‹ Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de LévisChapitre 6 sur 10 · LETTKE DE L’ABBÉ (DE BERNIS · texte numérisé non relu

LETTKE DE L’ABBÉ (DE BERNIS

22 novembre.

Tout est dû à la sagesse de votre conduite, à l’habileté de vos combinaisons; on vous rend justice; j’admire pour moi celle que vous prenez plaisir à rendre aux officiers, qui vous ont secondé dans vos opérations, etc.

M. Poreil vous informera des ordres pour distribution. Le courrier presse, adieu. M. le chevalier de Levis n’a pas le temps de vous répondre.

Le 30 mai. — J’avois prévenu, Monsieur, votre très judicieuse remarque, et je craignois la marche solitaire t de M. de Beaupré ; aussi, M. de Fontbonne a des ordres pour l’arrêter à Chambly, où il attendra son régiment.

Il est indifférent que ce soit Languedoc ou Berry qui partent les premiers. Le portage de Chambly très lent, j’en ai parlé souvent, et jusqu’à présent Vox clamantis in deserto. Au reste, est-on pressé, que veut-on ? Faciliter une expédition à la Canadienne, inter nos, sans doute pour frère Bigaud, peut-être pour Saint-Luc, roi des sauvages. Le public veut M. le chevalier de Lévis, et moi, je crois qu’il n’y aura pas de François, ou peu. Sans doute vous nous porterez le supplément aux rêveries, et tout ce que vous aurez de nouveau : nulle nouvelle des berges ; une par les sauvages de Missiscoui ne s’est pas, ce me semble, confirmée. Kisensik, qui est à la guerre, a dû visiter ces parages ; il a perdu son père et refuse de prendre le hausse-col de Louis XIV.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

Il veut le mériter, cette campagne. Les nouvelles arrivées hier de la Belle-Rivière, sont bonnes. Je vous renvoie à Doreil pour le détail.

Le 13 juin. ■ — Le jeune volontaire du régiment de la Sarre est le sieur Granet, donné à M. de Langy, pour aller en guerre avec lui ; et vous êtes prié, Monsieur, de le faire aller à tous les partis, découvertes, s’il se conduit bien, afin qu’il puisse mériter. Il campera, mangera avec le piquet de la Sarre, comme y étant soldat, et sera à la discipline de M. le chevalier Mauran.

Depuis votre départ, rien de nouveau, car la pluie n’est pas une nouveauté.

Le 17 juin. — Nouvelles de Louisbourg du 5 décembre, qui nous auroient fait grand plaisir, si elles étoient arrivées en mars. Gardez-moi la lettre de M. l’Intendant que je vous envoie. Nulle lettre des bureaux de la guerre, que deux ; l’une pour envoyer des imprimés de sentences ; et l’autre pour envoyer le nouveau règlement et modèle, pour l’uniforme des chirurgiens. M. de Belle-Isle à toute la guerre. NI. de Crémüle, adjoint, demande la protection de Doreil qui, entrenous, m’écrit de façon à me faire apercevoir que je ne dois pas le négliger. M. de Saint-Priest toujours en Languedoc. Le public regrette le maréchal d’Estrées.

La réputation de d’Armantières croule, celle de Chevert se soutient ; il a boudé contre la cour. Contades et lui trouvent la charge de percepteur difficile. L’électorat de Hanovre reperdu entièrement et évacué ; Chevert,

A M. DE BOURLAMAQUE

après la bataille d’Hainstenbeck a été... avec le comte de Lorges, son inférieur, qu’il avoit malmené en paroles, comme ayant mal mené sa division. Le maréchal d’Estrées informé, a fouté aux arrêts le comte de Lorges (comme dit le marquis de Vaudreuil). Ces détails sont surs, mais pour vous seul, ainsi que la promotion de la colonie, à cause des notes.

On a dit avoir vu quelques pistes d’Agniers vers les Cèdres ; il y a quatre-vingts sauvages en campagne, avec Langy, Longueuil et Bleury.

Le 27 juin. — J’ai trouvé ici, Monsieur, l’intendant ; il est parti ce matin. Les Anglois, tous rachetés, partent demain avec M. Eesch, et de là à Halifax en paquebot. Autre paquebot pour Londres. J’ai fait une belle lettre pour M. de Vaudreuil, à être imprimée; il en a été enchanté, et moi aussi, qui 11e suis pas toujours content de mes ouvrages. C’est la description simple des faits, concernant la capitulation, à M. de Moras, et à imprimer.

Les vaisseaux de guerre partent le 13 de Québec ; les huit compagnies y sont arrivées sur cinq bâtiments. Le Robuste est arrivé ; il y avoit le capitaine Eosier, lieutenant de frégate, une épée d’or. Le Superbe pris. Il y a des bâtiments qui arrivent tous les jours ; on crie toujours misère; on varie sur la récolte. Marcel fait le tour avec les bateaux... Plaignez-moi. On vous refuse tous Canadiens, hors cinquante pour l’hiver ; gardez ceux que vous avez. Des sauvages, dans treize jours. Songez à l'arrangement pour l’hiver ; un commandant françois

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je le cherche, Senezergues ou d’Hébécourt ; pour vous seul, six piquets, cinquante hommes de la colonie avec cinquante Canadiens: Wolff. Soyez à l’instruction, au logement ; il faut que l’on voie que le poste roule sur des François. Je veux aller à Québec, Doreil m’en presse.

Quartiers cl’kiver : — La Eeine à Québec ; la Sarre à l’île Jésus, Lachenaie, etc. Eoyal - Roussillon à Laprairie : Languedoc à la Pointe-aux-Trembles de Québec; Guyenne à Chambly ; Berry 1er aux anciens quartiers de la Eeine ; Berry 2me à l’île d’Orléans ; Béarn à Montréal, Lachine, la Pointe-Claire. Niagara relevé, les piquets rentrent. M. de Bourlamaque à Québec; le chevalier de Lévis à Montréal; le major général, idem ; le marquis de Montcalm, partout.

Conseil de guerre, cet automne, pour Beauséjour et Gaspareau ; n’en dites mot. Je serai le conseil pour sauver ceux de Beauséjour, perdre le commandant de Gaspareau. C’est mon avis, ne devant pas être juge. C’est bien assez écrire sans scribe. Je dis tant de bien de M. Pénisseault, qu’on croit quasi que je songe à madame.

Dites à vos deux bataillons que c’est à eux à écrire en France, pour envoyer des blancs... pour retirer ordonnances et se faire payer des pensions et gratifications. Béarn a-t-il des tailleurs ? Se chargeront-ils de l’entreprise de son habillement pendant l’hiver, qu’on lui donneroit à faire ? il est en pièces.

A M. DE BOURLAMAQUE

A Carillon, le 8 octobre 1758.

L’occasion de l’officier écossois, envoyé au sujet de la capitulation de Frontenac, nous a procuré, Monsieur, les nouvelles ci-jointes ; je les voudrais meilleures pour le bien de l’Etat. Nous ne savons rien, nous trouvons que la saison s’avance et que l’ennemi s’y prendra tard, s’il a envie de venir dans cette partie. Je crois, en mon particulier, qu’ils feront hiverner un corps au lac George. Je compte avoir encore à rester ici, de trente à quarante jours. Je m’estimerai heureux et content d’être à Montréal le 15 décembre. Ceci pourra passer pour une campagne. Je vous serai obligé de communiquer mes nouvelles à l’intendant et à M. Doreil, quoique j’aie prié M. le général d’en faire part à M. l’évêque. Mes compliments aux belles dames.

P. S. — La cavalerie a bien fait ; a dû souffrir, et le régiment de Montcalm devoit y être.

Le 8. — J’ai l’honneur, Monsieur, de vous adresser une lettre à cachet volant pour M. l’intendant ; et tout malade que vous êtes, traitez la matière avec lui ; je dois vous dire, et vous pouvez, si vous le jugez à propos, en toucher un mot à l’intendant, qu’un bavardage, que j’ai regardé comme tel, et que je n’ai pas cherché à approfondir, paraît avoir sa source dans le cercle de la Pteine et de Berry. Il n’auroit tenu qu’à moi qu’ils eussent leur bien vivre, et on a fait entendre tenir cela de M. l’intendant même, chez Mme Péan. Je prie M. l’intendant de m’écrire une lettre que je puisse montrer aux troupes. Pour moi, je pense qu il faut, dans la crise, les aider, et que cela est nécessaire.

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Le 13. — Je serois en mesure, mon cher Monsieur, de gagner une bataille, car j’ai dans ce moment, je ne dis pas bouches, mais bien bons combattants : six mille huit cents ici ou à la Pointe, et deux cents sauvages ; mais je crois et j’ai cru qu’ils ne viendront pas. Langy est en parti. Une découverte part aujourd’hui, une vers le sud, l’autre vers le nord. Nos colonies s’ennuient.

Je voudrais que les nouvelles de votre santé eussent été meilleures. Vous n’êtes pas surpris que je sois de l’avis de Doreil surtout, car je suis assez en général de l’avis de tout le monde. Je compte avoir encore trente jours à rester ici de ma personne, car je fermerai la porte ; c’est une campagne, au moins, par l’ennemi (sic).

Le 19. — J’ai eu l’honneur, Monsieur, de vous écrire, hier, des bonnes nouvelles de Carillon du 6, par M. de Joannès. Je les ai encore meilleures du 15, avec le détail de l’action du 13; mais c’est M. de Villeray> qui en est le porteur. Celle-ci vous ajoutera que plusieurs de mes officiers et soldats voulaient y marcher ; mais l’ordre de M. de Vaudreuil étoit que cela roulât sur la Durantaye ; cependant d’Hébécourt a fermé les yeux sur ce que M. de Forsay, lieutenant au régiment de la Sarre, et d’Arennes, cadet nommé à une lieutenance en second de grenadiers, dans Languedoc, y ont été, et les sauvages disent que ce sont deux bons hommes. Langy, qui a marché, a eu la plus grande part à l’affaire, en cernant les Anglois. La Durantaye et la colonie ont entouré avec une valeur de leur âge et moins d’expérience. On aurait fait trente-cinq à quarante prisonniers, mais on a tué. Il pouvoit y avoir sur

A M. DE BOURLAMAQUE

deux cent trente hommes, quarante Canadiens. Saint- Jean, interprète outaouais, s’est très distingué.

Mme de Yaudreuil disoit ce matin : M. le général, les Anglois disent bien que vous êtes un grand général. Le P. Floquet : tout est d*i à votre prudence et à votre bonheur. Elgaud pleuroit de joie et de chagrin de la perte des sauvages. Saint-Sauveur disoit sa phrase favorite : Eogers est tué, c’est complet, habit, veste et culotte.

Les commissions du 14 janvier sont datées de New- York, signées London ; voici les qualités : Son Excellence le comte de Loudon, lord de Mackline, et un autre dont j’ai oublié le nom ; l’nn des seize pairs d’Ecosse, gouverneur de la Virginie, vice-amiral d’icelle, colonel du 13me régiment, colonel de Eoyal-Américain, major général de toutes les forces de Sa Majesté britannique, levées et à lever dans l’Amérique septentrionale. Brûlez mes lettres.

Le 21. — Je souhaite que M. de Joannès vous trouve, mon cher Monsieur, en très bonne santé : tout est fort tranquille, ici ; les Anglois toujours à leur camp. J’en ai eu des nouvelles d’avant-hier. Marin est encore en parti, de même Hotchig. Langy Montegron est rentré dans la carrière, le bras en écharpe, un pistolet à la main ; l’émulation venoit pour ce genre de guerre. M. Dumas l’avoit éteint : intrigue, jalousie, misère. Les capitaines de la colonie sont partis, partent ou briguent de partir. Je resterai jusqu’au dernier moment, avec la' jeunesse. Eaymond, La Boche, Vermot et Degaus, capitaines, tous trois nés en France. Vous aurez la

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Eeine et Berry, fort aise tous deux et Languedoc autant de se rapprocher de Montréal.

Mes compliments à M. Doreil, de vous à moi, exhortez le à ne pas tout gâter par le ton d’importance. Je compte n’être à Montréal que du 15 au 20.

Tout le monde trouve qu’il fait froid; j’ai encore mon habit d’été. J’ai écrit ce que vous voulez : éloge des talents, blessure énorme, mauvaise santé, crainte qu’elle ne vous permette pas la campagne prochaine, etc : D’Hébécourt a été à la tête des travaux poussés avec vigueur, à la toise ou à prix fait. Si vous voyez les dames, mes compliments ; et à Mme Marin, que j suis fort son ami, son serviteur ; que son mari partira au retour de cette course qu’il a voulu faire proprio motu, car il m’a persécuté.

Le 25. — Je fais passer sous vos yeux, mon cher Bourlamaque, la lettre que j’écris à M. l’intendant, à l’égard des souliers qu’il veut nous donner en payant.

Il faut attendre à l’extrémité, et lorsqu’on se déterminera à en donner, que ce soit également pour chacun des huit bataillons. A l’égard des bonnets dont M. 1 intendant n’a plus que quatre cents à donner, ma foi, il vaut mieux n’en donner à aucun bataillon, et les payer en argent. Voilà mon avis.

Je voudrais bien que la très jolie et brillante action de la Belle-Rivière fût suivie d’une plus considérable. Je vous souhaite une meilleure santé. Je ne compte pas sur les ennemis, cet automne, quoi qu’on en dise a Montréal. Je n’ai point renoncé à aller à Québec; je

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compte même y passer une partie de l’hiver ; vous pouvez le dire à Doreil, à la rue du Parloir, et laisser croire à tous les autres ce qu’ils voudront.

P. S. — Dites à Joannès qu’il s’arrange pour que son bataillon occupe les quartiers du gouvernement des Trois-Rivières ; la Pleine devant aller dans les leurs. Je n’ai pas le temps de répondre ni à Dernier ni à M. de Pontleroy.

Le 27. — MM. de Surimeau et d’Hert, mon cher Bourlamaque, prendront vos ordres pour leurs quartiers qui seront ceux que Berry occupoit jadis, et ceux de Languedoc, à la Reine. Je les charge l’un et l’autre de vous rendre compte et vous communiquer un règlement de M. de Vaudreuil, rendu de concert, mais dont la condition pourroit être mieux. D’ailleurs, à l’ordinaire, comme l’année dernière, je vous souhaite force santé.

Il paroît que les ennemis s’en vont et hiverneront au lac Saint-Sacrement ; pas en ce cas, la colonie Québecquoise... les deux de Berry. La Reine (partira) le 1er et le 2. La colonie des Trois-Rivières. Languedoc, le 3 ; celle de Montréal, le 4 ; La Sarre et Béarn, le 6 ou le 7 ; Royal-Roussillon, Guyenne, le 7 ou le 8. Garnisons : quatre cents hommes dont trois cents troupes de terre, cent colonie ; et Saint-Frédéric, colonie, cent quatrevingts. Manneville n’ira à Québec qu’avec moi. Que votre santé soit meilleure, voilà tous mes souhaits.

P. S. — Le chevalier de Lévis se médicamente pour des hémorroïdes dont il souffre.

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Le 31.- — M. le marquis de Yaudreuil m’a écrit pour me confirmer, Monsieur, le traitement accordé par M. l’intendant. Je pars le 4, et tout le monde sera parti le 6. J’ai chargé les premiers colonels de Berry de prendre vos ordres; ceux de la Reine et Languedoc de vous rendre compte. Si Privât vous écrivoit pour pouvoir être établi de sa personne aux Trois-Rivières, faites-le : il seroit également à portée de ses quartiers, et prévenez-en l’intendant.

Le 5 novembre. — Vous vous intéressez, Monsieur, ainsi que moi, à M. d’Arseval, qui est un vrai panier percé; grondez-le bien, accoutumez-le à vivre de peu.

MM. de Berry ont promis du l’établir dans quelque quartier, qu’il y passe son hiver sans faire aucune dépense. Voyez de convenir avec S urimeau de ce qu’on lui donnera, par mois, pour appointements, dont la retenue sera faite à l’arrivée de ses lettres. Il s’est avisé de prêter, à ce qu’il m’a dit, cent soixante livres au petit la Naudière. Je l’en ai bien grondé, comme M. Gaillard qui s’avise de lui vendre une montre à crédit, à qui il doit trois cent dix livres. Voyez que le petit la Naudière ne remette point l’argent à M. d’Arseval, mais faites-le remettre à M. Gaillard, à-compte ; parlez-en à la mère.

Au reste, le moindre mécontentement que vous puissiez avoir de M. d’Arseval, mettez-le-moi en prison ; c’est un vrai service que vous lui rendrez, et dont il vous aura obligation, un jour, et à moi.

A M. DE BOURLAMAQUE

A Montréal, le 9 novembre 1758.

J’apprends, Monsieur, qu’un commis du munitionnaire part pour Québec, et j’en profite pour vous écrire et répondre à la lettre du 23. Je vois que vous avez obtenu de l’intendant l’eau-de-vie pour les officiers nommés et non pourvus de lettres ; question à vous faire, pour que les cinq bataillons, dont j’ai les aidesmajors, ici, soient uniformes, avec les trois autres ; cela ne doit, ce me semble, s’entendre que pour les officiers, nommés le 4 novembre, et à qui j’ai fait faire la campagne comme officiers ; à l’égard de ceux nommés cet été et qui n’ont pas fait ce service, je douterois ; en tout cas, ils ne peuvent prétendre que du jour de leur nomination, 25 juillet. Au reste, dans le doute, j’ai dit aux cinq aides-majors d’ici, de ne prendre que pour les premiers, sauf à y revenir. A l’égard des corps de garde, la demande indiscrète et jalouse de ceux qui sont dans le gouvernement de Québec fera perdre peut-être pour cette année, au moins pour la prochaine, cet avantage à ceux de Montréal ; cependant cette différence est commune, car souvent, en Italie, les troupes du L... sont mieux pour des petits avantages que celles du Milanois ; mais nous n’avons pris dans nos huit bataillons de l’esprit d’union qui doit y avoir dans une famille, que celui de jalousie, qui empêche un père de rien donner, crainte de ne pas contenter ceux à qui il donnera, et mécontenter ceux à qui il ne donnera pas. Si l’intendant veut savoir l’origine de cette faveur ou abus, que je n’ai su qu’en avril 1758, sur un démêlé entre Tourville, capitaine de Bearn, et son hôte, l’hiver de 1755 à 1756, avant mon arrivée, dans ces

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temps heureux, où le modeste n’avoit rien et le demandeur a voit tout, Yarin accueillit une demande par écrit du petit Malartic. Lapause se fit adjuger idem. Languedoc n’en fut pas instruit et n’eut rien. La Reine étant en garnison de 1756 à 1757, cela fut accordé sans que je n’en aie jamais rien su, comme chose de règle et d’usage, et continua à la Sarre, Royal-Roussillon, Béarn. Languedoc étoit en garnison, l’hiver de 1757 à 1758, idem, par l’avis de Martel, inspecteur, qui, élevé dans de bons principes, dit à son frère timide : c’est de règle. Au reste, moins d’inconvénients ici, parce qu’il n’y a pas un quartier par compagnie.

Aroilà le fait et l’origine, car à tous les abus, qu’on' examine bien, la source ce sera toujours dans le peu de règle et d’ordre des chargés de la manutention, en 1755 et 1756.

A l’égard de ma lettre à Bernier pour les propos nécessaires, par les plaintes du marquis de Yaudreuil, il a été content de la réponse; on lui a voit écrit de Québec, peut-être Dumas, esprit porté à la petite intrigue ; de plus, je surpris Deschambault, soit bavardage, délation ou méchanceté ou basse flatterie, accusant nos officiers de propos indiscrets, sur les malheurs de l’arrière-saison, sans en nommer aucun. Oh ! certes, comme je le surpris, comme on dit, volant dans la poche, il fut obligé, ainsi que le marquis de Vaudreuil acceptant, d’essuyer une leçon sur ce point, forte, respectueuse, longue, les faisant souffrir tous deux, car vis-à-vis de Deschambault qu’elle regardoit seul, cela ressembloit à des coups de pied dans le ventre, qu’on a demandé la permission de donner à quelqu’un qui ne

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peut s’éviter de les recevoir. Je souhaiterais que cela corrigeât les rapporteurs et ceux qui les écoutent.

Au reste, c’étoit bien le moment convenable, nous n’étions que nous trois, et il aclievoit son rapport dont il 11e pouvoit disconvenir ; j’avois ouvert brusquement la porte, j’arrivois à la fin des phrases, et le gouverneur général échauffé me demandoit justice, en général contre tout le monde, et j’avois adressé ma lettre à Bernier, pour que tout le monde la vît, leçon bonne pour le passé ou l’avenir, si elle n’étoit pas nécessaire pour le présent. M. de Richelieu a arrêté les chansons à Montpellier. J’arrêterai les mauvais propos tendant à l’insubordination, au moins en public. Dans le très particulier, cela m’est égal, portassent-ils sur le Roi, l’image de la divinité ; alors ils ne troublent pas la société.

La vie est aussi plate qu’ennuyeuse, et c’est bien du temps perdu. Notre brigadier passe la sienne où vous vous doutez, dîne deux fois la semaine chez M. de Vaudreuil, autant à mon petit ordinaire ; pour moi je sors peu ; jamais reclus n’a mieux gardé la retraite.

Je ne vais nulle part, ou du moins si peu que c’est de même ; j’ai même en général retranché ma petite visite du matin, mais les jours impairs, je vais faire un ou deux partis de tri avec mon général, et les jours pairs, je lis au coin de mon feu ; aussi ai-je entrepris la lecture de suite du Dictionnaire Encyclopédique, en sautant les articles que je ne veux pas savoir, ceux que je ne puis comprendre. Je m’observe fort sur le manger, je digère mal, et Masse dispute vis-a-vis de

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moi une médecine. Il faut croire que Québec m’égayera plus, et cela ne sera pas difficile, car je m’ennuie bien. J’aurai dans quelque temps quarante-sept ans. La dignité de maréchal de France me flatteroit autant qu’un autre ; il seroit beau de l’avoir dans six ans, mais l’acheter par cette vie seroit trop cher.

Avez-vous vu à Québec, la sotte lettre du brigadier Jean Wolfe au sergent de P... ; c’est le commandant anglois des troupes descendues à Gaspé. Tout est enfin arrivé à Carillon, où la garnison prenoit son mal et laprivation d’équipement en patience : Trois Berry ont déserté. Du Fa}q Outlas à la guerre vers Lydius, un parti de la Présentation vers Corlar, sans aucun officier. L’ Anglois fait reconnoître la rivière des Chéroquis ; avoit envoyé des déserteurs émissaires pour soulever les nègres et la garnison des Illinois ; mais M. de Macarty a fait casser la tête à un, que le conseil de guerre a jugé ; trois déserteurs arrivés du fort Duquesne apprennent ce que l’on savoit déjà.

Le 11 novembre. — Celle-ci, Monsieur, est pour vous informer de mon arrivée, ce n’est pas sans peine. Coup de vent où le chevalier de Lévis a couru plus de risques que moi ; il a embarré, et je suis arrivé à Saint-Jean quarante-huit heures avant lui. J’oserois dire cependant que mon bateau portoit César et sa fortune. Je souhaite que votre santé se rétablisse, et j’en ai bien de 1 impatience. La mienne est fatiguée, et j’espère la rétablir par un peu de repos. J’ai trouvé jusqu’à présent que tout est ici ut semper et in scecula sœculorum , amen.

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Nulle nouvelle delà Belle-Rivière ; on est inquiet du retour des bateaux de Niagara, vu la saison.

La seule chose raisonnable que j’aie ouï-dire est une ferme résolution de ne faire aucun parti d’hiver. D’ailleurs, je laisse parler guerre au premier ministre et à tous les ignorants, tant qu’ils voudront. Beaucoup de politesse et d’honnêteté aux dames, et n’oubliez pas Mme Marin et son époux, qui est un très brave et bon officier, comme je ne cesse de le dire. La seule nouvelle de la ville, c’est le départ de Dumas avec son congé absolu de la belle veuve.

Le 15 novembre. — Je dois réponse, Monsieur, aux deux lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 9 et le 12. Tout se fait tard et trop tard, on le dira toutes les années, sans y remédier. Il faut, à la vérité, convenir que le froid a été prématuré, ce qui a occasionné une mal-aisance à nos bataillons, incroyable, aux envois pour Niagara, à leur retour aux deux cents hommes qui vont à la Présentation, et du retard dans l’expédition des équipements pour Carillon, etc. M. le chevalier de Lévis, qui me charge toujours de mille choses pour vous, a couru quelque danger, ayant (amené) Languedoc, dont j’ai encore ici le débris, la Sarre, Royal-Roussillon, Guyenne et Béarn. Les ouvriers, laissés avec M. Desandrouins, les canonniers avec Jacquot, tout cela a eu de la misère, mais arrivés sains, sans autre perte que des fusils brisés, des baïonnettes, des tentes pourries, et un soldat de Boyal-Roussillon blessé, dont la main a cassé en ramant, accident du mois de juin. Berry et la Pleine achèteront peut-être plus cher

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d’être près de la capitale ; cependant, j’évalue leur perte à six hommes. J’ai même peu de malades.

... La perte des équipages, au moins pour mes huit bataillons, médiocre ; j’ai eu le temps d’y pourvoir, il n’y a que du retard. Fontbonne et Lapause m’ont bien secondé. Si le sud-ouest peut durer deux ou trois jours, Carillon recevra encore tout. J’ai resté vingt-quatre heures à Saint- Jean pour le désordre, et bien envoyer des ordres au nom deM. de Vaudreuil, qui n’en donnoit point. Les bateaux, si on exécute les ordres, seront en général conservés dans cette partie ; n’importe, c’est toujours un malheur, et quoique je n’aie rien à me reprocher et à m’applaudir de ma diligence, j’eusse décampé huit jours plus tôt; et j’ai bien résolu, ordre ou non, ennemis ou non, de décamper....

J’ai pensé comme vous, Monsieur, sur la nécessité de retourner chacun dans son quartier, et j’en ai donné l’ordre pour Berry, la Sarre, Guyenne, Boyal-Boussillon. Vous me parlez toujours de votre santé en mauvais termes, tant pis ; mais dites-moi s’il est vrai, comme Joannès l’assure, que nos huit chirurgiens, Arnoux à la tete, se soient trompés lourdement, et que vous n’ayez jamais eu la clavicule cassée ; je le voudrais, parce qu’il me semble qu’il y aurait à gagner pour vous. A l’égard du chevalier de..., j’ai demandé sa retraite, nommé à sa compagnie, fait son arrangement ; je l’embarquerai d’autorité, lan qui vient.... Sa famille distinguée dans une province quasi la mienne, y feroit honneur, le corps en tout pour l’honneur de la noblesse, et de son ordre, auquel je suis très dévoué. Je me ferais un devoir et un plaisir d y satisfaire ; car j’ai regretté et regrette,

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dans mes accès d’imagination folle et romanesque, sans être comme le chevalier de..., de ne m’être pas fait chevalier de Malte, pour mourir grand-maître. C’est le sang des Glozon qui coule dans mes veines.

Je suis bien aise que l’intendant ait été content de ma dernière lettre, qu’il se console ; car j’ai été bien mécontent de mes officiers, du ton des propos. J’y ai mis de mon coté, bien de l’humeur, de la dureté, de la remontrance, de la réprimande, et tout en tremble, et l’avenir sera plus raisonnable par la crainte et l’annonce que je leur ai faite, d’une sévérité grande ; tous ne le méritent pas, mais j’ai grondé tout le monde ; d’ailleurs, peu m’importe qu’ils soient contents ou non, je saurai toujours faire patte de velours cpiand je voudrai, et puis le premier ne doit jamais avoir le tort, considérant ni ménageant. J’ai été le plus mécontent du premier au dernier de la Eeine, le plus de la Sarre et Languedoc, assez de Guyenne, médiocrement des médiocres de Berry. Je vous envoie une lettre de du Vernys ostensible, une apostille pour vous seul, que vous brûlerez avec cette lettre-ci. La Belle- Uivièro sauvée pour cet automne et cet hiver, perdue pour le printemps par manque de vivres ; et les ennemis établis a la ri\ iere Attigué, la tournent, rompent la communication. Il ne me reste qu’à vous parler de mon départ d ici, en carriole, au 30, pour être à Sorelle 1er de l’an, chez lavandière ; mais si je m’ennuie bien fort, je suis homme à partir vers le 20. Je l’écris comme cela à la Kochette ; le papier me manque, mais on ne peut vous etre plus dévoué assurément, plus votre serviteur et votre ami.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

Bougainville m’a écrit que vous approuviez mes idées.

J’ai raisonné défensive avec M. le marquis de Vaudreuil ; il sera obligé d’en venir à renoncer à la Belle- Eivière, dût-il en perdre les pays d’en haut. Marine sur le Lac, forte garnison à Niagara, bonne tête pour y commander avant le 1er juin, en force à Carillon, et un corps à rassembler pour Québec, où j’espère que l’ennemi ne viendra pas ; c’est le point qui m’embarrasse le plus.

On dit qu’il reste un petit bâtiment à partir. J’hasarde trois lettres, dont une pour le maréchal de Belle- Isle dans mon paquet à la Bochette.

C’est avec peine que j’ai accordé la permission à la Mothe d’aller à Québec, d’autant que j’ai été mécontent de lui au camp. Je lui ai bien dit qu’il eût à se conduire avec circonspection, ou que je le ferois repartir.

Le 27 novembre. — Voici réponse, mon cher Bourlamaque, à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 22. On m’écrit vaguement la perte de Berry à sept ou huit hommes, s’entend des étrangers qui n’en savent, et je m’en rapporte, comme de raison, à ce que vous m’écrivez.

Il est certain que dans le bon ordre, il y a trop de capitaines de Berry et de la Beine à Québec ; mais je me lasse du bon ordre, d’être le pédagogue et le loup gris des bataillons qui, d’un autre côté, vous disent quand cela ne seroit pas vrai : — Je vis meilleur marché. Aussi me suis-je réduit à un officier par quartier, et j’ai eu de la peine à le trouver dans Béarn. Pour Guyenne,

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Eoy al-Eo ussillon idem, tous à la côte, hors Cornier, Manneville, Bellot, d’Aureillan pour Québec, et départ pour ici. La Sarre idem, hors Beaudoiu. Vous avez bien jugé de M. Dayman, mauvais sujet du côté du cœur et de l’esprit, et à perdre, sans scrupule, s’il se mettoit dans le cas. J e suis cependant persuadé qu’on sera plus circonspect à l’avenir, et que la Mothe le sera sur tous points ; en tout cas, je le ferois repartir. Il est vrai que de toutes parts il n’est question que de la beauté d’une dame du Parloir ; je l’ai toujours trouvée aimable, et plus d’esprit qu’on 11e croit. Je lui ferai, volontiers, ma cour, sans autre vue, et je suis très attaché, sans réserve, à toute la rue, et Marin a dû s’en apercevoir ; car il a dû être content de moi : son zèle le mène quelquefois plus loin que je ne voudrois. Je n’en dirois pas autant de tous. J’étois bien sûr, malheureusement, que vous aviez eu la clavicule cassée, mais on gobe tous les sots propos. Le chevalier de Lé vis ira à Québec, parce qu’il l’a écrit, mais je doute qu’il y soit plus de huit jours, et je ne sais quand. lime charge de ses compliments pour vous.

Les nouvelles de la Belle-Bivière sont du 31 par l’arrivée de Eocheblave. Le hasard l’a sauvé, surpris à l’action du 13 *. Mutinerie, sédition dans les Canadiens pour revenir à Montréal. La seconde action due à M. Aubry, homme désintéressé, les officiers occupés de gain, et volent comme des mandarins ; le chef donne l’exemple, reviendra avec trois ou quatre cents mille livres, le plus petit enseigne qui ne joue

Défaite du major Grant devant le fort Duquesne.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

pas avec dix, douze, quinze mille livres. Les sauvages bien disposés par une circonstance heureuse, n’aimant pas Des Ligneris, qui s’enivre journellement. Les magasins volés, des certificats qui vont arriver pour des sommes. Des conseils de guerre à tous moments, où, le dernier enseigne opine toujours abandon, retour à Montréal. Rocheblave y a ouvert un avis militaire, suivi de du Yernys et Corbière, trois fous de françois. Rocheblave enfin, dauphinois n’en dira rien, ni à M. de Yaudreuil, ni à M. Bigot, crainte d’être perdu, et fera bien. Personne ne veut aller en découverte, on a accoutumé les sauvages à se faire payer, ainsi que les Canadiens, pour y aller. C’est de quoi pleurer, je n’en ai pas dormi, et je crois que si la guerre dure, il y a à gagner de la perdre. Au reste, Bougainville m’a écrit que vous avez goûté toutes mes vues, et notamment in extremis ma retraite à la Louisiane, pourvu que le ministre l’ordonne à Yaudreuil, et que celui-ci y travaille d’avance. Canots nécessaires pour seize cents hommes d’élite, huit cents Canadiens avec les vivres en biscuits, lard, farine, quelques marchandises, porcelaine, colliers, quelques caisses de fusils, etc. Je me charge, Belle-Rivière occupée ou non, de vous mener aux Illinois, quand même l’ennemi seroit maître de Québec et Saint-Jean. Quatre jours d’avance me suffisent, et des certificats payables à la Louisiane.

Je laisseras ici le reste pour suivre le sort général* J’ai tout le détail sur ce. Péan, de la Reine, hors de danger. Yassal épouse jeudi Mlle de la Perrière, et mardi, grande cérémonie et festin, où M. et Mme de Yaudreuil. Le chevalier de Lévis et moi, pour la pro-

A M. DE BOUELAMAQUE

fession de la sœur de Mme Le Mercier, c’est une fille à la Bru ère.

Bien n’est mieux que vos sages précautions pour éviter les désordres de la part des soldats venant en ville. Je crois que les Anglois 11e renoncent en aucune façon à leur dessein sur la Belle-Rivière. Rocheblave qui a été en découverte depuis le coup de M. Aubry, a vu marcher de l’artillerie de Baystown; au moins, est-ce pour hiverner. A leur premier abord, Des Ligneris abandonne et se retire au fort Machault ; il me paroît même que tout le monde le fait à son camp, à son fort, jusqu’aux sauvages, simples soldats.

Bellestre ayant dit que le Détroit pou voit nourrir onze cents hommes, Rocheblave vouloit qu’on y envoyât ceux qu’on a renvoyés à Montréal, pour les avoir plus tôt au printemps ; d’ailleurs Des Ligneris a dit n’avoir de vivres que pour dix-huit jours ; cela n’est pas exact, il y avoit dans les entrepôts de quoi marcher à l’ennemi, huit cents sacs à avoir dans trois ou quatre jours. Benoist, à la Pointe-au-Baril, se conduit en galant homme, et homme de guerre. Se plaint; à moi amèrement et inutilement des lettres dures qu’il suppose que M. de Vaudreuil signe sans lire, et qu’il croit dictées par Le Mercier. Passez-moi le désordre de ma lettre, il ressemble à celui de mon imagination, car je n’ai pas dormi, toute la nuit, des voleries de la Belle-Rivière et de l’ineptie. Pauvre Roi! Pauvre France ! cara patria. Brûlez ma lettre, car ces horreurs ne seront jamais crues, et si vous vous en affectez, comme moi, la maladie augmentera. Adieu, mon cher Bourlamaque, guérissez et retournons sous un autre climat.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

Le 29 novembre. — Nulle lettre, mon cirer Bourlamaque, qu’un paquet de gazettes jusqu’au 30 juin, lettre au chevalier de Lévis par Mme de Eotembourg (sic), qui lui dit des tendresses au lieu de nouvelles. En vous remerciant des vôtres, la suite à vous écrire : d’après M. Prévost, brigadier commandant au fort Lydius, c’est le rappel du général Abereromby pour n’être pas venu noirs attaquer, et son remplacement par le général qui commandoit les troupes de terre de Louis bourg. Je crois cependant que vous conviendrez que nous pouvons assurer, avec vérité et sans avantage, que les Anglois devroient lui savoir grand gré de ne l’avoir pas fait.

Nos ministres changent si souvent que j’aime mieux la protection de Cadet pour avoir du vin à cent écus, la campagne prochaine, que celle d’aucun de ces messieurs. M. de Yaudreuil a reçu deux lettres de M. de Massias, dont il nous a lu une d’un bout à l’autre, dime de Saint-Sauveur ou de quelque commis de bureau. 11 a cependant ajouté que son ministre écrivoit joliment.

Le 9 décembre. — Ne voulant, Monsieur, laisser échapper aucune occasion, sans avoir l’honneur de vous écrire, je profite de celle de M. de Rocheblave. De ne pas voir arriver de courrier de Québec nous fait croire que la goélette, arrivée de France, ne sera peut-être pas arrivée jusqu’à Québec, et n’aura pu repartir ; léger inconvénient. C’est du départ pour la France que je parle.

Les Canadiens du dernier convoi, parti pour Niagara,

A M. DE BOURLAMAQUE

dans l’arrière-saison, sont arrivés, hier, ayant laissé leurs bateaux à la Pointe-Claire et à Lachine.

Les derniers bateaux envoyés à Carillon pour porter des pois n’ont pu arriver qu’à Saint-Frédéric, et sont revenus, à quatre heures, de Saint- Jean.

La seconde barque, v expédiée tard pour Carillon, est dans l’embarras pour revenir, et je ne puis bien concilier le texte que m’écrit d’Hébécourt, avec ce que m’a dit, hier, M. le marquis de Vaudreuil, sur l’endroit où elle est en station. La première barque est depuis longtemps de retour à Saint- Jean.

Le parti d’Outlas n’a pas pu faire, étant découvert, toutes les belles choses qu’il se promettoit.

Ils ont pris deux soldats de la compagnie de Eogers, qui disent seulement qu’on travaille à palissader l’île où logent les compagnies de Eogers ; qu’il n’a que deux cent vingt hommes avec lui, qu’il attend deux autres compagnies qui sont à Orange, et qu’ils croient qu’il y a environ six cents hommes au fort Lydius, et un poste de cent soixante hommes retranchés au fort Miller (sic) ; d’ailleurs, ces deux prisonniers ne savent aucune nouvelle.

Il vient de nous arriver par Carillon, quatre Canadiens prisonniers, dont un officier prisonnier, pris le jour de l’investissement du fort George. Je vous joins sa déposition.

P. S. — On a eu des nouvelles de M. Bonneau, se portant bien, et les autres officiers ayant grand soin également des Canadiens et soldats, et leur doimant leurs besoins.

LETTRES DU MARQUIS DE MOXTCALM

Le 9 décembre. — L’arrivée du courrier engage M. de Roclieblave à attendre ; et j’ai l’honneur, Monsieur, de vous répondre à la lettre que vous m’avez écrite le 4.

Je ne commis pas même de figure M. de Brenilli, du moins, je n’appliquerois son nom sur sa physionomie; tenez-moi cet officier longtemps en prison, et faites passer à ce quartier quelqu’autre lieutenant, si vous le croyez nécessaire, et entre le temps que vous l’aviez tenu, huit jours de plus pour l’impertinence de m’aller citer et compromettre dans une lettre à M. l’intendant.

Quant à Badelard, j’écris à M. Bernier une lettre pour qu’il soit rayé, et que l’on attache à ce bataillon, ou Einery ou Hameau. Je réponds à sa protectrice, la mère Saint-Claude, que c’est un homme incorrigible, et mon avis à la Rochette, qui intercède pour lui, idem. Cependant vous êtes le maître et dites-le à Bernier, gardez-le dans le dernier cas (car toute la famille, ou pour mieux dire celle de sa femme, sollicitera), que ce soit à la satisfaction d’Arnoux, et trouvez moyen de vous faire solliciter par M. l’intendant : inspirez cela, autrement refus à tout le monde. A l’égard du quinze au Palais, peu m’importe, mais non ailleurs. L’ordre des jeux de hasard est plus adressé à l’intendant qu’à moi, et je ne donnerai jamais d’ordre relatif à sa maison, qu’autant qu’il m’en requerrait. L’intendant se plaint de quelques abus sur la distribution des équipements (ce qui est, et peut être ; je fais passer sous vos yeux, ma réponse,) pour que vous soyez instruit, et puissiez y faire conformer Berry et la Reine ; car, ayant ici Joannès, j’instruis Languedoc.

A M. DE BOURLAMAQUE

Comme on écrit beaucoup de Montréal à Québec, j’aime mieux vous dire que, hier matin, à l’occasion de l’officier de milice qui disoit que l’on étoit consterné, lorsque je faisais le siège du fort Guillaume-Henry, et que Webb avoit grand peur, qu’il n’y avoit personne à Orange et New- York, et que l’on auroit pris avec facilité Lydius, M. le marquis de Vaudreuil rabâcha beaucoup sur cela, moi présent à la fin, avec beaucoup de modération, (car les assistants et le chevalier de Montreuil assurent) je lui dis mes raisons pour n’y avoir pas marché, qu’il ne falloit pas se repaître de cl arrières.

Jïnterpellai M. Le Mercier qui fut de mon avis et défila, et n’osa pas rester davantage, et je conclus par lui dire modestement que je faisois de mon mieux à la guerre, suivant mes foibles lumières ; que, quand on n’étoit pas content de ses seconds, il falloit faire campagne en personne pour exécuter ses propres idées. Les larmes lui en vinrent aux yeux, et il mâcha entre ses dents que cela pourroit être. La conversation finit de ma part : — j’en serai comblé, et je servirai volontiers. Mme de Vaudreuil voulut s’y mêler : — Madame, permettez que, sans sortir du respect qui vous est dû, j’aie l’honneur de vous dire que les dames ne doivent pas parler guerre. Elle voulut continuer : — Madame, sans sortir du respect qui vous est dû, permettez que j’aie l’honneur de vous dire que si Mme de Montcalm étoit ici et qu’elle nous entendît parler guerre avec M. le marquis de Vaudreuil, elle garderoit silence. Cette scène, devant huit olficiers, dont trois de la colonie, sera brodée, rebrodée ; la voilà telle. Je lui parlai des vivres, et je lui dis : M. l’inten-

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

dant, qui est l’homme du Eoi comme vous, Monsieur, et qui, sur cette partie, doit être instruit, m’a écrit dans le temps, qu’il étoit de mon avis, et qu’il n’avoit pas de quoi nourrir l’armée, passé le dernier août. Nous étions au 9. Quoique sûrement Le Mercier le lui écrira, car il a dû entendre cette phrase avant d’avoir défilé, vous pouvez lui dire comme de vous même, avec confidence,, si vous le jugez à propos, si non mot. Le chevalier de Lévis qui entra ne se serait pas douté de la conversation, vu mon air tranquille, et j’y fus le soir, à mon ordinaire ; et ce matin, je porte un bel œillet, qu’on m’envoie dans le moment, à Mme de Vaudreuil ; maisc’est odieux.

A Montréal, le 7 mars 1759, au soir.

Vous voyez, Monsieur, que me voilà arrivé en deux jours, et comme le courrier part demain, je me hâte de vous écrire pour commencer notre commerce de lettres. J’ai trouvé le chevalier de Lévis en bonne santé. Le détachement de cent cinquante hommes, commandé par M. de Celoron, est parti. Les Oneyouts, émissaires de Johnson, sont toujours retenus ici par des festins.

Eéaurne travaille à une nouvelle recherche de grains ; les recensements vont être finis. On compte (et c est pour vous seul), sur sept mille hommes du gouvernement de Montréal ; et mille de celui des Trois- Li\ îeies, en faisant tout marcher. Je ne vois pas que, sauf le détachement de Niagara, nous fassions mouvement avant le 20 mai. Je n’ai pas encore vu M. de Vaudreuil.

A M. DE BOURLAMAQUE

A Montréal, le 8 mars 1759.

(Ce qui suit est line amère moquerie à l’adresse de Vaudreuil. Montcalm lui met dans la bouche toute une suite d’inepties).

On vous emploiera quand il sera temps, Monsieur. Refus de Marin, j’en écris à la dame. Montigny ne va pas à la Belle-Rivière, mais destiné à tenir le poste... de Frontenac, avec "cinquante hommes. Bouchot à Niagara, avec cent cinquante des nôtres et trois cents Canadiens. La Belle-Rivière; on s’y maintiendra. Secours des Illinois, du Détroit, affection des sauvages, difficultés aux Anglois. L’Acadie, on la replie ; on ne la replie pas, on la tient. Témiscouata pour attendre de savoir si on viendra à Québec. Carillon, ce ne sera qu’une feinte ; la côte de Québec, la paix, ou une escadre, ou de puissants secours. Niagara, j’y envoie Pouchot ; d’ailleurs, Monsieur, ils n’y iront pas, qu’ils n’aient rétabli Chouaguen. J’ai craint pour la Pointeau-Baril, ma foi, j’y ai six cents bons hommes. Que feront-ils, Monsieur, avec quarante-cinq mille hommes ? Ils rétabliront Chouaguen, et encore, s’il n’arrive des vivres et des secours de bonne heure, je pourrais bien y envoyer, et, quand ? Mais en juillet travaillera-t-on à Québec? Je n’ai pas de vivres ; entrera-t-on de bonne heure en campagne ? Mais au 20 mai je n’ai pas de vivres.

Si, à la navigation, on alloit reconnoître des positions à Saint-Jean, voyez-vous, Monsieur, j’attends des nouvelles de France ; mais si l’ennemi vient à Carillon, nous marcherons où les vivres. Oh ! mais nous avons à Carillon pour un coup de main, pour trois mille

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

hommes, pour un mois, à commencer du 1er mai ; mais à Carillon j’en voudrais à la navigation, moitié à Saint- Frédéric. A Carillon, on les trouvera toujours. Avonsnous du biscuit à Saint- Jean? Mais non, maison en peut l'aire. Espérez-vous de votre recherche de grains ? Les dîmes des curés, les moutures produiront quelque chose.

M. l’intendant croit qu’il y a dti blé, qu’on le cache ; ma foi, il a tort. Mais, voyez- vous, Monsieur, je crois la paix, ou de puissants secours et de bonne heure ; la Hollande, voyez-vous. J’ai parié dix louis pour des nouvelles au 10 mai. Au 10 mai, je le crois bien. Ah! mais en aurons-nous ?

Yoilà ma conversation.

Les chapeaux étant rares, le chevalier de Levis a un bonnet fourré à la polonaise ; plusieurs des nôtres ont imité. M. de Vaudreuil le désapprouve aux colons ; ma foi, je ne sais autre chose. Je vais commencer le troisième volume de l’Encyclopédie, et je vois tout couleur de rose. Bonsoir, Monsieur. La guerre de la Belle-Rivière va être pour M. le marquis de Yaudreuil 1 aimee de Flandres, et celle de Carillon, l’armée d Italie : On dit : — 1 Anglais trouvera à qui parler. Le convoi des Illinois viendra par les Oyatanons et Apalaches. Le Mercier dit non, et tout le monde a peur ; mais devant le Roi on se rassure. Adieu, Monsieur, on ne peut vous être plus dévoué.

I . S. L histoire de mon empoisonnement s’est renouvelée dans le gouvernement de Montréal, il y a quinze jours, et a été à M. et à Mme de Yaudreuil. ' Elle en a

A M. DE BOURLAMAQUE

bien rebâché, et le peuple disoit : on veut donc vendre le pays. Au reste, je n’aime pas ces bruits. Ne parlez jamais de crime aux hommes.

Le 11 mars.- — M. Porlier part demain, et je profite de toute occasion, Monsieur, pour avoir l’honneur de vous écrire. Voilà les dernières nouvelles de Carillon : Il pleut ; il dégèle ; ce qui est pis, c’est qu’il pleut de l’ennemi, heureusement il ne tue pas, et je ne crois pas qu’une autre année, s’il faut passer encore un hiver en Canada, je quitte Québec d’aussi bonne heure.

Le recensement est fini ; plus d’hommes qu’à celui fait il y a trois ans, non que la population ait augmenté, mais parce qu’il avoit été mal fait.

Beaucoup trop cle guérets à faire; beaucoup d’habitants manqueront de semence ; rareté dans l’espèce des bœufs, et eucore plus dans celle des moutons.

Les sauvages de la Présentation disent en plein conseil : — Nous t’avons averti trois semaines à l’avance de Frontenac, c’est ta faute, nous t’avertissons et tu ne veux pas nous croire ; nous nous retirerons. C’est ce qui fit partir le détachement.

Le Mercier ne désempare pas le cabinet, et il me semble que Saint-Sauveur domine encore plus qu’autrefois ; pour moi, je me tiens et tiendrai clos et couvert, et lorsqu’on m’emploiera, avec quelles troupes et quel nombre que ce soit, si je ne sauve pas ce malheureux pays, je saurai du moins ne rien faire qui puisse altérer ma réputation et celle des troupes. J e ne puis faire ni le miracle de la multiplication des pains ni de la multiplication des hommes.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

Le 12 au soir. — Nos nouvelles du Détroit, du 13, parlent de la rareté des vivres ; et des lettres particulières disent que les Hurons veulent rester sur leurs nattes tranquilles.

Celles de Michilimakinac parlent de la rareté des vivres ; difficulté de faire descendre les sauvages.

Celles du fort Machault, du 19, que les Anglois se fortifient, s’établissent sérieusement à Loyalhannon et à la Malengueulée. Ils ont tué deux chevaux, pris un charretier près le fort Machault, un petit parti de quatre hommes. Nous en avons plusieurs dehors.

De Niagara, les Cinq-Nations disent cinq mille hommes à Chouaguen, pour le rebâtir ; et au fort, à labaie des Goyogouins, cinq mille hommes pour le siège de Niagara, autant pour brûler les barques.

De la Pointe-au-Baril, du 10, la deuxième barque a dû être lancée aujourd’hui à l’eau ; tout le détachement, les agrès arrivés. On pourra mettre à la voile du 13 au 20. Je n’en sais pas davantage, mon cher Monsieur ; nidle nouvelle de Carillon.

Le 14. — Nous n’aurons ni Lambert, ni Molière; c’est-à-dire ni Dumas ni Le Mercier. Le chevalier de Lévis vient de m’écrire pour me prouver les inconvénients de sa besogne. Je ne les vois pas si grands que lui les pense ; cela vient sans doute cle ce que je n’en suis pas chargé. Attendez d’apprendre par M. Le Mercier ou M. de J audreuil que M. Le Mercier n’est qu’un passant à Carillon ; car on m’a demandé le secret, parce que si Jacques Abercromby venoit à l’apprendre par quelque déserteur, il sauroit bien vite à quoi s’en

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LETTRES DU MARQUIS DE MO NT CA LM

invités par collier, à une assemblée, y vont, quoique Bellestre ait dit que cela les rendroit suspects. Suivant le même, bonnes nouvelles de la Belle-Rivière ; tous les sauvages prêts à frapper, c’est comme des conjurés, ils ne demandent qu’un chef (le chevalier de Repentigny), et les marchandises de Saint-Sauveur qui, d’ici à un an, passera un million.

Les préparatifs du siège de Lydius ont valu trente mille écus à Le Mercier. L’entreprise des transports à Carillon est donnée à une pistole le quintal; ne revient pas à trente. Le Mercier a la moitié pour lui, et La Bru ère, Boileau et consorts, le reste.

Nous savons, malgré les bonnes nouvelles de la, Belle-Rivière, que les Anglois sont en force au fort Duquesne, et y font des bateaux. M. le général n’a pas encore reçu son courrier sauvage de la Présentation, mais je vous envoie copie de ce que ce courrier lui apprendra ; tout ira bien, car ou la paix ou la prise du Canada, nous en tirera. Adieu, Monsieur, brûlez ma lettre. Ne doutez pas de mon amitié. Mon correspondant de la Présentation a profité du courrier de la Louisiane, dans le temps que l’abbé Piquet et Benoist composaient leurs épîtres ; pardon pour l’écriture, pour le style et le désordre d’une lettre écrite en parlant.

Mme de Beaucourt morte, veuve d’un ancien gouverneur. La sœur M..., bonne hospitalière.

Le 15 mars. — Celle-ci, Monsieur, est pour l’exactitude, et vous accuser la réception de la lettre dont vous m’avez honoré le 12.

A M. DE B.OURLAMAQUE

Je ne dis ni ne statue rien sur les nouvelles que vous avez eu la bonté de m’écrire.

Je n’ai rien à ajouter à celles que je vous ai écrites par M. Dufils, si ce n’est que M. le général les a enfin reçues. Si j’avois des vivres, je ne serois pas embarrassé, m’a-t-il dit. 11 compte faire partir d’ici la garnison de Niagara à la tin de mars, le 29 ou 30 ; pour notre part M. Pouchot.

Cadet qui avoit paru goûter ma proposition, s’est refroidi. J’en avois écrit à l’intendant. - Vous verrez ma réponse et ma réplique ; pour moi, je ne vous en écris que pour au cas où vous imagineriez quelque moyen, et pour que vous préveniez vos quatre bataillons, qu’il n’y a rien à espérer.

M . de Eamezay a raison ; il est encore plus singulier que ce ne soit pas M. de Vaudreuil qui lui adresse d’ici l’ordre et l’instruction. Bien fait d’avoir puni le grenadier de Berry, et le faire prendre.

J’ai reçu une épitre de Mme Marin. Quel plaisir il y a d’entretenir commerce avec une dame qui écrit aussi bien ! Comme c’est une réponse, je n’ai pas l’honneur de lui écrire, mais des compliments.

Le 18 mars.— Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 14. L’affaire de Badelard doit être finie avant mon arrivée.

M. et Mme de Saint-Luc trouvent extraordinaire que la famille n’ait pas fait ce qu’elle devoit vis-à-vis de vous, Monsieur, en vous demandant ; en tout cas, je les mettrai en règle à mon arrivée. J’écris a Bernier que Berry a besoin de recrues, et d’ailleurs tout parti

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

pour recevoir, et ce sera encore le plus foible. La Barthe s’est trompé ; il a confondu complet avec celui des effectifs au sujet de Béarn. Berry avoit tort, bien fait de leur retenir. Je doute y avoir donné hier aucun ordre, par écrit, ni verbal. On suivra, pour l’eaude-vie aux officiers ici, comme vous l’avez obtenu, même pour ceux nommés du 25 juillet, observant de ne la prendre que d’alors. M. de Brénilli quand l’intendant demandera, sauf à lui dire (sic). M. de Monte demandoit huit jours de plus pour son compte particulier ; mais cependant, et vous avez plus lu la lettre de la dame Badelard que moi, car je vous l’avois renvoyée sans la lire, et vous comprenez bien que le point est la bienséance de la part des colons glorieux et rendant peu. Je ne suis pas surpris que votre éloquence ait échoué vis-à-vis Bernier; je crois que c’est de la petite bière ; cependant je suis persuadé qu’il ne se troqueroit pas contre un autre ; il faut l’user tel que nous l’avons. L’ennui m’excède ici, je pars au premier jour. Je doute m’amuser plus à Québec; d’ail-leurs, je pense que les yeux d’un argus rendront tout difficile, à qui ne veut ne faire parler de lui, ni rendre personne dans l’embarras, ni en faire un métier. Ceci, entre nous, et brûlez ma lettre ; ainsi à la première conversation, je verrai en disant : — Voyez, décidez vous-même, il m’en coûtera, mais je ferai un effort; et je ferai comme vous, Monsieur, une ronde inutile, et je m’arrêterai le soir sans me particulariser autant que l’année dernière. Je ne soupe plus absolument. Voilà au moins mon projet, un état médiocre ; cependant, tous les jours à dîner,

A M. DE BOURLAMAQUE

mais à très petit couvert. Voilà mon plan de vie, au moins est-ce mon projet de vie fait ici.

La Rochette vient d’arriver avec d’Hert. Beiaoist, capitaine commandant à la Présentation, las des voleries, a fait battre un ban et de suite arrêter trois Canadiens, passer par les verges militairement et envoyer à M. de Vaudreuil qui en garde un profond silence. Le fait est sûr. C’est très bien, il en a le droit ; si je l’eusse fait, on eût écrit contre moi, et demandé mon rappel.

Je me fais un grand plaisir de vous voir, car je vous aime fort, Monsieur, et je ne vous estime pas moins.

Tout le monde m’assure que vous vous portez bien, tant mieux. Je vous passe le ton plaignant, pourvu que le fond de la santé soit bon. Ab ! quand quitteronsnous ce pays-ci. Que j’estime heureux le chevalier de Lévis ; je crois qu’il s’ennuie moins que nous, la paix cet hiver.

Je donnerois, je crois, la moitié de mon bien, pour m’en aller dans ma patrie, jouir de mes travaux et aspirer à ce à quoi le Canada ne peut jamais mener. Il est bon de s’être fait imprimer, mais il faut aller à Paris.

Vous me promettez donc que je m’ennuierai moins à Québec; je le crois, mais ce moins n’est que par comparaison. Passez cette digression à un mélancolique, ce n’est pas que je n’aie encore des restes de gaîté ; mais ce oui paroîtroit en être pour un autre est mélancolie pour un Languedocien qui 11e l’engendroit pas. Brûlez ma lettre.

P. S. — Celui-là, avec de l’esprit, ne l’a pas arrêté.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

Bougainville m’a écrit du 13, et a la belle-mère une lettre qui ne nous est arrivée que ce matin.

Il est bon qu’on retienne et qu’on fasse rendre à Berry le trop pris. En vous remerciant de l’avis concernant M. d’April.

Le 18 mars. — Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 1 5, et qui m’a été remise par M. Magest, autrement, Martel, fils.

Bien fait, à vous, de mettre en règle l’absence des soldats de Guyenne, et de les tenir au cachot.

Il n’a tenu ni à mes remontrances par écrit ni verbales, cpie M. Despinassy ne tînt l’école d’artillerie, mais M. Le Mercier ne l’avoit pas imaginé. Au reste, très aise qu’il aille à Niagara. Il y a de quoi s’occuper pour le service du Boi utilement comme ingénieur, et prétexte pour lui faire avoir des gratifications dont il a besoin.

M. de Bocheblave est très bon, malgré l’antipathie de quelques personnes. M. de Vaudreuil même lui rend justice ; il retourne à la Belle-Bivière.

Je l’eusse souhaité avec nous, mais je crois que c’est bien fait de l’envoyer dans cette partie. Il s’est fort loué de votre réception.

Comme on est bien, et médiocrement avec notre ami Doreil à peu de frais, assurément, s’il a boudé contre moi à Québec pour Badelard, il est parti bien content de moi, me le disputant avec M. de Vaudreuil; point d’autre maison, ma voiture à ses ordres. Aussi m’a-t-il dit souvent : — Vous me gâtez, mon général, des visites.

A M. DE BOURLAMAQUE

de MM. de Béarn ; aussi, entre nous, et pour vous, seul, il a bien traité nos bataillons, pour peu qu’on leur passe d’hommes, c’est un objet. Chaque homme veut quatre cents livres par bataillon, deux mille quatre cents répandus sur treize. C’est un objet, et comme je m’attends que le ministre de la marine n’aura aucun égard à mes représentations, petite douceur que je leur procurerai.

Il est certain que Doreil a été expéditif ; un quart d’heure avec chaque aide-major des quatre bataillons, une heure avec chaque chirurgien major ont fait son travail.

M. de Beauclair pouvant aller à son quartier. Votre avis conforme à celui de M. de Senezergues sera suivi.

L’homme de M. de Selles, très bien; jugé par Briot, ne mourra pas, et tout sera accommodé ; il a fallu voir M. de Selles, lui demander pardon, convenir de ses torts, le remercier de ses soins.

Vous me parlez de carrioles d’un goût nouveau, sans doute comme celles d’Arnoux ; moi je m’en tiens à mon édition, ou, pour mieux, à celle du chevalier de Lévis, à moins que le goût nouveau ne prenne plus de faveur.

La scène de philosophe, anglo-canadien, et son enthousiasme est bien rendu. Eh bien ! quelques scènes pareilles valent mieux que tout ce que nous voyons ici ; un peu de travail, d’occupation, l’obligation de tenir cercle le matin m’empêchent, avec de l’ennui, de m’ennuyer autant que je devrois.

M. de Vaudreuil recevra demain mon troisième mémoire depuis huit jours, sur divers objets intéres-

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

sauts ; le dernier pour la subsistance, etc : les précédents, projets de campagne, prévoyance des difficultés sur les objets rendus trop faciles par M. Le Mercier, détail sur l’équipage d’artillerie à tout événement.

Je n’aurai pas de la peine à faire mon salut à Montréal, mes devoirs seuls m’y occupent, et je suis d’autant mieux avec Saint-Sulpice que je les comble de politesses, et qu’entre nous, je les crois peu contents du général suprême.

Je vous envoie un plan de Lydius que je crois exact. Ces trois maisons ou redoutes, je crois, sont liées avec le retranchement, quand il existe. C’ommuniquez-le à vos ingénieurs. Crèvecœur en fera une copie, mais priez-le en particulier. Vous me renverrez ensuite cet original. Si d’en donner une vue à l’intendant lui faitplaisir, faites -le.

Bougainville passe sa vie chez la voisine, et chez les Deschambault ; il s’y ennuie cependant, dit-il, il commence a les croire faux, espions, tracassiers, cherchant a le faire parler, menteurs ; il me disputoit tout cela, l’année dernière, il paroît s’ennuyer plus ici qu’à Québec. 11 bagnenode, travaille peu ; Cornier et lui sont devenus Oreste et Pylade ; il y a de la part de Cornier une bonne foi, un sérieux romanesque, et de l’admiration pour la supériorité de génie. Le chevalier, à l’ordinaire ; pour moi, des visites partout, de loin en loin, un soir chez moi, lautie chez le marquis de A audreuil. Hier avec Montgay et mes aides de camp, je bavardai jusqu’à minuit, parce que je mâchois de la gomme pour pituiter mauvaise digestion. Si nous étions l’un et l’autre plus

A M. DE BOURLAMAQUE 299

occupes, je n’aurais garde de vous écrire d’une mauvaise écriture tant de minuties. Brûlez ma lettre.

!’• S. — M. de Bepentigny arrive ce matin. MM. Cadet, Péan arrivés de jeudi, à trois heures après-midi ; ils ont fait une entrée d’ambassadeurs, avec douze carrioles, six étoient allées au-devant jusqu’à Bepentigny > heureusement le chevalier de Lévis n’en étoit pas. Les relais attendoient sur la glace ; Mïr Cadet qui, pendant qu’on changeoit de relais, donnoit ses audiences aux habitants, de dedans sa carriole, et les relais alloient toujours au galop *.

Le 19 mars. — Je n’ai pu envoyer, par le dernier courrier, les nouvelles ci-jointes de M. le marquis de Vaudreuil adressées à M. l’intendant.

Vous voyez quelle feinte les Anglois se proposent de faire vers Carillon ; ils n’en feront nulle part ; mais bien attaque vraie et sérieuse, et l’on restera... aisément même sur les choses possibles à faire ; je crois qu’on sent son ignorance, qu’on compte le pays pris, que les uns en sont bien aises, et qu’ici l’on est content de pouvoir dire : — Si j’avois eu des vivres. Dans les circonstances, prenez Manneville et tout ce qui est de Guyenne, Béarn, la Sarre, Royal-Roussillon à la première navigation, par le premier canot qui pourra partir, voilà le plus long terme. Si Manneville, qui se chargera du petit la Naudière, veut venir ici attendre son mouvement,

* La dernière partie des Lettres, de Montcalm n’a pas été aussi bien comprise que la première par le copiste anglais. Un bon nombre de jjhrases sont incomplètes : il en est peu cependant dont on ne saisisse le sens.

LETTRES DU MARQUIS DE MOXTCALM

je lui offre chambre à portée de l’hôtel des beaux yeux ; je ne lui écris pas.

Je ne vous parle pas d’un mal aux yeux pour la première fois de ma vie, qui me fait garder la chambre depuis hier ; mais ce ne sera rien.

Je joins à cette lettre, Monsieur, une à cachet volant pour M. l’intendant, que vous voudrez bien lui envoyer ajjrès l’avoir cachetée; s’il vous en parloit, paraissez n’en avoir aucune connoissance.

M. le chevalier de Lévis étoit d’avis de ne rien dire, ni de vive voix, ni par écrit, à M. le marquis de Vaudreuil ; il est cependant convenu que cela auroit l’air d’humeur, d’indifférence ou de découragement, et que l’on pourroit, à ma place, me reprocher, un jour, de n’avoir pas fait part de ce que je croyois utile. au servicedu Eoi.

Je crois que vous approuvez le préambule où j’insinue que je ne suis instruit de rien, et la conclusion où j’offre mes services sur tous moyens.

Le ministre d’Etat déplaît d’autant plus au chevalier de Lévis que déplaît à la dame Pénisseault, qui croit que le triste M. Castels a des prétentions, et peut peut-être réussir à le faire couler. Lotbinière a l’air d’un conseiller d’Etat, dont la faveur est traverséepar celle de Le Mercier. Je crois que pour l’apaiser, on ne lui rendra pas les fortifications de Carillon, mais bien la cantine.

Deschambault, d’après l’avis de Cavalier, avoit fait un mémoire pour abandonner la Belle-Rivière, mais on l’a rebroué. L’Outarde portait nos pelleteries ; et la Victoire, le Héros que j’attends, c’est trop à la fois.

A M. DE BOURLAMAQUE

L’homme le plus heureux, suivant moi, du Canada, et qui mène la vie la plus douce, c’est M. de la Rochebeaucour. Brûlez mes lettres et tout mon bavardage,

que je n’écrirois pas à un autre.

Le 22 mars. — M. de la Milletière parti hier vous porte Monsieur, une de mes dépêches. Depuis dimanche, je ne suis quasiment 'pas sorti, à cause de mon mal aux yeux, ils vont bien actuellement. Je doute qu’on change d’avis sur la Belle-Rivière, à moins- que l’ennemi ne nous y force ; malgré la sécurité apparente, on aperçoit quelquefois un air rêveur, surtout l’après-midi; c’est peut-être la digestion qui fatigue. J’ai donné mon mémoire, l’on ne m’en a pas encore parlé. La nouvelle de Sermet peut inquiéter, cependant on se rassure bien ici ; le chevalier de Lévis voit bien, croit cependant, qu’avec bonne conduite, on sauveroit le corps de la colonie en 59.

L’intendant, par sa lettre du 19, me paroît doux et ayant peur. J’avois eu envie de faire une course à Québec; je l’aurois encore, mais, de vous à moi, dans les circonstances, je ne veux pas que l’on ait aucun reproche à me faire, et être tout à tout, il faut finir en règle. Je veux être lieutenant général comme Amherst, qui en a plus de moyens que moi. Je prépare déjà mes lettres ; le marquis de Vaudreuil se prépare à les envoyer à Québec, vers le 10 avril; faites entrevoir clans les vôtres : 1° l’immensité de forces et de moyens; 2° le peu des nôtres; 3° la conservation miraculeuse ■depuis trois ans, surtout 58, avec adresse ; que de meilleurs avis, suivis de longue main, sans sauver le pays,

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

eussent pu retarder ; mettez-y la tournure, ce sera le canevas du chevalier. Pour moi, je chiffre de longs récits au ministre de la guerre et à M. le Normand sous le pli du comte de JBascliy. Brûlez mes lettres, comme je fais des vôtres.

Le 23 mars. — Cadet est arrivé le 21, à neuf heures du soir, avec une diligence incroyable. M. de Repentigny est arrivé ce soir ; son détachement qui arrive de demain, ira après-demain à Lachine ; mais lui reste quelques jours pour ses affaires commerçantes. Pouchot part avec son détachement pour aller sur les glaces ; il est envoyé à la Pointe-au-Baril avec un ordre pour y commander comme un dieu tutélaire ; jamais la France n’a eu plus de confiance dans le maréchal de Saxe que le marquis de Vaudreuil en Pouchot, devenu Canadien disant amen, voyant tout couleur de rose, et ne doutant de rien. S’il gagne de ce côté, il perd de son crédit chez nous.

Le chevalier de Lévis à qui M. le marquis de Vaudreuil a dit tantôt, moi présent : — Je charge Pouchot de reconuoître les positions à prendre dans les Rapides ; n’est-ce pas bien? Il a répondu : — Je dis qu’il faut les faire reconnoître par ceux qui les défendront et non par un commandant de Niagara qui s’en occupera peu, et qui vous écrira que tout est facile à défendre : et moi je n’ai dit mot. Le Mercier dit : — Il peut se faire que si les Anglois viennent à Niagara, nous y ayons deux mille ciuq cents hommes; car enfin, on viendra des Illinois, du Détroit, et on se repliera de la Belle-Rivière.

A M. DE BOURLAMAQUE

Les habitants de l’île Perrot ... disent qu’on ne garde pas assez bien les agrès, les effets qui doivent aller à Niagara, et qui sont aux Cèdres; que les Anglois malintentionnés y mettront le feu. Benoist écrit du 14 que dans les premiers jours d’avril, elles (les barques) seront lancées à l’eau, et on les remorquera à la Présentation. M. le général: — Que j’aie mes deux barques et je ne crains rien Ah ! Monsieur, dit Mme la marquise, Dieu nous exaucera. Deschambault dil : — Je voudrois un ordre de bataille, que l’on vit ce recensement avec les troupes, nous devons avoir vingtquatre mille hommes. J’en mets dix mille, et cinq cents sauvages à Carillon ; quatre mille et cinq cents sauvages aux Ptapides, et pour des vivres. Je commis les Canadiens : qu’on les flatte, qu’on paye bien, point de quatre deniers pour livre, et ils partiront ; je réponds des deux tiers pour deux mois de vivres. Mais tant que je ne verrai point d’ordre de bataille, je ne serai pas tranquille. Le Mercier vient, qui dit : — Beau-père, fasse que nos deux barques soient à l’eau, et M. Pouchot à Niagara, tout ira bien. Je le souhaite. M. Le Mercier répliqué à Deschambault. Lotbinière dit : — Si on vouloit me croire, cela iroit mieux. Son barbier, soldat au régiment de la Sarre, dit que Lotbinière lui a confié que pourvu que l’on sauve la colonie en 1759, il travaille nuit et jour à un projet pour 1760. Le chevalier de Lévis dit : — Voyez-vous ce : devant Dieu et devant les hommes nous n’avons nul reproche à nous faire ; si ceci se conduisoit bien, je répondrais pour 1759. Mais ne disons mot ; voyons venir, on ne nous imputera

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

rien, et nous nous battrons bien; ce sont de grands fripons.

Le marquis de Montcalm, dont les yeux commencent à mieux aller, sort peu, et peu au château, lit le troisième volume de l’Encyclopédie, les beaux articles du Christianisme, citation, comédie, comique, collège, comète, concile, colonie, commerce, etc. Les habitants de la campagne ne sont pas trop effrayés ; ils comptent sur un combat et le succès; ils portent de l’argent à leurs curés pour faire dire des messes pour le marquis de Montcalm. Les sulpiciens et les religieuses (se fient) sur lui, édifiés de sa dévotion à la Vierge ; les religieuses lui ont donné une (relique). Mme de Vaudreuil qui avoit ordinairement la première couronne de fleurs mise devant le saint sacrement, ne l’a pas eue, c’est M. Jolivetqui en a donné la préférence au général françois,

La Bochebeaucour mène une vie douce ; Marcel joue au trictrac et gagne. Je vais parfois chez la dame de la Valtrie, la dame Baraute, qui est une femme très aimable, qui aime infiniment à être connue ; et avec tout cela, je m’ennuie que c’est prodigieux, et je vous plains, si l’ennui vous gagne autant que moi. Je dirai toujours heureux qui, libre du joug superbe où je suis attache, vit dans létat obscur où les dieux l’ont placé. Bonsoir, Monsieur ; brûlez ma lettre, le courrier ne part que demain. Despinassy se sépare, et s’arrache, maigre lui, des bras de sa tendre et nouvelle épouse, pour aller servir le canon de la Pointe-au-Baril et de la 1 resentation. \ en a-t-il ? je n’en sais rien.

J’entends dire que l’on en a envoyé chercher aux ruines de 1 rontenac, il n y aura peut-être ensuite ni affûts ni

A M. DE BOURLAMAQUE

boulets. Ou demande aussi des bombes qui sont aux Cèdres. Le constructeur est d’un avis, M. Benoit de l’autre. M. Le Vasseur, qui est consulté, donnera son avis, et conciliera ces difficultés pour que nos barques soient plus tôt à flot. Pax vobiscum. Quand est-ce que je serai au château de Candiac avec mes plantations, mon bois de chêne, mon moulin à l’huile, mes mûriers ? Oh ! bon Dieu.

Le 31 mars. — Je réponds, Monsieur, à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, le 27, en me renvoyant le mémoire de M. Desandrouins, augmenté de bonnes notes. Aroici l’ errata de ma phrase : prenez Manneville et prévenez, car pour votre destination, je l’ignore, ami. La mienne et celle du chevalier de Lévis comptant nous être offertes, j’attends et je vous écrirai quand je serai instruit, dans un mois ou six semaines, je pense.

AI. Bigot m’écrit comme à Al. de Vaudreuil sur les travaux, et je ne lui réponds pas sur cet article. Je suis charmé que vous ayez approuvé mon mémoire; on ne m’en a rien dit encore, on en a entretenu Villars, de la Sarre : nous pensons, ce me semble, tous trois de même sur la colonie. Le côté de Québec, qui me rassure à certains égards, me fait le plus trembler ; la manœuvre que vous indiquez aux ennemis, pour le côté de la Présentation, me paroîtroit sûre de leur part.

Quant à la question sur Al. Gaillard, voici mon avis pour son bien, et envoyez-le chercher de ma part, pour lui en parler en particulier: qu’il suive son seivice de

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

cadet jusqu’à l’arrivée de ses lettres, il y gagnera, et je crois qu’il a besoin de calculer.

Ce que vous marquez d’ordres à donner à MM. d’Hébécourt et de Lusignan pour renvoi d’excédent : si en cas, etc., fait l’objet de mes représentations, et est indiqué dans mes treize articles, etc. ; mais on écoute tout, et on ne fait rien, et on ne le fera peut-être pas, non plus que les reconnoissances, etc.

Poucliot est parti mardi avec de longues instructions, d’un style boursoufflé, qui ne m’ont pas été communiquées, qu’il n’a eues qu’à onze heures du soir, et qu’il m’a apportées à minuit, devant partir à quatre heures, parce que je lui avois donné un ordre pour être détaché de son bataillon, et avoir à me rendre compte de tout ce qui concernoit sa mission. La voici d’après ses instructions: l3 Commander à la Fointe-au-Baril et à la Présentation, jusqu’à ce que les barques soient en état ; suivant le calcul de M. le général, il doit y trouver trois cents sauvages, sept cents soldats ou Canadiens, et cent cinquante qu’il mène ; 2° Il part, hier 30, aujourd’hui 31, demain 1er, cent cinquante Canadiens avec Marin, cent cinquante hommes de nos troupes, pour être tous le trois aux Cèdres, et de là partir sitôt possible, avec cent bateaux. Le Mercier s’y rend mardi à cet effet. Les barques en état, Poucliot part avec les barques, les bateaux et quatre cent cinquante hommes du nombre ci-dessus, et va relever Vassan. Il doit trouver à Niagara six à sept cents hommes. Suivant ce qu’il craindra, sur les nouvelles de l’ennemi, pour sa place, il peut tout garder, même replier les garnisons

A M. DE BOURLAMAQOE

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ou l

du fort Machault, la Rivière-aux-Bœufs, la Presqu’île, le petit Portage.

Toronto, quatre cents hommes des Illinois, du Détroit, mille ou huit cents sauvages, qui ont rendez-vous à la Presqu’île, et former une armée de trois mille hommes, avec laquelle il empêchera la descente, combat, etc. Si, malgré cela, il est obligé d’essuyer un siège, il ne prend que le monde nécessaire, sans doute pour rafraîchir la place ; si, au contraire, il apprend que l’ennemi ne veut pas s’occuper de lui, alors il garde le moins possible, fait tout passer à Des Ligneris, qui, devenu général de l’armée, remarche au fort Duquesne pour en chasser l’Anglois. Si Bouchot apprend que les vues ambitieuses de l’Anglois se portent sur la Présentation, ou à s’établir à la baie de Niaouré ou dans quelques îles, avec les barques, il intercepte leurs canots, communications, les harcèle et les inquiète.

D’ailleurs, il lui est recommandé de faire déclarer les Cinq- Nations, au moins la neutralité, et les faire frapper, et d’avoir pour l’abbé Piquet les égards dus à son caractère, et au crédit qu’il a dans les nations.

Savez-vous, Monsieur, que pour être sorti trop tôt, mon œil alloit mal, et il a fallu avoir recours à la saignée et garder la chambre ; je crois que cela va bien actuellement. Marin part demain, il m’a promis de suivre sans humeur mes avis, dut-on donner des détachements, de préférence à M. Bellestre, Montigny, Bepentigny, ses anciens et même Douville, comme lui a insinué le ministre. Le Mercier, Repentigny, Saint-Sauveur n’ont pas été loin pour faire une bonne affaire ; le Roi a repris leurs ballots, avec cent cinquante de bénéfice.

P. S. — M. de Vaudreuil, par hasard, m’a lu les nouvelles instructions envoyées â M. Pouchot, explicatives de celles qu’il croit que je n’ai pas vues. Celles-ci, style de Le Mercier, mieux et plus claires. Toujours de même, le camp volant de Frontenac qui devoit avoir soixante hommes, confié à Corbière, Normanville, deux cadets. Montigny commande le corps d’observation ; il ne va que trente bateaux à Niagara, le surplus renvoyé, la construction continuera à rester à la Présentation, pour une troisième goélette ; le surplus des cent bateaux reviendra de la Présentation, les goélettes, armées de quatre-vingt-un hommes, équipage, soldats, Canadiens. Pouchot parti, Benoist reste avec trois cent six soldats, cinquante-six Canadiens, des ouvriers constructeurs, commis, etc. ; environ un cent. Voilà l’extrait d’une lecture.

Plan de campagne que j’entrevois, si Amherst ne le dérange pas au moyen de ce qui est annoncé ci-dessus. Voilà les Rapides ; pays d’en haut en santé ; à Québec on a peur, disait-on à M. le chevalier de Lévis ; je ne crains rien, j’en ferai partir les bataillons du plus tôt ; ergo, j’en conclus, tous les trois et tout à Carillon. Ainsi soit.

M. Gaillard m’ayant écrit, voici ma réponse tout ouverte à lui remettre.

Le 16 avril. — M. le marquis de Vaudreuil, désirant, Monsieur, assembler, le plus tôt qu’il sera possible, un corps a Carillon, pour y primer les ennemis, son intention est que, nos bataillons de la Reine et de Berry

A M. DE BOURLAMAQUE

partent successivement, dès que la navigation le permettra, et le plus tôt possible.

Je ne vous envoie aucun ordre ; vous aurez pour agréable de leur en donner et de déterminer le jour de leur départ, dans l’ordre que vous croirez le plus convenable au bien du service, après en avoir conféré avec M. l’intendant et M. de Ramezay, à qui M. de Vaudreuil adresse aussi des ordres pour faire des commandements de miliciens, afin que la marche de nos bataillons ne s’embarrasse pas avec celle des troupes de la colonie, et que, suivant l’intention de M. le marquis de Vaudreuil, M. de Ramezay nous donne la quantité suffisante que vous lui demanderez de Canadiens, pour aider nos bataillons à monter et prévenir les accidents arrivés l’année dernière à Berry.

M. le marquis de Vaudreuil vous destinant, Monsieur, à marcher avec ce premier corps de nos troupes, lorsque votre présence ne sera plus nécessaire à Québec, que tous les ordres seront donnés, que le départ de nos bataillons sera déterminé pour le jour fixé, et que vous m’en aurez instruit, vous pourrez, Monsieur, partir de Québec soit pour vous rendre directement à Carillon, soit pour passer ici. Je ne doute pas que ce ne soit votre projet ; vous rejoindrez toujours vos bataillons à Saint- Jean. Je serai fort aise que cela me procure l’honneur de vous voir beaucoup plus tôt.

R S. — J’ai reçu votre lettre du 8, avec l’état. Celle-ci jointe a été lue à M. de Vaudreuil, il lui paroissoit indifférent que vous passassiez par ici, mais il ne l’est ni pour vous, ni pour nous. Votre critique du projet de

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

campagne est bonne, le camp n’est là que pour nous apprendre la prise de Niagara.

Le Mercier part ce soir pour sept ou Luit jours. J’ai vu l’heure que je partais avec lui, ma bile s’étoit allumée, pour la réduction de la (ration) du soldat en campagne, mais le premier ministre a dit que j’avois raison.

Ne laissez personne à Québec. D’Arennes, à qui j’enverrai un ordre ad hoc un sergent et un vieux caporal. Le sergent, voyez la Rochette ; le commissariat voudrait Bernard, si cela se peut, pour hôpitaux, et attendre recrues.

D’Aubrespy épouse M1!e Douville ; propose le départ de nos bataillons pour raison ; ils ont bavardé, et on a écrit qu’ils ne se soucient pas de partir. Vous pouvez même le dire à l’intendant dans le tuyau de l’oreille.

Le 12 mai. — M. de Vassan arrivé hier, Monsieur, nous a apporté des nouvelles de Niagara, en date du 4 mai; des nouvelles du fort Machault, en date du 18, 19 et 20 avril ; du Détroit, je ne sais quelle date, et Saint-Joseph, en date du 19 mars, en voici le précis :

Nos barques sont bonnes voili ères ; la troisième qui se construit à la Pointe-au- Baril pourra être prête dans un mois ; suivant les nouvelles des Tsonnontouans, d’après une conversation avec le colonel Johnson, les grandes opérations seraient pour la partie de Carillon, et peutêtre pour celle de Québec. Le retour d’un parti envoyé par M. Pouchot, vers le fort Bull, autrement Stamvix, l’instruira mieux et le déterminera, s’il n’y a rien à

A M. DE BOURLAMAQUE

craindre pour Niagara, à renforcer M. Des Ligneris. Suivant le dernier, les dispositions des sauvages sont toujours bonnes, ils viennent en effet d’en donner des preuves. Des Outaouais et des Hurons du Détroit ont défait un parti anglois de quatre-vingt-dix hommes ; Les Loups et Ckaouanons ont défait une berge angloise qui faisoit l’avant-garde d’un corps de quatre à cinq cents Anglois, qui venoient au fort Macbault, et qui s’en est retourné. Si les diverses dépositions de ces prisonniers sont exactes, il y a eu après la prise du fort Duquesne beaucoup de maladies dans leurs armées ; même suivant quelques-uns, le général Forbes seroit mort. Les Anglois auroient trois cents hommes au fort Duquesne, environ deux cents à Loyalhannon ; ils retiroient leurs troupes réglées, n’auroient que des milices. Suivant tous les prisonniers, l’objet principal de l’ennemi doit être cette campagne, Carillon et Québec, et se tenir sur la défensive du côté de la Belle-Rivière.

Us annoncent aussi un détachement de trois cents familles allemandes, pour l’année prochaine, mais les Anglois sont trop sages pour songer à cet établissement avant la paix. Au reste, cette nouvelle répandue parmi les sauvages, et divulguée par nous dans nos conseils, les indispose contre l’Anglois, leur prouvant qu’ils ont envie d’usurper leurs terres.

M. Hertel a envoyé des paroles de Têtes-Plates, faisant pour eux et pour les Chats qui se plaignent de trahison de l’Anglois ; ils paroissent vouloir prendre la hache de leur père le françois ; ils se plaignent qu’ils n’ont pas entendu parler de nous depuis un collier, il y deux ans, envoyé par M. Dumuy, commandant du

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

Détroit ; au reste, comme ces paroles ne sont portées que par deux Têtes-Plates, que le hasard peut avoir conduit chez M. Hertel, qui habite chez les Chaouanons,. il faut attendre, si c’est le vœu général de leurs nations, mais cela donne toujours occasion d’y envoyer un collier.

M. de Bellestre écrit du Détroit, qu’on ne doit pas en attendre grand secours ; il ne paroît pas encore en mouvement. On n’a aucune nouvelle du convoi des Illinois. Par la déposition d’un des prisonniers faits à la Belle- Bivière, les Anglois voudroient tenter quelque chose, par la rivière des Chéroquis, sur un fort que nous avons dans cette partie ; ils ont aussi de la peine à lever du monde en Virginie ; à la vérité, cette déposition est la seule qui parle ainsi, les autres n’en disent mot.

On dit M. de Langlade en marche avec beaucoup de sauvages du côté de Michilimakinac, pour se rendre, dit-on, de nos côtés.

M. le Verrier attendoit avec impatience le retour des sauvages qui avoient été en chasse, pour les envoyer conformément aux ordres de M. le marquis de Vaudreuil.

Je n’ai plus rien à vous écrire, sinon que vous voudrez bien dire à M. de Ptoquemaure que M. le chevalier de Lévis, mieux instruit par M. Le Mercier, que par M. de Vaudreuil, est convenu, qu’il auroit perdu son pari, s’il n’avoit fait la grâce la veille.

Le 15 mai. — Je me hâte, Monsieur, de vous apprendre que j’ai gagné mes deux paris. Bougainville étant arrivé le 10 au soir, avec quatre cents livres de pension, une commission de colonel, la croix de Saint-

A M. DE BOUELAMAQUE

Louis et le portrait du Boi, en bague. On m’a fait lieutenant-général, tout seul, 20 octobre, et le chevalier de Lévis, maréchal de camp, du même jour, et vous avez eu sept cents livres d’augmentation de pension pour fiche de consolation ; ce qui m’auroit déplu très fort, si sur mes dernières lettres et les sollicitations de mon ambassadeur Bougainville (car Doreil n’est arrivé d’Espagne que six semaines après), vous n’aviez été fait brigadier avec Senezergues, le 10 février; et vous devez à l’ambassadeur de l’être le 10 ; ce qui vous met avant une promotion du 19, dont vous auriez pris la queue. M. le maréchal de Belle-Isle entre dans tous ces détails, par écrit, avec moi. Je puis n’avoir pas l’air de l’homme du jour en Canada, mais j’en ai l’air à Paris, et je vous confie, à vous seul, et non au public, que l’on a quasi donné des paroles à M. Mole, pour le cordon bleu, si je sauvois le Canada, cette année.

Bougainville n’a pas été si heureux pour Eoquemaure ; la lettre, ci-jointe est pour consolation.

Je vous envoie l’état des grâces des troupes que vous commandez ; craignant que cette commodité-ci ne soit pas sûre, je ne confierai pas votre brevet de brigadier, vos lettres de services, mille détails que je n’ai pas le temps de vous écrire à M. de Surimeau. Vous voudrez bien prier MM. les commandants de bataillons, de vouloir bien, en leur nom, et celui de leurs corps, (féliciter) M. le marquis de Araudreuil sur la grand’ croix, et à son frère, sur le poste de la baie Verte.

Entre nous, le chevalier de Montreuil n’est pas content, quoiqu’il ait cent pistoles de pension, des éloges

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

■et des assurances qui annoncent la brigade, pour l’année prochaine, ou le retour.

J’ai pourvu de nommer sur le champ aux emplois, faire passer en revue, et payer, défense de donner des passeports à moins de cas graves et de ne recevoir aucune démisssion.

Le supplément de l’année dernière confirmé aux troupes comme paie, et mille livres par bataillon de lettres au premier terme ; il faut toujours prendre, j’en ferai la répartition. Lettre aux archevêques et évêques, où il est parlé des braves soldats qui ont passé en Canada sous les ordres du marquis de Montcalm ; le gouverneur général n’y est pas nommé ; Te Deum et feu à la place de grève ; figurant dans cette lettre, avec le duc d’ Aiguillon, qui a battu quatre mille hommes ; mais tenant la première place, c’est de moi dont je parle.

Courrier qui arrive dans l’instant ; la flotte marchande du capitaine Canon à la Prairie (de l’Ile-aux-Coudres). Dites cela aux soldats et sauvages, et faites dire à l’ordre que le Eoi est très satisfait des bataillons du Canada, et que Sa Majesté les appelle, dans les lettres qu’il écrit : Ses braves soldats ; et qu’ainsi, il faut soutenir, avec vigueur, une épithète aussi honorable. Dites aux troupes que j’ai une grande reconnaissance de mon avancement que je leur dois, à la façon distinguée dont elles ont servi sous mes ordres. En voilà assez pour vous donner l’impatience d’en savoir davantage.

A M. DE BOURLAMAQUE

Le 18 niai. — Voilà l’arrangement du génie et l’artillerie : Pontleroy, lieutenant colonel et brigadier d’ingénieurs, commandant sa brigade, qui sera complète, si quatre que l’on envoie, arrivent ; en cette qualité, il m’appartient avec son corps. 11 appartient à M. de Vaudreuil comme exerçant la place vacante d’ingénieur en chef de la Nouvelle-France.

Louvicourt est capitaine, et sera payé comme tel du jour. Tous les archevêques et évêques ont imité le Roi, en ne nommant que moi, dans le mandement. Les évêques de Languedoc et celui de Blois se sont surpassés. Lettres communes de la marine, avec la souscription à M. Y... ; il a fallu me les communiquer, et je dresse les réponses.

Plusieurs lettres particulières du ministre de la marine, d'un style landatif, poli et inconnu jusqu’à présent. On me parle dans ces réponses de ceux que j’avois recommandés, particulièrement Raymond, la Naudière, Langy ; la veuve Lassaussaye payée de sa pension, avec effet rétroactif.

J’ai reçu vos lettres de la Pointe et de Carillon ; vous allez avoir chevaux et avoine. Je suis, je crois, au moment de partir pour Québec avec le gouverneur général, c’est pourquoi ne m’écrivez plus à tout hasard, mais bien au maréchal de camp, qui restera ici, avec des instructions, pour vous joindre de suite, avec toutes les troupes, et nous envoyer des courriers.

Pardon si je finis ; j’en aurois bien à dire, Doreil, chef de bureau et chevalier de Saint-Louis ; Monteviel, Logette, retirés, Despères, mort, Séjean, hors de combat. Saint-Laurent, Dubuisson vont quitter.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

Notre ami le Tourneur, marié ; Dubois, Feumeron, plus de crédit, plus de détails que jamais. Le détail clés milices sarde côtes, ôté à la marine et donné à la guerre ; celui des milices bourgeoises ôté à M. de Saint- Florentin, et donné à la guerre.

Joignez-y celui des milices de provinces, et voilà jusqu’à présent l’apanage de Doreil. Battons les ennemis quelque part, et vous n’avez qu’à me dire, Monsieur, ce que vous voulez que je demande ; ne crois pas, cependant, que je ne mette beaucoup de restriction à cela, mais les ambassadeurs ont bien fait. Vous ai-je écrit le portrait en grand, tel qu’on le donne aux ambassadeurs, que Mme de rompadour a remis pour moi et pour les troupes ? bon pour la salle de Candiac. On ne peut vous être plus dévoué, mon cher brigadier.

Lettre de M. l’intendant pour dire qu’il y a assez de vin d’arrivé pour fournir du vin aux bataillons sur le pied de quatre barriques par bataillon, et une de huit en huit officiers de la colonie, par mois.

J’ai parole que la gratification de Pascalis et de tous nos premiers fonctionnaires, sera pension l’année prochaine.

Le 19 mai. — Vous aurez une instruction relativement à votre partie. Je vous envoie, Monsieur, la croix des officiers qui sont avec vous, avec permission de la porter à MM. Bernard, Chassignoles, Desandrouins, Meilhan, D’Hert, d’Hébécourt, Dumas, Basserode.

Nous n’avons aucuns vivres, il en est arrivé peu.. O11 est fâché maintenant de n’avoir pas suivi l’avis. Je pars demain au soir pour Québec, où M. le marquis de Vaudreuil nous suit.

A M. DE BOURLAMAQUE

Le 20 mai. — Voilà, Monsieur, trois expéditions pour le régiment de Berry, vous les remettrez à M. de Trivio qui pourra faire recevoir ces messieurs, et vous observerez qu’ils remplissent ce que j’ai laissé en blanc. Je pars demain, à cinq heures, pour Québec. M. le général me suit dans quelques jours. M. le chevalier de Lévis va faire retrancher l’ Ile-an x-Xoix par le régiment de Guyenne. On envoie des courriers dans les pays d’en haut. Vous recevrez, vingt heures après celle-ci, une instruction très détaillée de M. le marquis de Vaudreuil. Je joindrai une lettre que je verrai ce soir, et que je laisserai au chevalier de Lévis. Tout cpci est une suite de très longue dépêche de la cour. D’après les nouvelles que vous nous avez envoyées hier, il a fallu (faire) plusieurs conférences, caser un plan bon ou mauvais, et prendre un parti. Bonsoir, Monsieur.

Le 20 mai. — - L’instruction de M. le marquis de Vaudreuil me paroît ne vous laisser rien à désirer sur l’objet de votre mission, mon cher Bourlamaque, et vous met, ce me semble, à l’aise sur tous les points • c’est à vous à choisir le commandant. Je crois que vous n’en pouvez pas laisser de meilleur que d’Hébécourt, à qui cela ne peut qu’être avantageux, piarce que .sûrement il se conduira bien. On y laissera MM. de Louvicourt, Aubert à qui vous pouvez dire qu’il est enseigne en premier, par l’échangement de la compagnie des canonniers, ainsi il a de l’avancement. Louvicourt fera les deux services d’ingénieur et d’artillerie, car vous amènerez Desandrouins avec vous ; voilà Louvicourt capitaine ; ainsi quoi qu’il lui arrive, il a la grâce

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

qu’il désiroit. Du Vernys, qui est à Saint- Jean, sera employé avec M, de Lapause, à retrancher l’Ile-aux- Noix, et comme il est de votre armée, vous pourrez lui donner les ordres que vous voudrez.

Dès mon arrivée à Québec, je ferai passer à Saint- Jean de bons équipages et de vrais capitaines armateurs pour les cbébecs pris sur la flotte que nous avons à Québec.

Arous avez des piquets de la Sarre, Royal-Roussillon, Languedoc, Guyenne et Béarn, qui ne doivent poiut faire partie de votre armée; cependant vous pourvoirez à la formation de votre garnison, que vous devrez d’avance faire fournir une partie par ces piquets, et nous renvoyer le surplus, pour joindre leurs bataillons, lorsque vous commencerez votre....

Comme les bataillons de la Sarre, Royal-Roussillon, Guyenne et Béarn ont fourni cent cinquante hommes pour Niagara, et que Languedoc, la Reine et Berry fournissent en soldats et en officiers les deux tiers du détachement des troupes de terre, que les piquets des cinq autres bataillons fournissent un tiers, et que dans ce tiers Languedoc fournit le double ; au reste, voilà le canevas, et puis vous arrangerez cela comme vous voudrez.

Si j’étois chargé de la défense d’un mauvais fort comme celui-là, ou je voudrois l’évacuer quand le canon seroit en batterie, ou me défendre avec opiniâtreté ; je voudrois avoir peu d’artillerie, quelques affûts de rechange, et changer souvent mes pièces, ménager mes hommes, en les tenant à couvert, faire usage du chemin couvert pour les retarder dans leurs travaux, et attendre que la

A M. DE BOUKLAMAQUE

brèche soit très praticable. Pour évacuer, il faut pue les officiers que vous laisserez ne gardent que leurs habits et quatre chemises, une marmite, casserole, et un matelas, qu’ils sauront perdre sans regret. S’ils ont ■plus de commodités, ils n’évacueront pas. Voici un article intéressant, sur lequel il est bon que vous soyez instruit.

Nous avons reçu un traité d’échange pour les malades, blessés et prisonniers de guerre à (être conclu), le 6 février 1759, entre M. du Barrail, maréchal de camp, et le général major Henry Seymour Convay, pour avoir lieu par l'article premier dans quelque partie du monde que ce soit ; nous avons même l’ordre du maréchal de Belle-Isle pour l’exécuter.

M. le marquis de Vaudreuil est dans l’intention de l’exécuter, et diffère par des raisons particulières. Ou doit, suivant le cartel, se renvoyer les prisonniers, quinze jours après ; les échanges se font par grade ou par rançon, suivant l’évaluation. Je ne vous fais ce détail que parce que si Amherst ou autre commandant vous envoyoit réclamer l’exécution du cartel, vous répondriez que vous allez informer M. le marquis de Vaudreuil, bien sûr qu’on n’apportera aucune difficulté à l’exécution, et vous profiterez de cette occasion pour réclamer un soldat de Guyenne laissé par Wolff à Lydius, et vous enverrez alors les lettres ci -jointes, après avoir vu s’il n’y a rien de contraire ; car je n’entends pas l’anglois. Je joins à ma lettre copie de l’article 37, parce que, dans le cas où vous laisseriez des malades, que vous ne pourriez évacuer, laissez avec eux un chirurgien et un tambour avec une lettre pour

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

les réclamer, suivant l’article 37 du cartel, que nous sommes dans l’intention d’exécuter, et dont nous demandons l’exécution.

Article 37. — Que les malades, de part et d’autre, ne seront point faits prisonniers, qu’ils pourront rester en sûreté dans les hôpitaux, où il sera libre à chacune des parties belligérantes et auxiliaires de leur laisser une garde, laquelle, ainsi que les malades, seront renvoyés sous des passeports respectifs des généraux par le plus court chemin, sans pouvoir être troublés ni arrêtés.

Il en sera de même des commissaires de guerre, aumôniers, médecins, chirurgiens, apothicaires, garçons infirmiers, servants ou autres personnes propres au service des malades, lesquels ne pourront être faits prisonniers, et seront pareillement renvoyés.

Il est bon aussi que vous sachiez l’article 33.

Article 33. — Les valets faits prisonniers seront renvoyés de part et d’autre, sans aucune difficulté ; ceux qui déserteront sans avoir pris ni volé dans l’armée qu’ils quitteront, pourront jouir du passeport qu’on voudra bien accorder par rapport aux voleurs. Le vol doit toujours être restitué sans les renvoyer ; mais les généraux respectifs seront toujours les maîtres de le faire, en cas de meurtre ou d’assassinat.

Quant aux vols faits par les soldats déserteurs, ils seront restitués sans qu’on puisse exiger le renvoi des déserteurs, sous quelque prétexte que ce soit, s’en remettant de part et d’autre à la volonté respective des généraux pour les déserteurs qui auront commis des meurtres ou autres crimes.

Tous déserteurs domestiques ou autres qui passeront d’un parti à l’autre, seront arrêtés au premier poste, où le commandant aura grande attention de les faire fouetter, et de faire mettre par écrit les effets dont ils seront munis, sans permettre qu’ils puissent rien vendre ni donner, après quoi, il les fera conduire à son général, où les dits déserteurs, domestiques ou autres, seront détenus pendant trois jours, afin que s’ils se trouvent à être voleurs, on puisse avoir le temps de les réclamer.

A Québec, le 23 mai 1759.

M. le marquis de Montcalm n’ayant pas le temps de vous écrire, me charge de le faire pour vous dire que M. le marquis de Vaudreuil est arrivé, hier au soir, fort surpris de toutes les dispositions et ordres que j’ai donnés depiris trente-six heures.

Nous avons eu, hier, des nouvelles des positions des Anglois. Il y R quinze vaisseaux à Saint-Bernabé, du nombre desquels il n’y a que trois vaisseaux de guerre. Je joins à cette lettre plusieurs pour vous et pour les officiers des bataillons que vous avez sous vos ordres.

Le 24 mai. — Je vous envoie ci-joint, mon cher Bourlamaque, une lettre pour le général Amherst, parce que je i - ois qu’il est avantageux de requérir l’exécution du cartel. Je laisse à votre prudence de choisir le moment que vous croirez opportun pour l’envoyer.

Comme il y a à parier que le général vous gardera, s’il fait un mouvement, le porteur de parole, contentez-

LETTRES DU MARQUIS DE MONTGALM

vous d’envoyer un tambour sage et sûr, avec un officier de milice et cinq soldats ou Canadiens dans un canot d’écorce. Je suis venu en trente-six heures de Montréal ; je suis arrivé avant-hier au soir, et appris, hier à midi, d’une façon incertaine, que l’avant-garde de la flotte angloise est au Bic, et hier à minuit d’une façon sûre. Je viens de passer la nuit à donner des ordres et expédier des conseils.

Je fais de mon mieux, Dieu fera le reste; croyez bien que je ne suis pas sans occupation.

Le 29 mai. — Le chevalier de Lévis vient d’arriver avec M. le chevalier de Montreuil. Le chaos des Canadiens arrive ce soir ou demain. Nous travaillons à toute force. Les Anglois sont à la Prairie, (de l’Ile-aux- Coudres), mais, Dieu merci, ils ne sont encore que quatorze voiles.

Le 2 juin. — Il est d’une grande conséquence pour ici que nous ayons encore quinze jours, car tout va, mais ne commence à aller vite, faute de bras, que d’aujourd’hui, et un peu mieux demain, et je suis accablé par tous travaux et de tous genres qui me fatiguent encore plus par la nécessité d’en parler au généralissime.

Nos voiliers n’ont encore augmenté, que nous sachions, que d’une frégate ; prêt à établir en avant, en arrière, cajeux, huit navires en brûlots, batterie flottante, bateaux portant du canon, bâtiments échoués, redoute à l’entrée de la rivière Saint-Charles, tenailles, batterie, chaloupes carnassières, clôture de la basse ville, de la ville haute, formation des milices, etc. A l’égard de

nos piquets, vous pouvez, quoique je vous les aie redemandés, les garder jusqu’à ce que vous soyez acculé ; si, alors, vous croyez pouvoir vous défendre avec moins, grand plaisir vous nous ferez.

“Mous serons bien courts ici, et vous aussi, il faut se prêter à tout. Cent cinquante hommes qui nous reviendront, ne décideront pas du sort de notre bataille, et peuvent vous servir.

M. de Vaudreuil ne change rien à ses instructions ; je trouve le premier article de sa lettre amphibologique, mais en voici le commentaire : Comme à la première instruction, laisser une foible garnison, leur donner le temps d’assiéger en forme, et tâcher de se retirer et évacuer, faire sauter ; en un mot la première instruction, car la lettre est un commentaire pour n’y rien changer. Je crois toujours avantageux d’envoyer, pour requérir l’exécution du cartel, c’est l’avis du marquis de Vaudreuil et le mien ; pour la forme du convoi, à votre prudence. Vous avez un soldat à réclamer de Guyenne laissé malade.

Je vous renvoie, mon cher Monsieur, une lettre de M. de Toussuc (?). Voyez qu’il soit content, vu son âge, la figure n’y fait rien; et, chargé de la nomination des emplois, je dois me déterminer par justice et non fantaisie des corps. Je voudrois que Layguirier, sergent de la Sarre descendît ; envoyez-le en poste-courrier porter de vos nouvelles ; c’est lui rendre service. Il est lieutenant eu second des grenadiers.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

Le 4 juin. — J’ai l’honneur de vous adresser mon cher Bourlamaque, deux lettres à cachet volant, que j’écris à M. de Boquemaure et M. de Trivio ; il est inutile de vous en répéter le contenu.

Vous avez une commission aussi honorable que brillante. Entre nous soit dit, c’aurait dû être le poste de M. le chevalier de Lévis ; mais ce n’auroit pu être en meilleures mains. Assurez bien les troupes et les officiers qui servent sous vos ordres que je serai tout aussi occupé de leur procurer des grâces, que ceux qui pourraient combattre sous mes yeux. Je pense comme un père de famille qui aime tous ses enfants ; ma conduite, jusqu’à présent, leur en doit être un sûr garant. Vous voyez qu’en vous laissant les piquets de nos cinq bataillons, qui peuvent faire cent cinquante hommes au plus, je m’occupe de votre besogne, cependant si vous pouvez vous en passer, principalement quand vous serez acculé dans un poste à vous défendre avec peu, renvoyez-les à leurs corps. Votre besogne, comme vous dites très bien, différente de la mienne, n’est pas de battre, mais de n’être pas battu ; ajoutez-y que votre grande besogne, qui vous couvrira de gloire, sera de retarder par des démonstrations le plus que vous pourrez, l’ennemi, et l’obliger toujours à faire de grandes démonstrations pour vous attaquer ; ainsi, ne négligez pas les travaux inutiles qui souvent en imposent, et ne vous retirez que pied à pied, et le plus tard que vous pourrez, à votre lle-aux-Noix, puisque ce sera là le dernier point de defense pour votre frontière, et où il faudra a ainere ou périr, et oû il faut, par conséquent, arriver le plus tard qu’il sera possible ; ainsi, c’est à

A M. DE BOUKLAMAQUE

vous, Monsieur, à faire mettre d’avance, dans le meilleur état, ce poste, en le hérissant d’artillerie ; mais arrêtez-vous successivement à tous les points, où vous croirez pouvoir en imposer à l’ennemi, en vous faisant soutenir par votre marine. La Presqu’île Hocquart est un 'poste qui a paru successivement hou et mauvais, mais je ne commis point de poste dangereux, lorsque les troupes sont à la légère, quasi sans équipage, fort alertes, et un nombre de bateaux suffisant pour s'embarquer tous d’un moment à l’autre.

Votre marine peut vous rendre de grands services, et je ne doute pas du zèle de M. de Laubaras et des officiers qu’il a amenés avec lui. Assurez-le et ces messieurs que je serai très empressé à faire valoir leurs services et à en rendre bon compte.

P. S. — Vous Voudrez bien, Monsieur, me renvoyer le plus tôt possible M. Dorseval, pour remplir la lieutenance au régiment de Béarn, à laquelle il a été pourvu, ainsi que M. Ivrinil, volontaire dans le détachement de Bernard, nommé à une enseigne dans le bataillon ; et y joindre le nommé la Pose, soldat de la compagnie de Jourdeau, destiné à remplir la place de sergent.

Je vous prie d’assurer M. de Langy-Montegron, que je ne le perdrai pas de vue de toute la campagne, et que je lui tiendrai autant de compte des services qu’il rendra auprès de vous, comme s’il les rendoit auprès de moi.

Le 5 juin. — Comme votre marine, Monsieur, doit beaucoup contiibuer au salut de la frontière où vous commandez, vous m’en Aboyez fort occupé. Aussi, outre

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

vos trois chébees vous avez une goélette percée de douze canons ; il faut voir de la faire mettre en état ; j’en écris à MM. Sacépée, du Vernys et de Laubaras. Les bâtiments des Anglois ont augmenté, soit par l’arrivée de quelques bâtiments de transport ou quelques prises. Nos travaux ne vont pas aussi vite que je le voudrais. Cependant, d’ici à dix jours, nous aurons trois ponts sur la rivière Saint-Clmrles, avec un grand ouvrage pour les défendre ; toute la basse ville et la haute hérissées de canons, toute la haute et la basse ville fermées de maçonnerie ou palissades, des maisons crénelées, deux bâtiments dunkerquois coulés à l’entrée de la rivière Saint-Charles, des batteries, trois chaloupes canonnières, douze bateaux jaeobites, une batterie flot- ' tante portant dix-huit pièces de canon de 24, huit bâtiments armés en brûlots, cent-vingt cajeux qu’il a fallu faire, le Roi en avoit payé pour quarante mille livres, et il n’y en avoit plus ; deux frégates embossées à l’anse des Mères, la rivière Saint-Charles retranchée ; redoute à la hauteur des Parents, redoute à la Canardière, le champ de bataille entre Beauport et la rivière Saint-Charles préparé; des ponts sur. la rivière de cap Rouge, au cap Santé, des attelages pour l’artillerie de campagne, trente chevaux de selle pour les officiers généraux et officiers majors, deux escadres armées et équipées, cent huit Canadiens choisis, tous tireurs incorporés dans les bataillons ; encore de dix à quinze jours, et tous ces objets seront dans le point de perfection. M. le marquis de Vaudreuil qui commande l’armée, donne le mot, et aura beaucoup d’honneur dans son fait, s’il hat les ennemis.

A M. DE BOURLAMAQUE

Le 6 juin. — J’ai reçu, mon cher Bourlamaque, une lettre de M. de Laubaras, qui se plaint que les cliébecs ne sont pas des mieux construits. Il faut s’en servir tels qu’ils sont. S’il n’étoit question que de faire sauter la chambre pour y placer deux canons de redoute, vous en "êtes le maître.

A"o us avez des charpentiers et un constructeur en état d’y travailler. Al. l’intendant a envoyé tout ce qu’il faut pour gréer le troisième chébec, et vous le faire passer. AI. le marquis de Araudreuil a donné ses ordres pour que celle des deux barques qui peut porter du canon fut armée, si déjà elle ne l’est. Je vous ai écrit fort en détail sur ce que nous faisons, par Al. de la Sablonnière.

P. S. — Permettez- vous, Alonsieur, que le secrétaire vous souhaite toute prospérité, c’est de bon cœur, et ce n’est pas seulement comme citoyen.

Le 11 juin. — Quoique les ennemis, mon cher Bourlamaque, aient huit bâtiments auprès de la Traverse, je me flatte que nous aurons encore quinze jours bien nécessaires, après quoi nous les attendrons avec grand courage, bonne espérance, malgré l’infériorité de nos forces et de nos moyens.

AI. Aubert écrit encore par un courrier, arrivé ce soir, qu’il n’y a pas augmentation à leurs forces; ainsi du Bic à la Traverse, ils sont vingt-cinq bâtiments, y compris quatre bateaux ou goélettes qu’ils nous ont pris, sous les ordres du chef d’escadre Durell, qui avoit hiverné à Halifax; les amiraux Holmes, Saunders, Hardy, commandant le reste de la flotte.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

Nous avons actuellement trois ponts sur la rivière Saint-Charles ; mercredi, nous aurons trois grandes redoutes et beaucoup de petits ouvrages faits de Beauport à la Canardière, des ouvrages à la tête de nos ponts, et des retranchements le long de la rivière Saint-Charles.

Je crois que nos brûlots brûleront très bien ; il y en a un qui s’est déjà brûlé, et qui a pensé brûler la rade et la basse ville.

P. S. — Le colonel Bougainville commande le camp d’an delà de la rivière Saint-Charles, pour les travaux ; il a à ses ordres cinq compagnies de grenadiers et cinq cents Canadiens, fait meilleure chair que moi, et habite dans la maison de son cousin de Vienne ; j’ai cependant plus de couverts que le modeste intendant, depuis les lettres de M. de Berryer. Quand Cadet demande quelque chose de juste, l’intendant répugne, et Cadet donne un placet à Mgr le marquis de Vaudreuil, à Msr le marquis de Montcalm et au sieur Bigot, ce qui me fait rire.

Nous avons fait prisonniers trois gardes-marine, dont le petit-fils du chef d’escadre Durell ; il polissonnoit sur l’Ile-aux-Coudres. Mille compliments à Boquemaure. J’ai prévenu ses désirs sur M. de Mellis.

Le 14 juin. — Je crois, mon cher Bourlamaque, que les Anglois m’empêchent de digérer, et c’est assez simple ; aussi, ai-je mon estomac dérangé depuis deux jours, et me suis-je purgé aujourd’hui ; je me flatte cependant que cela ne m’empêchera pas de sortir demain, et d’agir à mon ordinaire.

Nous n’avons aucune nouvelle du Bic, depuis le 10 au soir. Ces bâtiments anglois, suivant M. Aubert, n’y

A M. DE BOURLAMAQUE

avoient pas augmenté, mais un furieux vent de nord-est règne depuis quatre jours et dure encore, ce qui, joint à la manœuvre des dix navires qui étoient au pied de la Traverse, dont huit l’ont fait aujourd’hui, me fait croire que d’ici à deux ou trois jours, leur escadre pourroit bien être au Bic ; plus nous allons, plus nous voyons qu’il nous reste bien des choses à faire, mais Dieu et la bonne fortune, ainsi soit de vous. Mes compliments à tous vos messieurs.

Le 15 juin. — En réponse à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, je n’ai rien à ajouter aux nouvelles que j’ai eu l’honneur de vous écrire hier au soir, si ce n’est que nous comptons renvoyer une partie de nos équipages, dimanche, et faire le même jour un mouvement par notre gauche, qui quittera le camp de la Petite-Rivière pour aller appuyer sa droite à l’église de Beauport ; le surplus des troupes restera encore au camp de la Petite-Rivière.

M. de Courtemanche est en observation à l’île d’Orléans, et M. de Repentigny à Saint- Joachim. J’envoie à M. de Tri vio les nominations que vous m’avez envoyées,, toutes signées, et j’en ai donné une note à M. le commissaire pour qu’il les emploie.

Le 1 8 juin. — -Je dois réponse, Monsieur, à vos lettresdu 10 et du 11 ; c’est un accident fâcheux que celui qui vous fait perdre quasi cinq canonniers ; ce qui est difficile à remplacer, si l’on veut servir ici toutes ces batteries, que Ton a établies à propos ou mal à propos..

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

oôt

Il faut neuf cents hommes, et M. Le Mercier a été, sans que j’en aie rien su, faire une petite espièglerie aux bâtiments anglois, qui sont mouillés par le travers de l’île d’Orléans, et il en fait revenir son canon demain, sans leur avoir fait niche, ainsi que je l’avois prévu ; il y a des gens qui ne savent jamais s’occuper que des petites choses, et point des objets décisifs. Le dernier nord-est n’ayant pas amené le reste de la flotte au Bic, je suis convaincu qu’il ne se passera rien d’important dans cette partie avant trois semaines, quoique nous ayons trente-six bâtiments depuis le Bic jusqu’à l’île d’Orléans, où ils en ont onze de mouillés. Nous nous portons tous bien ; mille choses à MM. de Bioquemaure, de Tri vio et de Trécesson, et à tous vos messieurs.

B. S. - — Nous avons fait, hier, huit prisonnniers aux Anglois.

Le 21 juin. — Votre homme de Lotbinière, Monsieur’ est arrivé avec votre lettre du 14. Il est mis en besogne, et tous les quatre jours il aura une machine de prête, reste à savoir l’usage que l’on en fera, et que l’on en pourra faire, car je crains que nous n’ayons dépensé un million en brûlots etcajeux, et j’y compte aussi peu que sur les boulets rouges de IM. Le Mercier. On doutoit déjà de l’arrivée de la flotte. On parloit de renvoyer le gouvernement des Trois-Iiivières et bientôt les Montréalistes, mais un courrier dépêché par M. Aubert, de Saint-Barnabé, nous apprend cent trente-deux voiles, mouillées du 18. Nous avons encore bien des choses à faire ; je souhaiterois du sud-ouest pendant quinze jours. J’ai parlé, et je presse pour ce que vous demandez.

A M. DE BOURLAMAQUE

Le 25 juin. — J’ai l’honneur, Monsieur, de vous envoyer un extrait de la lettre très polie que j’ai reçue du général Amherst; je vous envoie ma réponse à lui faire parvenir à cachet volant ; je vous vois fort occupé et nous aussi, Dieu surtout. Vous voudriez avoir quinze jours, et nous aussi. A7ous serez embarrassé, et nous aussi ; il faut dans les affaires de ce monde épineuses et délicates, faire de son mieux et 11e pas s’embarrasser de ce qu’on pourra dire-

Je vois, Monsieur, par la dernière lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, en date du 19, que vous étiez encore tranquille ; pour ici javi proximus a r cl et....

Hier, douze bâtiments mouillés par le travers de hile d’Orléans, douze au pied delà Traverse, qui l’auront peut-être faite cette nuit par la marée ; car ces Anglois, différents de nos François, profitent de tous les airs de vent et des grandes marées pour cheminer insensiblement et, pour me servir des termes de M. Aubert, capitaine de navire, ils n’ont pas l’air emprunté dans notre rivière, dont nous aurons, Dieu merci, une bonne carte, l’année prochaine. Nos meilleurs marins ou pilotes me paraissent ou des menteurs ou des ignorants. Le reste des bâtiments anglois, sauf les gros vaisseaux de guerre, qui étoient encore plus loin, étoient répandus le long de notre rivière, depuis la Eivière-Ouellé jusqu’à la Prairie. Les troupes et le gouvernement des Trois-Rivières iront camper, mercredi et jeudi, à leurs postes, vers Beauport, où le gouvernement de Montréal est établi depuis quelques jours ; à peine songe-t-on à assembler celui de Québec.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

Mme de Vaudreuil doit partir cette semaine pour Montréal ; mais M. le marquis nous reste ; il m’a dit qu’il vous faisoit rejoindre vos deux hommes, et qu’il vous écrivoit une lettre ostensible, telle que vous le désirez.

Des compliments, je vous prie, à M. de Boquemaure,,. MM. de Trivio et de Trécesson.

P. S. — Pour vous seul, sauf à dire au public ce que vous voudrez.

Si nous pouvons sauver le Canada en 1759, on peut prétendre à tout. On s’occupe pour le chevalier de Levis en renonçant à la brigade, d’en faire un menin ; et de moi, un chevalier de l’ordre ; et le premier président croit avoir des- paroles.

L’Anglois compte nous envahir Carillon et Québec ; Amherst à Carillon, Wolfe à Québec. Nous sommes livrés à nous-mêmes, sauf vivres et recrues. Ordre du Boi de n’écouter aucune capitulation, se défendre pied à pied, ne pas imiter la honteuse conduite de Louisbourg. Ordre de Vaudreuil de ne rien faire sans mon avis. L’intendant gronde, un cartel pour l’Amérique, les Indes et la France. Lettre commune. Lettre de la. main du maréchal de Belle-Isle, remerciements de sacrifier au service du Poi les griefs particuliers, de grands éloges.

Les Anglois ont mis dans leurs papiers : L’invincible Montcalm succombera. Crémille a dit à Landriève : S il y avoit un exemple dans la monarchie, on eût dû lui donner le bâton. Le maréchal a pleuré.

La marquise a fait remettre à Bougainville le portrait du Iioi, en grand, pour le général. Le vicomte de-

A M. DE BOURLAMAQUE

Carubes (sic) attend ses soldats pour en faire des sergents ; ils auront appris à vaincre. On parie à Paris dix contre un pour la paix après cette campagne. La maîtresse absolue. L’abbé de Bernis exilé, disgracié par elle, et Bougainville a trouvé le duc de Choiseul, ci-devant Stainville, ministre des Affaires Etrangères. Le Normand, qui s’étoit démis pour ne pas travailler -sous l’abbé de Bernis ; Massias renvoyé comme imbécile, ne signant rien. Berryer, dont le Roi s’ennuie, à la place. M . de Soubise, ayant quitté les armées, entre au conseil. Le maréchal d’Estrées au conseil, où il a admiré le projet de retraite des dix mille. Vous m’entendez ; Bougainville a donné trente-quatre mémoires en mon nom, dont nombre pour le conseil, où ils ont été lus. L’argent a arrêté sur le projet de la Caroline accepté. Le comte de Montcalm me ruinera, mais sort bien. Le comte de Xoailles le veut pour son aide de camp. Le ministre de Coriolis président à mortier, à Aix, trente mille livres de rente, épouse MUe de Monte, avec dix mille écus. Mais il faut pour soutenir tout cela, sauver le Canada. Ordre du Roi pour nommer aux emplois ; treize sujets envoyés, quatre ingénieurs ; promesse de tout accorder ce que je demanderai après cette campagne. Le public dit qu’il faut faire venir les huit bataillons du Canada en Allemagne.

Cinquante mille livres, appointements pour moi et mes trois aides de camp ; vingt-quatre mille au chevalier de Lévis ; dix-huit mille à vous ; dix mille à Senezergues ; huit mille aux deux chefs d’état-major et Bernier. Supplément pour l’hiver confirmé, et dix mille

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

DO

livres, en lettres du premier terme, par bataillon ; politesse du Eoi, regrets de ne pouvoir faire mieux.

Le due de Clioiseul blâme l’alliance avec... et voudrait faire la paix avec le Prussien ; on a délibéré au conseil, et il y a eu des voix au rappel de M. de Vaudreuil, entre autres le duc de Clioiseul. Sa grande croix donnée par la marine sur un mémoire donné en mon nom, sollicitée par le maréchal de Belle-Isle, affaire convenue là-bas. Ma brouillerie et réconciliation a fait bruit, et le chevalier de Vaudreuil qui s’est marié, a blâmé son frère ; M. de Eigaud seul a obtenu sa baie. Le maréchal de Richelieu, à Bordeaux, disgracié. Le comte de Maillebois perdu. Le maréchal de Contades> cordon bleu, général de l’armée. Le duc de Broglie, de la réserve. Chevert, chevalier de l’Aigle Blanc, boude la cour, a le public pour lui, et dit trop qu’il a fait gagner la bataille à Soubise, appelée la bataille de Lutzemberg, le 10 octobre, sur les Hessois et Hanovriens. Le Roi de Prusse lève le siège ; Dolmutry (sic) perd des batailles contre les Suédois, les rassure par ses lieutenants généraux, et bat, à la fin de la campagne, Daun ; il n’a pas bougé de l’hiver, ni personne. Tout le Sénégal perdu. L’Anglois battu, repoussé à la Martinique ; on ignorait à la Guadeloupe, où il marchoit de la Martinique. Le Roi d’Espagne mourant, l’Espagne armée, point déclarée. Le Roi de Portugal assassiné par les jésuites, dit-on, mais ne meurt pas. Le Roi de France, toujours garde des sceaux. La duchesse d’Orléans morte. Le comte de la Marche marié avec une Modène. La Stathouderesse morte. La Hollande armée, mais point déclarée. Quelques légers avantages aux Indes. Vingt-huit vaisseaux de

A M. DE BOUIILAMAQUE

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ligne armés à Brest et à Bochefort, quatorze à Toulon. Voilà tout ce que je me rappelle. Vous sommes sur le trône ou dans la boue, cela dépendra de cette campagne. J’ai cinq lieutenants généraux après moi. On crie contre 'Monteynard, qui m’a écrit qu’il me voyait avec plaisir répandre mon rang sur lui. Voici la promotion qui aaidé à vous faire, et où vous n’êtes pas, grâce à l’antidote» car vous êtes du même travail, c’est-à-dire du 16 (sic).

Au camp de Beauport, le 2 juillet 1759.

L’armée est campée en front de la Canardière, depuis le Montmorency jusqu’à la rivière Saint- Charles, depuis vendredi 29 ; le chevalier de Lévis et moi y sommes depuis jeudi 28, et M. le marquis de Vaudreuil du 30.

Les ennemis varient beaucoup dans leur mouvement ; ils sont à cheval sur le fleuve Saint-Laurent, un corps campé dans l’île d’Orléans et un autre à la Pointe-Lévis. Leurs bâtiments entre deux. Quoique nous ayons eu quelques légers avantages dans l’escarmouche qu’il y a eu de l’autre côté, vers la Pointe-Lévis, cela ne vaut pas la peine d’en parler. Vous passons toutes les nuits au bivouac, ou couchés habillés. Vous en faites peut-être autant, mon cher Bourlamaque.

Le 5 juillet après-midi. — Même position, peu ou poipt de garde des travaux et des bivouacs ; idem de la part des ennemis.

Ambassade et politesse avec l’amiral Saunders et le capitaine Douglas.

LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

-Dût

S’ils veulent débarquer à haute mer, deux belles nuits du 5 au 6, et du 6 au 7.

Dieu vous garde de malencontre, mon cher Bourlamaque, et vos troupes à qui mille choses.

Le 7 juillet. — Celle-ci n’est que pour vous, et vous .accuse la réception de la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 27.

Vos travaux sont incroyables. Vos dispositions très bonnes; Je n’ai pas le temps d’écrire à M. Desandrouins. Je passe les nuits au bivouac, même lorsque l’armée ne l’y passe pas. Je suis accablé de travail ; la présence du généralissime l’augmente ; l’opiniâtreté, entre nous, du chevalier de Lévis, dont l’opinion prévaut à «elle de l’armée et à la mienne, ne me déplaît que pour le bien. Je viens de faire trouver trois mille minots de .grain dans le gouvernement de Montréal, où l’on continue à en acheter.

Le 16 juillet. — Pardon, mon cher Bourlamaque, si je ne vous écris pas ; mais il y a trois lieues de la droite a la gauche, il faut veiller et dormir. Jusqu’à présent nos entreprises n’ont pas réussi; les brûlots ont fait longfeu, et un gros détachement de nuit est rentré après s’être fusillé de peur. Nous avons eu un petit choc et des fusillades à la Pointe- Lévis, il en doit coûter à l’ennemi, mais beaucoup moins que les Canadiens ■diront. La ville, depuis quelques jours, est canonnée <et bombardée joliment, de la Pointe - Lévis. Sept maisons ont été réduites en cendres ; aujourd’hui nous .sommes en présence, le saut Montmorency entre deux.

A M. DE BOURLAMAQUE

ils s’ennuient ici, et ce n’est qu’à force de boisson que l’on vient à bout cle les retenir.

Je vais donner des ordres pour faire arrêter les déserteurs.

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