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ait renoncé au projet d'attaquer cette partie. La grande confiance succède ordinairement aux grandes inquiétudes. Point de prisonnier, ni espérance d’en avoir. Les sauvages sont de la plus mauvaise volonté; et, malgré tout ce que je puis dire, on ne m'envoie jamais que des vieillard qui gâtent les jeunes gens et que l'on croit les plus fidèles du monde, parce qu’on ne les connoît que par leurs harangues.
Ce ler novembre 1759.
J'ai reçu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 26 du mois dernier.
J'ai eu celui de vous rendre compte du départ de l'avant-garde ennemie. Je ne sais rien de plus nouveau. Les sauvages ne veulent plus aller en guerre. Ils sont d'aussi mauvaise volonté que les colons. Il est vrai que la saison est tellement avancée, qu'il n'y à nulle apparence que les Anglois entreprennent.
J'ai un bateau en chemin pour Saint-Frédérie, qui porte des lettres de M. de Vaudreuil. C’est la seule découverte sur laquelle je puis compter.
Des cinq cents hommes de votre campagne {1 : conduisoit le sieur Rhéaume, il en est arrivé cent “ingt à Saint-Jean ; les autres ont déserté en chenin, ainsi du reste.
Vous m'aviez parlé de loger ici trois cents hommes pour l'hiver ; j'ai agi en conséquence. M. de Vaudreuil m'écrit, aujourd’hui, pour la première fois, qu’il en veut mettre cinq cents, et qu'il vous écrit pour savoir ce qu'on mettra de piquet des bataillons. Les cinq cents hommes seront mal logés.
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M. de Vaudreuil, à ce qu'on m'a mandé, a ordonné aux bataillons de Royal-Roussillon et de Guyenne, de s'établir dans les quartiers de la côte du fleuve, depuis Sorel jusqu’à Laprairie. C’est une suite du mouvement qu’a fait M. Amherst ; il a compté qu’ils seroient à la portée de venir ici, s’il étoit nécessaire ; mais, comme la saison est maintenant un obstacle invincible, je lui ai représenté que ces bataillons-ci sortiroient tard de campagne, et courroient les risques des mauvais temps, s'ils étoient obligés de passer le fleuve et le lac pour gagner leurs quartiers. Je ne pense pas que ma représentation ait d'effet; mais j'ai cru devoir la faire, parce que les deux autres bataillons venant par terre, pourroient être à temps pour recevoir le contre-ordre,
Le fort d'hiver est sérieusement contrarié par le froid, N'ayant point de pierres, il faut faire les cheminces en terre, et il gèle déjà assez pour faire compter les degrés au thermomètre. Je tâche d’y remédier par de l’eau chaude et du feu. Pas une planche ; les moulins de Chambly n’ont presque rien fourni. J’ai détaché deux cents hommes pour aller en chercher à Maska ; mais les habitants désertent en chemin. D'ailleurs, M. l'intendant me mande que ces planches sont destinées pour Jacques-Cartier, et qu’il désespère qu’on en puisse fournir pour ici. M. le marquis de Vaudreuil me marque qu'à défaut de planches pour faire des logements, il faut faire faire des baraques. Cet expédient, à coup sûr, ne me tirera pas d'affaire, parce qu’il a oublié de me mander avec quoi on les couvrira.
Je prends la liberté, mon cher général, de vous envoyer un paquet de lettres pour France, que je vous
supplie de faire mettre sur le même bâtiment que les vôtres, J’enverrai les duplicata, au hasard, sur un des bâtiments qui comptent passer sous Québec. Il n’y a rien dans ces lettres que les Anglois ne puissent voir.
Vous ne m'avez pas fait l'honneur de me mander où vous comptiez passer l'hiver, J'imagine que ce sera avec M. le marquis de Vaudreuil. Je désire fort voir la fin de cet établissement-ci; mais, depuis qu’il fait froid, ma santé va en empirant, et ma petite fièvre devient journalière. Je ferai ce que je pourrai et partirai le plus tard qu’il me sera possible.
Je rends compte succinctement au ministre de ma campagne. Je pense, qu'en gros, on doit être content de ce corps de troupes. Nous avons fait ce que nous devions faire, et il n’est pas mal, avec si peu de monde, d’avoir mis ceci en état d’être respecté, Il est vrai que la position, par elle-même, étoit bien bonne.
Ce 2 novembre au soir.
Je pense, mon cher général, que vous êtes instruit du départ de M. Le Mercier, et ne doute nullement qu’il ne soit arrangé de concert avec vous. Cependant il m’en a fait mystère et, à tout hasaril, j'ai l’honneur de vous donner avis qu’il passe en France. Je l'ai su par voie indirecte ; mais je crois la chose sûre ; si vous le savez, comme il y a apparence, je n’ai rien dit ; si, par hasard, vous n’en saviez rien, il sera bon d’en être instruit,
Les Anglois sont dans le fort des Abénakis, à Missiscoui, depuis avant-hier. Je viens d'envoyer reconnoître ce qu’ils y font, et en quel nombre,
AU CHEVALIER DE LÉVIS té
M. le marquis de Vaudreuil m'a envoyé un paquet à faire passer à M. Amherst, dont j'ignore la teneur ; mais par des lettres que j'ai eues de Montréal, il y a apparence qu'il y est question de l'échange des prisonniers. Il est parti avant-hier.
Aujourd'hui, M°° de la Milletière me mande que M. de Vaudreuil ne réclame l'échange que pour les officiers du pays, et elle se lamente de ce que son mari n’y sera pas compris et ne reviendra point.
Je lui mande qu’il n’y a nulle apparence à cela, que sûrement M. de Vaudreuil réclame tous les officiers francois, indistinctement, et que son mari aura le sort des autres. Je pense, en effet, que c’est une inquiétude qu'on lui a donnée, sans fondement. D'ailleurs ils pourroient bien ne revenir ni les uns ni les autres.
P. S.— M. Le Mercier me dit un jour que Bougainville avoit peint, l’année dernière, notre situation comme trop désespérée, et qu'il étoit cause par là que le pays n'avoit point eu les secours qu’on auroit sans doute envoyés, s’il n’avoit pas parlé de la sorte. Je vous répète cette phrase, indifférente en elle-même, parce qu’il passe en France cette année. Je vous supplie que ceci soit pour vous seul; je n'ai pas envie de faire plus d’inimitiés qu’il y en a.
“ Ce 3 novembre 1759.
Les Anglois qu’on avoit vus dans le fort de Missiscoui, se sont trouvés être cinq hommes du détachement de M. Rogers qui se sont égarés. Trois Abénakis, moins poltrons que les autres, les ont pris sans peine. Ils disent que M. Rogers s’est rendu sur la rivière de Con-
nectieut où il doit être arrivé depuis longtemps. Son projet n’a jamais été de revenir aux berges qu'ils avoient laissées dans la baie. Ils n'avoient presque plus de vivres en partant de Saint-François.
Un grenadier de Béarn, qui étoit malade aux Trois- Rivières, a eu une permission de M. de Longueuil pour aller à Montréal. Il est gendre de Xaintonge, et est venu voir sa femme dans la rivière de Chambly, puis son beau-père qui est ici. Je le fais repartir sur le champ pour joindre sa troupe.
(Sans signature)
Ce 5 novembre 1759.
M. de Cadillac, qui arrive, mon cher général, de Saint-Frédérie, n’a point trouvé l’armée retirée comme on le croyoit.
I a même rencontré dans la baie des Tsonnonthouans deux bâtiments, l'un desquels est un de nos chébecs que l’on a cru avoir coulé bas; les deux autres sont en effet sous l'eau, et les Anglois comptent les relever.
L'aide de camp Abercromby a parlé de la manœuvre de ces chébecs avec bien peu d’estime, et assure avoir été bien surpris qu’on les eût abandonnés. Rien ne leur étoit plus aisé, selon lui, que de se sauver.
I1 a dit aussi que l'armée angloise étoit venue jusqu’au près de la baie de Tsonnonthouans, et que M. Amherst ayant reçu un courrier de Boston, qui lui apprenoit la prise de Québec, s'en étoit retourné tout de suite, ne voulant pas perdre du monde pour prendre un pays qu'il regardoit comme rendu.
Sir Abercromby étoit sur les berges qui ont reconnu l'Ile-aux-Noix, le 21, et a, dit-il, été fort surpris de voir vingt pièces de canon dirigées sur l’entrée de la rivière. Il a conelu que nous en avions beaucoup ici, quoiqu'il crut le contraire, sachant que j'avois eu ordre d'envoyer deux convois d'artillerie aux Rapides et à Jacques- Cartier.
Il paroît que le maréchal de Contades a été battu près de Minden.
Je vous prie de me permettre de quitter l’Ile-aux- Noix, lorsque ma santé ne pourra plus en soutenir le séjour. Ma fièvre devient tous les jours plus forte, et je crains de ne pouvoir finir la campagne jusqu’au bout,
M. de Vaudreuil m’ayant mandé que vous arriviez incessamment à Montréal, je vous y adresse cette lettre, et vous supplie de lui faire agréer mon retour au cas que j'y sois forcé. Ce sera le plus tard que je pourrai.
A l’Ile-aux-Noix, le 18 novembre 1759.
Sur les lettres réitérées, mon cher général, de M. le marquis de Vaudreuil, par lesquelles il me pressoit de renvoyer les troupes, sans vouloir me donner d'ordre, j'ai pris sur moi, pour épargner les vivres, de faire partir Berry le 15, la Reine, le 17, et la plus grande partie des milices ; il ne me reste plus que la garnison de Y'Ile-aux-Noix, les cent trente hommes de surplus de la marine, et deux cents miliciens avec lesquels je tâche de finir les logements et l’arrangement du fort.
Je souhaite que les Anglois, dont je n'ai aucune nouvelle, ne viennent pas m’attaquer dans cette circon-