démontré la vérité de cette accusation en rappelant que les Méthodistes- Wesleyens n'assistèrent jamais les catholiques

d'Irlande dans leurs efforts pour obtenir la liberté religieuse ; qu'ils n'assistèrent jamais les dissidens anglais dans une lutte pour obtenir la liberté religieuse ; mais au contraire, ils donnèrent assistance, pendant ces disputes à ceux qui s'opposèrent à la cause glorieuse de la liberté de conscience.

Et même, à présent, ne donnez-vous pas les preuves les plus claires que l'esprit de bigoterie est aussi ardent parmi vous qu'il l'a jamais été. Ne favorisez- vous pas la pratique injuste d'employer l'argent de tous pour l'éducation de quelques-uns 1 Et votre dernier manifeste n'est-il pas une proclamation d'une nature également mal-honnête 1 N'est-il pas directement opposé au précepte le plus glorieux et le plus utile de l'humanité, qui nous dit de ne point faire aux autres ce qu'on ne voudrait pas qu'ils nous fissent.

Ma seconde accusation était dirigée contre l'hypocrisie que renferme votre prétention à vous donner pour les amis de la liberté religieuse, et même comme vous dites, de lapleine liberté religieuse. Et voilà que, malgré l'avis que je vous donnai dans ma dernière lettre, vous professez encore cette hypocrisie en parlant, dans votre dernier manifeste, de liberté et de vérité. Oh ! honte à cette hypocrisie sans pudeur î

Méthodistes-Wesleyens, je vais immédiatement mettre lin à toute cette controverse.

Votre histoire est bien courte, elle excède à peine quatre-vingts ans. Eh bien, montrez-moi que, pendant cette période, vous vous soyez jamais distingués par un seul acte, ou une déclaration, ou un seul mouvement quelconque en faveur de la liberté de conscience, je dirai même, en faveur de quelque liberté civile que ce soit ; et alors je rayerai le mot hypocrisie ; je rétracterai mes accusations, je vous ferai la plus humble apologie, j'écrirai même pour vous représenter comme de charitables chrétiens, et non comme des intolérans et des bigots.

Il est vrai que j'ai porté des accusations très-graves contre Jean Wesley que vous appelez vénérable. Je l'ai accusé d'avoir été, en 1779, l'un des principaux chefs et fondateurs de l'association protestante, qui, en juin 1780,, effectua une rébellion dans Londres ; pilla, détruisit et incendia les maisons particulières et les chapelles, les résidences des juges et les prisons publiques attaqua la banque et le palais et laissa les rues de Londres rougies de sang humain. Je vous donne les dates et les circonstances. Je l'ai aussi accusé d'avoir eu l'audace sans pareille de vouloir justifier son association protestante, l'objet de son affection, et d'avoir rejeté la faute sur les catholiques persécutés et dépouillés, et cela après que ces crimes eussent été commis

par ses partisans et ses associés. Telles étaient mes accusations. Vous le» avez appel ées fausses et calomnieuses. J'affirme qu'elles étaient parfaitement vraies. Je vous ai donné la date du vote unanime de remercîmens adressé à ce même Jean Wesley par cette association pillarde et rebelle. Ce vote portait la date du 17 février de cette année 1780. Essayerez-vous de nier l'existence de cette résolution ? ou le fait qu'il l'ait méritée 1 Si vous osez le faire, mes preuves sont prêtes. Je vous provoque à cette controverse. Mais vous trouverez sans doute qu'il est plus prudent d'éviter les détails et de vous tenir dans une assertion générale. Nierez-vous que Wesley ait eu l'indicible fourberie d'accuser les catholiques du pillage et de la ruine des catholiques eux-mêmes? Nierez-vous qu'il ait appelé cette insurrection un complot papiste 1 Si vous le niez, je suis prêt à vous marquer les chapitres et les versets dans ses propres ouvrages qui contiennent toutes ces assertions.

Méthodistes-Wesleyens ! votre histoire est une de ces phases les pluB étranges que fournissent les erremens de l'esprit humain. Elle montre com bien les sentimens d'enthousiasme religieux peuvent facilement se mêler avec les plus méchantes passions humaines et à quel degré un faux zèle religieux, au nom du Dieu de charité, peut porter les hommes à haïr leurs semblables les plus inoffensifs.

J'en viens maintenant à la seconde excuse que vous donnez pour ne pas répondre à ma lettre. Vous dites : " Nous ne répondons pas à cette lettre,

"2°. Parceque tout l'argument en est basé sur le plus palpable faux exposé possible du document auquel l'auteur prétend l'appliquer."

Est-il possible 1 quelle espèce d'hommes vous êtes ! mais laissons les exclamations et établissons le fait. Voici le passage de ma lettre, et les mots dont je me suis servi. "Pour éviter tout faux exposé de vos sentimens, je vais les rendre dans vos propres termes ; les voici : etc."

Et alors j'ai transcrit mot à mot ce que j'avais pris de votre document, sans ajouter ni retrancher un iota ! ipsissimis verbis. Cependant, vous avez le mauvais goût et la hardiesse déhontée d'appeler cela un faux exposé, Misreprésentation !

Il n'y a pas moins de deux cent-un d'entre vous, ministres et employés, tels que vous êtes,qui, dans votre comité d'éducation, avez l'audace d'assurer que celui qui reproduit vos sentimens dans vos propres ternies, les expose faussement. Je vous dirai tout d'abord quel nom je donne à cette assertion : le mot est dur, mais il est court ; mensonge ! vous êtes deux cent-un ; vous pouvez le partager entre vous, mal-avisés * * *$* que vous êtes.

Vous n'aimez jamais eu la folie ni l'audace de donner pour excuse qu© cette iilentité était un faux exposé, si, au fond, Jvous n'aviez pas cru que ces excuses ne s'adressaient pas à moi, mais bien aux pauvres dupes de votre société.Vous avez compté sur leur soumission niaise et prompte ; vous avez cru qu'ils ne liraient pas ma lettre, et qu'ils prendraient pour vrai le rapport que vous leur en feriez. Véritablement, il faut que vous ayiez une longue expérience de leur crédulité pour hasarder une fourberie aussi grossière Que les malheureuses dupes de tels hommes sont dignes de pitié !

Votre troisième excuse pour ne pas répondre à ma lettre contient une assertion d'une nature tout-à-fait différente, et telle, je pense, que vous n'êtes guère dans l'habitude d'en faire \ c'est une assertion parfaitement vraie en elle-même. Déplus c'est un aveu précieux ! voici :

3 ° . "Dans l'opinion du comité, cette lettre est une tentative évidente et mal-honnête,pour propager, par le moyen d'une controverse avec les Méthodistes-Wesleyens de Manchester, quelques unes des doctrines les plus absurdes et cependant les plus dangereuses de la papauté."

Il n'est pas nécessaire de remarquer combien vous êtes incivils ne m'accusant ainsi de mal-honnêteté. La folie de votre accusation surpasse de beaucoup sa rudesse.Je crois,avec la certitude de la foi,que ce que vous appelez les dogmes de la papauté, est parfaitement vrai et propre à conduira au salut éternel» Comment peut-il être deshonnête de ma part d'essayer à propager ces doctrines par une controverse franche,même quand ce serait avec les impuissans méthodistes de ManchesterîVous admettez que ma tentative est évidente.Donc il n'y a ni secret, ni fraude. Il y a donc de ma part une candeur sans réserve ; et5 si votre accusation signifie quelque chose, elle signifie que la candeur est une chose mal-honnête.Eiivérité,il peut se faire qu'il en soit ainsi ^armi vous,donfc le but est de toujours transiger d'une manière fourbe et captieuse ; mais il n'en peut pas être ainsi avec le chrétien catholique ; lui, il n'a rien qu'il doive cacher, ni désavouer dans tout ce qui le regarde. Je reviens à votre assertion. Vous exprimez votre appréhension qu'une controverse avec vous ne propage ce que vous appelez les doctrines très-absurdes et cependant très-dangereuses du catholicisme. Quelle opinion avez-vous donc du méthodisme, lorsque, vous admettez qu'il est en péril même par l'action ou l'énoncé de doctrines très-absurdes ! Quelle concession que celle-là ! Le méthodisme est en

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