MARQUIS DE MONTCALM
Montréal, le 25 juin 1756.
Depuis votre départ, Monsieur, j’ai fait une incorporation de nos volontaires. Je compte qu’un exemple fâcheux mais nécessaire les aura rendus très saees. J’écris sur cet article fort en détail à M. de Fontbonne. Depuis votre départ, on veut toujours faire le siège de Chouaguen ; on attend des sauvages d’en haut ; on a tous les jours des conférences. Je finis par donner un mémoire ; on le prend ad referendum ; on ne conclut rien, tant y a qu’au lieu de partir demain, samedi, on ne me fait partir que dimanche avec M. de Lévis. On a fait partir quatre cents hommes de la colonie ou volontaires. Royal-Roussillon, qui devait partir lundi, ne partira que mardi. On dit que les
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
ennemis marchent en force vers la Pointe *, et je vous préviens pour vous seul qu’il est question de faire une marche en avant avec votre corps pour joindre M. de Vil liera et quelque artillerie, et essayer, s’il était possible, le siège ; mais au moins remplir l’objet d’une diversion pour dégager la Pointe, sauf si la diversion réussit et que les ennemis reviennent en force, se rembarquer et replier M. de Villiers qu’on aura joint. Vous comprenez bien qu’en ce cas, il faut embarquer pour faire, s’il se peut, des vivres pour un mois, au moins pour quinze à vingt jours, et que l’officier marche comme le soldat, à un matelas près et un porte-manteau. Je vous préviens de tout cela pour que vous fassiez vos réflexions d’avance sur un projet qui peut avoir lieu ou non ; vous pouvez aussi avoir ordre de ne faire embarquer qu’un bataillon. Vous pouvez l’avoir de pousser votre premier mouvement au corps de M. de Villiers pour reconnoître le fort de fort près, avec un détachement que M. de Villiers fourniroit. On veut aussi que j’aille dans cette partie-là ; on me fait partir pour Carillon, peut-être y finirai-je la campagne. J’ai toujours remis un mémoire fort raisonné où je demande pour nos opérations : 1° Des instructions claires, précises, des bateaux pour les vivres pour n’en pas manquer, et des bateaux avec soi pour la retraite ; de ne pas annoncer cela comme un projet de siège, quand même on devrait le faire, mais comme un projet de diversion pour dégager la Pointe.
J’ai représenté, après le dire d’un prisonnier, que les Anglois ayant mis trois cents hommes armés sur leurs
De Saint-Frédéric.
A M. DE BOURLAMÀQUE
barques, paroissoient vouloir les attaquer, que quand même elles seroient meilleures voilières, ce qu’on suppose peut-être gratuitement, il y a des calmes où l’avantage de la marche ne fait rien, mais bien celui des hommes pour servir le canon et la mousqueterie, et qu’il seroit bon de vous arrêter. A cette occasion, on m’a répondu que vous aviez des instructions suffisantes ; aussi tablez là-dessus et concertez avec le sieur de la Force. M. de Lapause m’a envoyé un mémoire excellent; il vous le communiquera sans doute.
P. S. — Il avoit couru un bruit d’apparition de flotte angloise qui ne s’est pas confirmé, bien au contraire, car il nous est arrivé une goélette de Louisbourg du premier. M. Gaumin est mort ainsi que M. de Bourgat, capitaine du régiment de Eoyal-Eoussillon.
Montréal, 26 juin 1756.
La flûte Y Outarde est à l’île du Bic. Elle jjorte trois cents hommes de recrues et l’habillement de la colonie. Nous avons aussi en rivière deux brigantins portant des troupes. Comme cette flûte n’est partie de France que le 7 mai, elle a apporté lettres et nouvelles. Voici les miennes : le maréchal de Noailles retiré ; les trois calottes rouges arrivées ; le maréchal de Bichelieu a débarqué sans opposition ; les habitants ont prêté serment; le siège est formé; la Galissonière repartie. Les vents ont retenu la flotte angloise à Plymouth. J’ai appris au chevalier de Levis que M. le duc de Mirepoix avoit la compagnie des gardes avec un brevet de retenue
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
de quatre cent mille livres ; sans doute il a payé pareille somme, car autrement la faveur seroit excessive. De toute part on nous confirme la marche vers le lac Saint-Sacrement. Des familles allemandes, désertées il y a deux ans, de Chibouctou, sont arrivées et viennent à Québec. Elles avoient passé à l’île Saint- Jean où il y a trop de monde à cause des familles acadiennes. Elles augmenteront ici la colonie qui n’en a pas assez. Je pars toujours demain ; dites à Cornier que sa lettre est partie.
Au camp de Carillon, le 10 juillet 1756.
Je suis fort aise, Monsieur, que vous soyez arrivé en bonne santé. Depuis que je suis ici, je me couche à minuit ; je me lève à quatre heures. Je donne à dîner à dix-huit ou vingt personnes, et je suis arrivé sans aucune provision. Je n’ai qu’un mouchoir, une pièce de drap, six chemises et une couverte. Je finirai la campagne peut-être ici. ou j’irai vous voir dans trois semaines. Nous avons de toutes nations, les sauvages l’hôpital, le hameau, la police du camp, les petites misères m’excèdent et ne me donnent pas le temps de respirer ; beaucoup de malades. L’ennemi nous a pris deux bateaux, et paroît vouloir mettre des partis sur le lac Champlain. J’ai passé la nuit à tenir des conseils de guerre avec les officiers généraux de mon armée, cela ira duré que cinq à six heures, ils ont été s’enivrer en sortant de là. Je n’ai pas le temps de répondre à M. de Lespervenche. Mille excuses, mille compliments, ainsi qu’à tous vos messieurs.
A M. DE BOURLAMAQUE
Au camp de Carillon, Je 14 juillet 1756.
M. le marquis de Vaudreuil vous aura informé, Monsieur, de ses projets, et de ses ordres pour leur exécution. Comme elle dépend de la vitesse ou secret, et de la facilité de transport, il faudra que MM. les officiers marchent quasi comme à un bivouac. Il nous est arrivé d’être souvent de même, à des expéditions qui duroient six semaines ou deux mois. Il faut, sans leur parler de l’objet, les préparer à une réduction d’équipages, car je serai sévère sur ce que j’ordonnerai, et dont je donnerai, l’exemple. Une tente de deux en deux officiers, nulle cage à poules, les ordinaires de quatre officiers au moins, on porte moins de batterie, un porte-manteau pour chacun, avec demi-douzaine de chemises. L’opération doit être faite ou manquée, dans moins de vingt jours. Il faut les savoir passer durement pour une expédition qui seroit aussi importante, et très avantageuse pour les régiments qui en seroient chargés. Quant aux vivres, le vin ne manquera pas, et pour ce qui est du pain, il serait avantageux aux troupes d’en porter pour dix jours, moitié pain, moitié biscuit; et l’on pourrait embarquer ce qui seroit nécessaire pour construire des fours en arrivant.
Voilà les seules observations que j’ai l’honneur de vous faire, parce qu’on ne saurait de trop bonne heure préparer l’officier à cette réduction, nécessaire à tout événement, et pour diminuer le grand nombre de bateaux qu’il faudrait autrement.
Je pars après-demain, 16. Je dois être le 18 au soir ou le 19, au plus tard, à Montréal.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
Au camp de Chouaguen, le 18 août au matin.
Je vous envoie, Monsieur, l’état de l’arrangement fait avec le sieur la Force, pour l’arrangement des prisonniers ; faites-y cependant tous les changements que vous trouverez convenables, comme celui de n’en point mettre sur l’esquif où sont les poudres. Convenez avec Arnoux pour embarquer plus tôt que plus tard les malades, de leur donner un chirurgien, ou au moins un garçon chirurgien. Je voudrais aussi envoyer deux domestiques avec la première barque qui partira pour Frontenac. Je vous conseille d’en faire autant, avec ordre à M. de la Valtrie de les faire partir avec les premiers bateaux pour rapporter nos effets ; demandez aussi à Arnoux s’il croit que le bien du service exige qu’il passe par Frontenac, ou qu’il vienne en voiture avec nous. J’aime mieux le dernier parti, pour l’avoir dans le cas où il faudrait remarcher de suite à Carillon ; mais il faudrait, ce me semble, qu’Arnoux donnât ou envoyât quelqu’un pour faire emporter les effets qu’il peut avoir laissés à Frontenac.
Fie perdez pas de vue l’objet du comblement du port. En supposant toujours que ce soit un ouvrage de peu comme on nous l’a dit, et que ce ne soit pas de la bouillie pour les chats ; car il est désagréable d’annoncer que l’on a comblé un port, et de voir qu’on l’a décomblé trois mois après. Faites attention que sur les quatre cent soixante prisonniers, les matelots que l’on a déjà sont compris. Lorsque vous voudrez faire partir les barques, après avoir employé MM. de Portneuf et Bayeul, écrivez-moi.
A M. DE BOURLAMAQÜE
ioo
Je vous enverrai un sergent, et un cadet pour chacune des autres. Au reste, lorsque nous aurons chargé toutes nos provisions, et que nous aurons pris toutes les berges et bateaux anglois, dont nous pouvons avoir besoin, en donnant les autres berges aux sauvages et les vivres qui resteront, en lard ou en pois, ils les conduiront, en feront des dépôts dans les bois, et viendront les chercher en canot, de chez eux. Ce sont nos missionnaires qui m’ont fait part de cette observation.
LETTRE DU MARQUIS DE MONTCALM A M. LE COM¬ MANDANT DE BON (sic.)
Je vous renouvelle, Monsieur, un des articles les plus importants de ma première instruction, qui est qu’aucun officier ne doit rien se faire délivrer dans les maaasins, meme de ce qui lui revient en vivres ou en équipement. Ce détail de distribution appartient, conformément aux ordres du Roi, aux seuls officiers chargés des distributions par les commandants de corps, de quartiers ou de détachements. C’est le seul moyen d’empêcher mille abus. Si quelque officier y contrevient, punissezle avec sévérité, je vous en serai très obligé. Je viens d’être obligé de le faire dans un de nos bataillons.
Montréal, le 24 novembre 1756.
Je n’ai pas encore eu l’honneur de vous écrire, Monsieur, parce que suivant les nouvelles de votre marche, vous n’étiez peut-être pas encore arrivé. Je vous ai beaucoup plaint pendant votre navigation. J’ai l’hou-
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
neur de vous envoyer copie d’une petite lettre circulaire et voici, pour vous seul, le fait. On a arrêté trois quarts de farine à Sainte-Thérèse, revenant de Carillon ; deux ont été réclamés par trois lieutenants de Royal-Roussillon, qui disent se les être fait donner par la Force, pour remplacement des rations qu’ils n’avoient pas prises ; vous pensez bien que le Eoi ne fait pas voiturer à grands frais, des vivres à Carillon, pour que les officiers les fassent refluer d’où ils sont partis, et que le décompte de l’officier, en argent, des vivres, qu’il ne prend pas, n’a été imaginé, que pour la conservation des vivres des magasins du Roi, et ce ne seroit pas en prendre le chemin. Ce détail est pour vous seul, Monsieur, à moins que l’intendant ne vous en parlât, auquel cas parlez-lui de ma colère, de ma punition et de ma lettre circulaire. Une autre fois j’enverrai l’officier en prison pour trois mois, dans un fort. Il faudroit aussi punir les gardes-magasins qui délivrent à d’autres qu’aux officiers chargés des distributions. Yoilà, Monsieur, ce que je vous prie de lui dire, s’il vous en parle.
J’ai permis à M. de Solvignac, ainsi qu’à M. de La Mothe, du régiment de Béarn, d’aller passer quelque temps à Québec, tous les deux pour leur plaisir; le premier, parce qu’il est recommandé à M. l’intendant ; le second, pour faire sa cour à Mme de Beaubassin, quoiqu’il m’ait parlé de sa santé. J’ai permis aussi à M. d’Alerac, parent de M. l’archevêque de Bordeaux, pour être entre les mains d’Arnoux ; il y a de l’étoffe en lui pour faire un joli sujet. Cependant, avec un air et des propos qui vous séduiront, c’est une mauvaise tête ; je lui ai promis de m’occuper de sa santé, de le
A M. DE BOURLAMAQUE
former, et de lui faire tâter de la prison. Quant à présent, il est totalement aux ordres d’Arnoux, et s’il ne se conduit pas très bien, sur la plainte d’Arnoux, mettez-lemoi en prison. Si je permets à d’autres d’aller à Québec, je' vous écrirai ; je ne doute pas que ces messieurs, dans les vingt-quatre heures, ne vous rendent leurs devoirs; s’ils y manquoient, je ne suis pas en peine que vous les mettiez dans la règle.
S’ils profèrent le seul mot de logement pour Québec, faites-les repartir, tout comme s’il y avoit la moindre chose à dire à leur conduite.
Nul officier de vos deux bataillons ne doit venir ici sans la permission de son commandant et la vôtre ; ne l’accordez que rarement, difficilement, et qu’il y ait de la nécessité pour affaires du service.
M. de Itoquemaure m’a parlé de quelques officiers de son bataillon qui auront envie de passer l’hiver à Québec. J’ai répondu : à sa prudence, et avec votre permission, et qu’on n’ait pas l’air d’y rester tout l’hiver. Il faut de temps en temps aller faire un tour à la troupe, et y rester quelques jours ; je n’ai pas besoin de vous recommander l’exactitude pour les uniformes, c’est-à-dire pour l’habit ; d’ailleurs des mitigations pour les vestes, que je n’aurai jamais lorsque je commanderai en France ; que les officiers, de tous les bataillons y soient assujettis indistinctement, et qu’ils n’aillent pas, sous prétexte qu’ils ne sont pas de la garnison, ne la pas porter ; et au moindre mot qu’ils vous diroient là-dessus, renvoyez-les à leurs quartiers, et mettez-moi toujours en avant comme le loup gris.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
M. le marquis de Vaudreuil m’a ordonné de faire renouveler les défenses de jeux de hasard, par les commandants de corps. Il a fait assembler, à cet effet, les officiers de la colonie chez M. Duplessis ; faites faire la même chose par M. de Fontbonne. J’ai remis à M. le marquis de Yaudreuil le mémoire ci-joint, qui est pour vous seul. La réponse a été que toutes les lois de France étoient les mêmes pour le Canada, à l’exception du fils d’habitant ; qu’il y avoit une tolérance et un abus, qui ne pouvoient jamais regarder nos officiers,, à cause de la distinction du domicile dont il a été frappé ; qu’il croit bien que des mariages faits avec sa permission et la mienne, seroient valides pour l’état des personnes, mais que nous n’empêcherions pas. l’exhérédation, si le père et la mère vouloient la prononcer ; que nous serions blâmés en France, et qu’aussi je devrois refuser la permission aux personnes en puissance paternelle ; qu’il ne vouloit pas consulter son tribunal, mais que, quant à lui, il en parlerait avec l’intendant. La seule chose que vous ayez à faire, Monsieur, c’est de lâcher un mot vague, comme j’ai fait ici à M. de Boquemaure, à M. de Fontbonne, que les principes de M. le marquis de Yaudreuil, sur cette matière, sont totalement différents de ceux de l’hiver dernier, et c’est ensuite à ce sage commandant à en faire usage,, s’il s’apercevoit que quelque officier inclinât à se marier comme l’année dernière. Et vous, Monsieur, avec une modération et une discrétion que vous êtes plus capable de prendre qu’un autre et que moi-même, si, par hasard, on traitoit cette matière, même l’évêque, que vous avez des raisons pour croire que M. le marquis.
A M. DE BOURLAMAQUE
de Vau dr eu il pense différemment, qu’il y a peut-être eu l’année dernière des circonstances qui l’avoient déterminé, et que cette année-ci, il peut l’être par d’autres, et si par une conséquence naturelle, on vouloit apporter du doute, sur les quatre mariages faits l’hiver dernier, ne manquez pas de soutenir la validité sur le fondement de la permission, et que vous doutez qu’on l’accorde cette année. Je vous envoie un petit bulletin de nos nouvelles, sûrement l’intendant les a, en tous cas dites-les lui.
M. le chevalier de Lévis s’amuse fort ici. Il passe sa vie avec sa société, chez Mme de Pénisseault. Il a été d’un grand souper chez M. Martel. Pour moi, je joue au trictrac et je fais whist chez mon général. Mme Yarin, rarement ; Mme d’Esehambault et parfois je dis des f... avec Mme de Couagne, et je n’en fais pas. Vous voyez que je n’ai pas étendu mes connoissances.
Du 25.
On a eu des nouvelles de Carillon depuis le départ de M. le chevalier de Lévis, et tout y étoit dans la plus grande tranquillité.
Par les nouvelles de M. Dumuy, fils, et du sieur Desfonds, qui n’est arrivé qu’hier, on est toujours de plus en plus confirmé dans l’opinion que la prise de Chouaguen a fait un effet étonnant chez les sauvages. Les Hurons du Détroit en ont été consternés. Ils sont Ano-lois dans le fond du coeur, mais entourés des Outaouais et des Poutéotamis. On s’aperçoit, dès cette année, de l’avantage pour le commerce des pelleteries.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
en comptant celles dont on m’a fait l’envoi et celles qui n’ont pu arriver à temps.
Nous sommes toujours inquiets de savoir quand et comment M. Dumas et M. Duparquet nous descendront.
Par les nouvelles du 9, de Niagara, un parti de Loups a rapporté quelques chevelures; les Mississagués avoient formé neuf petits partis pour aller passer vers le haut de la rivière de Chouaguen et de là vers Corlar, s’ils n’y trouvoient rien. 11 y en avoit eu de rentré le 9 avec une chevelure. Il est arrivé à Niagara des Loups de Canestoga, frontière de la Pensylvanie. Ils avoient jusqu’à présent resté indifférents à notre querelle. Ils sont repartis avec la hache de leur père. M. Pouehot la leur a remise. Cet officier paroît fort au gré des nations, et fort occupé d’achever ses fortifications et ses magasins.
Les ambassadeurs des Cinq-Nations, au nombre de plus de cent, se sont fait annoncer hier. Leurs chefs sont arrivés aujourd’hui, et l’on attend le reste demain. On avertira les Iroquois du saut Saint-Louis et du lac des Deux-Montagnes pour venir aux conférences ; on n’avoit pas accoutumé de recevoir la visite de ces messieurs aussi tard. Ils assurent qu’ils ont aussi envoyé des ambassadeurs à Orange ; mais que ce n’a été que pour savoir les résolutions qu’on y prendrait et nous en faire part. J’ai oublié, Monsieur, de vous marquer que M. le marquis de Vaudreuil m’a dit l’autre jour qu il avoit oublié d’écrire à M. de Lougueuil de donner des ordres pour que l’on marie les soldats de nos bataillons sous votre seule permission, et qu’au moyen de cet oubli les prêtres refuseraient. Ainsi, ne
compromettez pas votre signature sur cet article qu’autant que vous serez assuré par M. de Longueuil que cela 11e soulèvera nulle difficulté, et sera un malheur pour les amoureux et un retard parce qu’il faudra nous en écrire.
Je vous prie, Monsieur, de dire à M. de Solvignac que M. l’intendant paroît craindre que le séjoûr de l’hiver à Québec ne fût dispendieux. Aussi, quand lui et M. de La Mothe auront passé le temps des plaisirs à Québec, il faudra bien songer à venir faire le carême dans ce triste gouvernement de Montréal pour, suivant les règles, faire Pâques avec son curé.
Montréal, le 20 février 1757.
Je dois réponse, Monsieur, aux deux lettres que vous avez eu la bonté de m’écrire, dont la dernière est en date du 17. Je suis fâché que vous ayez à vous plaindre de votre poitrine. Il faut espérer que le temps doux qu’il fait depuis quelques jours vous sera aussi avantageux que contraire au détachement.
M. le marquis de VaudreuiJ. est arrivé mardi. J’eus l’honneur de le voir le jour même, et je le trouvai assez bien. Depuis ce temps-là, il va de mieux en mieux, malgré une petite faiblesse à la jambe, qui n’aura aucune suite. Mercredi matin, M. de Longueuil partit pour aller chanter la guerre sux Iroquois du Saut et à ceux du Lac. M . de Eigaud l’avoit été chanter aux Abénakis ; ce qui nous en produira -trois ou quatre cents. Le zele des Canadiens est d’autant plus grand qu’on leur a quasi promis, par des lettres circulaires, que ceux qui
marcheraient actuellement ne marcheraient pas cet été d’ailleurs on a quasi pris dans ces mêmes lettres le style de Louis XIV, convoquant l’arrière ban; aussi marchent-ils, car les volontaires, espèce de gentilshommes, s’empressent de marcher sous les étendards de frère Eigaud. M. de Perigny, moins connu que M... marche comme second aide de camp ; car M. de Thibaudier de la Ponde, qui étoit à Chouaguen, reste en possession de la place de premier. M. Dufils va, dit-on, à la guerre.
L’armée marche sur quatre divisions : la première part de Saint- Jean le 20, elle est composée de six compagnies de marine, commandée par un lieutenant ; la seconde, aux ordres de M. Du chat, capitaine de Languedoc, en partira le 21, elle est composée des piquets de la Sarre et de Languedoc, avec quatre compagnies de troupes de la colonie ; la troisième, aux ordres de M. Ducoin, capitaine de Royal-Poussillon, composée: des piquets de ce même régiment et de Béarn et quatre compagnies des troupes de la colonie, part le 22 ; la quatrième, qui part le 23, est composée de la compagnie des grenadiers volontaires, de deux compagnies des troupes de la colonie et d’une compagnie des volontaires du Canada. C’est à cette division que marchent MM. de Eigaud, de Longueuil, Dumas et Lotbinière. Cet ordre de bataille a fait dire à un plaisant que c’étoit M. l’Evêque qui l’avoit fait, [ arce que le curé va toujours le dernier à la procession. M. de Malartic doit se trouver à Saint- Jean pour faire distribuer ses équipements aux nôtres. Nos officiers et soldats marchent avec le plus grand zèle. J’ai fait, hier, la revue de votre
A M. DE BOURLAMAQÜE
•détachement à Laprairie, et j’y ai donné à dîner, et je vous dirois si je vous faisois la relation d’un autre, avec autant de profusion que de magnificence, à deux tables servies également, faisant trente-six couverts, et jq joins copie des instructions que j’ai cru devoir remettre a M. de Poulhariez. J’ai eu l’honneur de voir deux fois par jour M. le marquis de Vaudreuil depuis son arrivée, et de lui remettre le mercredi 17, l’état du détachement. Il y a beaucoup loué le zèle de nos cadets qui marchent tous : cela peut les placer. J’ai eu l’honneur de lui rendre compte, hier au soir, de la beauté et bonté de notre détachement, ce qui m’a paru lui faire plaisir. M. Dumas m’est venu voir, mercredi matin, et il lui a bien fallu avoir la patience de se laisser persifler. Il a bien persiflé les capitaines de la colonie. Je crains que ce ne soit un intrigant avec moûts d’esprit que je ne lui en croyois. J’en agirai toujours poliment avec lui, je m’en servirai même quand je le croirai utile au service du Eoi, si on me le donne ; et si on ne me le donne pas, il faudra bien se servir des ouvriers que j’avois l’année dernière, tels que MM. de La Corne, Contrecœur et Milliers. Quand il croira avoir à se plaindre de moi, il aura une ressource, c’est de dire de moi comme M. Duquesne, que j’aime mieux la marinade qu’une fricassée de poulets. M. de Ligand m’a assuré qu’il ne savoit rien, il me l’a aisément persuadé, il m’a ajouté qu’on lui donneroit ses instructions cachetées pour être ouvertes à hauteur de Saint- Jean ou Saint-Frédéric. Si cela est, c’est du style de la marine transplanté sur terre. Comme j’avois beaucoup écrit, je n’avois plus rien à dire, aussi ne m’a-t-on rien dit. J’ai
LETTRES DU MARQUIS DE MOXTCALM
une lettre du 12 qui constate par écrit votre bonne volonté et le refus qu’on en a fait ; cela m’étoit nécessaire pour diminuer un jour la surprise où le Roi et son ministre peuvent être, que deux jeunes et vigoureux officiers supérieurs remplis de bonne volonté n’eussent pas marché. Ce n’est pas que dans le fond de l’âme je n’en sois bien aise pour vous autres ; mais je suis nommément en état de vous rendre justice auprès de M. le comte d’Argenson, et je l’avois à cœur et je puis en être dédit. M. de Longueuil s’est fait saigner hier; cependant je crois que son incommodité n’aura pas de suite ; ce seroit bien dommage qu’il ne pût faire sa première campagne. Voilà tout ce que je pense vous apprendre sur le détachement. Passons à d’autres choses. Depuis que je suis ici, je passe ma vie à donner des grands dîners de quinze ou seize personnes, et parfois souper aussi nombreux sans en être plus gaillards. Il faut souhaiter que l’hiver prochain on en puisse faire qui puissent dédommager. Dimanche j’avois rassemblé des dames de France, hors Mme de Parfouru, qui m’a fait l’honneur de me venir voir, il y a trois jours ; et en la voyant, je me suis aperçu que l’amour avoit des traits de puissance dont on ne pouvoit pas rendre raison, non pas par l’impression qu elle a faite sur mon cœur; mais bien par celle qu elle a faite sur celui de son époux. Mercredi, une assemblée chez Mme Varin ; jeudi, un bal chez le chevalier de Lévis, qui avoit prié soixante-cinq dames ou demoiselles. Il n’y en avoit que trente, autant d’hommes qu à la guerre. La salle bien éclairée, aussi grande que celle de l’intendance, beaucoup d’ordre, beaucoup
A M. DE BOURLAMAQUE
d’attention, des rafraîchissements en abondance toute la nuit, de tout genre et de toute espèce, et on ne se retire qu’à sept heures du matin. Pour moi qui ai quitté le séjour de Québec, je me couchai à bonne heure. J’avois eu^cependant ce jour-là huit dames à souper, et ce souper étoit dédié à Mme Varin. Demain, j’en aurai une demi-douzaine. Je ne sais encore à qui il est dédié, je suis tenté de croire que c’est à la Rocliebeaucour. Le galant chevalier nous donne encore un bal. Le public prétendoit que nos aides de camp vouloient en donner un mardi, je leur ai conseillé d’attendre après Pâques, et après le succès du parti, et il sera plus convenable alors de donner des marques publiques de sa joie. D’ailleurs, ils pourront y inviter leurs confrères : MM. Thibaudier de la Ronde et de Perigny. Dès hier soir, on est occupé de visiter et d’interroger l’Oneyout, soupçonné de porter une lettre de M. de Cleveland. M. de Pertbuis et M. de Montrepos procédant au dû de leur commission, ont fait emprisonner tous les domestiques de M. Varin, sans excepter la très aimable et autrefois très galante Mlle Roi, chargée de l’éducation d’une fille de condition. Ce détachement coûtera au moins six cent mille francs. Ce sont les plus modestes qui parlent ainsi, car beaucoup le mettent à un million. La composition des compagnies est assez bien ; elle est faite d’après les réflexions de mon grand mémoire. Elles sont de cinquante hommes, savoir : quinze soldats des troupes de la colonie et trente-cinq miliciens ; deux officiers, un cadet, un officier de milice, deux sergents dont un de milice. C’est M. de Benoist, aide-major, qui est chargé de cette composition a Saint- Jean.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
Le dimanche au soir, depuis ma lettre écrite, M. de Vaudreuil m’a envoyé par son secrétaire ses instructions pour M. son frère, et de suite je lui ai communiqué l’instruction de M. Poulhariez, dont j’avois une copie toute faite ; jusque et inclus l’article marqué dans votre copie par une croix. Cela a donné lieu après dîner à une très longue conversation, où je souhaite pour le Lien du service que sa conduite à venir me prouve la vérité de ses paroles ; pour moi je lui ai parlé avec vérité et fermeté, sans nommer personne de ceux qui s’occuperoient pour mériter sa confiance, à détruire celle qu’il pourroit avoir en moi, de la nécessité où j’étois de lui faire part de mes réflexions et de mes opinions ; mais que en même temps il me trou ver oit toujours porté à l’aider des moyens pour les succès, lors même que son opinion, qui doit toujours prévaloir, seroit différente de la mienne ; mais que j’osois me flatter que la confiance dont M. le garde des sceaux m’avoit flatté, sembloit me devoir faire espérer qu’il ne communiqueroit plus à l’avance ses projets, et que si la connoissance du pays, de ses ressources, du genre de guerre lui donnoit une supériorité dans ses vues, il devroit croire que je pourrois le seconder dans les détails et dans les moyens. Cette explication s’est passée assez honnêtement et a fini par une proposition de manger un mufle d’orignal aprèsdemain. Je lui ai dit aussi qu’il ne devoit pas trouver extraordinaire la chaleur que j’avois mise pour offrir vos services et les miens, que j’approuvois son choix ; mais que je me devois et à vous autres, Messieurs, de ne laisser aucune équivoque sur votre zèle, et que je lui saurois gré d’en rendre compte au ministre et d’y
A M. DE BOURLAMA.QUE
ajouter même que j’eu avois eu de l’humeur qui n’avoit rien ralenti de mon zèle pour le succès. Au reste, toutes les instructions réduisent les opérations aux réflexions de mon dernier mémoire et à celles de la lettre qui l’a voit précédé, à cela près que l’on mène quinze cents hommes et que je réduisois ce nombre à six, au plus huit cents, dès qu’on vouloit absolument faire un parti d’hiver.
Je brûle vos lettres, Monsieur, et je vous prie d’en faire de même des miennes, sauf à extraire des choses dont vous voudriez conserver une note.
Je vous prie de demander à MM. de Lapause et Doreil si je ne leur aurois pas prêté par hasard l’extrait du Journal de Lé vis.
La verve que j’ai eue m’a amené à demander à M. de Vaudreuil ses intentions à votre égard, celles de M. Desandrouins et des officiers des quatre bataillons du gouvernement de Montréal qui se trouvent à Québec. La réponse a été que vous seriez le maître de venir quand vous voudriez et que vous ferez bien de venir dans les premiers jours de mars, avant que le dégel rendît les chemins difficiles ; que M. Desandrouins et ces messieurs feroient bien de s’arranger de même, sauf à vous suivre de quelques jours pour ne pas se trouver dans l’embarras. Je vous prie, Monsieur, de le leur dire, je serai comblé de vous revoir, je ne vous dissimule pas que j’aurai quelques regrets de ne vous savoir plus à Québec; j’y avois au moins un ami qui parlait quelquefois de moi, à ce qu’il m’assure, dans la rue du Parloir, et dont les conversations etoient bien reçues
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
suivant ce que vous m’écrivez. Je ne sais si vous voulez me flatter, mais je mérite ces sentiments par tous ceux que je conserve pour l’extrémité- de cette rue. Je suis bien aise qu’on parle de moi aux trois dames qui l’habite, flatté de leur souvenir. Je ne suis véritablement touché que de celui d’une à qui je trouve, dans certains moments, trop d’esprit et trop de charmes pour ma tranquillité. Vous aurez son frère peu de jours après ma lettre; il est de mes amis. Je vais beaucoup dans sa maison et je ne suis pas en peine que vous ne lui fassiez beaucoup d’honnêtetés. Vous pouvez, Monsieur, communiquer mon instruction et ce que vous jugerez de ma lettre à mon ami Lapause. Dites à cette dame que chacun a ses saintes, que pour moi je ne chargerai point la mère d’une neuvaine ; mais que la fille ou mari en veulent suivre une pour moi quand je serai à la guerre, j’en aurai un bon augure ; demain je me jette à corps perdu dans la dévotion. Il me sera plus aisé de me tourner vers Dieu et de me détacher du monde étant à Montréal qu’il me le seroit facile à Québec.
Ne doutez pas, Monsieur, de mes sentiments et de mon amitié. Au reste, rassurez cette dame sur l’effusion de sang. Il faut s’en fier à la prudence de Dumas. Duquesne le connoissoit bien, et voici comment il me l’a noté :
Dumas, bon, intelligent. J’ai revu mes notes ; en général, il me les a données justes. Je crois que je n’ai pas besoin de signer ma lettre.
Comme j’ai fort à cœur tout ce qui peut intéresser la réputation des officiers françois, je dois vous dire que
A M. DE BOURLAMAQÜE
M. de Lusignan s etoit plaint de la vente de l’eau-de-vie de la part de M. d’Astret, lieutenant de Languedoc. Il a écrit fortement a M. le marquis de Vaudreuil ainsi qu’à moi, pour nous envoyer les preuves justificatives de l'injustice de son accusation et ses regrets sur la réprimande que j’avois faite. M. la marquis de Vaudreuil qui ne m’avoit pas laissé ignorer la plainte, n’a pas voulu me parler de la justification et du désaveu que Lusignan fait en galant homme qui a été surpris; mais moi je vous prie de le dire à Pascalis, parce que je me souviens que je lui avois parlé de l’accusation ; je dois le désabuser et lui faire part de la justification ; la probité m’y oblige.
Montréal, 14 mai 1757.
Il nous est arrivé, hier, un courrier avec des lettres en date du 9, où il n’y avoit aucune nouvelle qu’il y eût des bâtiments en rivière ; ce qui nous force à renvoyer à Québec une partie des farines que nous avons ici pour nourrir le peuple. M. le marquis de Vaudreuil m’a ordonné de vous écrire de réduire la ration de pain à une livré et demie, et le décompte de la demi-livre sera fait comme celui du quarteron de lard supprimé. Au reste, quoiqu’il ne m’ait pas parlé des sauvages, je crois pouvoir vous dire que ce sont les seuls que cette réduction ne peut regarder. Il en part un parti du saut Saint- Louis, dimanche, pour vous aller joindre. M. Jacquot * est parti de Québec avec des ouvriers, le 10
* De Fiedmond.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
mai, pour vous aller joindre en droiture. Je crois que les circonstances où nous nous trouvons doivent vous faire songer avant tous travaux, à disposer votre fort, votre position entre le fort et la redoute, votre communication avec vos fours, de façon à vous y maintenir en cas d’événements longtemps avec vos propres forces et avoir toujours votre retraite assurée par le lac Champlain. Vous ne sauriez trop recommander à Saint- Frédéric la conservation des vivres.
P. S. — Je vous prie de prévenir messieurs de Royal- Roussillon et de Béarn, que les officiers qui seront traités et reçus aux hôpitaux, payeront par jour, les capitaines, cinq livres, les capitaines en second et les lieutenants, trois livres.
Mmes de Saint-Ours, de Beaubassin, et Mlles de Longueuil, de Drucour sont arrivées hier au soir. Je rouvre ma lettre pour vous dire que M. le marquis de Vaudreuil m’a chargé de vous ajouter que Canadiens, soldats des troupes de la marine sont également compris dans la réduction des vivres, et qu’à l’égard des sauvages, vous ne pouvez pas les y comprendre, et que s’il étoit possible sans qu’ils s’en aperçussent de leur diminuer quelque chose, ce seroit bien fait. Il approuve aussi très fort qu’avant toute œuvre, vous songiez à employer vos travailleurs à rendre votre position respectable de préférence à la continuation des travaux. Nous avons eu des nouvelles du fort Duquesne du 15 avril, et de Niagara du 3 et 5 mai. Beaucoup de petits partis, quelques prisonniers et quelques chevelures, et rien de bien important.
Les ordres sont donnés à M. de Ilou ville pour procurer un quartier de rafraîchissement aux soldats que vous renverrez avec M. de la G-randville ou au moins avec un officier or; sergent.
Montréal, le 17 mai 1757.
Celle-ci, Monsieur, n’est que pour ne pas laisser passer d’occasions sans vous écrire, d’ailleurs nulle nouvelle quoique l’on en ait eue de Québec du 14. L’armée de renfort pour la Belle-Bivière part vendredi ; à demain des conseils d’Oneyouts avec les Népissings et les Iroquois du lac invités à cette espèce de congrès. Demandez au cher petit Arnoux par qui et sur quelle barque vient une barrique de vin. Mme de Baraute se porte bien, elle m’a promis de faire l’honneur de ma maison jeudi, et Mme de Beaubassin me compte un major général.
P. S. — Je viens de recevoir dans l’instant la lettre . que vous m’avez écrite par Hotchig et celle de M. de- Malartic.
Montréal, le 21 mai 1757.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 15. Je n’ai aucune nouvelle à pouvoir vous écrire dont bien me fâche ; et pour m’être mis à parier un peu tard pour les nouvelles de France, je perds comme un autre. Le souper de Mme de Beaubassin a été fort gai ; on y a bu les santés de la rue du Parloir et celle du général de Carillon. Il faudra ces jours-ci donner un dîner qui sera
un peu plus sérieux à Mme de Saint-Ours. Péan est allé s’établir à Lachine, d’où il ramènera la Baroion qui accompagne un époux envoyé à la Belle-Rivière avec M. de Villejoin et Louvicourt. Cette partie me paroît, suivant la déposition des prisonniers, menacée. Cela n’empêche pas que le renfort qu’on y envoie, n’ait déjà perdu de Québec à Lachine quinze jours de temps ; on ne sait comment il marche, avec la lenteur d’une flotte marchande plutôt qu’avec la célérité d’une armée de secours. J’ai donné un mémoire anglois pour être envoyé au commandant de Machault et à lies Ligneris. J’iunore si on le fera. J’ai donné verbalement mon
projet pour marcher à la fin de la campagne, et lareprendre si on la perd avant, sauf à hiverner où l’on pourroit. Il faut pour cela des vivres et en faire passer d’avance en juillet et en août, force de canots et des bateaux sur le lac Erié. Le fera-t-on ? je ne sais rien; mais dixi, scripsi.
Le général négocie avec les Oneyouts ; le patriarche des Cinq-Nations a son projet ; il se promet une grande réussite. Cela peut être et cela peut n’être pas ; mais ses propositions doivent être acceptées. Le général m’en a fait mystère. Comme il n’y faut point des nôtres, cela m’est égal et j’en suis instruit.
Noyan part incessamment pour Frontenac. Péan tient un état à Lachine. Le chevalier de Lévis y est allé aujourd’hui.
Dumas ne lâche pas sa proie, il obsède toujours ; les beaux-frères ne s’aiment ni ne se réunissent. Celui des Indes me paroît moins assidu, on en veut à sa fureur. Nos Guyennes partiront. Il y aura, lundi, une partie d’île pour l’un d’eux qui est très regretté.
M. de la Grandville aura trouvé des ordres à Chambly.
Jacquot, que j’aime fort, vous communiquera sans doute un projet de bateau qui me paroît bien. Il m’a prié de m’en pas parler, ce que j’ai fait. Il vous arrive avec quarante-huit ouvriers et douze ' canonniers. Hotchiu vous rejoint avec Langlade et les Hépissings, Outaouais ; il partira dans six jours. Sabre vois, Bleury partaient plus tard avec un autre parti. Mes compliments à Malartic ; j’ai reçu sa lettre du 15.
Montréal, le 23 mai 1757.
Depuis ma dernière lettre, Monsieur, la négociation qui était secrète est devenue publique. Les députés Oneyouts qui vouloient du secret ont tout d’un coup voulu de la publicité, croyant par là être mieux soutenus de leurs frères et mieux forcer la main à ceux qui votait pour l’Anglois. Ils n’ont d’ailleurs pas voulu d’auxiliaires. Cette résolution arrêtée à l’improviste avec la grande politique.... On assembla les nations. Le brave Sarégoa arriva de Carillon avec ses guerriers. Ononthio présenta un collier de six mille grains où la hache étoit empreinte. Perthuis chante la guerre. Les ambassadeurs relèvent le collier pour eux et les Tusearorins. Ils promettent de frapper avec leurs frères de la Présentation. On leur promet refuge pour les femmes et les enfants où ils voudront : l’abbé Piquet pour les convertir, des soldats et toutes les nations poulies soutenir quand ils auront commencé à frapper. Il nous est arrivé, hier, la troupe du fameux Minaboigon,
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
c’est un frappe-fort. Ce sont des Mississagués ou Outaouais, et cela partira dans cinq ou six jours avec Langlade et Hotchig. Hier, un parti d’une douzaine d’Iroquois a demandé à partir ces jours-ci. La Milletière a eu l’honneur d’être demandé en plein conseil,' et je voulois Tenvoyer. On a reçu, hier, des nouvelles des pays d’en haut ; toutes les nations sont en mouvement. Celles depuis le Détroit jusqu’à Michilimakinac partent pour venir à Montréal. Les Poutéotamis, les Miamis, les Illinois et ceux de la rivière Saint- Joseph pour venir au fort Duquesne. M. Des Ligneris a beaucoup de partis en campagne et même un de deux cents. Toutes les nouvelles de partout menacent la Belle- Eivière pour laquelle je crains, malgré la disposition des sauvages au-dessus de toute espérance. Pouchot a fait passer diligemment de lui-même poudre et balles, et songe à acquérir des connoissances pour être notre maréchal des logis. Ses ouvrages avancent. La demilieue entièrement finie. Encore un mois et demi, et il n’y aura plus rien à faire, sauf à revêtir ensuite en pierre. M. de Hoyau et Mme partent mercredi. Mme de la Naudière a accouché heureusement d’un enfant mort, elle s’ en tirera. Les lettres de Québec du 19 n’annoncent aucuns bâtiments en rivière. On croit, vu la durée des glaces, qu’il aura fallu relâcher à Louisbourg ou qu’ils viennent en flotte. Je donne de vos nouvelles par la voie de Louisbourg à tout événement. Mes compliments au chevalier de Bernatz, et accusez-lui la réception de la lettre qu’il m’a fait l’honneur de m’écrire.
A M. DE 150 U RLA MA QUE
Montréal, 24 mai 1757.
Depuis ma dernière, la négociation des Oneyouts vient encore de changer de forme. Le sage cavalier,, pendant l’absence duquel on avoit conclu la démarche publique, a trouvé que c’étoit dangereux et une bravade, toutes les fois qu’on n’avoit pas un gros détachement pour les soutenir ; on a dépêché un canot à ceux de la Présentation qui attendoient le résultat, afin d’aller frapper seuls. Les Oneyouts dissimuleront vis-à-vis l’Anglois et désavoueront la démarche si elle est sue ; ils ne parleront que de neutralité et attendront que les circonstances permettent d’agir avec certitude de soutien.
Le 25.
Je réponds, Monsieur, aux deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, le 21. Je les ai reçues, hier au soir, avec les divers états qui y étoient joints, dont je vous fais mes remerciements. M. le marquis de Vaudreuil m’a paru très content des divers détails dont vous l’instruisez ; pour moi, je l’ai été beaucoup, et j’ai trouvé netteté, clarté, activité et bon ordre. Eien à ajouter : je trouve seulement qu’il faut que les heures de découvertes soient moins fixes.
MM. de Vaudreuil et Péan m’ont promis de faire partir, demain, l’équipement complet des troupes de la colonie, avec dix-neuf chapeaux pour Béarn. Il m’a. promis aussi de vous envoyer, dans quelques jours, cent hommes des troupes de la marine. Les trente Mississagués et Hotchig partent demain. Ce sera un parti de cinquante, et d’ici à quinze jours, on en fera partir deux autres, avec huit jours d’intervalle.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
Féan m’a dit que la mêlasse ne manquèrent pas, qu’il alloit vous en arriver plein une barque, et une chaudière par barque. Il seroit d’avis que l’on donnât de quoi en faire quatre barriques par mois par compagnie ; pour les soldats et les troupes de la colonie, il suffit de deux pots de mêlasse. A l’égard de la façon, les soldats s’en donneroient la peine eux-mêmes. Sur cela, prenez le parti que vous croirez le plus avantageux, le meilleur à pouvoir durer, et souvenez-vous bien d’inculquer à l’officier et aux soldats, que c’est une douceur qui peut manquer d’un moment à l’autre, et à laquelle ils ne doivent pas croire avoir aucun droit.
Landriève et M. Fayol, écrivains de la marine, partent dans quelques jours pour vous joindre et faire leurs fonctions. Lyard, que j’avois fait, l’année passée, sergentmajor de la milice, et qui est devenu, cette année, enseigne, va aussi vous joindre incessamment ; c’est un joli sujet, actif et qui peut être employé fort bien, à tout ce qui est de détail.
Les Anglois trouveront qu’on use de diligence à leur égard. J’ai fait, hier, une sortie à votre occasion, chez M. de Yaudreuil: on ne cessoit cl’y rabâcher sur la prétendue évasion de votre Anglois, dont l’officieux M. de Lusignan a écrit. On m’en parloit comme de la perte de l’Etat et avec plus d’emphase que de celle des deux otages ; mais je rembarrai si bien la compagnie qiie tout le monde se tût... jusqu’à M. le gouverneur général. Au reste, si votre Anglois s’est évadé, à la bonne heure ; il n’en faut plus parler ; s’il ne s’est pas évade, écrivez-le moi, et croyez-moi, défaites- vous-en ; prenez aux premiers Canadiens qui arriveront, quel-
A M. DE BOUELAMAQUE
qu’un qui sera enchanté de vous servir toute la campagne, à la même besogne.
M. le marquis de Vaudreuil dit que les officiers de la colonie qui paroissent manquer de tout, devroient, comme les régiments, envoyer un bateau chercher des vivres, rafraîchissements et autre chose qui pourroient leur être nécessaires.
Je trouve comme vous que le sergent de Béarn a bien réussi en chemin ; et je me confirme dans l’opinion qu’un seul homme, plus ou moins, fait beaucoup.
M. de Vaudreuil ne veut pas vous renvoyer les charpentiers de Béarn. Jacquot et Lotbinière vous amènent quatre-vingts ouvriers, et il a fort à cœur le fort Saint- Jean. Il commence à avoir pour ce fort la tendresse qu’une mère a toujours pour le dernier enfant dont elle a accouché. M. de Lévis me charge de ses remerciements et compliments. Le Mercier est ici depuis avant-hier.
P. S. — Il me paroît que le commandant d’hiver a laissé tout dévasté et brûlé : outils, brouettes, palissades, maison de l’hôpital.
Montréal, 25 mai 1757.
M. de Langlade, qui vous remettra ma lettre, est un officier fort accrédité parmi les sauvages. Il vous mene soixante Outaouais, Mississagués, Algonquins et huit Iroquois du Lac, qui ont demandé à se joindre. Le frère d’Hotchig, qui est un joli guerrier, est le chat. Il a été convenu en pilein conseil, qu’on ne leur donnexoit point d’eau-de-vie. Les Nepissings ont remercie, au nom de ceux qui sont de la prière. Il a été convenu
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
qu’ils frapperaient fort, qu’ils ne reviendraient pas pour une ou deux chevelures, qu’ils se concerteraient avec Langlade et vous sur l’expédition, que si vous aviez besoin de découvertes, ils vous en feraient, en allant et en revenant, sans que cela tînt lieu de l’expédition qu’ils comptent faire, sur laquelle on leur a donné un peu carte blanche.
Langlade m’a promis que quoiqu’il faille leur donner de la mêlasse, ils vous en demanderait moins, et avec plus d’ordre qu’au détachement de M. de Eigaud.
J’ai cru que vous seriez bien aise de savoir ce qui s’est passé au conseil d’adieu ce matin.
Montréal, 27 mai 1757.
Je vous remercie, Monsieur, d’avoir bien voulu me donner de vos nouvelles par la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 10 ; je ferai usage de votre mémoire ce matin. M. de Malartic pourra vous dire que votre idée est depuis longtemps conforme à la mienne sur ce que j’avois recueilli des divers avis de la colonie, car d’ailleurs je ne connois pas le local.
J’avois prévu ce que vous me marquez en ordonnant que Guyenne me remplaçât ses charpentiers de Béarn à Saint- Jean.
Je n’écris pas à M. de Malartic, mais dites-lui que je suis bien persuadé que sa présence n’est pas inutile au régiment de Béarn, malgré l’expérience et l’acquit de M. de l’Hôpital.
J’ai reçu une lettre de M. Ducoin avec un état des malades et des morts, depuis le 12 novembre jusqu’au
A M. DE BOURLAMAQUE
28 avril. Je ne lui réponds pas, mais je vous prie de lui en accuser réception.
Le cirer petit Arnoux part demain pour vous joindre, et vous porte un précis que j’ai fait des nouvelles omises par M. Doreil. Celles de Québec du 4 font trembler. Il faut des vaisseaux à Québec pour le 14 ; nous ne laissons pas que de songer à la chair de cheval en guise de lard, si nos vaisseaux n’arri voient pas. On est honteux d’avoir fait marcher quinze cents hommes et d’avoir autant gaspillé de vivres ; article pour vous seul.
M. le marquis de Vaudreuil envoya, hier, éveiller à quatre heures et demie M. le chevalier de Lévis pour aller demander à dîner à M. de Senezergues. La pluie fit changer ce projet en celui de faire un petit dîner fin de huit personnes chez le chevalier de Lévis. J’y fus invité, mais j’avois du monde prié de la veille, et le major général me remplaça.
Bougainville a passé la journée du lundi délicieusement à l’île Sainte-Hélène ; celle de mardi dévotement à la Montagne *. J’y fus à quatre heures, et j’eus la complaisance d’y souper en réfectoire à cinq heures trois quarts.
Montréal, le 9 juin 1757.
M. Hertel de Louisbourg, qui vous remettra ma lettre, mon cher Bourlamaque, est un joli sujet, je vous le recommande. Si vous avez occasion, employez-le, et
Maison de campagne des Sulpiciens, à Montréal.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
s’il fait bien, comme je n’en doute pas, écrivez à M. le général.
11 nous est arrivé, ce soir, quarante Outaouais au lieu de quatre cents. A la vérité, on dit que ce n’est que l’avant-garde. On ne tardera pas à vous les faire passer. Il nous est arrivé aussi trente Mississagués.
M. Hertel compte avoir beaucoup de crédit avec les Abénakis, qui sont en petit nombre à votre camp.
Le courrier de Québec qui est arrivé, ce matin, et c’est toujours la même chose, et il faudra, dans peu, leur envoyer des farines, et l’on envoie ordre au régiment de la Eeine de venir camper avec Guyenne. Ils n’y seront pas, cependant, avant le 23. Mes compliments à tous vos messieurs. Mes amitiés à Malartic.
P. S. — Je rouvre ma lettre, Monsieur, pour vous apprendre que deux des six vaisseaux de Gradiche sont arrivés au Pot à l’eau-de-vie. Ils étoient partis le 10 mars. Ils portent des farines et du lard, ainsi que des troupes. Point de lettres pour personne. Un mot du nouveau ministre de la Marine. Je n’ai eu qu’une petite lettre de recommandation de M. d’Argenson, qui est exilé à la terre des Ormes. M. de Mackault à la sienne. M. de Paulmy en fonction. M. de Moras, la Marine. M. de Palud et le Normand, travaillant sans lui, ce qui fait de la peine aux commis. Toutes nos demandes en vivres, armes, troupes accordées. Le maréchal de Belle- Isle a la tête de tout. L’abbé de Bernis au conseil ; des membres du parlement exilés. Le parlement n’étoit pas rentré, il étoit en pourparlers, et négocie le retour de ses membres. Le Roi a reçu un coup de poignard qui n’a rien été. Le meurtrier n’a rien voulu avouer, il
A M. DE BOURLAMAQUE
n’étoit pas jugé, on attendoit la rentrée du parlement. Huit maréchaux de France.
Deux escadres, l’une pour Louisbourg et l’autre pour le Canada. Les Anglois y envoient aussi seize vaisseaux et force de troupes. On n’a point envoyé de troupes en Allemagne. La reine de Hongrie a pris le contingent en argent, mais nous allons, dit-on, faire le siège de Yezel comme auxiliare. La première division de 25,000 hommes, aux ordres de M. de Soubise, devoit partir le 1 7 mars. Cette nouvelle, et celles des maréchaux de France, ne me sont écrites que par Gradiche, qui prétend que l’armée auxiliaire pour la Westphalie sera de 100,000 hommes. En ce cas, je vois l’électorat de Hanovre repris.
Il est arrivé un petit bâtiment de la Martinique.
Montréal, 10 juin 1757.
Xous venons, Monsieur, de recevoir avis, par une lettre chiffrée, que le roi a accordé toutes les demandes faites en vivres, munitions, armes et marchandises. Tous les hommes nécessaires pour dix compagnies nouvelles dans les troupes de la Marine, huit dans la Eeine et dans Languedoc.... Si tout nous arrive, six cent cinquante. Augmentation des canonniers, des soldats de Pioyal- Artillerie et du corps royal. Les mêmes lettres nous annoncent une escadre de dix-huit vaisseaux avec un gros corps de troupes angloises que l’on croit destinées pour l’Ile-Eoyale, nous annonçant aussi une flotte aussi considérable prête à les suivre partout.
P. S. — M. le comte de Vaudreuil, gouverneur de Saint-Dominique, qui depuis deux ans demandoit son rappel, l’a obtenu. Sa place donnée à M. Bast.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
M. de Senezergues enverra cette feuille à M. de Bourlamaque, cachetée.
Supplément aux dernières nouvelles. ■ — Le Roi a tenu un lit de justice, en septembre, où il a supprimé une chambre des enquêtes et une des requêtes, et exilé plusieurs magistrats. L’assassinat du Roi a été commis le 5 janvier; le nommé Damiens lui a porté un coup de couteau, comme il montoit en carrosse. Ce forcéné n’avoue rien, et, comme un autre Ravaillac, il témoigne des regrets de n’avoir pas réussi.
Les deux ministres ont été exilés le 4 février. La lettre du Roi à M. d’Argenson dit :
“ M. d’Argenson. — Votre service ne m’étant plus nécessaire, je vous ordonne de me renvoyer la démission de votre charge de secrétaire d’Etat et autres emplois, et de vous retirer dans vos terres ”.
Celle à M. de Machault porte :
“ M. de Machault. — Quoique je sois bien persuadé de vos bonnes intentions, les circonstances présentes m’obligent de vous demander les sceaux et la démission de votre charge de secrétaire d’Etat de la marine. Soyez toujours sûr de ma protection et de mon amitié. Si vous avez des grâces à demander pour vos enfants, vous pouvez le faire en tout temps; il convient que vous vous retiriez quelque temps à Arnonville ; je vous conserve votre pension de ministre et les honneurs de .garde des sceaux.
Nous avons trois escadres en mer, une de six vaisseaux, pour les cotes de Guinée ; une de vingt-quatre vaisseaux, de la compagnie des Indes, trois vaisseaux de guerre commandés par M. Duché, chef d’escadre,
A M. DE BOURLAMAQUE 161
avec 3,000 liommes de troupes de terre, commandée
par M. de Lally. La troisième, commandée par M. de
Bauffremont, est allée aux îles, et est composée de six
vaisseaux de guerre. MM. de Montalès et de la Rigau-
dière ne s’étant pas trouvés au combat de M. de Beaus-
sier, il y a eu ordre de la cour d’informer de leur
conduite. M. de Montalès, accusé par ses officiers
mariniers, a été justifié par le conseil de guerre sur le
dire de IM. de Beaussier. M. de la Rigaudière a été
si vivement saisi d’une lettre dure du ministre, cpi’il est
mort de désespoir, et n’a pu être mis au conseil de
guerre, où il se seroit sans doute justifié. Il me paroît
même par la lettre que j’ai vue, qu’il n’y a voit pas ordre
de l’y mettre, mais un simple ordre de rendre compte
de sa conduite. L’escadre de Guinée est commandée
par M. Lucrain, ancien capitaine de vaisseaux. Celle...
est partie en décembre ; celle de M. de Bauffremont
est partie le 25 janvier ; celle des Indes devoit partir
au premier juin. Le Roi a tenu son lit de justice, le
20 décembre ; s’il falloit s’en rapporter aux termes de la
lettre que j’ai lue, et dont j’ai tiré ces nouvelles, il sem-
bleroit qu’il a supprimé les chambres des enquêtes et
des requêtes, mais je pense cpi’il faut réduire cela à «
une de chaque espèce, d’autant que c’est un projet dont
il est question depuis deux ans. Je prie M. de Sene-
xergues d’envoyer copie de ma lettre à M. de Fontbonne,
et de l’envoyer en original à M. de Bourlamaque.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
Montréal, 12 juin 1757.
Je réponds à la hâte, Monsieur, à votre dernière lettre que je suppose du 8, par la date de celle de M. de Malartic. Eien ne me paroît mieux que votre disposition, et je vois qu’on ne peut que vous louer et vous approuver en tout. Je crois que vous auriez autant aimé que j’eusse à me louer de vous, en écrivant à M. de Paulmy. On vient de m’assurer qu’on vient de vous envoyer l’équipement de la colonie, des souliers tannés et du tabac, six canots ; on va vous en envoyer six autres. Vous pourriez peut-être faire passer quelques bateaux, et M. le marquis de Vaudreuil l’approuveroit. Quant à moi, je voudrois que vous essayiez l’invention de Jacquot, et si vous la trouvez bonne, allez votre train> mettez deux bateaux montés de même, sur le Lac, et vous pouvez facetter les berges, si elles viennent. Au reste, vous êtes sur les lieux, bon et sage. C’est à vous à déterminer pour le mieux. Je n’ai pas le tempsd’écrire à M. de Malartic.
Montréal, 13 juin 1757.
Parmi toutes les nouvelles de Niagara, en date du 4,. les dispositions sont toujours bonnes parmi les Iroquois, c’est-à-dire les Tsonnonthouans et les Goyogoins. Les Loups et les Cbaouanons ont fait beaucoup de prisonniers, rapporté des chevelures, détruit plusieurs maisons, enlevé des familles et des bestiaux ; ils ont pris un jeune officier anglois, qu’ils ont mangé, leur ayant paru bien gras. Les nouvelles du fort Duquesne, en date dn 23 mai, sont des meilleures. Les sauvages paroissent
A M. DE BOURLAMAQUE
toujours bien affectionnés. Les partis rapportent beaucoup de chevelures, et ramènent des prisonniers.
~ Le pays des Anglois continue à être désolé. Les Illinois avoient fourni des vivres. Toutes les nouvelles, tant de Niagara que du fort Duquesne, jusqu’à présent, avoient paru menacées d’une expédition des Anglois dans cette partie.
Toutes celles d’aujourd’hui sont contraires et semblent annoncer qu’ils n’ont plus que des projets de défensive sur la Belle-Rivière, et qu’au contraire leurs projets sont d’agir vers le lac Saint-Sacrement. Il vient de nous arriver deux cent cinquante Outaouais.
Montréal, le 13 juin 1757.
-Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 10 ; je ne puis trop vous répéter que M. le marquis de Vaudreuil est extrêmement content de toute l’activité et de la méthode que vous mettez dans les divers travaux, et de l’occupation où vous êtes pour songer également à une expédition que nous ne perdrons jamais de vue, et à une défensive rigoureuse, si le système des Anglois venoit à se déterminer pour la frontière du lac Saint- Sacrement.
Je connois assez la partie où vous êtes pour vous dire que tout ce que vous faites peut être d’une grande utilité, et comme vous avez de l’ardeur pour le travail, et que vous en avez inspiré à vos hommes, non seulement vous élargirez la trouée, mais avec le temps vous ferez quelques petits ouvrages de campagne ou
LETTRES DU MARQUIS DE MONTGALM
épaulement du côté du bois, dans la partie où vous tenez actuellement vos bateaux.
Dès cpie vous êtes d’accord avec M. de Lotbinière sur le fond de l’ouvrage, et que vous trouvez ses vues bonnes et sages, il doit être content, se rapporter entièrement à vous sur ce qu’il y a de plus pressé à faire, puisque ce seroit vous qui défendriez cette position. Soyez tranquille sur la façon de penser de M. le marquis de Vaudreuil, il a la plus grande confiance dans vos vues. A l’égard des canots qui vous manquoient, j’ai déjà eu l’honneur de vous écrire qu’on en avoit envoyé six, et qu’on vous eu envoyoit encore six autres. Si vous pouviez y faire passer quelques bateaux sur lesquels on pourrait y faire mettre quelques pièces d’artillerie, ce seroit bien le moyen de donner une correction à leurs berges, surtout en faisant couler par les deux rives quelques partis qui les couperaient, si pour se sauver ils vouloient se jeter à terre. Vous devez avoir reçu un bon renfort d’officiers de bonne volonté, des soldats de la colonie et des Canadiens, et comme on vous enverra bientôt grand nombre de sauvages, songez d’avance de les rendre le plus utile que ce pourra, quoique d’avance je vous préviens par mon expérience que les officiers en qui ils ont beaucoup de confiance, y sont souvent fort embarrassés. Par les nouvelles que nous avons eues, hier, du fort Duquesne, en date du 23 mai, et de Niagara, en date du 4 juin, les dispositions sont toujours très bonnes parmi nos sauvages. Ils désolent le pays, ils ont mange un jeune officier parce qu’il étoit bien blanc. M. Des Ligneris paraît très content des dispositions des sauvages jusqu’à présent. Toutes les nouvelles avoient
A M. DE BOURLAMAQUE
paru annoncer des projets vers la Belle-Rivière. Toutes celles d aujourd hui paroissent indiquer qu’ils n’ont que des projets de défensive pour cette partie, soit qu’ils n aient voulu qu en faire courir le bruit ou que Milord Eoudon n’ait pas trouvé dans son voyagé de Rhiladelpliie les dispositions, les secours et les ressources qu’il croyoit trouver dans les provinces, soit que nous ne soyons pas encore bien instruits ; il paroîtroit par ces mêmes nouvelles que les ennemis veuillent se rassembler vers le lac Saint-Sacrement. Je ne les crois pas encore nombreux par ces mêmes nouvelles. Vous êtes plus à portée d’en savoir des nouvelles que nous. n y a longtemps que sans l’article indispensable des vivres, nous les aurions primés et nous y serions en grand nombre, et si nous ne marchons pas actuellement, c’est qu’il faut réserver ceux que vous avez pour un besoin pressant; mais M. le marquis de Vaudreuil a toutes ses dispositions faites pour rassembler son armée avec la plus grande promptitude. La Reine est en mouvement, les ordres sont déjà donnés pour que les hommes destinés aux troupes de terre joignent vite leurs corps respectifs. M. le chevalier de Lévis, qui me charge de ses compliments, trouve, apçès avoir lu la lettre de Alalartic, que vous avez fait beaucoup de besogne, et il trouve que MAI. de Béarn, pour n’avoir pas fait toute la campagne au camp de Carillon avec lui, ne travaillent q>as avec moins d’émulation que Al AJ. de Royal-Roussillon. Vous savez que comme un père juste et tendre, je leur rends à tous justice, amitié sans aucune préférence. Je ne réponds point à M. de Bellecombe ; sa lettre
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
étoit elle-même une réponse qui ne laisse rien à désirer. M. de Malartic me dispensera aussi de lui écrire.
P. S. — Je viens, Monsieur, de lire ma lettre à M. le marquis de Vaudreuil, qui me charge de vous ajouter qu’il en approuve tout le contenu, et qu’il s’en rapporte entièrement à ce que vous croyez de mieux pour le service, et que vous êtes fort le maître d’essayer, si vous en avez le temps, et si vous le croyez de quelque utilité, le projet de Jacquot pour avoir des bateaux sur le Lac. Il vient de nous arriver deux cent cinquante Outaouais.
Montréal, le 16 juin 1757.
M. de Senezergues voudra bien, Monsieur, vous faire passer les nouvelles. Je réponds par celle-ci à vos deux lettres du 13. Je ne suis point surpris de l’aventure arrivée au détachement des Outaouais ; malgré cela, je trouve que vous avez bien fait de leur donner les huit soldats francois qu’ils demandoient, et puisque vous demandez mon sentiment sur la seconde proposition, je leur en aurois donné cent avec un capitaine pour être maître de la marche ; et dans les gros partis, donnezleur-en très peu et très ingambe, ou un gros si c’est pour ne pas aller loin. Au reste, votre intention était toujours bonne, et votre opinion dans cette occasion peut bien se défendre. Je ‘compte que d’ici à un mois nous serons six à sept mille hommes à Carillon, avec dessein d’agir vigoureusement, et nous aurons quinze cents sauvages. Enfin, la Reine part le 17 de Québec. Le courrier qui part demain au soir porte les ordres pour mettre en mouvement les troupes de la colonie
A M. DE BOUELAMAQUE
et les Canadiens du gouvernement de Québec. Le Mercier va recevoir ordre de venir en toute diligence. Le chevalier de Lévis vous joindra sept à huit jours avant moi. Je partirai quelques jours avant les -dernières troupes et je compte vous avoir joint du 10 au 20. LPannoncez rien de ce que je vous écris.
'Je compte, lundi, aller faire une tournée à Chambly •et à Saint- Jean, dont je serai de retour jeudi. Enfin M. Martel et M. Péan partent pour aller faire ce qui auroit du être fait il y a six semaines : une recherche de grains.
P. S. — Il y a quatorze cents quarts de farine partis de Québec.
Je reçois dans le moment votre lettre du 14 qui confirme la très grande peur des Outaouais..., au reste sensible à votre procédé. Je ne l’exigerois pas si je ne vous croyois des vues sérieuses, mais soyez content, on vous aime, on me parle souvent de vous, et je n’ai que l’avantage de la voir, de l’entretenir souvent, la simple amitié qu’elle mérite sur laquelle elle m’assure que je puis compter, rien de plus, assurément; on souhaite fort vous voir vivre avec nous à Québec. On écrit qu’après mon départ, vous trouviez de l’esprit à Mme Marin. Si nous pouvons nous rassembler à Québec ; pourquoi non ? vous pas à Mme de la Naudière, qui depuis sa couche est plus belle que jamais. Je vous recommande tout ce qrri est assez, (sic) je songe plus à la guerre qu’à la galanterie ; je me récuse du grand banc ; comme un autre je ne vois quasi aucune dame ; et que Figuery n’ait aucune inquiétude de moi ni personne, trop occupé, trop bouillant pour suivre un projet. Le
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
chevalier de Lévis qui, je crois, a du regret de n’avoir pas ouvert là scène, a quelque envie de marcher; mais il ne me précédera que de quelques jours, comme je vous l’écris. M. le marquis de Yaudreuil est très content de votre gestion, et il me semble qu’il n’y a rien à ajouter. Du biscuit à force, de quoi faire des fours de campagne, des cintres, des outils, et songeons à nos marches ; car un Dieu, un diable, il faut une opération et risquer une action ; si cela réussit, nous pourrons tous les trois demander un grade de plus. Brûlez ma lettre. Je n’envoie pas encore La Pioche ; j’attends le départ d’un gros avec Marin. Nous attendons cinq cents sauvages de la baie, je ne suis pas plus avancé avec celle-ci qu’avec Mme M..., et je ne dois pas attendre, mais je lui crois moins d’art, plus de franchise, plus de gaieté,... mais mal dans les yeux ; elle me paroît si montée en réserve que pour aucune raison elle seroit fâchée qu’on en parlât, n’y ayant rien et qu’elle se conduisit avec décence. Je la vois même par cette raison moins à Québec, je la verrais plus, on y a meilleur ton ; ceci c’est la province. Elle est un peu comme toutes les Canadiennes, plus d’envie de plaire que d’aller au fait ; je suis seul ici sur la scène ; je ne connais pas d’autre avantage, et je souhaite bien me trouver toujours de même ; j’y gagnerai, autrement j’y trouverais du danger. Bougainville a besoin d’aller en campagne, tête qui bout. Nulle lettre pour vous, ni pour le chevalier de Lévis à proprement parler.
A M. DE BOURLAMAQUE
Le 18 juin 1757.
Depuis ma dernière, Monsieur, nous ne songeons qu’à la guerre. Sérieusement on a fait partir, hier au soir, les ordres pour Le Mercier, six cents Canadiens de Québec et toute la colonie, hors trois cents hommes à Québec. Je donnerai des ordres pour que la Eeine qui sera à Chambly le 24 ou 25, vous passe de suite avec les Canadiens qui les auront conduits. Le Mercier a ordre de partir avec Lusignan. Martel fait la tournée qui aurait dû être faite, il y a six semaines, pour du blé et du lard. Péan part aujourd’hui pour vos bateaux et vivres dans tous les dépôts. Je pars demain pour Chambly, Saint- Jean et le chemin de la savane où l’on va mettre Languedoc, le 23, avec quatre cents Canadiens; ils partiront de là le 30. Guyenne et la Sarre suivront. La colonie d’ici, les sauvages, le chevalier de Levis et moi nous partirons tous avec confiance. Ne parlez pas encore d’offensive, mais songez-y ainsi qu’au campement ; développement de toutes ces troupes qui vont vous arriver au nombre de six à sept mille hommes, compris mille cinq cents sauvages. Il faudra établir à la Chute et au Portage, premièrement pour se moins embarrasser, deuxièmement pour être à portée de faire le chemin et le portage des effets. Dites que la Peine vous vient faute de pouvoir l’employer à Chambly. Je vous écrirai par toute occasion. Du biscuit à force et ayons des cintres.
Mon nouvelliste Doreil assure le comte de Maillebois cordon bleu.
Deux courriers en vingt-quatre heures de Québec. Le premier apprend que le Saint- Antoine, vaisseau au
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
munitionnaire, étoit en rivière. Il a, chemin faisant, fait deux prises angloises et les a rançonnées quatrevingt mille livres. Il a intercepté des lettres qui ne laissent aucun doute sur l’expédition maritime, mais de l’incertitude si c’est pour Louisbourg ou Québec. L’intendant, Le Mercier, l’évêque font caca ; ils ont communiqué leur frayeur aux dames, au peuple. -J’ai offert d’envoyer le chevalier de Lévis, de partir pour y rester dix jours l’un ou l’autre pour remettre les têtes et faire les dispositions ; ni l’un ni l’autre. Le Mercier vouloit qu’on arrêtât le régiment de la Eeine, Longueuil y avoit d’abord consenti. Leux courriers pour proposer de ne pas agir vers le lac Saint-Sacrement et se tenir en mesure ici pour Québec. Le général ne démord pas, rit de leur frayeur, mais néglige trop certains détails de précaution pour préparer une défense avec ordre. L’évêque vient de donner un mandement sur port Mahon, qui est comme l’épée de Charlemagne. Le deuxième courrier, envoyé vingt-quatre heures après le premier, dont rien ne transpire, intrigue ici ; dites si vous voulez en parler pour porter de l’argent au trésorier qui en manquoit. Pardon, Monsieur, si j’écris aussi mal que Eoquemaure. Je m’imagine que vous avez renvoyé chercher vos canots, -Te reçois dans le moment une lettre de M. le chevalier de Bernetz. Je n’ai pas le temps de lui écrire. Je ferai ce qu’il désire. Ne -doutez pas, Monsieur, de mon inviolable attachement.
A M. DE BOUKLAMAQUE
[Pour vous seul]
Au fort Saint-Jean, le 20 juin 1757.
Me voici, Monsieur, avec M. le chevalier de Levis qui me charge de ses compliments. Nous irons, ce soir même, à Chambly, et nous serons de retour, demain, à Montréal, pour déterminer, après le retour de M. Péan qui -ne sera qu’après-demain, le départ de tout ce qui doit composer une petite armée, que l’on croit devoir être de cinq mille hommes et quatorze cents sauvages.
La Peine est parti le 17 de Québec et passera de suite. J’estime à vue d’œil que Guyenne et Languedoc partiront de Saint-Jean du 1er au 5. La Sarre, la colonie, le reste des sauvages du 5 au 10. M. le chevalier de Levis partira vraisemblablement du 1er au 5, et moi du 5 au 10.
Le Mercier a dû recevoir, hier au soir, des ordres pour partir de suite, JL de Longueuil pour envoyer trois cents hommes du gouvernement de Québec; on en tirera fort peu, à cause de la peur que l’habitant et l’évêque, ainsi que Le Mercier, ont communiqué aux dames et peuple. En vingt-quatre heures nous avons eu deux courriers pour demander des troupes, et dissuader de toute entreprise. On croit même que l’évêque arrivera demain pour détourner de toute entreprise ; il est contraire cette année- ci de la dernière année. Landriève, qui est ici encore, doit conférer demain avec Péan, que je joindrai ce soir à Chambly; il partira après-demain avec quarante Canadiens ; il a ordre de préparer force biscuits, des cintres, ustensiles et briques, pour faire des fours. Le projet est de marcher avec encore moins d’équipage qu’à Chouaguen, quinze jours de bivouac.
A l’égard de l’artillerie, occupez-vous de la mettre en état. Nous croyons, sans avoir parlé au grand-maître de l’artillerie, qu’il suffîroit d’avoir douze pièces de canon de 19, 18 et 12. Les quatre pièces de la Belle-Rivière et quatre de campagne d’un moindre calibre, avec six gros mortiers, de préférence à des obusiers, dont je ne fais pas grand cas ; beaucoup d’outils, beaucoup de munitions, relativement à notre artillerie
Il faudra songer au campement de nos troupes de la colonie et des sauvages, et de leur arrangement. Voici mon projet, si M. le général ne le contrarie pas : le plus ancien officier de la colonie sans troupes. Le reste divisé en compagnies de cinquante, soixante ou soixante-' dix hommes, suivant le nombre d’hommes et d’officiers. Deux officiers par compagnie, quatre compagnies formant une brigade, aux ordres d’un des plus anciens capitaines, un garçon major par brigade, un major et' deux aide-in ajors pour le tout. Tous les sauvages aux ordres de Saint-Luc, les interprètes lui répondroient, et puis beaucoup d’officiers par nation des pays des Iroquois et Népissings, les Abénakis avec Courtemanche,. et deux ou trois jeunes officiers... Comme nous n’avions pas reçu les huit compagnies de la Reine, Royal-Roussillon et Guyenne, la Sarre, Languedoc et Béarn, il faudra songer à les camper : la colonie au camp du Portage, trois bataillons à Carillon, trois à la Chute, et vous pourrez très bien mettre la Reine en arrivant à Carillon, car il seroit trop foible tout seul à la Chute..
L’on fera arranger chacun à sa place, soit pour marcher sur deux colonnes ; l’une, de tout ce qu’il y aura de plus ingambe par terre, et l’autre, de ce qu’il y aura.
A M. DE BOURLAMAQUE
de moins par l’eau. Quand je dis au camp de la Chute, au lieu de leur faire prendre le camp de l’année dernière, sous prétexte de couvrir le moulin à scie, il vaudroit mieux les camper de l’autre côté, au-dessus du moulin, à la rive droite de la rivière ; par cette disposition ils seront plus à portée de travailler, quand il faudra travailler au chemin du Portage, de faire passer les bateaux et l’artillerie, et dépenseront moins en gardes. Et, pour cet effet, il faudroit préparer un désert pour les camper, sous prétexte de faire éclaircie au-dessus du moulin. Songez, avec Jacquot, à avoir les cordages, les rouleaux, les câbles et les chèvres nécessaires pour toute la manœuvre à faire. Je vous envoie des lettres pour votre camp, et une pour M. Hertel de Louisbourg. Je vous recommande tout ce qui est Hertel : ce sont les neveux d’une dame que vous aimez, et qui vous est fort attachée ; car elle me parle souvent de vous, avec les plus grands éloges, mais vous avez passé sur le grand banc.
P. S. — Arnoux a oublié de laisser aucun remède pour l’hôpital. Il y a une grande plainte de 1 intendant sur Béarn, qui aura par jour cinq à six mille rations de plus ; dites-le à Malartic.
A Chambly, le 21 juin 1757.
M. le marquis de Vaudreuil a dû vous écrire, Monsieur, pour que vous lui renvoyiez le plus de bateaux que vous pourrez, avec les quarante Canadiens des Trois-Pivières, que Landriève vous mène ; si vous aviez quelques convalescents hors d’état de servir, vous pour-
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
riez les joindre, et alors vous pourriez renvoyer un peu plus de bateaux, avec l’aide de ces convalescents. Occupez-vous de nous faire beaucoup de biscuits, de faire mettre l’artillerie en état, et tout ce qui est nécessaire en cordage, câbles et rouleaux pour le portage.
La Reine sera ici, vraisemblablement le 25 ou le 26, et partira de Saint-Jean le 30. Il est encore arrivé, avant-hier au soir, après mon départ, un courrier de Québec à Montréal; c’est toujours mêmes représentations, et même refus de la part de M. de Vaudreuil, qui n’est plus occupé que d’une opération qu’il a en tête.
Une lettre circulaire aux capitaines et aux curés, ébauchée pour le détachement du frère Rigaud. Dites à Malartic que tous les Béarn rejoindront. Le chevalier de Lévis me charge de ses compliments. S’il y avoit quelque détail à vous écrire de Saint-Jeau, M. Péan, qui y va ce soir, le feroit.
P. S. — De même que vous aviez fait prendre une note dans les régiments de Royal-Roussillon et Béarn, des soldats qu’il faut laisser de préférence, pour la garde du fort et des bateaux ; la même chose, à l’arrivée de chaque bataillon, une note de tous les ouvriers utiles, comme forgerons, armuriers, boulangers, charpentiers et charrons, ainsi que des soldats qui ont servi quelquefois à l’artillerie.
Je vous remets l’article du renvoi des bateaux, parce que M. Péan est persuadé que M. le marquis de Vaudreuil oublie, et vous aurez la bonté de vous y conformer.
Un envoie des bœufs et des vaches. Landriève vous exphquera la destination des premiers, qui ne doivent
A M. DE BOURLAMAQUE
pas être mangés cpu’après avoir servi à conduire l’artillerie ; ils resteront à Saint-Frédéric pour pâturer jusqu’à nouvel ordre ; envoyez-en un bien ferme à M. de Lusignan pour qu’il le fasse garder et conserver contre les sauvages ; il vaudrait mieux lui envoyer une augmentation de garde qui rejoindrait toujours l’armée....
A Montréal, le 23 juin 1757.
Il vient de nous arriver, ce matin, un courrier de Québec, qui n’a apporté aucune nouvelle, Monsieur, que l’entrée en rade du vaisseau, Le Breton, un gros paquet de gazettes de France, que je n’ai pu encore lire, mais dont j’aurai soin de vous faire un extrait, s’il y a quelque chose d’intéressant.
Y compris les sauvages que vous avez, nous tenons huit cents sauvages des pays d’en haut, savoir : quatre cents Outaouais de Michilimakinac ou Saguinaw, trois cents Puauts : Sakis, Renards et Iowas ; ces derniers n’avoient jamais paru à Montréal, cent Folles- Avoines.
On en attend trois cents des environs du Détroit, et dans le moment il vient d’arriver cent Poutéotamis, avec M. de Saint-Ours ; on compte avec les domiciliés sur deux mille. Il y a eu, hier, la grande cérémonie du pardon à deux Iowas, qui a voient tué deux François, il v a deux ans. On a soufflé dans le calumet de paix : les meurtriers étoient conduits, liés, mis un bâton d’esclave à la main, chantant la chanson de mort, comme s’ils alloient être brûlés ; Saint-Luc et Marin faisant les fonctions du chevalier de Dreux et M. Desgranges. Ces sauvages dansent beaucoup mieux que
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les domiciliés, à ce que disent les dames ; et ces jours-ci, on en fera la revue dans la plaine du Sablon. Les généraux et les dames assisteront. Doreil a fait une chute, pour laquelle il a été saigné six fois, mais ce ne sera rien.
Je prie M. Bellecom.be de m’envoyer les pièces nécessaires pour faire recevoir le nommé Champigny, sergent aux invalides ; je prie aussi M. de Malartie de m’envoyer les pièces nécessaires.... Il ne les a jamais envoyées; qu’on profite de la première occasion pour que je puisse les signer et envoyer ensuite à Doreil, à Québec.
L’intendant a de l’humeur de ce que l’on ne m’a pas envoyé, ou M. le chevalier de Lévis, pour huit à dix jours à Québec.
Montréal, 24 juin 1757.
Les gazettes de France ne nous apprennent pas grand’chose ; cependant, comme les personnes expatriées sont toujours bien aise de savoir les plus petites choses, je vous envoie l’extrait que j’en ai fait. Je ne regretterai pas ma peine, s’il peut vous amuser un moment. J e n’y ai mis que les nouvelles que nous ne savons pas.
M. Le Mercier et M. Péan, comme s’ils s’étoient donné le mot, viennent d’arriver, l'un de Québec et l’autre de sa tournée. Le premier ne tardera pas à partir. Il paroît que nous sommes à l’étroit sur bien des choses ; nous voulons, cependant, agir. Les régiments de la Peine et de la Sarre partiront d’ici, environ le 1er, avec le chevalier de Lévis, et le reste suivra le plus tôt possible.
A M. DE BOURLAMAQÜE
-1 ^ hr
Nous avons eu quelques lettres, Bougainville et moi. Elles sont du 8 mars ; nous voyons que la gazette de France a fait imprimer, le 4, une relation que j’ai lue, où l’on a pris un peu de la mienne, et beaucoup de celle de M. de Vaudreuil. Vous y êtes nommé trois fois. Il y est fait mention de votre blessure. La sagesse et l’habileté du marquis de Vaudreuil contraste avec V activité et V intelligence du marquis de Montcalm. On a imprimé, à la bâte, une médiocre relation, où les troupes de terre et leur général, jouaient un rôle subalterne. Tracasserie ; D’Arbouillin et l’abbé de Bernetz ont été pour nous chez la marquise, et Bougainville a été autorisé ii faire imprimer une autre relation dans le Mercure et dans le journal de Verdun, dont on a tiré des exemplaires à part, répandus à la cour et à la ville, et on nous en envoie trente qui sont en rivière, dans une malle. On nous flatte que nous allons gagner au changement par l’union de Mars et de ISTeptune, et que ce que je demanderai à la fin de cette campagne sera accordé de concert et par sollicitations communes de la part des deux ministres. En tout, Chouaguen a fait grand bruit, et pour vous et pour moi. Je vais être accablé d’affaires et d’écritures, car je veux laisser à Doreil des lettres et des duplicata tout faits, où vous aurez la part que vous devez avoir, ayant ouvert la campagne. Les sceaux n’étoient pas encore donnés.
Je vois beaucoup d’incertitudes sur les opérations de cette armée du maréchal d’Estrées. Le petit Hérault a le régiment de Bouergue, et a pris le nom de Séchelles. Son grand-père ne va mieux pour la santé et pour la
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tête. Mme Hérault me fait trembler pour la santé de Chevert. Elle paroît craindre que sa santé ne se rétablisse pas, et qu’il ne soit en état de la campagne. Je reçois, dans ce moment, par la Force, votre lettre, en date du 19, et vous remercie du détail qu’elle contient, et vos réflexions sont justes.
A Montréal, 28 juin 1757.
Départ des troupes de Saint-Jean.
La Reine, le 1er ; la Sarre, le 2 ; Languedoc avec M. le chevalier de Lévis, le 4 ; Guyenne, le 6 ; la colonie avec les milices, les 8, 9, 11, 13 et 14.
Le marquis de Montcalm va, le 10, chanter la guerre au Saut ; le 11 au Lac. Et il partira vraisemblablement le 13 ou le 14 de Saint-Jean, avec la compagnie des grenadiers de Guyenne qu’il garde à cet effet.
Comp>osition de l’armée.
Les six bataillons des troupes de terre ; mille hommes de troupes de la colonie ; deux mille cinq cents hommes de milice ; quinze à dix-huit cents sauvages.
Il marche soixante-seize officiers et tous les cadets. Je crois que M. le général ne me refusera pas la proposition qu’il a envie que je lui fasse, de faire marcher M. de Rigaud. Je compte, à la vérité, le garder avec moi comme M. le maréchal de Belle-Isle gardoit M. de Brieux, et détacher, suivant l’occurence, M. le chevalier de Lévis et M. de Bourlamaque. Nous aurons seize capitaines, y compris M. de Cabenac et M. de la Yaltrie ;
A M. DE BOURLAMAQUE
M. de Sermonville marche comme aide-major. Cependant on patricotera, et par un arrangement singulier, auquel on ne s’attend pas, il y aura un bataillon des troupes de la marine, pour faire brigade avec les troupes de terre, dont il y aura le détail, et Dumas fera le détail du reste et servira de gouverneur au gouverneur, et si M. de Garnies vient, il faudra lui former un second bataillon. Péan reste à Montréal pour le cabinet ; Saint- Luc, colonel général des sauvages ; Marin, commissaire général, car Courtemanche est maître de camp général. Martel est revenu de sa tournée, et en ne prenant que ce qu’on lui a jeté à la tête, il a trouvé de quoi nourrir, trente jours, deux mille huit cents âmes, en farine, lard et pois.
Faites camper la Peine et la Sarre à la Chute ; mais au-delà, marquez-y le terrain pour Languedoc et Guyenne. Il est juste de ne pas déplacer ni Royal- Poussillon ni Béarn ; nous rangerons les brigades en mouvement général.
Il convient qu’il y ait un officier principal au camp de la Chute. Le chevalier de Lévis se propose d’y camper et de vous laisser à Carillon. En ce cas, ne bougez pas pour mon arrivée, quand même je resterois à Carillon, en vous resserrant, comme avoit fait le chevalier de Lévis. Je me placerai et je me servirai, si vous l’approuvez, de la cuisine, le peu de jours que je serai à Carillon.
M. le marquis de Vaudreuil me charge de vous recommander d’avoir grand soin des canots des sauvages, d’obtenir d’eux amitié, de les faire ranger auprès du fort, d’y mettre une petite garde, que chaque bande
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
les numérotte, et d’avoir des gens qui les raccommodent continuellement, si besoin est. Vous devez un compliment à Malartic sur la première présidence de la cour des aides de Montauban, accordée à son frère. Je viens d’écrire au comte de Maillebois, et je lui parle de vous, Monsieur, un peu particulièrement, parce que je vous nomme comme étant en campagne depuis le commencement de mai dans toutes mes lettres, au nombre de soixante-dix, que j’adresse à Doreil pour les faire partir quand il voudra.
J’ai écrit deux lettres à M. de Moras ; l’une, correspondance avec le ministre ; l’autre, pour être remise par Mme Hérault, à qui elle est adressée à cachet volant, à condition qu’elle n’ira pas dans les bureaux. J’y fais mention de vous, Monsieur, dans toutes les deux.
A Montréal, 29 juin 1857.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, aux deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 24 et le 25. . Je pensois comme vous pour placer la Eeine et les trois autres bataillons ; mais un peu de déférence et de complaisance pour M. le chevalier de Levis qui compte s’établir dans ce camp, s’occuper des détails relatifs au chemin et au portage des bateaux et artillerie, dans le temps que vous voudrez bien vous occuper de tous sens relatifs à notre besogne au camp de Carillon, fait que je vous prie de mettre la Eeine, la Sarre tout de suite au delà du moulin et pousser alors M. de Celoron au Portage, à moins que vous n’ayez quelque raison particulière pour l’y conserver encore jusqu’à l’arrivée de
A M. DE BOURLAMAQUE
M. le chevalier de Levis. Pour moi, il me tarde fort d’être à Carillon ; je ne partirai cependant, au plus tôt que le 13 de Saint-Jean. M. le marquis de Vaudreuil ne cesse de se louer de vous, Monsieur. Je crois qu’il pense ce qu’il dit, et pour moi, je crois qu’on ne peut rien faire de mieux que de vous donner de la besogne à conduire, et fort aise d’en faire avec vous.
Je vous promets d’être aussi occupé qu’on le puisse de rendre justice à la façon dont vous servez. Il n’y a point de compliments dans ce que je vous écris, car la fausseté canadienne n’est pas encore prête à me séduire.
La farine à donner à cette colonie est le sujet d’une grande occupation et d’une grande intrigue, parce qu’il y a beaucoup de mouvement.
P. S. — Je vous prie de dire à M. de Malartic qu’il est inutile qu’il écrive une lettre de plaintes ni de reproches à l’intendant, parce qu’il n’a pas écrit sur un ton de reproche. Il a seulement prié Landriève, à qui il a envoyé la note d’éclairer cette affaire : c’est par occasion que je l’ai su.
Votre lettre a été lue à la belle dame et puis bridée, elle en a été très contente. Les généraux francois seront bien reçus dans cette maison. Elle partira le samedi 9, moi le 10, pour le saut Saint-Louis. 11 a été trouvé décent qu’elle partit de Montréal avec Mme de Saint- Ours.
Montréal 3 juillet 1757.
Par les nouvelles, Monsieur, contenues dans la lettre dont vous m’avez honorée le 28, je ne trouverai pas extraordinaire que nous fassions l’histoire des deux qui
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
se rencontrent la lanterne à la main, et je conseille au chevalier de Levis de se conduire en conséquence de cette idée, d’autant que je crois qu’il n’y a plus rien à craindre pour la Belle-Rivière, et que, quels qu’aient été les projets des Anglois sur Louisbourg et Québec, je les crois avortés.
Par les nouvelles que nous avons des premiers jours de juin, M. de Bauffremont étoit entré à Louisbourg avec six vaisseaux de guerre, compris un vaisseau de soixante-dix canons, qu’il a pris sur les Anglois anx attérages de Saint-Dominique, et qu’il a armé tout de suite. Il a avec lui deux frégates. L’ Abénaquise étoit aussi entrée à Louisbourg avec une Hotte chargée de vivres ; le Chariot-Royal a été pris ; il nous est entré à Québec le 29 et le 30, V Elizabeth, la Gracieuse, goélettes venant de la Rochelle. La Gracieuse est démâtée, ayant essuyé un combat. Ces deux goélettes ne portent que des marchandises pour clés particuliers. L ’ Elizabeth est partie le 20 avril de la Rochelle, avec quatre autres bâtiments. On a appris par elle que nous avions un senau chargé pour le rnunitionnaire, en rivière, mais que la goélette “ la Madame de la Rochelle, et le navire le Fortuné, de Bordeaux, tous deux chargés par le munitionnaire, avoient été pris ; que le Robuste, vaisseau de Gradiche, capitaine Rozier, avoit relâché à Rochefort, ayant été rasé de ses mâts dans un combat vif, où il y a eu soixante-dix hommes de tués : il nous portoit cent quarante hommes de secours. Voilà, Monsieur, toutes les nouvelles, et je conclus que l’ Anglois n’étant plus à temps pour la Belle-Rivière, ses expéditions maritimes
A M. DE BOURLAMAQUE
pouvant être échouées par la prévenance de l’escadre ■de M. de Bauffremont, il peut y avoir du refus dans notre partie ; j’oubliais de vous dire que M. de Bauffremont a été surpris, en arrivant à Louisbourg, de ne pas trouver une escadre de dix-sept vaisseaux, commandée par M. Perrier de Sulvert, à laquelle il devoit se joindre. M. de Levis vous dira le surplus, ainsi que l’article des fusils.
P. S. — J’ai reçu une lettre d’Arnoux, à laquelle je crois n’avoir jamais répondu. Je serai le 9 au Lac ; le 10 au Saut ; le 11 à Montréal ; le 12 à Saint- Jean ; le 13 en pleine marche. Gagnez une bataille avant mon arrivée.
A Montréal, le 7 juillet 1757.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 2, et je vois que vous allez de l’avant. Il n’y aura aucun changement à ma marche. Je partirai toujours d’ici le 12, et le 13 de Saint Jean. Je suis bien aise que vous ayez été content de l’idée de Jacquot. Il me semble que cela peut nous être utile pour être a la tete de notre convoi maritime, pour favoriser une descente, pour couler bas leurs berges, pour attaquer les îles, s’ils y avoient pris postes.
Marin part ce soir pour vous joindre et aller de suite en parti. Je lui ai bien recommandé de prendre toutes ses précautions, d’avoir toujours des découvreurs en avant, sur la droite et sur la gauche, de faire fouiller les bois, de ne pas cacher les canots aux mêmes endroits,
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
de faire occuper les hauteurs quand il sera obligé de marcher dans un chemin creux et une petite rivière aussi étroite, encaissée et bordée de rochers, que celle au Chicot.
M. le chevalier de Lévis, à qui vous voudrez bien communiquer ma lettre, sera bien aise de donner toutes ses instructions aux commandants de détachements qu’il enverra à la guerre. Il est certain que si l’on pouvoit battre complètement une de leurs patrouilles, cela intimideroit les autres.
J’ai parlé, hier, pour le brai, et tous les articles demandés par Landriève ; on m’a assuré qu’il y avoit du brai au fort Saint-Frédéric, et qu’on songeroit à tous, les autres articles ; pour de la porcelaine, nous en avons une bonne provision.
Depuis mes dernières, il m’est arrivé ni courrier de Québec ni lettres. Mille choses à M. le chevalier de Lévis.
P. S. — Saqueville, grenadier de Béarn, et le soldat du même régiment, qui travaille chez les religieuses,, rejoindront avec moi, ainsi que le grenadier de Languedoc qui manquoit. Je vous prie de le dire aux majors de ces bataillons.
J’ai reçu les pièces que M. de Bellecombe m’a envoyées, concernant Champigny. Je viens de tenir un conseil avec les Iroquois du Saut, pour accorder grâce à un soldat de Languedoc, que je crois être Lafontaine,, grenadier. Je le ramènerai aussi.
A M. DE BOURLAMAQUE
Au camp du Portage, le 27 juillet 1757.
J’ai remis à M. Dumas, réponse à tous les articles. On compte avoir assez de toile pour les banderelles . L’arrangement de M. de Bourlamaque pour venir avec quatre jours de vivres, me paroît très bon. On accepte avec satisfaction et reconnoissance, les marmites offertes par les deux bataillons de la brigade de Royal- Roussillon, mais comme première charité commence par soi, on pourrait en prêter dix à MM. de la Sarre, qui prêteraient les leurs qui sont en plus... à MM. de la colonie. Il sera nécessaire que la Force vienne après-demain matin, pour partir avec les sauvages le 30 au matin, du camp de Contrecœur.
Au Portage, 28 juillet 1757.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à votre lettre du 28. Je m’en vais écrire pour qu’on nous fasse passer quelques bateaux, si l’on peut demain, et j’emploierai pour faire un portage, toute la nuit, toute celle de demain, et après, parce que je craindrais de nuire à ce qui est nécessaire à Carillon. A l’égard du biscuit, il sera ici aussi à couvert qu’on le peut. Je le fais mettre dans les baraques qui sont dans les hangars ; il faudrait profiter des bateaux pour passer le biscuit. Vous faites bien de garder Brisebois et sa troupe, jusqu’au 30, puisqu’il est nécessaire au transport des vivres.
J’envoie ordre à la brigade de la Sarre d’envoyer le 30 au matin, un lieutenant, pour être aux ordres de M. Dalquier. Gardez le nouveau de la Reine. A
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
l’égard des trois chaudières qui vous restent à envoyer, adressez-les moi directement, voulant en disposer. Sans doute que les trois brigades n’ont pas besoin d’endroit, puisque vous n’en entendez pas parler. Je viens de commander mille rames et trois cent dix avirons. Je viens d’ordonner que cela seroit payé comptant par M. Sermet, sur le pied de douze livres la rame et vingtquatre livres l’aviron, ce qui fait neuf cent soixante livres.
P. S. — Prévenez Landriève pour l’argent. M. Charly vient de me dire que les trois brigades ont porté tous leurs effets au magasin que vous leur avez indiqué. Demain matin vous aurez, à 7 heures, à achever de donner des fusils aux brigades de La Corne, Eepentigny et Yassan. Celle de Saint-Ours est complétée, celles de Courtemanche et de Gaspé vont chercher leurs fusils le 30, à sept heures du matin, après quoi, M. Le Mercier pourra enfermer tous ceux qui resteront, soit à Carillon, soit chez Sermet ; car à l’égard des ouvriers qui manquent de fusil, les armuriers qui restent à Carillon leur en raccommoderont plus qu’il ne leur en faudra.
Voyez aussi quel ordre nous pourrions donner pour nous faire rejoindre à M. Totabelle, lorsqu’il sera de retour avec sou détachement. Si M. de Malartic n’étoit pas d’une nécessité absolue à Carillon, il pourroit venir coucher demain au soir ici, ou, tout au moins, partir de grand matin le 30, pour établir le camp de sa brigade, et commencer à faire la distribution des bateaux.
Il me reste ce soir, quoique j’en aie bien fait distribuer, cinquante-six fusils, ici.
A M. DE BOURLAMAQUE
On m’a demandé, ici, quand M. de Saint-Ours partirent pour s en retourner. J’ai dit que je n’en savois rien, mais qu’il étoit le maître de partir quand il voudrait, et de profiter de la première occasion, dès que sa santé ne lui permettrait pas de faire la campagne. Je vous prie de lui faire dire par M. Arnoux.
Les calfats peuvent lui fournir une bonne occasion, car ils partiraient le jour du départ de l’armée. M. Landriève portera dans sa réserve tout le vermillon qui reste.
Au Portage, 28 juillet 1757.
J’ai l’honneur, Monsieur, de vous envoyer une lettre pour M. de Lotbinière, et une pour M. Desandrouins, afin de leur indiquer leur départ avec vous, et qu’ils auront un bateau pour eux deux. J’écris à M. de Lotbinière que, si les affaires de Carillon les retiennent, hL lui suffira d’arriver le 31, et qu’il ait la bonté de vous rendre compte de ce dont il veut charger la milice, afin que vous donniez vos ordres à cette occasion ; ayant toujours suivi cet objet, vous êtes plus en état de le faire que moi. Je vous envoie aussi l’instruction que vous laisserez au départ à M. Dalquier, et une lettre que je lui écris, par laquelle je lui marque de se conformer à tout ce que vous jugerez à propos d’ajouter, ou retrancher. M. de Sermet n’avoit encore acheté que trois fusils des sauvages, mais je m’en vais en assembler plus de cinquante. Ils serviront pour les trois dernières brigades, si nous épuisons ceux qui sont en haut. J’ai l’honneur de vous envoyer l'ordre pour la brigade de Boyal- Itoussillon.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
Saint-Pierre et Rome {mot d'orclre).
Gardez patrouilles, défense à l’ordre, les appels exactement. M. le marquis de Montcalm demande que toutes les distributions soient faites d’ici à demain matin, afin que rien n’arrête le départ du détachement qui doit s’assembler, demain au soir, à l’ancien camp de M. de Contrecœur, aux ordres de M. le chevalier de Levis. On avertira, ce soir ou demain matin, de l’heure à laquelle les détachements s’assembleront, et se mettront en mouvement.
Vous voudrez bien, Monsieur, donner vos ordres pour le départ de M. Landriève et M. Arnoux. Je crois qu’il est convenable qu’ils soient ici le 30, au plus tard.
M. Landriève enverra, sitôt le présent ordre reçu, à M. de Sermet, cinquante livres.
Au Portage, le 28 juillet 1757.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à votre lettre du 28. Nous n’avons ici, encore, que deux cent trente deux bateaux. Vous pouvez hardiment faire passer, jusqu’à concurrence de deux cent cinquante. Ceux qui arriveront le 31 suffiront pour le service de Saint Frédéric. Formez le rôle de votre garnison, ainsi que vous me le marquez. Il faut y comprendre n’importe de quel régiment ils soient, à moins qu’ils ne fussent grenadiers.
J’accorde que tous les boulangers rejoignent leurs corps le 29 ou le o 0 au matin, ainsi que vous le jugiez à propos.
M. de Lapause a eu tort de mander que l’armée ne s’assembleroit que le 31. Vous recevrez, demain.
A M. DE BOUKLAMAQUE
l’ordre pour partir le 30. Non seulement c’est très bien de partir avec des vivres pour quatre jours, mais j’envoie le même ordre pour les bataillons de la Chute. Je ferai faire, après dîner ou demain matin, par M. le major général et M. Marcel l’état des vivres qui sont au Portage. Vous pouvez, demain matin, pour ne pas donner vos doubles, tirer sur moi jusqu’à concurrence de soixante fusils, qui me restent de ceux que j’ai achetés. Il ne faut pour M. de Milliers que dix-sept fusils en tout, que j’ai demandés pour la promptitude, et pour que cette troupe légère soit mieux armée. Ceux qu’il laisse à réparer, au nombre de quatorze, seront au Iîoi, et vous en disposerez pour qui vous voudrez. Envoyez avec les quinze chaudières, les trois, cela fera dix-huit ; il n’en faudra plus que sept pour la troupe de Milliers, que je trouverai ici, et Dieu merci, toutes les brigades ont les leurs.
Mous enverrez directement l’ordre aux bataillons de la Chute, que vous croirez convenable, pour fournir les cent hommes de garnison. Je vois qu’il faudra qu’ils en donnent fort peu.
Puisqu’il n’y a plus de peaux de chevreuils, il est inutile de garder ceux qui travaillent. Ainsi, envoyez demain matin Brisebois, à moins que vous n’en ayez besoin, auquel cas vous le garderiez encore.
P. S. — S’il y a des soldats convalescents de la colonie, en état de servir, ainsi que des miliciens, faites-en faire un rôle à Arnoux, et qu'un sergent de vos deux bataillons les assemble et les conduise demain à M. de Sermonville : ils seront en état, au moins, de faire fond à la garnison qui restera ici.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
M. de Malartic, major de brigade, donnera à son arrivée une note de la force de son bataillon, compris ce qui est resté à Carillon ; une note de tout ce qu’il y a à embarquer : officiers, soldats et domestiques. Par conséquence il distraira ce qui reste en arrière et ce qui marche avec M. le chevalier de Lévis.
Une note de ce qu’il y aura de combattants effectifs, dans laquelle il comprendra ce qu’il y aura de combattants non effectifs, et ce qui marche par terre et par eau, sans y comprendre les officiers et domestiques.
Saint-Nicolas et Nancy ( mot d'ordre ), le 29 juillet 1757.
C’est très bien, Monsieur, d’avoir envoyé le collier à M. de Lusignan.... Les sauvages d’en haut éloignés, branlent au manche. Les colliers trottent. On donne du vin, c’est-à-dire le mien, et mes poules. En passant demain au camp de la Chute, vous donnerez la consigne à la garde que les bataillons laisseront à la Chute.
Les brigades de Courtemanche et de Gaspé seront demain, à 6 heures, à Carillon. Recommandez, je vous prie, à M. Pénisseauit la subsistance des deux nègres de Saint-Luc, et de celui que l’on a dit à moi, qui sont en prison. S’il envoyoit celui de Villiers, dont il s’est chargé à Montréal, il pourrait envoyer les trois nôtres, et le faire adresser chez Saint-Luc.
Au fort Saint-Jean, le 30 août 1757.
Par une lettre que j’ai reçue en chemin, de M. le général, il me paraît qu’il ne veut pas envoyer les Canadiens demandés par M. de Lotbinière; je ne sais
si une semonce verbale fera mieux ; il désire que l’on garde les Canadiens qui sont à Carillon, c’est pourquoi je laisse, ici, des lettres à M. le chevalier de Lévis et aux commandants des deux bataillons pour qu’on rassemble les Canadiens qui seront descendus avec les bateaux, et qu’on vous les fasse remonter.
On dit ici qu’après-demain, jeudi, on doit casser la tête à un Outaouais qui a tué un François, à Montréal. Comme les sauvages ont les privilèges des anciens François, il aura été jugé par..., car ce privilège, qui est aujourd’hui restreint aux ducs et aux conseillers en cour supérieure, étoit un privilège parmi les Francs....
A Montréal, le 3 septembre 1757.
Je vous serai obligé, Monsieur, et à MM. Dalquier et Bernetz d’adresser vos réponses en mon absence à M. le chevalier de Lévis, afin que s’il y avoit quelque chose à dire à M. le marquis de Yaudreuil, il eût attention de le faire, et il aura celle de me faire passer ensuite mes lettres, suivant ce que m’a dit Bernard, du régiment de Béarn. Le capitaine à rester de ce bataillon sera Mazerac ou Jourdeaux ; ils sont tous deux très bons. Cependant je ne me soucierois pas de Mazerac, parce qu’il est capitaine de 1744, et que si je trouve de la difficulté pour Senezergues, ou vis-à-vis de lui, ou vis-à-vis M. le marquis de Yaudreuil, qui devroit le souhaiter et qui paroît ne pas s’en soucier, je verrai de faire tomber le commandement sur un simple capitaine dont j’ai grande opinion, d’Hébécourt, et il n’y a que Mazerac qui peut m’embarrasser.
LETTRES DU MARQUIS DE MOXTCALM
S’il y a lieu d’envoyer d’avance d’Aubrespy, soit pour mener les convalescents ou autres, recommandez-le à Malartic. Sa femme va changer d’établissement ; elle est jolie, demande et facilite les choses de bonne grâce, et cela touche les généraux. Je pars samedi ou dimanche si le chevalier de Lévis arrive. Ce premier voyage me mènera jusqu’à la Toussaint, au moins. M. le marquis de Vaudreuil viendra à Québec à la fin d’octobre, et vous, Monsieur, quand vous voudrez, votre campagne finie. Nos moines Augustins romains se sont trouvés anabaptistes.
A Montréal, le 9 sejütembre 1757.
Je pars demain, mon cher Monsieur, pour Québec, par la raison que je n’ai voulu partir d’ici qu’après y avoir installé M. le chevalier de Lévis. Je ne dois repartir de Québec qu’après vous y avoir installé. N’allez pas d’après cela croire que ce sera me traiter honnêtement que d’arriver fort tard ; tout au contraire, venez le plus tôt que vous pourrez, et j’annoncerai à une très belle dame tout l’empressement que vous devez avoir après la cession qui vous en a été faite.
Je vous offre d’être votre commissionnaire pour faire arranger votre maison lorsque vous voudrez venir.
Comme M. le chevalier de Lévis reste près la personne de M. le marquis de Vaudreuil, je vous prie de lui écrire sur ce qui peut regarder nos troupes, et sur le nombre de bateaux dont vous aurez besoin, y compris ceux que vous devez laisser à Carillon. Il sera aisé <le vous en faire passer autant que vous voudrez. Nous
A M. DE BOUBLAMAQUE
auions quatre piquets a vous envoyer et cinquante Canadiens ouvriers. M. d’Hébécourt, capitaine au régiment de la Heine, qui se trouve plus ancien capitaine que ceux qui restent a Carillon, y commandera le piquet de son bataillon, et aura un ordre particulier pour commander dans le fort. Il est plus ancien que tous les capitaines des bataillons qui sont ici, et je le suppose plus ancien que ceux de Béarn qui sont à marcher.
Par le premier article de l’instruction de M. le marquis de Yaudreuil, il aura ordre de se conformer entièrement à celle que vous lui laisserez. Ainsi, je vous prie de ne rien négliger pour que cet officier, rempli de zèle et d’application à son métier, se tire avec honneur de ce commandement et pour mettre en état les bâtiments civils. Fermez la basse ville autant qu’il sera possible. Je suis toujours inquiet du hangar qui est si mal placé au bord de l’eau, si les ennemis ont envie de le brûler pendant l’hiver.
P. S. — M. de Yaudreuil vient de recevoir une lettre d’avis des grâces de la colonie. Le cordon rouge et dix mille livres de gratification pour lui. Cinq croix de Saint-Louis. MM. de Sermonville, Repentigny, la Colombière, Villiers, Le Mercier. Deux pensions de quatre cents livres, MM. de Contrecœur et Des Ligneris ; six mille livres de gratification à distribuer aux subalternes, officiers de milice et simples miliciens. J’ai reçu une lettre des plus honnêtes de M. Paulmy ; il me prie d’avoir la même confiance pour lui que pour son oncle, de ne pas lui écrire simplement comme au ministre de la guerre, mais personnellement à lui.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
Je vous prie de recommander à MM. les aides-majors d’être exacts à envoyer ce que M. Doreil leur demande.
J’ai reçu une bonne lettre de quatre grandes pages de Richelieu proprio pugno.
J’ai eu occasion d’écrire une lettre assez longue qui sera sûrement lue de M. le Dauphin. Je l’ai écrite pour cette raison avec attention, et j’y ai parlé avec éloge sans affectation de M. de Bourlamaque, capitaine dans le régiment de M. le Dauphin.
A Québec, le 20 septembre 1757.
Il faut espérer, Monsieur, qu’un soldat qui va. être conduit pour être puni comme déserteur, fera un bon effet. Je crois que vous serez content de la façon dont j’ai traité vis-à-vis M. de Paulmy dans une lettre pour lui seul, l’objet qui nous intéresse le plus tous les trois. J’ai été jusqu’à présent plus occupé d’affaires que d’autre chose ; cependant je ne perds rien de vue. Dites à Arnoux que je suis furieux d’être obligé de tenir son enfant, et qu’il doit m’en savoir gré ; car cela me fait une grande affaire. L’Ile-Eoyale, le manque de pain, voilà ce dont on parle tonte la journée. Tenez donc, car il faut un quatrième. M. de la Naudière vous aime et vous estime, c’est le meilleur de mes amis, il dîne demain chez moi. Bonsoir, monsieur.
A Québec, le 23 septembre 1757.
Je réponds par celle-ci, mon cher Monsieur, à votre lettre du 14. 1° J’approuve très fort que La Mothe
reste en qualité de capitaine avec le lieutenant qui
A M. DE BOURLAMAQUE
voudra rester avec lui, et si cela fait quelque difficulté, écrivez-le au chevalier de Lévis, qui enverra Wolff avec un ordre particulier pour servir comme lieutenant du piquet de Béarn. Je pourrais bien, de vous à moi, et j.e vous prie de ne pas le dire, rester ici jusqu’au carême, à moins d’une volonté à ce contraire de la part du marquis de Vaudreuil. Vous aurez de la peine à tenir la maison que vous y teniez l’année dernière. Vous avez fait vos preuves sur l’article de la dépense. Je vous conseille comme votre ami de prendre le prétexte de la rareté des vivres, du manque de pain; pour moi. je crois que j’aurai de la peine à soutenir cinq jours de la semaine à douze ou quatorze personnes. Et à cause du pain, mes deux jours sont fixés au jeudi et dimanche, parce qu’on ne m’en donne pas ces deux jours-là, et les autres on me donne un quarteron par personne. Les recrues de Béarn, la Sarre, Guyenne et Boyal-Roussillon partent avec un déserteur de Béarn, compagnie de Pointras, et l’incorrigible Herbert que je remets à sa troupe. Je prie M. de Malartic de lui donner, quand il aura rejoint la compagnie d’Aubrespy, vingt-quatre livres à employer en nippes, suivant ses besoins et en détail.
Comme il me paraît que M. de Vaudreuil 11e laisse pas des officiers de la colonie eu état d’aller en parti, s’il le falloit, le sieur Wolff et le sieur d’Arenne passeront à Carillon pour y passer l’hiver, et si les logements embarrassent, vous laisseriez le sieur Wolff pour faire fonction de lieutenant à quelqu’un de nos six piquets, et vous trouverez aisément un lieutenant qui ne demandera pas mieux. Je joins ici un ordre en blanc, dont
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
vous pourrez faire usage pour obvier à tout inconvénient.
Les derniers vaisseaux partiront au commencement de novembre, et de meilleure heure, dit-on, que l’année dernière. La Nouvelle - Société, navire venant de la Rochelle, a péri, avant-hier, à trois lieues d’ici. Il y a eu treize personnes de noyées. Il étoit chargé de vin et d’eau-de-vie. Il y a encore deux bâtiments en rivière. Dieu veuille que ce soit la .Liberté. J’ai reçu une lettre du chevalier de Bernetz du 14, avec les pièces nécessaires pour le soldat qui a perdu un bras.
Je suppose que l’arrangement de La Mothe convient aux officiers du régiment de Béarn. C’est M. d’Hébécourt, capitaine au régiment de la Reine, qui doit commander à Carillon.
Vous aurez la bonté, avant votre départ, de régler les logements, tant des piquets que des officiers.
On dit, ici, que M. de Vaudreuil avoit ordonné que la milice occupât en entier le logement de Lotbinière, que Lusignan occupoit l’année dernière. Lotbinière est assez ridicule pour l’avoir demandé au marquis de L audreuil, et celui-ci, assez bon pour l’avoir accordé ; mais quand même on vous montreroit un ordre ou lettre de M. le marquis de Vaudreuil, allez votre train ; n y ayez aucun égard, sauf à lui dire que vous voyez bien qu’il a été surpris, et que cela ne pouvoit être autrement, vu la rareté de logement, et l’indécence qu’un piqueur de travaux occupât tout un corps de logis, - lorsque le commandant et les officiers seroient à l’étroit.
A M. DE BOURLAMAQUE
Je vous serois obligé; le marquis de Yaudreuil pourra en être fâché, mais il n’osera en dire mot.
1’. S. — Dites au chevalier de Bernetz qu’il mettra son état-major ou bon lui semblera. Je vous prie de dire à M. Dalquier que j’ai reçu sa lettre en date du 14. J’approuve tout arrangement concernant M. de La Mothe. On dit trois bâtiments en rivière, la Liberté et le Bristol. Dieu le veuille, nous allons être misérables pour le pain ; on parle de réduction à commencer du 1er octobre.
Le capitaine du bâtiment cpii a péri, dit qu’ayant passé le jour de Saint-Louis à huit ou neuf lieues de Louisbourg, il a entendu canonner vigoureusement depuis midi jusqu’au soir.
A Montréal, le 27 septembre 1757.
Hous avons vu, Monsieur, l’année dernière, plusieurs soldats qui s’étoient rendus errants et vagabonds dans les côtes ; nous avons eu de la peine à les faire rejoindre ; il y en a même eu trois qu’on a fini par coutumacer. Il manque depuis sept à huit jours quatre convalescents qui sont errants. Sur mes représentations M. le marquis de Yaudreuil va rendre une ordonnance dont voici les dispositions :
lp Ordre à tous les habitants d’arrêter tout soldat qui ne sera pas muni d’un congé ou permission ;
29 Tout habitant qui arrêtera un soldat dans le cas ci-dessus, le conduira à la prison la plus prochaine des villes de Montréal, de Québec ou Trois-Rivières ;
3° Tout habitant convaincu d’avoir donné asile, subsistance ou travail sera puni par amende et prison ;
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
4° Tout habitant sera tenu d’avertir l’officier commandant ou l’officier major toutes les fois que le soldat, qui sera logé chez lui, découchera, à peine de prison et d’amende s’il ne le fait. Je vous prie, Monsieur, de faire assembler les deux bataillons du camp de Carillon, et faire battre un ban pour leur déclarer de la part du Eoi, que tout soldat arrêté à trois lieues de son camp, garnison ou quartier d’hiver, sans être muni d’un congé ou permission, sera réputé déserteur, et puni suivant la rigueur des ordonnances ;
5° Tout soldat qui, s’étant absenté, n’aura pas rejoint dans la huitaine sera sur le champ, conformément aux ordonnances, mis au conseil de guerre et contumacé, sans que le commandant du bataillon en diffère la tenue sous aucun prétexte ;
6° Tout soldat qui aura manqué à l’appel ou découché pendant deux jours sera passé par les verges, sans que le commandant du bataillon puisse, sous aucun prétexte, différer l’exécution.
Il est bon, Monsieur, après avoir publié le ban ci-dessus, d’ajouter que M. le marquis de Vaudreuil, de son côté, vient de rendre une ordonnance à cette occasion et leur en apprendre les dispositions.
A Québec, le 4 octobre 1757.
On informe toujours. M. le général part de Montréal le 8. On jugera Beauséjour et Gaspareaux vers le 15.
Du 1er, le soldat est réduit à une livre de pain. On sauve les effets de la Nouvelle-Société, bâtiment qui a péri avec perte de onze hommes.
A M. DE BOUKLAMAQUE
Depuis l’arrivée de la Liberté et du Bristol, nous n’entendons parler de rien.
Le Rameau, paquebot, est parti ce matin, avec centcinquante Anglois, pour Plymouth. Nulle nouvelle de Louisbourg. Détachement de M. de Bellestre, vers Coilar. L’abbé de Tonnancour, mort. Continuation de morts et maladies à l’hôpital-général. La sœur de Mme de la Naudière y est morte ; Mme Marin malade. Bougainville fréquente un peu la maison où je vais beaucoup ; mon cœur et mon estomac sont malades, le dernier est le plus fâcheux. Voilà nos nouvelles, Monsieur. Je vous attends à la Toussaint.
P. S. - — Je regrette bien Fontbrune. Si des caprices sont aimables, je n’ai rien à désirer.
A Québec, le 18 février 1758.
Je viens de prévenir, Monsieur, MM. les commandants des régiments de la Peine, Languedoc et Berry de vous rendre compte des divers détails qui peuvent concerner leurs bataillons. Je les préviens de vous remettre au 1er avril un état de leur situation, et un état détaillé des mariages de leurs soldats, depuis le commencement de l’hiver, et pour Berry, depuis son arrivée en Canada. Je les préviens sur l’ordre du Poi, pour défendre les jeux de hasard, et nommément le qninze, et d’y tenir la main.
J’ai fait remettre à M. l’intendant les états des réparations nécessaires, pour que les bataillons puissent ■entrer en campagne ; il y fait travailler, et nous avons du temps devers nous, car ces bataillons ne sauroient mouvoir qu’après l’arrivée des vivres.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
Quand vous croirez, Monsieur, que la saison vous permettra de faire tirer le soldat, on pourra donner de la poudre et des balles ; mais ce ne peut être, vraisemblablement, qu’à la fin d’avril.
Je n’ai rien de particulier à vous prescrire. J’aurai l’honneur de vous écrire exactement tout ce que je croirai utile au service, et je vous prie d’en agir de même. Je souhaite que vous vous amusiez à Québec.
J’aurai attention de vous prévenir des projets et intentions de M. de Vaudreuil, dès que je les saurai, mais le manque de vivres lui fera retarder l’entrée en campagne le plus qu’il pourra.
A Montréal, le 22 février 1758.
Arriver à midi, dîner chez M. de Vaudreuil, écrire, voilà mon occupation, parce que le courrier qui porte les dépêches pour Louisbourg part demain. J’ai trouvé le chevalier de Lévis en bonne santé.
M. de Langy est de retour à Carillon. Il a fait vingttrois chevelures, amené trois prisonniers. Il paroîtroit par les dépositions de ces derniers, que les Anglois font des amas de vivres considérables entre Lydius et Orange. M. de Langy reste pour repartir avec un nouveau détachement, après que M. Wolff sera de retour de sa course au fort. M. le chevalier de Lévis et M. Pouchot ont été consultés comme géographes ; ce dernier a dressé une carte pour accompagner le système de M. le marquis de Vaudreuil sur les limites, système qu’il ne leur a pas communiqué ; et moi pour n’être pas en arrière, j’ai écrit une lettre à M. de Paulmy, et chiffré mon système sur les limites.
A M. DE BOURLAMAQUE
I ne bonne chose, c’est qn’on joue au qninze chez M. le marquis de Vaudreuil, parce qu’il assure qu’il n est pas défendu dans l’ordre du Iloi ; et comme c’est lui qui est chargé de l’exécution, et qu’il ne me l’a ni cofhmuniqué ni remis copie, je ne dis mot, et si on le joue a l’intendance, faites de même. Une chose encore meilleure, que Montgay m’a assuré de tenir de la Hume, ancien soldat de sa compagnie, c’est que M. de Vaudreuil a reçu une lettre en chiffres, mais il n’a plus son chiffre particidier. V ous savez que ce la Plume est son secrétaire. M. Hère n’a reçu que huit coups d’épée, et n’en a donné qu’un.
Mes compliments, je vous prie, aux dames et à M. de 1a. Naudière. Brûlez mes lettres.
A Montréal, le 3 mars 1758.
Je dois répondre, monsieur, aux deux lettres dont vous m’avez honoré, le 24 et le 27. Rien à ajouter à ce que vous avez fait sur les deux soldats de la Reine accusés ou soupçonnés de vol. Les exemples deviennent d’autant plus nécessaires, que ces crimes sont bien fréquents. La justice ordinaire informe actuellement contre un grenadier de Bearn et un soldat de la colonie, qui ont pris, avec effraction, un bœuf aux dames de la Congrégation. Lundi, conseil de guerre à Boucherville contre un soldat qui a mis l’épée à la main et frappé son sergent, qui vouloit le séparer d’avec son camarade.
L’affaire de MM. Hère et Liéhaux est finie. Ils se sont comportés au gré de leurs camarades, et on a dit :
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
Holà ! on ne joue plus aucun jeu, pas même le quinze. M. Duplessis, major, ayant fait voir à M. le marquis de Vaudreuil qu’il n’avoit pas bien lu l’ordre du Roi, et que le quinze est défendu nommément, M. de Vaudreuil a mis en prison, par un effet rétroactif, le nommé Matha, qui tout l’hiver a tenu un tripot pour les jeux de hasard.
M. de la Durantaye part demain de Saint- Jean avec deux cents hommes, dont vingt Canadiens ; le reste sauvages du Saut. Les beaux jours occasionnent beaucoup de parties de campagne. M. et Mme de Vaudreuil y vont souvent. Le chevalier de Lévis en est quelquefois, et il a aussi les siennes. Pour moi ma vie ordinaire, le plastron le matin et tous ceux qui n’ont rien à faire ni à dire. Dîners avec clix-sept personnes, le soir chez moi, chez le général. Cette dernière maison est renforcée de Malartic et de Villiers qui y sont souvent. M. Varin peut être remplacé, mais sa maison ne l’est pas ; celle de d’Eschambault qui n’a jamais été gaie l’est moins cette année-ci. Restez à Québec jusqu’au dernier moment où votre présence sera nécessaire quelque part, et vous ferez bien ; si j’eusse eu le pouvoir et le devoir, j’en eusse fait autant. J’aurai demain à dîner six dames. Celles de Québec partent dimanche avec Roquemaure ; Pontleroy mardi ; d’Hert à la fin de la semaine. Je vous enverrai par eux toutes les gazettes d’Avignon, Hollande, France et mes nouvelles à la main. Si vous vous donnez la peine de les feuilleter, promotions, charges, etc.
J’ai reçu des lettres de Manneville, de Bellot et du chevalier Peau ; je leur répondrai à tous par Roque-
A M. DE BOÜKLAMAQUE
maure. M. de Vaudreuil qui ne de voit expédier son courrier que demain au soir, vient de m’envoyer dire qu’il va le faire partir.
Le chevalier de Levis est en bonne santé ; il me paroît qu’il n’a fait aucun projet de campagne, ceux qu’on a ici me paroissent conditionnels. Vous vous conformerez à mes conversations du mois d’octobre ; dans le détail et l’exécution bien des choses l’arrêteront. Dumas ne quitte ni la chambre ni le cabinet. Je le crois d’opinion contraire pour les détails avec Le Mercier et moins en crédit que ce dernier. Pour moi, je suis à mon ordinaire très bien. Je vois venir. J’attends qu’on me parle ou qu’il soit temps de parler. Nous attendons ce soir M. Doreil. M. de Vaudreuil, entre nous, n’a pas été content de ce que son ami l’évêque a écrit aux mirés sur le serment illusoire demandé par M. de Montrepos, lors de la recherche des grains.
Jusqu’à présent, Pontleroy ne peut que se louer, la Naudière est en règle. Lotbinière à ordre de se mettre à son devoir. M. de Vaudreuil approuve tout, convient de tout: visites de fortifications à Carillon, Saint-Jean, Niagara, etc., veut s’employer à la guerre. Tout cela est beau. Voyons si au fait et prendre, il ne trouvera pas des empêchements dirimants lors de l’exécution.
On parle, ici comme à Québec, du mariage de NT. le Noir avec Mlle Herbin. Je le crois meilleur pour lui que pour la demoiselle. Il mange et loge chez le futur beaupère. J’aurois donné ma permission de suite, s’il n’étoit en puissance de père et de mère, mais je ne le puis d’après ma lettre du ministre, du 3 août. Le Noir a ■écrit à ses parents et moi aussi, pour demander un con-
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
sentement qui viendra. Ce détail est pour vous. La demoiselle est un petit outil qui a l’air de jouer encore avec des poupées, et qui n’a pas encore ce qu’il faut pour être nubile.
Je vous prie d’écrire à M. de Trécesson quand vous en aurez occasion; à propos de quoi est-ce que M. de Houstet, petit sujet de son bataillon, s’avise, parce qu’il se croit recommandé à M. de Vaudreuil, d’écrire d’un air d’aisance pour lui prêter vingt-cinq louis. Il faut lui en laver la tête et le gronder.
P. S. — M. Doreil vient d’arriver. Bougainville qui a de l’argent de reste, a été voir ses frères de la Tortue au saut Saint-Louis, pour leur donner cent cinquante livres de tabac et dix livres de vermillon. Au retour, il a couru véritablement risque de se noyer ; les glaces mauvaises ; il s’étoit trompé de chemin.
A Montréal, le 3 au soir.
Je profite, Monsieur, de l’occasion de M. Cadet: je mets sous votre enveloppe la lettre de M. l’intendant, 1° pour m’éviter de vous en répéter le contenu ; 2° pour que vous preniez et gardiez une copie. Je puis, dans une discussion de conduite, vouloir prouver que je ne me suis pas regardé consulté, et qu’au moins on ne m’avoit parlé en aucune façon d’avance des ordres donnés à la Belle-Rivière, Saint- Jean, Niagara, Frontenac, Présentation, etc ; car dans mes chimères, je crois toujours que si la colonie étoit perdue, on nous mettroit trois à la Bastille. Ce seroit au chevalier de Lévis et a vous a faire les mémoires de votre général. Je vous
A M. DE BOURLAMAQUE
prie de prévenir MM. de Boquemaure, Trivio, ïrécesson et leurs détailleurs, du départ à la première navigation au plus tard le 1er mai, peut-être au 25. Voyez que rien n’arrête. Il meparoît, monsieur, que votre destination, quoiqu'on ne s’en soit pas encore bien expliqué, sera de partir avec le. premier corps des trois bataillons et douze cents Canadiens québecquois. Ainsi, tenez vous aussi prêt pour tout arranger : ordonnez avec trois bataillons de venir suivant ce que j’aurai l’honneur de vous écrire dans le temps. M. de Vaudreuil doute que l’on ne soit au 20 à Carillon. Ce qui est dans ce gouvernement des Trois-Bivières partira plus tard. Cependant s’il apprenait l’ennemi au fort Saint-George, ceci ferait mouvemeut plus vite, et alors le chevalier de Lévis seroit l’avant-garde ; car nous y serions tous trois, hors le cas d’une charge aux Bapides ou d’une alerte à Québec ; en ce cas je vous vois à Carillon, Bigaud aux Bapides, le gouverneur-général en poste à Québec, le chevalier de Lévis et moi en route de Carillon à Québee pour donner deux batailles, dont une gagnee sauveroit la colonie. Je conseille, si nous capitulons, d’aller en Louisiane avec notre corps qui ne sera pas alors considérable. Ceci est extrait du mémoire, et par l’avis aux trois bataillons, tous pour vous seul, même les douze cents Canadiens. C’est à M. de Bamzay à le dire. ISTe faites pas semblant, vis-à-vis 1 intendant, d’avoir lu sa lettre.
B. S. — On soutenoit avoir à Carillon pour quatre mille hommes à amener du Ie1 mai pour un mois. On dit s’être trompé en calcul, n’y avoir que pour trois mille, y compris même le dépôt de Saint- Jean, et on
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
doute si avec ce qui est ici, les moutures des curés, ou aura jour cinq mille de plus pour un mois. Sûrement Eigaud ira aux Ka] ides.
A Montréal, le 7 mars 1758.
M. de Pontleroy part à midi très content de M. le marquis de Vaudreuil, et il doit l’être s’il y a sincérité. Je le vois ingénieur en chef du Canada, Carillon compris. Lotbinière ne part que jeudi, ayant fait une chute qui l’alarme, pour laquelle il a été saigné deux fois. Je tiens actuellement M. Le Mercier. Mémoire court, succint, mal fait, où il traite la partie qui ne le concerne pas, ne traite pas la sienne. Je sais M. le marquis de Vaudreuil par cœur sur la campagne ; il m’a entretenu longtemps. Son système général bon. On manquera par les détails. J’ai le morceau de géographie du chevalier de Lévis à lire ; il n’a aucun projet. Mon système seroit de n’en avoir aucun et de ne rien proposer, jiarce que, dit-il, si ce que vous proposez ne réussit jtas, idem > que je l’aie proposé ou non. D’ailleurs, je dois par ma jdace remontrer, jmojDoser, éclairer, instruire de mon mieux, et en faisant le dû de ma charge, j’attends avec tranquillité l’éloge ou l’imjtrobation. Les beaux jours continuent ; la fonte des glaces me fait craindre l’interruption des jmrties de M. et M,ne de Vaudreuil qui vont visiter les notables de la côte comme Henri IV chez les notables bourgeois de Paris. Hier, chez MM. Bailly et Cannes, (sic) à l’île Saint-Paul, à l’île Grosbois, chez M. de la Tour. Pour moi, j’ambitionnerais 1 île Madame ou l’île Saint-Louis. Des com-
A M. DE BOUKLAMAQUE
pliments aux dames. Vous voyez, Monsieur, que je cherche les occasions de m’entretenir avec vous, car c’est vous écrire uniquement pour cela.
P. S. — Dites à Arnoux que je sais tous les ouvriers employés pour le Eoi; que je n’aurai jamais de calèche assez tôt pour le printemps ; j’en ai une qu’on me prête pour l’arrière-saison à Québec, ainsi à délibérer pour une autre année si notre séjour se prolonge. Si on dit à Québec que M. de Selles à tué un Canadien, dites que vous ne le croyez pas. Je compte qu’il n’est que blessé légèrement. Le Canadien insolent n’a pas voulu se ranger et l’avoit pris à la gorge, le forçoit, lève sur M. de Selles un petit coup de couteau de chasse. J’ai envoyé un chirurgien. M. de Yaudrepil a pris cela bien. Deux bons bourgeois témoins donnèrent le tort à l’instant à l’insolent Canadien. Je compte que M. Dalquier va donner la prison à M. de Totabelle, de Béarn. Il a insulté l’hôtesse de Cornier, femme qui aime les François et qui ne veut pas se plaindre, raison de plus pour punir avec sévérité. Ce M. de Totahelle et quelques autres prennent les mœurs des pays d’en haut. Les liqueurs enivrantes. Des attaques d’apoplexie en détachent Segla et le remène à Dieu.
À Montréal, le 10 mars 1758.
L’homme blessé par M. de Selles étoit encore en vie ce matin, toujours dans un grand danger ; cependant les accidents ayant diminué, le sieur de Bonne qui ne le quitte pas par mon ordre, sans en espérer, n’en desespérait pas. M. de Selles est d’autant plus a plaindre
qu’entre nous soit dit, le jeu de M. l’intendant l’a précipité dans une ruine totale et affreuse, et si la fortune n’avoit pas favorisé nos joueurs aux dépeus de M. l’intendant, nous n’aurions que trop d’officiers dans la .situation de M. de Selles.
M. de Yaudreuil n’arrête pas, il est tous les jours en partie de campagne. J’ai toujours oublié de vous informer que nous avons envoyé et que nous devons envoyer un grenadier de Béarn impliqué dans le vol du bœuf ; c’est d’accord avec le marquis de Yaudreuil pour sauver un Canadien et un soldat complices. Je suis convenu avec les quatre bataillons de la Reine, Languedoc, Guyenne et Béarn que l’on délivreroit l’babillement en entier avant d’entrer en campagne, mais que de fait nous garderions pour n’être délivrés qu’au retour de la campagne les liabits et les culottes, et que nous délivrions avant que de partir les drapeaux, vestes et guêtres. Yous serez peut-être surpris de la réserve des culottes, c’est qu’outre celles de rhabillement général, on nous en délivrera une paire avant d’entrer en campagne pour tenir lieu de brayet. Cet arrangement économique n’est que pour nous, car vis-à-vis l’intendant il faut avoir l’air de prendre l’habillement, car si la paix arrivoit au mois de juin, on voudrait peut-être nous renvoyer avec nos haillons. Je vous écris par M. d’Hert. MM. de Joannès et d’Aiguebelle partiront la semaine prochaine. Mes compliments aux dames. Yous pouvez dire à Mme de Beaubassin que je commence à être très content de la santé de sa mère, que j’ai vue ce matin ; tout ce qui lui appartient m’intéresse bien aussi.
A M. DE BOURLAMAQÜE
P. S. — Nous avons été au moment de perdre M. de Beauclair qui occupe la chambre de Fontbrune ; inflammation au bas ventre, poitrine affectée, et on n’osoit le saigner. De son aveu, il falloit le vider, et rétablir en consommés, etc.
A Montréal, le 11 mars 1758.
J’ai quelque regret, Monsieur, à la lettre que M. de... ne vous a pas remise. Ce n’est pas qu’il y eût rien d’intéressant, mais autant que je puis me le rappeler, c’est une lettre de quatre pages écrites de ma main, où j’aurois laissé aller ma plume par le plaisir de vous entretenir. Je vous y parlois guerre, campagne, mémoires de M. Le Mercier, anecdotes de Montréal, etc.
L’homme blessé par M. de Selles alloit encore mieux aujourd’hui. L’opinion où vous êtes que les Anglois ont vingt bataillons dans ce pays-ci, cadre avec la déposition du prisonnier. Je ne vous ai rien dit sur la signature des permissions de mariage, parce que c’est comme l’année dernière.
Quand la saison le permettra, et que vous voudrez de la poudre et des balles pour exercer les deux bataillons de Berry, et les huit compagnies nouvelles de la Pleine et de Languedoc, j’ai prié M. le marquis de Vaudreuil d’en écrire à M. Le Mercier. Nous n’avons rien de nouveau qui mérite de vous être mandé.
Le 14 mars. — Il n’est pas surprenant, Monsieur, que l’homme frappé par M. de Selles, passe pour mort à Québec. Cependant, hier matin, le chirurgien, le sieur
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
de Bonne, qui ne le quitte pas, et le soigne comme on pourroit me soigner, en espère grandement, ainsi que ses confrères, après avoir jugé le coup mortel.
Mes remerciements à M. l’intendant, si l’homme ne meurt pas. M. le marquis de Yaudreuil et moi estimons que la famille et l’homme qui convient de ses torts, ne plaidera pas la justice d’en rester dans le silence; et je pense que c’est l’avis de M. l’intendant. En cas de mort, je suis si fort de son avis que la poursuite est inévitable, que je suis convenu avec M. de Montrepos, qui dit que de Bonne m’avertiroit par un exprès, qu’il se feroit requérir par son procureur du Itoi, pour éviter des frais-indemnité à M. de Selles, qui est, entre nous, bien éloigné de pouvoir payer, ne sachant où donner de la tête, pour suite de jeu.
M. de Bellecombe vous adresse des copies de jugement d’un conseil de guerre, que j’ai fait tenir à Boucherville. Lévêque, sergent, soupçonné d’avoir contrefait la signatuie de Bellecombe, pour un billet de cent pistoles, va être remis à la justice ordinaire.
Je vous écris par Doreil. La Piochette part samedi avec d’Aiguebelle et Joannès. Boishébert est parti d’hier ; quoique M. de Yaudreuil ne m’ait pas instruit de sa mission, la voici :
Cent cinquante hommes choisis : Canadiens, Acadiens, soldat, marine, ce qui, joint à ce qui est à Miramichi, fera un corps de six cents hommes destinés à passer à Louisbourg, et si cela ne se pouvoit pas, ce corps feroit quelques courses aux environs de trois petits forts que les Anglois ont à la rivière Saint- Jean, opération qui ne mènera à rien, quoique M. de Yaudreuil eji fasse cas. Boishébert emportera quarante ou cinquante
A M. DE BOURLAMAQUE
quarts. Nous attendons, jeudi, Péan et le munitionnaire. Ici, grand projet. Lydius, Orange, Corlar, etc. Je remets ce soir mon avis qui plaira moins que le mémoire de M. Le Mercier. Il ne présente que des roses et moi des épines, il est cependant bien sage par le tond des choses et le style. Je suis actuellement sur les objets de gouvernement, de population, de politique, de réforme, d’abus. Je jette sur le papier bien des idées pour le retour en France, s’il a lieu et qu’on veuille m’écouter. Le crédit de Dumas diminue, mais il ne se rebute pas et suit son plan, s’opiniâtre. On s’occupe sérieusement de garnir de marchandises la Belle-Bivère. Il voudroit déplacer Vassau qui déplaît aux sauvages et les éloigne. Brûlez mes lettres.
M. le chevalier de Lévis, son train de vie ordinaire. Pour moi, ma chambre et le château, je fais bien ma charge de général. Je ne vais partout ailleurs que rarement et en visite. Des compliments à M. l’intendant et des remerciements. Des respects au prélat. Mille choses aux dames. Tranquillisez- vous bien ; c’est votre mieux, jusqu’à ce que l’on fasse mouvoir les troupes. Je doute qu’on veuille pour le début plus d’un bataillon, faute de vivres ; en ce cas j’aurois envie d’y envoyer huit piquets avec une compagnie de grenadiers. Fontbonne, Lapause, etc. Je crois que dans ma lettre perdue, dont j’ai bien du regret, je vous parlois du bon accueil à Pontleroy, de la décision pour lui, où l’on ne lui manquera pas de parole, où l’on a un mot dans les lettres du 3. Au reste qui a fait changer de ton. Je ne suis pas mécontent de celui que l’on a vis-à-vis de moi. Je me contente aisément. Ne doutez pas. Monsieur, de mon inviolable attachement.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
A Montréal, le 16 mars 1758.
Vous verrez, Monsieur, par une lettre que j’écris à M. Arnoux, que je ne comptois pas avoir occasion de vous écrire par M. de la Rochette, faute de nouvelles. Je joins à cette lettie un état des troupes qui sont dans les colonies angloises d’après la déposition d’un prisonnier intelligent, et vous verrez par là que les trois mille hommes annoncés par la gazette du mois d’août sont arrivés cet automne. Je ne trouve par cet état que dix-neuf bataillons, non compris les trois mille hommes, et il me semble qu’ils doivent en avoir vingt. Vous êtes en état mieux qu’un autre de m’expliquer cette différence. Joignez-y le numéro des régiments, puisque vous avez un almanach militaire ; cela me servira à dresser une liste que je veux envoyer en France, sans en garantir l’authenticité. Comparée avec la petite poignée de monde (quatre mille huit cents hommes de troupes réglées), elle ne pourra qu’effrayer la cour et la ville, et c’est toujours bon pour rehausser la gloire du général ou diminuer son blâme. Mme de Douglas a accouché ce matin d’un garçon. Ci-joint l’extrait des nouvelles de Carillon.
A Montréal, le 19 mars 1758.
M. le marquis de Montcalm n’ayant pas encore entendu la messe, et M. de Yaudreuil dépêchant un courrier cette après-midi, j’ai l’honneur de vous faire part des nouvelles.
(Extrait de la lettre de M. d’Hébécourt du 15 mars).
Sur une jonglerie sauvage que les Anglois étoient à
A M. DE BOURLAMAQUE
portée du fort Carillon, M. d’Hébécourt en fit partir une vingtaine en découverte qui revinrent à toutes jambes nous avertir qu’ils avoient trouvé une piste fraîche considérable. Les sauvages et Canadiens ne furent pas longtemps à se déterminer. Le temps de prendre de la poudre, des balles, leurs fusils et de la galette, et dans l’instant partirent entre deux et trois heures. M. de Langy partit aussi avec des sauvages, et on peut dire que tous ceux qui y étoient firent des merveilles, ayant été obligés d’essuyer la première décharge de l’ennemi qui nous avoit découverts les premiers. Le sieur Eogers fut sauvé avec une vingtaine d’hommes et un officier, ce qui est à la connoissance de deux prisonniers qui ont été faits hier matin, 14. Les sauvages ont cent quarante-quatre chevelures et sept prisonniers, avec les deux qui se sont rendus le 14 au matin. Les ennemis pouvoient être de cent soixantedix à cent quatre-vingts, y compris dix ou douze officiers. Le coup est très beau, mais il coûte cher par la perte que nous avons faite. L’affaire s’est passée le 13 au soir, à peu près au même endroit que celle du 21 janvier, l’année dernière. Ils alloient se porter entre la Pointe et Carillon pour faire des prisonniers. Ceux que nous leur avons faits, rapportent qu’ils étoient très décidés de venir à Carillon, cet hiver, sans la trop grande quantité de neige qu’il y a au fort Lydius; que treize mortiers et douze pièces de canon étoient destinés pour cette entreprise, sans toucher à l’artillerie du fort ; que le chemin avoit été battu pour venir par le Lac ; qu’il y a, au sud du fort, une grande quantité d’échelles qui étoient préposées pour cette expédition; que l’équi-
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
peinent pour la même entreprise y étoit aussi ; que le sieur Eogers attendoit cinq compagnies de cent hommes chacune pour augmenter sa troupe et faire ses découvertes, tant ici qu’au tour de leur fort. Qu’il y avoit eu neuf ou onze régiments de commandés pour l’expédition. Qu’à présent, le bruit couroit qu’ils dévoient aller à Halifax et de là en Acadie prendre ce qui nous reste dans cette contrée, tantôt que c’est pour aller en Pensylvanie, tantôt ici, tantôt ailleurs, on ne peut rien assurer. Il y a au fort Lydius une cinquantaine de canonniers et six ou huit officiers d’artillerie ou du génie. Les cent douze charpentiers qui travaillent à Orange, aux bateaux, sont venus de la ISTouvelle-York. '
Etat des officiers canadiens et sauvages tués ou blessés dans cette action :
MM. de la Chevrotière, blessé dangereusement; de Eicherville, deux bonnes blessures ; un milicien blessé dangereusement; trois Iroquois tués; quinze Iroquois de blessés, tous presque à mort; un Népissing tué; un Abénakis à qui il faut couper le bras.
Voici l’état des commissions dont étoient porteurs les officiers auglois qui ont été tués dans cette affaire :
Commission du capitaine Eobert Eogers, du 4 mars 1756;... d’enseigne dans le 2 7e régiment ; . . . de lieutenant dans la compagnie de Eogers ; d’enseigne dans la compagnie de Eogers ; . . . Cet état des commissions est d’après l’examen que M. de Bougainville en a fait. On a trouvé aussi l’ordre particulier donné au capitaine Eogers pour commander ce parti, qui est spécifié de deux cents hommes ; ainsi il n’y a nul doute que le capitaine Eogers est tué, malgré ce que disent les prisonniers. M. le mar-
A M. DE BOURLAMAQUE
quis de Montcalm vous a écrit, hier, une très longue lettre, dont M. de Joannès qui est parti ce matin est porteur. Je compte que vous voudrez bien communiquer ce détail à M. Doreil.
Le 23. — Le munitionnaire général part demain, Monsieur, ainsi que M. de Repentigny ; il fait passer axx postes des bœufs tués pour Québec, et c’est mieux que de les jeter, ne pouvant les consommer pour Montréal d’ici au dégel. Nous manquerons de pois, ou il faudra nous en faire revenir en poste. On assure que Chabert porte force marchandises aux Cinq-Nations, qu’on prendra des précautions pour éviter les vols d’ici à la Belle-Rivière. Ainsi soit- il.' On fera sortir les troupes le plus tard possible, et quand on sera au moment de la première navigation, on pourra bien vous envoyer des ordres en blanc, afin de prolonger le plus possible. Vraisemblablement, ce sera toujours le 2me de Berry, puis le 1er, ensuite Languedoc. M. le général compte faire partir Boishébert à la première navigation, et n’écrira pas, dit-il, par lui. Pour moi, j’enverrai des duplicata par lui, ayant fait triplicata et quadruplicata. M. le général fait partir à la première navigation un bâtiment recta pour la France, et écrira par là et moi aussi et mes triplicata. Demain, je remets à M. le général un petit mémoire sur les découvreurs a envoyer au-dessus d’Orange, vrai moyen de découvrir les projets de Milord Loudon. Je voudrois trois petits détachements d’un officier intelligent, deux Canadiens, deux sauvages. Observez, s’il défile des troupes ; laissez tout passer, hors des hommes seuls qui auroient laii
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
courriers. Bien payer les sauvages et Canadiens qui seroient là huit ou dix jours en station, etc. On n’en fera rien, mais j’ai dit. Péan me parott toujours diminuer à la cour. Dumas assidu sans beaucoup de crédit, à moins que Pâques ne réconcilie Eigaud et d’Eschambault, belle antipathie. M. Le Mercier trouvoit tout facile dans son mémoire, et moi tout difficile. Par sa lettre et mémoire du 18, il trouve tout difficile, et moi je me rapproche un peu plus de M. le général. Je m’amuse si fort à Montréal que je voudrais qu’à la grande assiduité près à l’église, la semaine sainte se prolongeât. C’est un prétexte pour ne faire ni recevoir des visites, rester chez moi, et dîner quasi seul ; cela vaut mieux que tout ce que je fais et ferai d’ici à l’entrée en campagne qui sera tardive, à moins que Milord London 11e nous y force. Brûlez toutes mes lettres, ainsi des vôtres.
P. S. — Pour peu que M. de Drucour craigne, manquant de monde, il fera passer ce qui est à l’ile Saint- Jean en l’abandonnant dans son île; on ne me l’a pasdit, mais j’ai recueilli cela. Ecrivez-moi exactement la réception de mes lettres. L’homme de M. de Selles comme guéri, et tout est dit.
L’histoire du chiffre renvoyé et de l’embarras est une absurdité mal rendue par Montgay ; je sais mieux l’histoire, voilà une incluse pour Bellot. Langy marche actuellement avec un deuxième parti de la moitié des premiers et des Abénakis, qui sont en marche au nombre de 30. Il part sous trois jours cent trente Iroquois, avec les cadets qui seront les trois détachements de Langy. Un détachement d’Iroquois de la.
A M. DE BOURLAMAQUE
Présentation doit avoir frappé vers Corlar. Le fidèle Oneyout en marche avec trente idem. Troisième parti en marche idem. L’Anglois de Virginie offre de l’eaude-vie, marchandises pour la neutralité aux Loups, Chaouanons. Nous manquons d’habillements à la Belle- Bivière, etc. Vous avez un état ancien des bataillons anglois ; ajoutez six venus de la Vieille-Angleterre, l’année dernière,
Montréal, le 28 mars 1758.
La dévotion et le carême ont, je crois, Monsieur, dérangé un peu mon estomac et occasionné un rhume. Du lavage, du régime et une médecine rétabliront ma santé. Cela ne m’empêche pas d’avoir aujourd’hui à dîner M. le gouverneur général pour le décarêmer, suivant l’usage du pays. Mme de Vaudreuil n’aura d’autre dame que Mme de Baraute, sa petite-fille, et MUe de Longueuil. Je ne sais si je vous ai écrit le retour de sept Abénakis de Missiscoui séparés d’un parti de IM. de Langy. Ils ont été frapper à vingt lieues de Boston, ont brûlé une maison, rapporté trois chevelures, amené la femme et les deux enfants. Holà ! la femme avait des pendants-d’oreille d’or et la maison étoit bien garnie. La Durantaye est arrivé hier, avec les prisonniers. Il résulte de leurs diverses interrogations, qu’il y a de l’incertitude sur la mort de Bobert Bogers, quoiqu’on ait trouvé sa commission et son ordre, parce qu’il est apparent qu’il a jeté son habit pour mieux courir, comme avoit fait le comte de Lévis-Léran, à la bataille de Plaisance. Il résulte aussi du dire d’un petit domestique assez intelligent, qu’on parle chez eux
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
de mouvements pour Halifax, du rappel de Milord London, de l’arrivée de Milord Lothies. M. le chevalier de Lévis connoît ce dernier, qui est Ecossois et lieutenant général. Nouvelles d’officiers qui causent à l’auberge, et fort incertaines.
Il semble, par le rapport unanime et bien circonstancié des prisonniers, qu’il n’y a pas de doute que l’Anglois n’a eu, tout l’hiver, un projet d’entreprise sur Carillon, et n’ait fait faire beaucoup d’échelles. C’est sans doute à quoi aboutissoient leurs fréquentes visites, au commencement de l’hiver, pour connoître l’extérieur de la place, et savoir si on étoit alerte. Rappelez- vous qu’ils se sont glissés jusque dans le fossé. Suivant la dernière lettre de M. d’Hébécourt, du 16 mars, Carillon manque totalement de fer et d’acier à l’égard des outils. Je vous envoie la note de ceux qui sont à l’artillerie, et M. d’Hebécourt m’a ajouté qu’à l’égard de ceux qui sont à la disposition du génie, ce qui sans doute veut dire de MM. de la milice. Ils en ont peu, et mauvais Je vous fais ce détail pour que vous le communiquiez a MM. de Rontleroy et Lotbinière, et que vous en parliez, s’il le faut, à M. l’intendant.
Le 30 mars 1758.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m avez fait 1 honneur de m’écrire le 27, où vous avez la bonté de m’accuser la réception de mes diverses lettres. J’ai eu l’honneur de vous écrire, il y a deux jours, par M. de Boinio (sic) ; depuis rien d’intéressant. Nos blessés du saut Saint-Louis y sont rendus, bien soignés, et vont bien ; un chirurgien à demeure y va souvent en visite,
A M. DE BÛURLAMAQUE
et rien n’y manque, et l’on m’a promis que les morts seront bien couverts, avec distinction.
Le général Lothies s’appelle Rothes ; voyez votre almanach militaire, colonel du régiment gris.
Les trois maisons en avant peuvent être, comme vous dites, très bien des blockhouses ou une suite de la lecture du livre du maréchal de Saxe, voyez : Pour agrandir une petite glace.
L’instruction donnée à Rogers, traduite par M. Perthuis, dénote plutôt occupation de savoir quand nous nous assemblerons à Carillon, que projet de l’attaquer, surprendre. J’ai interrogé moi-même le M. Doigners ; il parle comme de bruits incertains, ainsi que le petit valet, de marche de troupes à Halifax ; assemblée de milices à Lydius ou Orange. Rappel de London. Arrivée d’un général, que les uns disent pour le remplacer, d’autres pour être son supérieur. Saint- Jean court en vivres; entre nous, mal administré, séjour d’ouvriers inutiles, travaillant mal. Chabert part vers le 1 0, pour les Cinq-Nations, avec cinquante mille francs, marchandises. Pénisseault, Roche blave et Créty, fils de M11' de Oouagne, pour la Belle-Rivière. Ce dernier, cadet a l’aiguillette, confié, avec une pacotille, a Rocheblave. N’en parlez pas, les glorieux de la colonie ne l’approuveroient pas. Mme de J audreuil s en est enthousiasmée, comme de son parent, et s’il fait bien, il ne vieillera pas à être olficier. Grand dîner, aujourdliui, chez Martel; vingt-trois personnes, les grosses perruques, nulle dame. D’ici à quinze jours il nous reste à essuyer ceux de Péan, Deschambault, le chevalier de Lévis, le major-
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
général ; il nous manque Monsieur Cadet. Ma santé va mieux, c’est-à-dire mon estomac.
Le chevalier de Lévis travaille en géographie, et Pouchot aussi. Le chevalier de Lévis travaille à un mémoire sur des points que je lui ai donnés Vederimo et à un, sur des points qu’il s’est donnés. Bougainville respire avec peine, lit peu, va d’habitude, n’aime plus, et moi quasi tous les soirs dans ma chambre ; c’est l’endroit où je m’ennuie le moins, et où je me plais le plus. Je ne sa vois pas y rester, à Québec. Bien fait de laisser à la côte des petits hommes aussi dangereux que nos petits Tudesques, et de faire rester Badelard à son devoir, ou le casser. J’ai toujours oublié de vous parlerde deux sergents de Languedoc nécessaires pour la procédure de Lévêque, sergent de Boyal-Boussillon. Je compte que M. Privât les fera descendre, si l’intendant l’en requiert directement, ou par vous. Vers le 15 avril un état exact de la force des bataillons, une note des soldats servant comme valets, avec permission, une note détaillée des mariages, nom du soldat, de la fille, paroisse. La note exacte, et comme Doreil passe quelques hommes de plus, me marquer à combien il passe, pour que je m’y conforme dans la note à remettre à M. le marquis de Y audreuil. Si dans les bataillons il y a quelques hommes incapables de servir, mangeant des vivres inutilement, m’en envoyer la note pour que je les fasse repasser en France ; mais les voir et examiner vousmême ; toute demande d’invalides renvoyée, à moins d’impossibilité d’aller à Carillon ; car le vieux soldat qui peut y aller en bateau, sauf à ne faire aucun détachement est bon à amener, il servira derrière le rempart
A M. DE BOURLAMAQUE
de Carillon, mieux que des recrues. J’en userai de même pour les quatre bataillons qui sont ici, et j’enverrai, a la navigation, par la première barque, le petit nombre de soldats à renvoyer en France à M. Doreil.
A Montréal, le 6 avril 1758.
Je dois réponse, Monsieur, à deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, l’une le 3, en me renvoyant le plan de Lydius, l’autre le 4. Eien n’est mieux que de tâcher de prolonger le séjour de nos bataillons chez leurs hôtes le plus qu’il sera possible. Je ne crois pas la nouvelle de la prise d’une goélette, comme vous a dit M. de Boishébert ; les Acadiens en ont pris une l’automne dernier, qu’ils vont même armer en course, et M. Jacquot demandoit à la commander, ce que M. le marquis de Vaudreuil lui refuse ; il ira, au contraire, à Carillon, avec une soixantaine d’ouvriers. Le Mercier l’a proposé, et M. de Bonafous reviendra à Québec pour être sous Pontleroy. Le Mercier ignore ce dernier article. Les, Acadiens ont, cette fois-ci, manqué une goélette chargée de vivres, et pris une petite chaloupe. Tous ces détails pour vous, Monsieur. Le mémoire donné pour avoir des nouvelles des ennemis, a été loué, goûté, approuvé, et pas plus exécuté ; mais on compte en avoir par MM. de Langy et Wolff, qui vont retourner successivement à la guerre.
ATous avez eu grande raison, Monsieur, de nier tout ce que l’on vous a dit sur le siège de Lydius ; au contraire, M. le marquis de Vaudreuil me trouve très liant, très facile, car je lui promets tout, je lui accorde tout,
LETTRES I)U MARQUIS DE MONTCALM
et je ne m’engage à rien; mais à profiter de toutes les circonstances favorables, si nous avons des vivres. En attendant, nous travaillons fort et ferme à mettre une nombreuse artillerie en état, avec quatorze mille sacs à terre, et quinze mille outils, deux cents petites voitures. Si, au moins, tout cela ne sert pas à un siège, cela servira à quelqu’un.
Je vous envoie, Monsieur, copie de la lettre que m’a écrite M. cl’Hébécourt, M. l’intendant sera peut-être bien aise de la lire. USTe dites à personne l’article de la Belle-Rivière, que je ne crois pas ; ce n’est pas qu’ils ne disent touls dans la colonie bien des choses contre Des Ligneris, et que Dumas ne soit persuadé, ainsi que Chabert et Rocheblave, que lui et Yassan peuvent aliéner les nations, ce qui seroit un grand malheur. M. le marquis de Vaudreuil persiste à ne vouloir pas que Milord London ait été en Angleterre. Très bien d’avoir renvoyé M. de Gofretau à son quartier, et d’en agir de même pour tous les MM. de Berry, à la moindre plainte. Il faudrait même que quand les temps deviendront difficiles pour la nourriture, et nous y sommes, il y eût un capitaine dans chaque quartier, hors dans celui de la Reine, qui est tout seul.
M. de Vaudreuil doit envoyer ses lettres pour la France, le 20 ou le 21 de ce mois. Je voudrais bien envoyer nos deux officiers détenus en prison par cette goélette, et au moins M. de Clairville pour lui abréger sa prison.
Je vous prie de dire ou d’écrire à vos quatre commandants de corps, et officiers majors en particuliers, que je les prie de tenir la main à ce que le décompte
A M. DE BOÜIILAMAQUE
soit fait exactement aux soldats, au premier mai ; que c’est bien le moins qu’on le leur fasse deux fois par an, en entrant et en sortant de campagne, que je les prie aussi de voir s’il ne se fait point de petites injustices particulières dont le soldat n’oseroit se plaindre, parce que l’officier l'intimideroit. Vous aurez la bonté de leur dire que je ne veux pas m’expliquer davantage, mais que j’ai des raisons pour leur recommander d’être très attentifs à cet objet. Je vous prie de faire agréer mes compliments à M. l’intendant, comme vous lui communiquerez les nouvelles que je vous envoie, et que je n’ai rien de particulier à lui marquer. Je n’ai pas l’honneur de lui écrire par cette occasion ; traitez avec lui, je vous prie, la nécessité qu’il y auroit de faire un peu plus de petite monnaie, pour en faire donner dans le paiement des troupes, afin de faciliter le décompte aux soldats. Tout en dictant cette lettre, j’en lis une d’Arnoux qui m’oblige d’écrire à l’intendant; ainsi je vais lui dire moi-même ce que je vous écrivais. J’ai l’honneur de vous adresser ma réponse à M. de Trivio : elle est à cachet volant.
Au départ des bataillons, nul officier pour les malades et recrues qui peuvent arriver, mais un sergent sur les quatre bataillons et deux vieux caporaux ne suffisent-ils pas ; qu’en pensez- vous, de vous à moi ? Bougainville se rengage dont il n’en a rien eu, tout au plus quelques légères faveurs qui ne feroient que des péchés véniels. La donzelle a été au-devant de l’explication sur Maillon, il l’a écrit. Je crois qu’il se repaît quelquefois avec de l’esprit de châteaux en Espagne. Pour moi, ma chambre et mon général, peu de visites. Cet hôtel des Indes
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
m’ennuie. Je leur donnai cependant, l’autre jour, à dîner à tous, et à la même dame de Saint-Luc.
J’ai acheté une carriole pour m’aller promener avec M. de la Eochebeaucour, car pour Bougainville il recommence, comme l’année dernière, on n’y comprend rien ; il attend le courrier de France, et moi aussi.
Le chevalier de Lévis à l’ordinaire. J e ne sais ce que fait Péan. Arnoux veut partir à la première navigation, et c’est très bien.
Le 7. — Le chevalier de Lévis qui ne veut pas être cité, a en mains l’affaire des décomptes ; et d’après lui, ordonnez aux quatre bataillons. Je vais faire de même quelles quatre premiers y assistent en rendant compte ; nulle retenue, sous aucun prétexte ; que la paie soit délivrée également, sauf le service et les vivres que le Eoi paye en argent aux soldats mariés ou non mariés, par congé ou non. Un compte qui tomberoit dans ce cas, je le ferois casser (sic). Parlez ferme, de ma part, aux commandants de bataillons ; le chevalier de Lévis, qui ne veut pas être cité, craint que son ami Eoquemaure à qui il l’a dit, ne soit poule mouillée ; il croit M. Dumas dans ce cas, et il peut y en avoir d’autres.
A Montréal, le 8 avril 1758.
Voici la copie de la lettre que j’écris à nos quatre commandants de bataillons du gouvernement de Montréal. Vous savez, Monsieur, que j’ai ordonné qu’on fît dans chaque bataillon le décompte aux soldats de tout ce qui peut leur revenir, au moins deux fois l’an, c’esta-dire au premier mai et au premier novembre. Je
A M. DE BOURLAMAQUE
vous recommande d’y tenir la main avec la plus grande exactitude, et qu’on ne retienne rien à aucun soldat marié ou non, par congé ou travaillant, à l’exception du service, lorsque votre bataillon sera en garnison, et encore que ce soit dans toutes les compagnies d’une façon uniforme, que le service se paye ainsi que vous l’aurez réglé. Voyez que le décompte des vivres que le munitionnaire paye en argent soit également fait aux soldats mariés ou par congé, n’attendez pas des plaintes à cette occasion. L’esprit de despotisme et d’injustice de quelques capitaines qui menacent de coups de bâton et de prison, empêchent que les soldats ne se plaignent de leurs vexations. Mettez en vigueur l’article de l’ordonnance pour que les lieutenants fassent le décompte, et vous en rendent compte. Il me seroit fâcheux de punir avec sévérité des officiers qui m’y ■obligeraient par leurs injustices vis-à-vis le soldat, et par contre-coup cela ne pourroit que vous faire tort, Monsieur. Je n’ai garde de penser qu’il y ait aucun abus à cet égard dans votre bataillon, mais il me suffit de croire qu’il y en ait dans quelques compagnies des huit bataillons que j’ai l’honneur de commander, pour que je doive vous ordonner d’y avoir attention.
Je vous recommande aussi de vous informer ce que devient l’argent provenant de la succession des soldats morts, et de tenir la main à ce qu’il soit, ou envoyé aux familles, si c’est un objet, ou distribué, ainsi que le soldat peut en avoir disposé verbalement, ou employé à l’utilité du service ou en bonnes œuvres.
Vous savez, Monsieur, que j’ai des ordres du ministre pour tenir la main à l’exactitude sur cet article, et
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
pour charger M. Doreil d’y veiller ; que même en décembre 1756, MM. Bigot et Varia croy oient pouvoir se mêler de cet article de notre police, et que je fis. convenir M. l’intendant que cela me regardoit uniquement et M. Doreil, notre commissaire. J’ai en même temps toujours cru devoir m’en rapporter à la bonne foi et à la religion de MM. les capitaines, et aux attentions de leur commandant. La lettre que j’ai l’honneur de vous écrire est pour vous seul, et vous ne devez la communiquer à personne.
P. S. — Je ne vous parle pas, Monsieur, du mouvement pour votre personne, vous êtes plus utile à Québec jusqu’à ce que les troupes en partent; d’ailleurs, je neserois pas fâché que vous y reçussiez les premières nouvelles, que j’ai pensé arriver au 10 mai. Marquezmoi si vous comptez aller en droiture, ou si vous voulez venir ici ; quelque plaisir qu’on eût de vous voir, votre goût seul et encore plus le temps doivent vous déterminer.
Vous recevrez vos instructions à Saint- Jean; en tout cas venez ici pour quelques jours, nous sommes trop variés (sic) pour que vous ayez besoin de maison. Je puis vous traiter comme M. Despinassy, à qui j’ai dit de ne chercher ni ordinaire ni pension. Arnus connoissez mon inviolable attachement pour vous, Monsieur. Vous pouvez communiquer ma lettre à nos commandants.
A Montréal, le 9 avril 1758.
Le sieur Cadet, munitionnaire général, vient de nous arriver, Monsieur, et repart demain. C’est par lui que j’ai reçu la lettre de AJ. l’intendant que je vous envoie ;
A M. DE BOURLAMAQUE
vous verrez ce dont il s’agit. Je lui réponds pour le remercier, et je lui marque que je vous prie de voir un peu, avec M. Deschenaux, de quelle façon il faudroit établir la communication entre les deux appartements, quoiqu’il ait habité cette maison. Je ne suis pas en état de décider encore, et je m’en rapporte bien à l’arrangement que vous croirez qu’il faudra prendre, Monsieur, de la peine que cela vous donnera, je vous en serai très obligé.
Au reste, quand une fois je serai maître en entier de cette maison, et que M. Deschenaux ne l’habitera plus, je ne sais qui est-ce qui la gardera en mon absence. Il faudroit que j’y eusse un concierge, ou y loger quelqu’un. Je vous prie d’en parler àArnoux qui imaginera quelque moyen pour remédier à cet inconvénient. Nulle nouvelle depuis ma dernière lettre.
A Montréal, 10 avril 1758.
Nous venons, Monsieur, de recevoir des nouvelles de Niagara et de Frontenac. Rien de bien intéressant, il paroît seulement que l’Anglois se donne de grands mouvements pour détacher les Cinq-Nations et les Loups.
Le gouvernement de Philadelphie a tenu une grande assemblée des sauvages. Il leur a beaucoup parlé de faim et misère, à laquelle nous étions réduits, et a distribué quarante médailles ou hausse-cols d’argent ; quelques députés sont venus sur le champ en rendre compte au commandant de Niagara, et lui rapporter un de ces hausse-cols, sur lequel on voit le soleil, un sauvage et une sauvagesse, attisant le feu sacré, qui est
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
entre eux deux ; le sauvage assis à l’ombre d’un arbre de paix et fumant un calumet de paix. Ces mêmes sauvages ont de suite pris la hache pour aller manger du bœuf frais, en enlevant un convoi de bœufs que les Anglois envoient aux Loups de Théoga, M. de Joncaire est en négociations chez les Cinq-Nations, qui demandent à corps et à cris leur fils Chabert, qui part ces jours-ci avec 80,000 livres de marchandises et une douzaine de forgerons ou armuriers, qui seront établis aux dépens du Eoi, dans les divers villages des Cinq- Nations et des Loups.
Comme les abus m’obligent toujours à renouveler les règlements, je vous prie de recommander à vos commandants de bataillons: 1° d’être difficiles sur les permissions à accorder aux soldats, pour servir de domestiques ; 2° de ne pas le permettre aux beaux et bons soldats ; 3° d’exhorter les officiers à prendre de préférence des jeunes Canadiens, des soldats de la colonie, puisque cet abus est toléré chez eux, des François arrivant avec les vaisseaux ; 4° qu’il vous en soit rendu compte, et demandé permission en mon absence 1 5° que la permission soit motivée, qu’elle n’est accordée qu’attendu le cas urgent où se trouve l’officier, et jusqu’à ce qu’il ait pu le remplacer, et que le soldat soit toujours censé l’être; 6° qu’il s’arrange pour son service dans sa compagnie. C’est à l’officier qui s’en sert à lui donner des gages. Tout ce détail que je vous fais, Monsieur, est conforme à ce que j’ai prescrit, il y a longtemps. C’est bien assez que j’aie osé prendre sur moi, contre la disposition formelle de l’ordre, d’accorder cette permission à MM. les officiers
A M. DE BOURLAMAQUE
dans le cas d’une nécessité absolue. J’entre dans tous ces détails, à cause de ce qui arrive dans le régiment de Bearn, où deux soldats vont être mis au conseil de guerre et pendus pour avoir été arrêtés à l’île La Mothe, passant à l’ennemi.
Le 29. — Vous recevrez, Monsieur, deux lettres de moi. Réflexion faite, ne parlez pas à l’intendant de ce bavardage me concernant, d’autant plus que les agréables de la société en ont disconvenu, mais vous pouvez lui dire que la fermentation a été des plus grandes ; qu’il est nécessaire d’accorder quelque chose ; en tout cas qu’on fasse payer la ration du domestique et du lieutenant, à prix modéré dix livres.
Vous pouvez lui dire que j’ai été celui contre lequel on a le plus écrit, m’accusant de ne pas assez représenter, de ne pas agir ni écrire fortement, et se plaignant toujours de ce qu’ils n’ont pas vu la lettre du ministre, ordonnant à M de Vaudreuil et à M. Bigot de supprimer le traitement de campagne, et de ne leur donner que la ration du soldat, et deux pots d’eau de vie. Si j’étois à la place de M. Bigot, j’écrirois à chaque commandant de bataillon, quoique le dépositaire de l’autorité du Roi ne soit comptable de sa conduite qu’au Roi même. Je suis bien aise, Monsieur, de vous envoyer copie de l’ordre reçu, et ils verront par là qu’on me doit d’avoir... ce traitement, tout 1756. Ce n’est ni ma faute ni celle des représentations de M. le marquis de Montcalm, si le Roi n’a pas voulu y revenir. Au reste, la façon de penser, injuste à mon égard, de quelques particuliers, ne m’empêchera pas de bien traiter d’aussi
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
bonnes troupes; vous leur ferez part de ma lettre. Je réponds, au surplus, aux représentations de M. le marquis de Yaudreuil. Je lui donne un conseil de quelqu’un qui est son serviteur. Je souhaite, Monsieur, meilleure santé pour vous, et la paix pour tous.
A Montréal, le 3 mai 1758.
Sur les représentations de M. l’intendant, M. le marquis de Yaudreuil ayant déterminé, Monsieur, le départ du régiment de la Eeine, il m’en a remis l’ordre que j’ai l’honneur de vous adresser, et il en informe M. de Eamezay. Yous voudrez bien convenir avec lui et M. l’intendant du jour de leur départ, et de tout ce qui peut avoir rapport à leur embarquement. Comme, suivant la lettre de M. l’intendant, il y a aussi plusieurs soldats de Berry et Languedoc qui ne peuvent plus trouver de subsistance chez les habitants, vous verrez, Monsieur, suivant les ordres que m’en a donné M. le marquis de Yaudreuil, de les rassembler, en former des piquets et les faire partir à fur et à mesure pour Saint- J ean, où ils recevront de nouveaux ordres, soit que M. le marquis de Yaudreuil veuille les y arrêter ou les faire passer jusqu’à Carillon ; vous attacherez à ces piquets des officiers en proportion de leur nombre. MM. de Berry étant moins nombreux en capitaines qu’en lieutenants, vous êtes maître de mettre moins de capitaines et plus de lieutenants pour conduire leurs piquets.
S’il marche plusieurs piquets, tant de Languedoc que de Berry, et que cela fasse un demi -bataillon, vous
A M. DE BOURLAMAQUE
donnerez l’ordre à M. de Trécesson de partir pour en prendre le commandement ; il mènera avec lui un officier major pour faire le détail de ces piquets. Je n’ai pas besoin de vous prévenir, Monsieur, que ces piquets doivent partir armes et bagages, avec des tentes et marmites proportionnées à leur nombre.
M. le marquis de Vaudreuil désire aussi que M. Desandrouins parte en même temps que MM. de la Reine, pour se rendre à Saint-Jean, y reprendre la direction des travaux dont il l’a chargé. Vous voudrez bien lui en donner l’ordre, et je l’en préviens en réponse à une lettre qu’il m’a fait l’honneur de m’écrire.
Je me suis acquitté de tout ce dont vous m’avez chargé, pour M. et Mme la marquise de Vaudreuil. Je puis vous assurer des sentiments de l’un et de l’autre, et vous n’avez rien à désirer.
M. le marquis de Vaudreuil vous connott trop utile au service pour 11e pas souhaiter vous employer, mais l’inaction où le défaut des vivres nous réduit, fait que votre présence lui paroît plus utile à Québec dans le moment ; car les troupes que l’on y envoie actuellement n’ont d’autre objet que celui de pouvoir subsister, ne le pouvant ailleurs.
A Montréal, le 4 mai 1758.
J’ai l’honneur, Monsieur, de répondre aux deux lettres que vous m’avez fait celui de m’écrire le 16 et le 28. La première, avec le plan de ma maison, la seconde, avec l’état de la situation des quatre bataillons. La lettre ci-jointe se passe sous les yeux de M. le marquis de Vaudreuil qui m’a dit de vous ajouter
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCÀLM
1° qu’il suffisoit que pour le départ de la Eeine, vous convinssiez avec M. l’intendant. M. de Eamezay inutile ; vous croyez bien qu’il n’est pas plus occupé à donner de la considération aux commandants de place canadiens qu’à nous ; 2° de .ne pas écouter les jérémiades du soldat ni de l’habitant, et de ne les faire partir par piquets que lorsqu’on ne pourra plus les nourrir. Comment pourrez- vous être sûr qu’on ne vous trompe pas ? Il ne peut y avoir, ce me semble, d’autre mojen qu’une vérification faite par un officier major avec un homme de l’intendant qui dit : Nourrit: jusqu’à un tel jour, ou ne peut nourrir. Si vous en savez d’autre, employez-le,. quoique nous nous servions du mot piquet, terme générique. Vous ferez partir à fur et à mesure quinze hommes, s’il le faut, et toujours des officiers. Lorsque vous aurez acheminé cent cinquante hommes à M. de Trécesson, il faut qu’il aille ailleurs ; je lui enverrai à Saint- Jean instruction pour y commander. Si on l’y arrête, et s’il passe à Carillon, je lui donnerai le commandement de tout ce qui y sera, par piquets, des troupes de terre. Je vous ai dit qu’il amèneroit un officier major, quand même il amèneroit son aide-major. Il y a un M. Valentin qui peut le suppléer partout. Comme vous nous donnerez avis du départ des troupes par les courriers, nous aurons le temps de leur donner des ordres à Saint-Jean, qui dépendront des nouvelles et subsistances ; 3° comme dans les derniers jours de mai, les corps de Carillon s’augmenteront et deviendront considérables, on ne peut rien faire de mieux que de vous y faire passer alors, autre chose n’arrivant. Aussi est-ce projet de M. le marquis de Vaudreuil ; il espère*
Zoo
cl ici la, des nouvelles qui lui feront voir plus clair ainsi tenez-vous prêt à passer d’un moment à l’autre, du 25 mai au 5 juin, et mon avis est, vos gens, équipages, en droiture, votre personne reste ici. Vous retraverserez a Laprairie. S’il faut, pour vous aider, me détacher, en cas que vous partiez avant moi, d’une partie de mes cinquante moutons, je le ferai ; ils sont à Chambly, et j’aurai le temps de remplacer.
Il me paroît que M. de Vaudreuil a commencé à croire qu’il ne sera question d’aucune expédition cette année. L’arrivée des vivres en détail et à lèche-doigt, réserver pour le peuple, faire passer à Montréal de quoi : 1° Envoyer dans tous les postes d’en haut pour trois mois, à la Présentation du biscuit, pour trois semaines, puis Chambly, Saint- Jean, Carillon, pour rassembler l’armée en entier, pour agir, ou par petits camps, pour travailler : le seul objet qu’il croit possible et nécessaire, inévitablement une course vers Corlar ; il paroît que les Cinq-Nations le demandent, se déclareroient et lèveroient la hache.
Par des nouvelles arrivées, il y a trois jours, que j’ai lues (sic), donnera-t-il à cela la forme convenable pour en tirer bon parti ; je n’en sais rien, mais je lui en ai parlé, car je le vois tous les soirs, et suis bien aise avec lui, ce que j’attribue, entre nous, à ce que je vais peu chez Deschanibault, et à la défense absolue que j’ai renouvelée à Bougainville de ne jamais parler de moi à ces derniers, que je crois tracassiers, rapporteurs, esprits dangereux, et de la preuve que je lui en ai donnée, malgré le flambeau, preuve géométrique. La même
personne occupe Bougainville, Villars beaucoup, Raymond et Malartic.
Plus M. de Yaudreuil paroît croire l’inaction de la campagne, plus je mets de chaleur à vouloir agir, a ne demander cpie six semaines à promettre de faire de grandes choses, ou au moins à n’en pas faire de mauvaises, à offrir ma personne et celles de mes lieutenants généraux, pour aller ubique et ce noble courroux va bien.
J’ai déjà essayé de vivre avec de la farine grôlée, une poignée par vingt-quatre heures, et je me trouvois soutenu, en état de faire toutes nos fonctions, sans en excepter aucune ; il est vrai, c’est le mois de mai. . Demain et samedi, quoiqu’on dîne chez moi, quatre onces de farine grôlée dans mes vingt-quatre heures.
Nous avons eu des nouvelles de Carillon, Monsieur.
M. Descombres, qui les porte, fait le grand tour avec deux officiers pris, dont je vous ai parlé dans mes précédentes. Ce sont les deux du régiment de Blackney.
Il me paroît, s’il en faut croire M. de la Chevrotière, que Langy a fait quatre chevelures et aucun prisonnier; que l’on a trouvé des lettres qui n’apprennent rien, si ce n’est que Rogers n’a pas été tué, mais est malade. Langy, mécontent de n’avoir aucun prisonnier, reste pour retourner.
M. de Yaudreuil recommande bien à M. l’intendant de prolonger le séjour des soldats. Yoilà ce qu’il vient encore de me dire chez le chevalier de Lévis, qui a enfin donné un repas, que diverses circonstances avoient fait différer.
Yous ferez partir les soldats de Languedoc, du point
A M. DE BOUELAMAQUE
que vous jugerez à propos, pour le mieux, et toujours pour éviter peine et consommation.
Au départ de Trécesson, M. de Yillemontès doit aller habiter ses quartiers. Je crois avoir écrit sur la formation des compagnies de grenadiers de Berry.
Ces bataillons ne pourront tiercer, et s’égaliser qu’au camp, puisqu’ils partiront en détail.
Je trouve que je serai à Québec trop bien et trop grandement logé ; je souscris à votre arrangement pour ma maison, mieux que je ne l’aurois fait, car je n’y entends rien, et je joins à cette lettre, une pour M. Deschesnaux, toute ouverte.
Boissons au lieu de pâtisseries, puisque cela leur conviendra mieux. Si cependant les premiers bâtiments annonçaient la paix, nous suspendrions tout.
L’état que vous m’avez envoyé de la situation des quatre bataillons, avec les observations, est ce que je demandois ; ceux que quelques aides-majors m’ont adressés recta , sans leur avoir demandé, ne m’instruisent pas autant. Je vous enverrai, le prochain, une note des quatre bataillons d’ici, et vous verrez qu’il ne faut compter que sur trois mille six cents combattants. Il est certain que les vivres sont dus à l’officier et à son domestique, quand il en a ; il doit les prendre en nature pour le nourrir. Que pour éviter une consommation, il ne les prenne pas comme soldat, soit; mais le décompte en doit revenir à la compagnie qui fait le service ; car cette compagnie doit l’avoir, si l'officier avoit pour domestique un autre qu’un soldat ; aura-t-il des vivres et le soldat aussi, voilà le moyen de tout concilier. Je .sais que l’article des soldats domestiques est hérissé
cl’abus, et je ne l’eusse jamais permis si l’on en avoit pu trouver. Votre avis sur les domestiques renvoyés par leurs maîtres est juste, mais je craindrais des contrariétés clans ce que vous proposez, qui serait sage et bien de la part de MM. de Vaudreuil et Bigot, plus occupés à disputer au général des troupes de terre son autorité qu’à l’étendre.
M. Bam ville m’a écrit et à M. de Vaudreuil. Je vous envoie ma réponse à cachet volant, pour que vous voyiez que je n’ai pas voulu croire qu’il eût besoin de ma permission : 1° ne pas me compromettre dans le doute
vis-à-vis M. de Vaudreuil, aussi jaloux d’étenclre ses prérogatives, que je le peux des miennes; 2° au cas, qu’il ait père et mère, cela m’évite de refuser une permission, ou de déroger à ma règle. Très bien à vous d’avoir grondé MM. de Basserode, Calan. M. de Vaudreuil, entre nous, est peu obéi des Canadiens qu’il gâte. Que j’ai eu de peine, l’autre jour, à lui en faire mettre un en prison ! mais, Dieu merci, il vient d’éprouver personnellement l’insolence d’un nommé Girouard, du faubourg, qu’il n’a pu se dispenser de mettre au cachot.
M. d’Hurtubise fera bien de faire le service, et M. de la Sorbière aussi. Ce dernier, pauvre enfant, grand sot de Montpellier, fils et frère d’ingénieur, ne peut être renvoyé d’un bataillon; d’ailleurs, je ne dois pas le renvoyer, il faut qu’il vienne à la guerre ; heureux, s’il y remplissoit le fosse du retranchement de Lydius, et que nous l’exportassions. Il est mal venu de MM. de Berry, comme imbécile, soit ; l’est-il plus que X... de la Reine ?
A M. DE BOÜRI.AMAQL'E
J ai reçu une lettre de M. de Crèvecœur ; je vous prie de lui dire que je ne lui réponds pas, mais que j aurai attention à ce qu’il m’écrit ; que je lui conseille de ne pas demeurer dans l’inaction, et, au moins, demander à Le Mercier à aller. Je vous envoie une carte ; c’est celle de Pouchot envoyée par M. de Vaudreuil à M. de Moras ; j’en voudrois deux copies qu’il ponrroit tirer à la vitre. Comme je ne voudrois pas que la carte courût, pourriez-vous lui prêter territoire chez vous ? J’ai envoyé à M. de Paulmy comme à M. de Vaudreuil mon avis sur les limites, plus détaillé ; je lui ai parlé de l’avis de M. de Vaudreuil, et de cette carte. Le chevalier de Lévis lui a envoyé par duplicata la sienne, et j’ai déjà, en même temps, envoyé l’analyse de cet ouvrage, en peu de mots. J’ai annoncé celle de Pouchot, par les derniers bâtiments pour servir de triplicata et quadruplicata, à celle du chevalier de Lévis ; je veux l’envoyer par cette raison, et à cause des deux lignes marquées en jaune et en rouge. Elles indiquent le projet de limites, suivant M. le marquis de Vaudreuil. Le pays entre indivis.
M. Doreil m’écrit pour deux soldats de Berry à laisser, l’un chez un orfèvre, l’autre chez Loyseux, et dit que Mme de Beaubassin lui a dit de m’en écrire : je 11e lui ai répondu que vaguement, il ne faut laisser aucun soldat... partir des derniers, si l’orfèvre faisoit un travail pour le I’oi. Il n’y a rien que je fisse pour une recommandation de Mme de Beaubassin ; mais ce seroit d’un mauvais exemple, et je ne voudrois pas que l’on dit qu’elle m’en a prié, et que c’est pour elle ; mais si Mme Péan vous en sollicitoit, car elle protège Loyseux,
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
et que cela soit égal au capitaine, il est de Surimeau (sic); mais voyez si vous voulez prendre cela sur vous, je ne pourrai pas vous désapprouver; voilà ce que je n’ai pas voulu écrire à M. Doreil, et que je ne crains pas de vous écrire.
M. l’intendant m’a répondu : approuvé sur les deux points; mais sur le premier, nécessité bisogna di compatire.
Il ne me reste, Monsieur, qu’à vous parler de deux hommes dont M. d’Hert m’écrit ; l’un appelé Jolicœur, compagnie de Pascalis, l’autre, Bellerose, qui demande les invalides : examinés, mais d’avis, ainsi que les deux, dont on m’a parlé, de les garder, mener, s’il se peut, en campagne, sauf à les laisser à Carillon. Eu tout cas, ils peuvent rester à Québec, et laisser avec ceux-là et d’autres, un sergent sur les quatre bataillons, aux ordres de Doreil, pour les hôpitaux, recrues, etc., et leur donner une chambre au quartier. Je n’ai pas besoin de vous prévenir que les compagnies nouvelles de la Heine auront besoin de quelques Canadiens de plus, et peut-être d’être mêlées dans les bateaux avec de vieux soldats, de même pour les piquets de Berry.
Je devrois m’excuser avec vous de la longueur de ma lettre. Je n’ai pas le temps de la faire plus courte ni mieux : d’ailleurs, comptant sur votre amitié et indulgence, je laisse aller ma plume et bavarde. Je devrois vous faire excuse d’écrire moi-même, car il doit vous en coûter pour me lire ; il faut aimer leurs amis avec leurs défauts.
B- S. — Je n’écris pas au cher petit Arnoux ; je le crois parti. En tout cas, dites-lui que j’ai reçu sa der-
A M. DE B 0 URL AMAQÏÏE
nière lettre, mais qu’il n’équivoque pas, que ma pièce de A' in qu il doit me faire embarquer, est pour venir recta à Montréal, non pour passer à Carillon. Quoique M. de "V audreuil demande le départ de M. Desandrouins, comme celui de la Reine, s’il veut passer par ici, pour deux fois vingt-quatre heures, y ayant ses affaires, arrangez-les lui ; ainsi il ne faut laisser à Carillon aucun officier, hors le cas de maladie, un sergent sur les quatre bataillons et mes vieux caporaux, c’est assez. Manne ville vous communiquera ce que je lui écris sur le départ de Guyenne.
M. Péan se plaint beaucoup de son bras. Cela estil vrai ? Il est décidé qu’il passe cet automne en France, et c’en est la raison.
Dumas, sur le côté, dans la cour, s’il n’étoit pas proposé pour la majorité (sic). Il ne le sera pas. Deschambault n’y paroît quasi pas, mais y est très bien : M. de Vaudreuil souffre de son frère qui, l’autre jour, devant trente personnes, traita Deschambault de plaisant C . . . et dans le cabinet, en disant à son aîné : je me... de lui et de vous aussi. M. Péan a parlé d’un voyage de M. l’intendant, cet été, avec Mme Péan.
A Montréal, le 7 mai 1758.
Il nous arrive, Monsieur, un courrier extraordinaire, et notre joie a été courte. Il vient uniquement pour porter de l’argent au trésorier. Puisque vous ne voulez pas nous donner des nouvelles d’Europe, voici celles que nous pouvons débiter, d’après la conversation d’un capitaine de Blackney, assez aimable. L’expédition con-
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
tre Eochefort, étoit commandée par l’amiral Hawke, et le lieutenant-général Mordaunt ; et n’a abouti qu’à prendre l’île, en détruire les fortifications, retourner à Londres, où le peuple étoit furieux du mauvais succès. L’amiral Holbourne y a été mal reçu. On parlôit de lui faire faire son procès pour n’avoir pas pris Louisbourg. Milord Charles Llay, général major, très brave, dans le goût de Roquessine ? mais fort aimé du peuple, opinoit toujours à aller à Louisbourg, et de parole en parole, ayant des démêlés vifs avec Milord Loudon, a été mis aux arrêts par le général et a retourné à Londres. S’il faut en croire Lce capitaine, Milord Loudon parti avec Daniel Webb. Abercromby commande. Quatre vaisseaux et une frégate ont hiverné à Halifax, avec Milord Colville, et ordre de croiser... le projet sur Louisbourg, et d’y arriver de meilleur heure que l’année dernière. Un général y viendra d’Angleterre qui remplacera Milord Loudon ; il ignore lequel ; il doute de Milord Eothes, qui avoit refusé avant Loudon. Il croiroit Mordaunt.
Cumberland, de retour en Angleterre, a été désapprouvé par le parlement, s’est démis de tous ses emplois. Son régiment des gardes donné au prince Edouard, et Ligonier déclaré généralissime à sa place. Le capitaine écrit tout cela, faits à la main, et que peut-être Cumberland est rétabli à l’heure qu’il est.
Le roi de Prusse a gagné une bataille sur les Autrichiens, le 6 novembre, et doit en avoir gagné une seconde, que le capitaine ne donne pas pour aussi certaine.
A M. DE BOURLAMAQUE
Le maréchal de Richelieu, sur-le-champ, a laissé un corps dans l’électorat d’Hanovre, et a marché avec son armée au secours de la Reine. On voit, dans les gazettes, une lettre du Roi de Prusse à la Reine mère, pour chanter le Te JDeum ; sa harangue à ses compagnons : “'J’ai partagé les mêmes fatigues, etc ”, et une lettre au Roi d’Angleterre, où il paroît craindre une paix particulière. S’il en faut croire le capitaine qui dit, à la vérité, les nouvelles des gazettes incertaines, trois de nos vaisseaux de guerre, pris aux attérages de France, une rencontre entre cinq vaisseaux de guerre, conduisant une flotte à Saint-Domingue, et trois Anglois, avec perte de quelques bâtiments marchands.
Les Hollandois, vainement sollicités par l’Angleterre, et refusant les six mille hommes. L’Espagne neutre, mais les tenant en crainte ; toutes ces nouvelles de la fin de décembre. Il a dit que huit jours avant sa prise, il étoit arrivé un paquebot à la New-York, mais qu’ils n’en savoient pas le contenu.
J’en couclurois quasi des nouvelles qui ne leur sont pas avantageuses, car comment savoir les nouvelles de l’arrivée du paquebot, et n’en savoir pas du reste ? Ils ont vingt-deux bataillons, y compris les Ecossois, et j’en aurai la liste. L’année dernière, notre flotte étoit rassemblée le 28 juin, la leur le 12 juillet. Milord Loudon rembarqué le 17 août, arrivé le 2 septembre à New-York. M. Daniel Webb, bien retranché, avec sept mille hommes, nous attendoit, avec ferme intention de ne pas sortir, mais de nous laisser bouquer ; blâmé
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
par les colonistes de n’être pas venu chercher, suivant l’avis de Johnson, loué par les gens de bon sens.
La veille de Noël, le feu a pris à Lydius, a brûlé plusieurs habitations, une caserne ; le fort a couru de grands risques.
Beauséjour leur tient à cœur. Mon voyage à Québec en septembre, et d’avoir quitté l’armée, fit courir le bruit que j’avois été prendre Beauséjour, et c’est la nouvelle qu’on donne à Milord Loudon, à son arrivée au fort Edouard, qui en fut un peu inquiet ; ils n’ont pu avoir un Agnier pour leurs découvertes, de tout l’hiver ; ils ont mis en Pensylvanie, pour ne pas servir, toutes les troupes du fort Guillaume-Henry, même les compagnies de rôdeurs de bois ; ils en avoient dix. Le capitaine Bogers avoit parlé d’être major, commandant les deux compagnies. Le lieutenant-colonel Lawrence, gouverneur d’Halifax, vient d’être fait colonel d’un des quatre bataillons de 1 loyal- Améri ca1’ n . Le lieutenantcolonel Munro est mort. Fesch doit avoir, à ce qu’il croit, repassé en Angleterre. Young n’est pas encore mais sera gouverneur de Virginie. Littlehales, les deux régiments de Pepperell, Shirley, cassés en entier et remerciés.
Vous allez croire, Monsieur, que j’ai beaucoup interrogé le capitaine ; pas un mot, mais j’ai recueilli ce qu’il disait, et Bougainville cause avec lui. Bevenons à Carillon.
Langy n’a pu faire de prisonniers, mais quatre chevelures, dont un officier à l’uniforme, trop blessé pour être amené. Parmi les papiers, une lettre du 3 avril, écrite d’Orange, pour affaires domestiques, au capitaine
A M. DE BOURLAMAQUE
Rogers, au fort Edouard. M. le marquis de Vaudreuil ne regarde pas cela comme une preuve de sou existence, au moins, c’est une présomption. Une lettre de Thomas Graharn, commandant au fort George, au colonel Grant, commandant au fort Edouard ; elle nous apprend que le-colonel Haviland et toute la garnison du fort Edouard a été relevée, et les signaux convenus pour avertir jusqu’à Orange, de fort en fort, de notre arrivée ; parce que Graharn écrit à Haviland en passant,... m’a bien dit le nombre de coups de canon, mais j’ai oublié de lui demander le nombre de minutes pour la répétition. A cette occasion, le capitaine prisonnier nous a appris que Milord London se trouvant à Saratoga, le jour de saint George, à ordonné que ce fort dorénavant s’appela le fort George. Voilà les chariots qui s’en retournent à Orange, avec la garnison qui venoit de relever. Le capitaine nous a encore dit que cela devoit être à cause du scorbut, et qu’on le leur avoit annoncé, dès l’automne. Lettres de Coleraine à des particuliers, où l’on parle des maisons brûlées, dans cette partie, par les sauvages.
(Extrait d’une lettre de M. d’Hébécourt, du 2 mai).
M. de Langy ne doit pas tarder de revenir de son détachement, étant parti le 22, avec seize sauvages, de differentes nations, et son parti auroit été plus fort, si dix Abénakis n’eussent point changé d’avis, le jour même de son départ. Les derniers sauvages, arrivés du Lac, au nombre de douze, partent aujourd’hui avec M. du Fay, volontaire au régiment de la Reine, qu’ils m’ont demandé ; il a été au second détachement de M. de Langy, à l’action du 13. où il s’est bien comporté ; il
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
a, outre cela, été à presque toutes les découvertes que les sauvages ont faites autour de ce poste.
' Les travaux les plus considérables de mon hiver sont l’excavation du fossé, qui devoit être finie dans peu, si si je n’étois contrarié par les pluies ; cet ouvrage a produit tant de pierres qu’il mettra M. de Lotbinière à même, malgré lui, de finir ses demi-lunes, en pierre, au lieu de bois, comme il l’avoit projeté, ce qui sera meilleur, et plus tôt fait. Le solage du hangar à reconstruire est fait à l’endroit désigné par MM. de Bourlamaque et de Lotbinière ; la rampe s’y fait, et on le montera ensuite. Voilà, Monsieur, toutes les nouvelles. Comme on dit que le courrier partira demain matin, j’ai fait faux bond à M. le gouverneur général, ce soir, pour vous écrire tout ce détail ; si vous croyez qu’il puisse amuser M. l’intendant, vous pouvez lui communiquer ces nouvelles ; on les lui écrira cependant vraisemblablement. 11 doit partir, jeudi, un parti de Uépissings et Outaouais pour Carillon, avec demi-douzaine de cadets ou jeunes Canadiens.
Le 8 mai. — Une lettre de M. l’intendant, remise ce matin, m’apprend le sujet de son courrier ; il va faire expédier un second bâtiment pour porter ses duplicata, et (ceux) du munitionnaire, pour demander encore des vivres ; il ne l’a pas voulu dire à Québec, ce que m’a dit Péan, et que M. de Vaudreuil, qui n’a pas imaginé le départ de ce second bâtiment, dit inutile ; je ne veux pas écrire par là, je ne sais si c’est la raison ou antipathie qui est cause qu’il ne m’en a rien dit, ni à M. l’intendant, pour moi. J’écris par cette voie et j’envoie
A M. DE BOURLAMAQUE
quadruplieata du 19 et du 23 février, triplicata du 10 avril, duplicata du 18.
^ ous voyez que j’écris par toutes les voies.
Les lettres ci-jointes pour MM. de Privât, Trivio, .sont conformes à celle de Eoquemaure.
A Montréal, le 12 mai.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 9. J’avois prévu le silence timide de l’intendant vis-à-vis MM. de la Peine. L’agitation de trois belles dames, les propos, etc. M. le marquis de Yaudreuil est bien aise que vous ayez accepté le délai de deux jours ; autant d’épargne sur les vivres de Carillon. Votre arrangement pour Languedoc, très bien, ainsi que celui dont vous me parlez, des étourderies des jermes gens de Berry ; mais je ne suis pas en peine que vous n’y ayez mis bon ordre. M. Doreil pleure sur ce qu’il n’a qu’un sergent, donnez-lui en un de Berry, il lui faut bien une espèce de troupes. J’ai déjà parlé des deux jours de séjour que le régiment de la Peine vouloit avoir à Saint- Jean. On donnera instruction à M. de Poquemaure pour le faire camper comme vous le marquez. Je suis certain de n’avoir pas accordé l’homme pour lequel Mme de Beaubassin s’étoit d’abord intéressée ; refus sur tout. Toujours à vos ordres pour vous faire part de mon troupeau. Nous savions par Péan le danger de la demoiselle ; il en frémissoit comme un père qui n’a qu’une fille (sic).
Voyez avec M. Doreil pour le mieux sur les six
246 LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
hommes de la Reine ; c’est beaucoup à envoyer en France ; le reste servira sous les ordres de Doreil, donnez-lui à rendre compte de ce détail d’invalides. Je lui en fis le cadeau, l’année dernière ; je me contenterai d’en écrire un mot in globo. Faites partir le grenadier de la Reine déjà invalide ; si cela ne se peut par ce bâtiment, qui va être expédié, et qui de voit l’être à l’arrivée de cette lettre, ils partiront tous ensemble. Nous en aurons huit à envoyer sur les quatre bataillons d’ici. Voilà, Monsieur, réponse aux divers articles de votre lettre ; rien d’intéressant à vous marquer, toujours même vie, même allure, la mienne est de n’en avoirpoint. Le capitaine anglois de Blackney est assez aimable. Le major Hopson, fait général major en partant pour l’Amérique, est l’ancien gouverneur de Louisbourg ; embarqué l’année dernière sur la flotte, il a hiverné à Halifax en attendant d’aller prendre possession de son gouvernement. Le colonel Perry a été si ennuyé de voir des brumes, qu’il se tua sur son vaisseau.
Les deux officiers anglois partent ce soir ou demain en barques.
Le 13, à midi. — Lotbinière est arrivé qui reste ici sept ou huit jours. M. de Vaudreuil parle des jeunes gens de Berry, prison ; vous êtes trop doux. Charmant en prison. MM. de Penlan, Coitivel aux arrêts, ceux qui ont battu un capitaine de la côte, en prison. Ces premiers ont besoin d’être morigénés. Je m’imagine qu on l’a écrit a M. de Vaudreuil ; il si; plaint que les officiers de ces deux bataillons ne se mettent pas aux circonstances et exigent des vivres, etc.
A M. DE BOURLAMAQUE
Le 15 mai. — Nous n’avons pas eu de nouvelles de M. d’Hébécourt, et par conséquent incertains sur le succès et retour de son parti, et celui de dix Iroquois, partis après lui, avec M. du Fay, volontaire du régiment cle la Eeine ; mais par celles que nous avons eues de Saint- Frédéric, les ennemis ont plusieurs partis en campagne, puisqu’on a tué ou fait prisonnier un habitant de Saint- Frédéric et trois Allemands écartés, un canonnier et deux soldats de Carillon écartés, et ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est que nous avons eu une batelée de dixsept charpentiers, allant vers le cap au Diamant, tués ou défaits. Il nous vient d’arriver des lettres des Illinois, de la baie Saint- Joseph, la Louisiane, et point de la Belle-Rivière ; ce qu’il y a de fâcheux, c’est que les Iowas ont frappé sur nous, à la Baie, et tué vingt-deux François, le commandant a été manqué de peur (sic). Il y a eu aussi vers les Illinois quelques sauvages qui ont tué dex François et fait un officier prisonnier.
M. de Macarthy assure envoyer tout ce que l’on a donné pour la Belle- Rivière. M. de la Valinière, prêtre de Saint-S ulpice, prêcha hier contre ceux qui volent le Loi avec plus de vérité que d’éloquence ; je vous écris par Mme de Saint-Luc qui va embarquer avec les Anglois. Mme de Noyau est arrivée avant-hier. Les Anglois rétablissent des forts partout, à Théoga et au fort de Bull.
Le 18. — Le convoi est arrivé hier, Monsieur, avec beaucoup de peine, et quoiqu’il ne doive, a ce que ma dit M. le général, repartir d’ici que dans trois ou quatre jours, je commence toujours à répondre a celle que
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. M. l’intendant m’a répondu sur l’article de la petite monnaie, et envoie en conséquence à M. d’Hauterive. Je vous envoie une lettre, à cachet volant, pour MM. de Roquemaure et d’Hert, que vous leur remettrez après l’avoir cachetée; vous verrez ce que j’écris à l’un, concernant M. de Clairville, et à l’autre, sur l’état qu’il m’a envoyé, et cela m’évitera de vous écrire les mêmes choses.
C’est un malheur que les trois hommes du régiment de Berry, noyés ; il peut y avoir eu de l’imprudence. Avis pour ces nouveaux venus.
Très bien d’avoir réduit les douze soldats de Berry que l’on proposoit de renvoyer, à deux. Vous verrez, par ma réponse à d’Hert, que je réduis la Beine à zéro, de même pour Béarn, Royal-Boussillon, la Sarre deux. Le défaut de communication m’empêche pour Guyenne.
Je connois ce petit M. cl’Hurtubise, il n’a ni la figure ni la tournure à servir, je le connois bien ; qu’on le laisse à Québec, mais il doit, entre nous, ou demander à faire la campagne, ou à s’en aller à la fin ; mais vous pouvez le laisser sans inconvénient avec les deux caporaux de la Pleine, et un sergent sur les quatre bataillons, et préférer un sergent qui ne pourroit faire campagne. Je croirais qu’il y en auroit un bon dans Languedoc, dans ce cas. Votre départ et celui des troupes est aussi incertain que peut-être éloigné. Le défaut de vivres fait, avec raison, pousser le temps avec l’épaule ; mais vous pouvez avertir vos Berry de se tenir prêts à partir au plus tard deux jours après en avoir reçu l’ordre. Je trouve que vous serez bien logé à la maison de Mme de Eepentigny. Je crois que je finirai par avoir une trop
grande cage, mais j’ai imaginé qu’il ne falloit pas refuser la faveur de M. l’intendant, occupé de récompenser son riche secrétaire en me logeant plus grandement.
Copie de deux mémoires que j’envoie à M. l’intendant nous mettront en état d’appuyer celui qui regarde la subsistance, s’il y a nécessité pour Québec, et celui de parler comme moi, sur l’article du portage, s’il vous en parloit, ce dont je doute.
Je vous remercie, Monsieur, de la peine que vous voulez bien vous donner pour faire arranger ma maison. Je pense que, quand même vous ne partiriez de Québec qu’au moment du départ des troupes, ce seroit toujours très bien de venir ici recta, de votre personne avec votre canot. Le cheval a cessé à la distribution d’hier : on a donné au soldat, en bœuf frais, pour quinze jours, et du sel ; ensuite, quinze jours de bœuf salé, pour vous seul, car vous connoissez l’esprit des troupes qui en concluroient que le cheval ne doit pas continuer à Québec ce qui a valu cette bonne fortune à Béarn, c’est à force de crier que cela valoit mieux que de jeter le trop debœuf tué.
Depuis ma dernière, en date du 10, il y a eu plusieurs actes de justice, dont il faut que vous soyez informé, d’autant qu’à cette occasion j’ai annoncé ma jurisprudence constante à MM. nos officiers, à M. le marquis de Yaudreuil, qui l’a approuvée. Je vous prie, par forme de conversation, de la notifier aux troupes qui sont sous votre commandement, et de la faire observer. M. de Pons, lieutenant au régiment, ayant eu quelque chose à démêler vis-à-vis la Salle, tailleur, qui lui parla insolemment, M. de Pons, lui ayant donné un soufflet,
je l’ai mis aux arrêts pour plusieurs jours, et ai été d’avis, vis-à-vis M. de Vaudreuil, de ne pas punir la Salle, dont j’eus requis la punition, si M. de Pons ne se fût pas fait justice. M. du Gros, commandant, par l’absence de M. d’Aureilhan, le quartier de Yerchères, ayant porté à M. le marquis de Vaudreuil, aux ordres duquel il n’est pas directement, des plaintes contre des officiers de la côte, au lieu de s’adresser à ses supérieurs naturels et directs, j’ai envoyé M. d’Aureilhan au quartier, y mettre M. du Gros aux arrêts, et je suis convenu avec M. de Vaudreuil d’en agir de même, pour toute plainte qui lui sera portée directement, quand même l’officier auroit raison, et que lui jugeroit à propos de punir l’habitant ; mais qu’aussi, quand je lui porterois des plaintes, au nom de quelque officiel’, il puniroit toujours sévèrement, d’autant que je ne les lui porterois pas sur le simple dire de l’officier, mais avec examen, et quand après l’examen je répondrai à l’officier que je n’ai garde de parler de ses plaintes, parce que je les crois mal fondées, c’est à lui à obéir et de rester dans le silence. Ainsi, obligez MM. les officiers à s’adresser à leurs commandants, c’est le seul moyen d’être soutenu, d’avoir justice, soit du gouverneur général, soit de M. l’intendant, car autrement nous ne devons les appuyer en aucune façon, et les punir dans le cas ou leurs commandants n’en auront pas la force.
M. le chevalier Guston, protégé de M. le chevalier de Lévis, cadet dans la compagnie de Montanier, au régiment de Guyenne, ayant porté à M. le marquis de "V audreuil des plaintes contre son capitaine (qui, de vous a moi, n etoient pas dénuées de fondement), je l’ai
A M. DE BOURLÂMAQUE
envoyé, avec quatre fusilliers, à M. de Fontbonne, pour le mettre en prison à Clmmbly, ce que M, le marquis de Yaudreuil et son protecteur, ont très approuvé. Sévérité, punition exacte, aisance dans le service. Politesse, recherche dans les réprimandes, affectuosité dans les éloges, procurer des grâces, mépriser les jérémiades, nulle rancune ni bouderie contre ceux qu’on a punis et qui en boudent, vivre avec ses inférieurs avec honnêteté, leur donner l’exemple du respect dû aux supérieurs, et qui n’en a pas ? M. le marquis de Yaudreuil n’est-il pas le mien, l’évêque dans sa partie, et peut-être M. l’intendant la sienne ? Voilà mes maximes que peut-être je 11e pratique, mais au moins ai-je l’intention de les bien pratiquer.
Jusqu’à présent le bœuf n’a manqué à personne. La semaine prochaine, deux par semaine pour les généraux, le marquis de Vaudreuil, le marquis de Montcalm, le chevalier de Lévis, MM. Duplessis, Péan, Martel. d’Hauterive, Deschambault, le major général et Pénisseault. Tous taxés ; le général à cent quatrevingts livres par semaine, votre serviteur a cent vingt, le chevalier de Lévis à cinquante. 11 ne donne plus à manger depuis mon arrivée; ce détail, pour vous seul. M. de Yaudreuil a un soupçon de goutte, mais c’est peu de chose. Si ma charge est de lui tenir compagnie tous les soirs, il doit être content, je ne fais que cela, ou parfois et rarement ma chambre, et il me semble que c’est bien pour le service, bien pour moi, car je n ai rien de plus amusant à faire. Le chevalier a ses soirées en règle, ainsi que ses dîners, û endredi et dimanche, chez le général; pour moi jamais, ou une fois en tiois
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
semaines. Un ou deux jours chez Péan qui a état, et de même chez moi, le reste chez lui seul, depuis qu’il n’a ni Roquemaure ni d’Hert. N’est-ce pas une faute que de vous donner à lire tant de riens, et d’une si mauvaise écriture ? Heureusement vous avez du temps de reste.
On part pour les pays d’en haut, ces jours-ci. M. de Malartic se charge de vous envoyer le jugement de deux soldats de Béarn, exécutés pour désertion, communication aux quatre bataillons.
Le 19. — Nous avons eu, hier au soir, des lettres de Frontenac et de la Présentation : par les premières, les Agniers ont répondu, le 10 novembre, au collier que les Iroquois du saut Saint-Louis leur ont envoyé pour les détacher et ramener à Ononthio honnêtement, et inviter les Iroquois du Saut à envoyer ce printemps des députés tenir conseil général à la cabane des Onontagués. Conseil de Johnson pour donner marchandises, vivres, exagérer notre misère ; dire que le Roi d’Angleterre vouloit la paix, mais que les seigneurs anglois s’y sont opposés ; qu’on a trouvé la passe de nos vaisseaux, qu’on en a pris trois, portant des lettres du gouverneur général... qu’il est arrivé aux Palatins des coquins qui avaient voulu se livrer à Ononthio, qu’il est, à la vérité, très peiné du malheur qui leur est arrivé devant Louisbourg. Par les nouvelles de la Présentation, des deux partis dont je vous ai écrit, il y a longtemps qu’ils étoient en campagne vers Corlar ; l’un est revenu avec trois chevelures, ayant fait abandonner quatre habitations et tuer des bestiaux; l’autre, qui avoit chaussé
A M. DE BOURLAMAQUE
les mitasses, il y a six semaines, et que je croyois bien loin, ne fait que de partir, au nombre de quatre-vingts guerriers, avec MM. Sacepée et Lorimier.
Je vous prie, Monsieur, de demander à vos bataillons un état des hommes perdus, depuis ma dernière revue d’août, au camp, et de septembre pour Berry, en marquant à côté nos désertions, congédiés, etc., pour voir si cela fait le nombre total. Arous ne m’avez jamais répondu sur l’article de la poudre et balles, dont M. de Yaudreuil doit avoir envoyé l’ordre à M. Le Mercier, pour en délivrer quand vous en demanderiez, pour faire tirer les troupes. Je vous prie, Monsieur, de faire bien des compliments à M. le chevalier Le Mercier ; et lui accuser la réception de sa dernière lettre du 13, comme je n’ai pas l’honneur de lui répondre
Le 18 mai. — J’ai l’honneur de répondre à la lettre que vous m’avez fait celui de m’écrire le 19. Je pense comme vous sur les dispositions des Ànglois. Les nôtres, d’hier au soir, sont changées forcément, au grand remet de M. de Yaudreuil.
Languedoc, son piquet, passe à Carillon. La Reine, à Saint- Jean, où il épargnera demi-livre de pain par jour; le détachement d’ouvriers, cadets de Jacquot, envoyés chez eux à Québec; idem, pour la plus grande partie des ouvriers de Al. de Lotbinière, qui part, ce matin, pour Carillon, effrayé de voir qu’il ne pourra travailler ; la milice revient, relevée par Roux, ancien cantinier. Je vous prie de dire à Pontleroy, à qui je n’écris pas, que Louvicourt reste à Saint- Jean; mais qu’à l’arrivée de Jacquot, Bonafoux revient : ce change-
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
ment de dispositions, que je vous ai écrit: 1° au premier piquet de Languedoc, de cinquante ou soixante hommes, deux lieutenants, qui seront Pradet et Castels, que j’enverrai d’ici ; s’il n’y avoit que vingt, trente ou quarante hommes, deux bons sergents; Castels les iroit joindre à Chambly. J’ai reçu une lettre de M. Joannès, à qui je n’écris pas, mais vous lui ferez part de cet arrangement. M. de Trécesson restera à son bataillon; dès que M. de Eoquemaure ne passe pas à Carillon, je désire conserver le commandement à M. d’Hébécourt, qui s’en acquitte très bien. M. et Mme d’Ailleboust arrivés d’avant-hier ; la dame bien accueillie de Mme de A audreuil, sa marraine, et dès le jour de son arrivée, d’un petit dîner fin chez Péan, à porte fermée, où il n’y avoit que M. le marquis de Vaudreuil, AI. Deschambault, AI. le chevalier de Lévis et AI. Péan.
Les nouvelles de Carillon du 13 mai: les dix-sept soldats tués, quasi tous charpentiers, dont sont : L’Espérance, excellent sergent de Guyenne, douze soldats des nôtres, deux de la marine, un François employé, et un habitant, appelé la Framboise. Al. de Langy a ramené deux prisonniers qui n’apprennent rien. Le sieur de Fay, de la Peine, est revenu avec les Abénakis, a fait trois chevelures, dont une des Alississagués. Langy est reparti. Je vous envoie, Monsieur, les passeports nécessaires pour faire embarquer sur le premier bâtiment, Al. de B... ; si vous partiez avant, vous les laisseriez à M. Doreil. Beaucoup d’agitation dans les Cinq-Nations, vrais Hollandois de l’Amérique.
L abbé Piquet, sorti du fond de sa retraite, a puru, ce matin ; c’est un seigneur de la cour, mécontent, qui a
A M. DE BOURLAMAQUE
passsé deux mois sur ses terres ; ainsi de Dumas aux Trois-Eivières.
Le 21. — J’ai l’honneur, Monsieur, de vous adresser deux lettres que vous lirez et cachèterez avant de les remettre, pour MM. de Roquemaure et d’Hert, des lettres à faire rendre à MM. de Manne ville, Joannès et Arnoux. Je vous envoie aussi quatre lettres pour MM. de Paulmy, de la Ferre, de Gouy, et la quatrième, pour le premier commandant ou commissaires de guerres, de la première place en France. Comme elles ne regardent toutes quatre que la personne de M. de Clairville, il faut l’en rendre porteur au moment de son départ ; la lettre première, au commandant ou commissaire des guerres, est afin qu’on lui donne juste pour faire son voyage, et se rendre aux Invalides. Je vous adresse aussi les deux permissions pour se retirer en France ; à MM. de Clairville et de Godonèche, avec les deux passeports de M. le marquis de Yaudreuil, pour qu’ils soient embarqués. M. l’intendant réglera leur embarquement. M. de Yaudreuil lui en écrit, et vous aurez pour agréable de faire remplir par M. l’intendant, sur le passeport de M. le marquis de Yaudreuil, le nom des bâtiments qu’il a laissé en blanc.
J’ai l’honneur de vous prévenir que j’écris à M. Doreii pour l’embarquement d’un petit soldat de la Reine, qui est nécessaire aux manchots comme valet. M. de Roquemaure le désire, et pour que tout soit en forme, j’ai envoyé à M. Doreii une cartouche que l’on remplira, et où j’ai mis ma signature au vu. Les mauvais temps retardent les semences ; il est parti, ce
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matin, clix ou douze Iroquois du Lac, qui vont faire un prisonnier du côté de Lydius.
Le 22 mai. — M. le marquis de Vaudreuil saisit avec facilité incroyable tout ce que les bas valus lui disent, et vous savez, Monsieur, qu’il n’en manque pas. Cependant, vous êtes, je crois, de nous trois, celui pour lequel il réunit le plus d’estime, avec plus d’amitié. Il est vrai, — car je ne veux pas vous donner trop d’amour-propre, — c’est que vous le voyez moins et avez moins à démêler. J’aime mieux être vis-à-vis de lui comme je suis, que comme M. le chevalier de Lévis, pour qui il a plus d’amitié, sans lui rendre autant de justice qu’il devroit. La justification de MM. de Berry est faite, et principalement chez moi, ce qui, pour eux, est l’objet essentiel. La conduite que vous avez tenue pour punir ces jeunes gens, est déterminée avec justice et prudence ; il n’y rien à dire sur MM. de Pellan, Villouraux Coetdivel. Le premier auroit dû nous avertir. Je crois, au moins, que je ne me serois pas conduit différemment de vous, Monsieur, et, peut-être pas si bien. La plainte de M. de Boucherville, singulière ; mais chaque nation a ses préjugés en fait de bravoure ; je vois sur ce point le Canadien comme l’Espagnol, l’Anglois point duelliste, et j’y suis bien confirmé par une scène de Bosmorduc, avec un jeune homme des bancs de la colonie. D’Hert nous apprend que la Beine arrive aujourd’hui à Chambly. J’envoie le chevalier de Lévis l’établir à Saint- Jean. Cette continuation du nord-est me met au désespoir, si elle finit sans aucune nouvelle de vaisseaux. La
A M. DE BOURLAMAQUE
paix et notre retour. Nous avons bien débuté, mais à tous égards mangé notre pain blanc le premier.
Qu’est-ce qu’un soldat de d’Asserat, jardinier cliez Mme Péan, dont Roquemaure eût dû vous parler ? Il en est convenu et a dit oubli ; on le demande avec chaleur pour quinze jours s’il n’est pas parti. Accordez, je vous prie, ce délai et puis à la première occasion... Péan vient de passer six jours à Laeliine, avec la sultane régnante et sa famille (MM. de Villebon, Solvignac, aide de camp) ; il est attaché à une sœur. Le chevalier de Lévis et la Pénisseault n’y ont pas été ; votre départ se diffère, comme de raison, sans savoir quand : mon ennui augmente ; je 11e sais que faire, que dire, que lire, et où aller; je crois que je demanderai à la fin de la campagne brusquement, sottement, mon rappel, sans autre raison qu’ennui. L’affaire des vivres me tourmente plus, je crois, que ceux qui en sont chargés. Péan part lundi.
Le 22, après l’arrivée de M. Le Mercier, nulle lettre de nos bureaux de la guerre ; sept de M. de Moras, une sur la Rochette, une sur vingt-deux jours de solde, pour huit lieutenants, une sur Cliambly, une sur les religieuses, une sur MM. du corps royal, pour ne rien apprendre... et une à M. de Vaudreuil qui ne m’a pas communiqué sa lettre, et qui en est fâche d’examiner avec moi les avantages, le traitement à faire et le choix du sujet. Une lettre de bureau sur le succès du fort George. Beaucoup de relations imprimées, la votre a Bordeaux ; en quatrième, mes lettres, en sommant la place, et à Milord Loudon, imprimées. La campagne
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
trouvée belle. M. de St... ministre delà guerre, reparle encore de moi aux états assemblés en novembre 1757,. comme il avoit fait pour ceux de Chouaguen, en 1756 : Celle de Bougainville, par lambeaux dans la gazette de Hollande, avec un préambule et des changements de Saint-Sauveur.
Les particuliers de la colonie, mal, par la prise des pelleteries. Le chevalier de Lévis, très touché de la mort du maréchal de Mirepoix, Roquemaure de celle de son frère, et moi, d’une sœur que j’aimois bien fort. L’abbé de Bermis, qui m’écrit la lettre d’un homme d’esprit : on vous rend justice ici. J’admire pour moi celle que vous prenez plaisir à rendre aux officiers, qui ' vous ont secondé dans vos opérations.
Le comte de Montcalm grandit, se fortifie, mange beaucoup. Ma mère s’endette pour le soutenir et moi aussi ; l’armée battue, mais il étoit de la réserve de Saint-Germain, qui a fait la retraite sans être suivie.
Le 22 mai. — J’ai l’honneur, Monsieur, de vous adresser les ordres pour le départ successif des bataülons de Berry et Languedoc. Vous arrangerez avec M. l’intendant pour les faire partir, les jours, et dans l’ordre que vous voudrez ; vous aurez seulement attention de nous prévenir du jour de leur départ et de la quantité de vivres qu on leur aura donnée. Il me paroît que pour ménager les vivres, l’intention est qu’ils n’aient qu une livie de pain a leur départ, mais vous pouvez leur annoncer la livre et demie, à leur arrivée à Carillon. Tour ce qui vous regarde, Monsieur, votre destination étant pour prendre le commandement des premières
A M. DE BOÙRLAMAQUE
troupes à Carillon vous pouvez faire marcher vos équipages avec tel bataillon que vous jugerez à propos, et venir de votre personne, en droiture à Montréal, dès que tous les arrangements seront pris pour le départ de ces'trois bataillons, et que vous aurez donné les ordres à celui qui doit partir le dernier.
MM. de Guyenne s’arrangeront pour partir avec les soldats de leur bataillon, qui sont, par congé, à Québec, en même temps que le dernier des trois que vous faites partir; ils arriveront encore assez tôt à leur bataillon. Vous en donnerez l’ordre à Manneville.
Le 28 mai. — M. le marquis de Vaudreuil ne peut qu’approuver, Monsieur, que vous ayez toujours fait passer les soldats de Berry, qui ne pouvoient plus subsister chez l’habitant. Ils seront toujours rendus, et vous aurez vu par mes dernières lettres et par les ordres que je vous ai adressés, que tout va se mettre en mouvement ; je n’ai rien à ajouter que de vous recommander, de la part de M. le marquis de Vaudreuil, d’y apporter toute la célérité possible. Arous voyez la nécessité de se mettre de bonne heure en campagne; nous comptons aussi que tout mis en mouvement, vous ne tarderez pas à nous arriver de votre personne. Je compte aussi vous suivre de fort près sur la frontière, si je ne pars en même temps que vous, Monsieur.
P. S. — Voici une lettre de style que je viens de lire à M. le marquis de Vaudreuil, qui vient de dire amen.
Votre affaire du fort Guillaume a fait grand bruit.
LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM
Voici, pour vous seul, un extrait d’une lettre du lieutenant de Baschy (sic) 20 février.
Ne doutez pas de la part que je prends à vos succès, moins en François que parce qu’ils sont de vous, à l’égard de ce qu’ils devraient opérer pour vous, indépendamment de la gloire sur laquelle vous devez assurément être content (sic). J’ai cru ne pouvoir mieux faire que de faire lire vos lettres à la belle dame ; elle ne m’a pas paru surprise à vos demandes, mais elle ne m’a rien répondu, ce qui ne veut rien dire, parce que c’est son ordinaire. Je ne sais s’il vous est très avantageux d’avoir affaire à deux ministres ; celui de la marine peut être plus aisé à manier, mais c’est celui dont vous avez le moins besoin, parce qu’il n’a que droit de représentation pour vous. Je ne crois pas, au reste, qu’on songe à faire de promotions.
Si je sa vois qu’il fût question de faire quelque lieutenant, je parlerais de vous encore à la belle dame, et je tâcherais d’engager l’abbé à pousser à la roue ; il prend beaucoup auprès du maître, il me fit grand peur après la malheureuse affaire de Rosbach, pour votre fils ; nous reçûmes, deux jours après, la liste des morts, perdus et blessés à Ghoisy, et il fut un des premiers, dont le roi chercha le nom qui ne se trouva point.
On fait grand cas de vous ici ; on en parle en très bons termes, à commencer par le Roi, mais il faut que les ministres prennent des volontés officieuses, sans cela rien ne se fait.
A M. DE BOURLAMAQUE