D. KS-L., PROFESSEUR À L'UNIVERSITÉ-LAVAL, ETC
QUÉBEC IMPRIMERIE DE L.J. DE MERS & FRÈRE 30, rue de la Fubrique, 30
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Enregistré conformément à la loi du Parlement du Canada, en l’année 1889, par le gouvernement de la province.de Québec, au bureau du ministre de l'Agriculture, à Ottawa,
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LETTRES
DE
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A Carillon, le 26 mai 1759 *
J'ai reçu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22, ainsi que les instructions de M. de Vaudreuil. Vous verrez par celle que j'ai eu l'honneur de vous écrire, il y a deux jours, que je pensois à peu près tout ce qui est dans cette instruction.
Je vais faire travailler à la redoute. Le projet en étoit déjà fait. J’en ferai tracer une grande en avant sous prétexte de soutenir les retranchements ; mais on n’y travaillera pas ; c'est pour donner le change.
* Quelques lettres de Bourlamaque au marquis de Vaudreuil se trouvent intercalées dans ce volume. Note de l'auteur. À
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J attends Langy et les quinze sauvages, et je vous
ferai part sur le champ de sa découverte.
M. de Vaudreuil ne m'annonce plus de sauvages ; n’en viendra-t-il point ? Je serai embarrassé, si je n’en ai pas, lorsque l'ennemi sera en mesure.
Quelle est votre destination, mon cher général ? Devez-vous venir ici avec les troupes du gouvernement ? allez-vous à Québec, ou restez-vous chargé des Rapides ? M. de Montcalm me mande que vous venez iei; cependant vous ne m'en dites rien, et il paroîtroit, par l'instruction du gouverneur général, que vous ne venez pas.
Je dis tant que je puis que vous viendrez aux premières nouvelles des mouvements de l'ennemi, Il faut persuader qu'on veut soutenir ceci, et il m'est arrivé une chose qui divulgue le contraire.
M. de Vaudreuil ne croit pas pouvoir laisser en garnison un officier de la marine sans lui écrire une lettre. Il m'en envoie, dit-il, une pour M. de Gaspé qu’il y destine, et me recommande de ne la lui remettre qu’en temps et lieu; c'est fort bien. Je ne me souviens pas d’avoir vu cette lettre. Vous savez comme on est entouré à l’arrivée des paquets. Chacun désire avoir ses lettres, qui sont, la plupart, sous l'enveloppe du commandant.
Je les distribue à l'ouverture pour me débarrasser des importuns, et pouvoir lire les dépêches qui sont pour moi, Je ne sais si j'ai donné la lettre de M. de Gaspé comme les autres. Je ne m'en souviens pas. Tant il y a qu'il l'avoit lue et répétée à tout le monde, avant que j'eusse lu celle de M. de Vaudreuil. Il suffisoit
de m'envoyer ln liste des afficiers qu'il destinoit à la garnison ; un ordre de moi suflisoit pour les fuire rester. Mais c'est un usage, et voilà l'inconvénient,
Je mande à M. de Vaudreuil ce qui est arrivé pour qu’il tâche de détruire ces bruits-là ; je ferai de mon côté tout ce qui dépendra de moi ; mais il sera toujours trés difficile de donner le change. Il y «a telle reconnoissance, telle précaution nécessaire qui démasque tout, Je vais voir, au premier jour, la rivière à la Barbue, j'irai jusqu'à Saint-Frédéric, sous prétexte de voir les ouvrages qu'on y fait, pour tromper sur l'objet de ma reconnoissance,
Les officiers de la marine me dirent, hier au soir en arrivant, que vous reconnoissiez le poste que l’armée de Carillon alloit occuper. A propos de cela, vous aurez vu, sans doute, la pointe à Margot, demi-lieue au-dessus de l’Ile-aux-Noix. J’avois mandé à du Vernys de l'aller reconnoître exactement, Cela est bon, ou je suis bieu trompé, quand ce ne seroit que pour mettre une tête avec du canon.
P. S. — J'ai eu l'honneur de vous rendre compte que Wolff était revenu, et n’avoit trouvé personne au fond du lac.
J'envoie, pour porter ma dépêche, Bourgeois, sergent
de la Reine, avec dix miliciens ; je vous supplie de me
les renvoyer aussitôt, Nous avons ici grand besoin de chevaux et d'avoine.
J'ai l'honneur de vous adresser toutes les lettres pour
Québec et autres, et vous supplie de les faire passer.
Bourgeois porte l’ancre prise au fort George pour les chébecs.
A Carillon, le 28 mai 1759.
J'ai fait, mon cher général, précisément les mêmes réflexions que vous sur l’Ile-aux-Noix: trop grande et beaucoup trop éloignée de la terre ferme. C'est ce qui me feroit préférer la pointe à Margot, où la rivière est plus étroite, Je ne croyois pas qu'il fut si aisé d’y arriver par les profondeurs; mais ne pourroit-on s’y retrancher ? En tout cas, une tête y seroit bien.
Le pis de tout, dans l’une ou l’autre de ces positions, est la rivière du Sud qui communique à la baie de Missiscoui, et donne à l'ennemi un passage pour entrer dans la rivière Saint-Jean au-dessous de l’Ile-aux-Noix. Je ne connnois pas cette rivière du Sud; mais l’on m'a dit qu’elle étoit large et navigable; beau chemin par terre pour le portage jusqu’à la baie. C'est une chose à voir.
Si vous n'avez pas de connoissances plus particu-
lières que les miennes, je pense qu'il seroit bon d'y envoyer quelqu'un de sens, L'on m'a dit quatre à cinq lieues de portage, où passent les traînes à chevaux en hiver; rivière ensuite très belle jusqu’à son 2mbouchure et très large à bien des endroits. Si cela est,
vous voyez que le poste de l'Ile-aux-Noix n'est pas soutenable, Il ne reste que Saint-Jean. Ce n’est pas qu'en puisse avoir continuellement des découvreurs sur ce portage et sur la baie; mais si l'ennemi s'avise de cette partie et qu'il y vienne en force, il faut dénicher de l'Tle-aux-Noix.
J'ai commencé la redoute sur le rocher; mais les
pluies continuelles arrêtent tout, inondent le camp et donnent beaucoup de malades,
J'ai l'honneur de vous envoyer la déposition d’un prisonnier fait par M. de Langy ; c’est un homme fort intelligent ; vous pourrez l'interroger.
(Sans signature)
A Carillon, le 11 juin 1759.
J'ai reçu, mon cher général, là lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire de Québec, et je profiterai des réflexions que vous avez la bonté de me faire faire, A l'égard de l'Ile-aux-Noix, je crois qu'avec des estacades, des redoutes sur l'eau et beaucoup d'artillerie, on aura l'air d’être bien. Pour la rivière du Sud, il est heureux que le portage ne soit bon qu’en hiver; car si vous étiez sur le lac Champlain, vous connoîtriez bientôt la baie de Missiscoui et cette rivière, et, en présentant une tête à l[le-aux-Noix, vous réussiriez à prendre Saint-Jean sans vous embarrasser de cette île, ou au moins vous forceriez l'ennemi à renforcer considérablement l'armée de Saint-Jean, Mais heureusement, on vous à dit le portage mauvais, et ils ne feront pas ce qu'on peut faire.
J'ai eu, ici, votre ami Anectogon, qui m'a fait beaucoup rabattre de l’estime que j'avois pour lui. Ila commencé par faire le malade pour retarder le départ d'un parti dont il étoit chef, et qui devoit aller frapper près de Lydius, puis a cabalé le lendemain pour faire
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prendre une route plus longue, moins intéressante, mais plus sûre pour sa personne, parce qu'on dit qu'il a plus de jambe que de courage. Enfin, à force de conseils et de travail, j'ai renoué la partie. Il s’est mis en marche avec Langy qu'il a mené à Corlar, l’assurant toujours qu'il alloit près de Sarasto; et, avec un beau parti de gens choisis, il a fait prisonnier un malotru qui ne sait pas grand’chose,
Revenu plein de gloire et de satisfaction, il a demandé et obtenu tout ce qu’il a voulu, force eau-de-vie, ete. puis en a demandé encore. Il étoit tard, les jeunes gens perdoient l’esprit, j'ai refusé poliment et en le caressant, remettant à en donner au lendemain matin. Piqué qu'on osât le contredire, il a cabalé toute la nuit, et a forcé de partir, sans prendre congé, beaucoup de ses jeunes gens qui ne demandoient pas mieux que de rester, leur disant que je lui avois dit que je ne voulois pas les voir davantage, qu'ils eussent à s’en aller, que je n’avois que faire d'eux. J'ai été étonné de tous ces mensonges, et j'ai appris par tous les officiers canadiens, qu’il étoit devenu coquin, fourbe et menteur, Langy est furieux contre lui. Je pense qu'il ira à Québec ; méfiez-vous en. On dit à présent qu'il entretient intelligence avec les ennemis. Je ne vous fais ce long détail que parce que je vous ai vu beaucoup de confiance en lui,
A l'Ile-aux-Noix, le 7 août 1759.
J'ai l'honneur, mon cher général, de vous faire mon compliment sur votre affaire du 31. J'espère que celles qui pourront suivre, ne seront pas moins heureuses. Bonnes dispositions, fermeté dans les troupes et supériorité en nombre, voilà de quoi assurer de la bonne besogne. Celle que j'ai été obligé de faire jusqu’à présent n'est pas flatteuse, et, malgré tout le désir que j'ai de ne pas finir la campagne d’une façon aussi humiliante, je ne puis répondre d’être en état de rendre des services utiles.
L'Ile-aux-Noix a bien changé depuis que vous en avez fait la reconnoissance. Les terres sont sèches à droite et à gauche. Un chemin magnifique, qui commence une bonne lieue au-dessus, mène à Saint-Jean par les profondeurs, cinq ou six lieues au plus. :
Le portage par la baie de Missiscoui, très aisé depuis la dite baie jusqu'à la rivière Saint-Jean, tombe à une lieue au-dessous de l’Ile-aux-Noix ; beau chemin, trois lieues et demie d’une eau à l’autre, un seul pont à faire pour traverser la rivière du Sud, de laquelle on n’est point obligé de se servir.
La pointe en avant de l'Ile-aux-Noix fournit un beau débarquement à couvert de mes retranchements, et mène par les profondeurs jusqu’à un endroit de la rivière du Sud, enfoncé d’une lieue dans les profondeurs, d’où les bateaux peuvent venir dans la rivière de Saint-Jean.
Tout ceci pris sur les connoissances des gens du pays les 1 lus entendus. Je vais envoyer voir si cela est vrai.
Voici donc trois portes pour entrer dans la rivière Chambly ou pour gagner le fleuve Saint-Laurent, Je pe parle pas de l'ile qui ne sera sûrement pas attaquée de front, mais qui pourroit l'être par des batteries le long de terre des deux côtés, tout étant sec à présent, malgré les pluies qui ne cessent pas depuis mon arrivée.
Les retranchements sont mal faits, sans solidité, sans règle ; des défauts essentiels. Je les fais allonger de droite et de gauche. C'est un ouvrage immense. Le bois est d’une nature difficile pour cet ouvrage, Je voudrois faire refouler les eaux du lac pour noyer les bois en avant, comme ils étoient au printemps ; mais c’est un ouvrage bien long, et je n’espère pas d'y parvenir. Cependant l’on travaille.
J’ai mis M.ce Rigaud à Laprairie avec quatre ou cinq cents Canadiens et les sauvages qu'il pourra ameuter.
J'ai ici environ deux mille huit cents combattants, compris onze ou douze cents miliciens,
Voilà ma situation que je vais tâcher de fixer en prenant un parti relatif aux mouvements de l'ennemi : S'il m'attaque dans l’tle, je m'y défendrai bien; s’il cherche à pénétrer par le bois à Saint-Jean, je laisse moitié de mou monde dans l’île, et je vais avec le gouvernement de Montréal, tomber sur le portage par le bois.
S'il évente la baie de Missiscoui, je fais descendre barques, chébecs, et je l’attends dans son portage; s’il cherche, par la grosse pointe, la rivière du Sud, je l’attends à la sortie de cette rivière.
Voilà en gros mes première idées, mandez-moi ce que vous en pensez, Il re faudroit mille bons hommes de plus, au moins. Je dis mille, parce qu’on pourroit me ‘es envoyer, et autant vers les Rapides, sans perdre un pouce de terrain à Québec. Que sert de garder la grande porte si on laisse enfoncer les petites? Le chevalier de La Comme avec onze cents hommes vis-à-vis six mille, n’est pas en état de défendre les Rapides. Il n’a pas même encore de poste reconnu.
P.S, — Mandez-moi, je vous supplie, à quel endroit vous vous établirez de votre personne. Comme j'ai opinion que les Anglois ne passeront pas le lac cette année, si vous veniez prendre le commandement de l’Ile-aux-Noix, je pense que ma présence y sera inutile, et alors je pourrai bien vous demander la permission d'aller finir ma triste campagne à Québec. Si vous ne venez pas ici, j'y resterai. En attendant, je vais continuer à mettre ceci en état de recevoir l’ennemi,
Je viens de m'instruire encore plus à fond de l'affaire de M. de la Colombière ; il a le plus grand tort du monde, Sa vivacité est venue à l’occasion du travail des soldats ; il s’est échauffé contre un homme qui travailloit mollement, l’a battu, et ensuite, voyant M. Clapier, qui ne se remuoit pas beaucoup, lui a demandé, en jurant, pourquoi il ne faisoit pas travailler. L'autre a répondu, en remuant sa baguette sans dessein, et de là il est parti pour le frapper.
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Troupes campées à l'Ile-aux-Noix.
La Reine... ss soso. 400 hommes PUY ro ronseder béventaré dar etisncsitee T00. Volontaires en deux compagnies ........ 120 “ Piquet de la brigade de Royal-Roussillon, 64 ‘“ Canonniers .....ssssssse soccer soseseessssss 82 Idem de milice qui ne valent rien... 10 Bataillon de la marine ................ PO E. | | ONE MANQIBNA de deisen tait coco 0
Cet état est à peu près. Les milices ont varié continuellement depuis mon arrivée, et je n'ai encore pu en avoir un rôle exact. On y travaille. D'ailleurs, dans le nombre de 1,220, il y a près de deux cents vieillards ou enfants que je renverrai dès que je pourrrai en fuire la revue, Cependant ces enfants travaillent assez bien.
Le 6 août 1759.
Etat des troupes campées à l'Ile-aux-Noix.
Trois bataillons des troupes de terre... 1,665 hommes. Un bataillon des troupes de la marine
de huit compagnies... 417 Deux compagnies de volontaires, com-
posées en partie du piquet des einq
bataillons de Québec... 98
* Le manuscrit porte, par erreur 2,923.
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Miliciens en huit brigades à la suite des compagnies du bataillon de la marine, dont grand nombre d’enfants et vieillards... see sosesocessooovosos 1,157 ‘ “