‹ Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 2 sur 27 · LT À DORE A TP · texte numérisé non relu

LT À DORE A TP

Sur les trois chébecs et la goélette armée en guerre.

Equipages...…… ss 82 homimes, Soldats détachés des cinq

piquets......... es ‘ sa 178 hommes.

Milic'ens..…..............….. 36

Dans l'état ci-dessus ne sont point compris cent soixante-treize officiers, et cent trente-un domestiques, non plus que les commis et employés du magasin,

BOURLAMAQUE, Au camp de l’Ile-aux-Noix, le 6 août 1759.

Près de deux cents malades à l'hôpital; le nombre en auginente tous les jours.

* I1y a erreur dans le premier chiffre de ce tableau: au lieu de 1665, lisez 1165 ; 3040 est répété p. 19.

Déposition d'un déserteur anglois arrivé le 1” juillet à Carillon.

Irlandois de nation, catholique, soldat du régiment dé Bordax, (sic) ci-devant How.

L'armée angloise que commande le général Amherst, est toute rassemblée au fort George.

Elle est composée des régiments de Blackney, de Royal-Ecossois, de Royal-Montagnards, de Montgomery, de Forbes, de Bordax, et du nouveau régiment de Gage, en tout sept régiments de troupes réglées,

Plusieurs régiments provinciaux.

Huit cents hommes aux ordres du major Roger.

Il croit que le total de cette armée est de quinze mille hommes.

Il y a en outre près de cent sauvages moraïgans,

Environ soixante pièces de canons ou de mortiers.

Les régiments sont complets, soit de recrues du pays ou de leurs prisonniers, que nous avions renvoyés en Europe, et qu’ils ont enlevés dans la traversée,

Il y a neuf cents bateaux au fond du lac; partie de leur armée doit venir par terre.

Uette armée arrivera au portage au plus tard le 5 juillet ; elle est moins forte que l’année dernière, mais composée de bien meilleurs hommes.

Ils mènent avec eux un bâtiment, portant cent hommes et de l'artillerie.

I ne sait si l’on veut entreprendre le siège de Carillon et de Saint-Frédéric en même temps.

Il assure seulement qu’il doit venir de German Flats un corps d'armée à travers les bois pour couper la

communication entre les deux forts. Ce corps d'armée, celui ou partie de celui qui est en mouvement vers Chouaguen, c'est M. Johnson qui doit mener ce corps, et ils prennent ce grand détour pour cacher la marche de ces troupes,

Cette armée qui est en mouvement vers Chouaguen est composée de six bataillons de troupes réglées, savoir : Webb, Abercromby, deux de Royal-Américain, Otway et Fraser; plusieurs provinciaux.

En total, le même nombre que celui du lac Saint- Sacrement, et une infinité de sauvages attachés à Johnson.

Cette armée mène beaucoup d'artillerie, des bateaux

d’une grandeur extraordinaire, qui se demontent et por-

tent soixante hommes.

Il ne sait quelle est la destination de l’armée de Chouaguen. Il n’avoit pas ouï-dire que l’escadre angloise fut en rivière.

L'on croit que les différentes armées ont ordre de commencer leurs opérations le même jour,

A M, LE MARQUIS DE VAUDREUIL Au camp de l’Ile-aux-Noix, le 7 août 1759,

J'ai l'honneur de vous adresser l'état des troupes et des milices qui sont à l’Ile-aux-Noix.

Quoique le total des hommes, y compris les ouvriers et l'artillerie, soit de trois mille quarante, il n’y a pas ce nombre de combattants, la plupart des miliciens du gouvernement de Montréal sont vieillards ou enfants.

Je crois que le nombre est environ de deux cents à renvoyer.

Je suis occupé à ouvrir des embrasures le long de la partie des retranchements qui est faite, pour y placer l'artillerie, et À allonger ces retranchements de droite et de gauche, pour me mettre en état de m'emfermer dans l'Ile-aux-Noix, s’il est nécessaire; j'en ai pour longtemps avant d’être fermé, J’entreprends aussi une estacade pour fermer la rivière des deux côtés de l’île et faire refouler les eaux du lac pour inonder les bois qui sont au-dessus de l'île, ouvrage le meilleur qu’on puisse faire ici, mais dont la réussite est fort incertaine, et que je n’espère pas d’avoir le temps de finir.

Je trouve, Monsieur, dans votre instruction du 20 mai, que vous me prescrivez de tenir dans l’Ile-aux- Noix jusqu’à l'arrière saison, quand même je ne pourrois : soutenir le poste de Saint-Jean, je travaille, en conséquence à faire amasser des vivres, n’en ayant dans la rivière que pour jusqu’à la fin d'août,

J'aurai l'honneur de vous faire observer qu’en abandonnant le fort de Saint-Jean, qui en effet ne se peut défendre, je n’empêcherois pas les Anglois de descendre la rivière de Chambly pour exécuter la jonction projetée avec les troupes qui sont devant Québec.

L'on pourroit chercher une position sur la rivière Chambly ; mais, quand même il s’y en trouveroit une, elle ne couvriroit ni Laprairie ni Montréal,

Voici, d’après les connoissances que j'ai prises des gens du pays les plus au fait et les plus intelligents, quels sont les moyens que l’ennemi peut prendre pour pénétrer dans la colonie sans passer à l’Ile-aux-Noix.

Je fais reconnoître par des ofliciers pour vérifier si ces dépositions sont vraies,

Les Anglois. mettant à terre à une lieue au-dessus de l'Ile-aux-Noix, vis-à-vis l'ile Langevin, trouvant un coteau sec et élevé, qui les mène, par un portage de six petites lieues, au fort Saint-Jean ; nul obstacle qu'un ou deux petits ruisseaux à ponter,

Ils peuvent encore mettre à terre à une pointe élevée, à demi-quart de lieue au-dessus des retranchements, sur la côte du sud, Ils y seront à couvert des dits retranchements, Cette pointe les mène par un terrain sec, jusqu’à une partie de la rivière du Sud, enfoncée d’une baie dans les profondeurs ; elle y est navigable encore, et ils peuvent entrer par là dans la rivière Saint-Jean, derrière l’Ile-aux-Noix.

De tous les moyens, le plus aisé est la baie de Missiscoui, Le portage, depuis cette baie jusqu'à la rivière Saint-Jean, est de trois lieues et demie, Il traverse la rivière du Sud, sur laquelle il est aisé de faire des ponts, et dont on n’est nullement obligé de faire usage pour descendre dans la rivière Saint-Jean, le portage étant très beau jusqu’à cette rivière. Il tombe à une lieue au-dessous de l’Ile-aux-Noix.

Il y a encore un autre coteau qui, partant depuis la pointe aux Fers jusqu’à la rivière à la Colle, peut conduire à la Tortue et à Laprairie ; mais on assure qu'il n’est bon que pour des partis, et qu'on n’y peut faire de portage à cause des savanes.

Les chébecs et la gotlette que j'ai fait armer en guerre peut incommoder les Anglois dans le lac ; mais ils n’empêcheront pas leur mouvement, s'ils s’y prennent bien.

D'ailleurs, depuis la pointe aux Fers jusqu'à Saint- Jean, ces bâtiments ne peuvent être d’un grand secours, Le chenal est étroit, et ils ne peuvent courir de bordées ; ils ne vont point à la rame,

Je pense que si les Anglois veulent pénétrer par les bois, ils masqueront l’Ile-aux-Noix avec un corps, pendant que le gros de leurs troupes fera le portage.

Mandez-moi quelles sont vos intentions, Au cas que les Anglois prennent ce parti, dois-je rester dans l'Ile-aux-Noix comme vous le prescrivez dans vos instructions ? Ne seroit-il pas mieux d’y laisser une partie de ce qui y est à présent, et de me joindre avec le reste au petit camp de M. de Rigaud, pour incommoder les Anglois et tâcher d'empêcher leur portage ?

J'aurai l'honneur de vous représenter qu'il seroit nécessaire que cette partie fut renforce de mille bons hommes, J'ai déjà eu celui de vous en parler dans une lettre écrite avec M. de Rigaud, et je réitère là-dessus mes représentations, parce que je crois cette précaution indispensable,

Je dois avoir l'honneur de vous prévenir que l’armée de M. Amherst est partie du fort George avec trois mois de vivres.

J'ai celui de vous faire mon compliment sur le petit avantage du 31 juillet. Je ne doute pas qu’il ne soit suivi de plus considérables,

P. S.— L'on vous assurera peut-être que les bois de la rivière Saint-Jean sont tous marécageux; cela est

vrai au printemps; les eaux ont baissé de quatre pieds depuis le mois d'avril.

oo eee mme

Copie de la lettre de M. de Bourlamaque à M. de Rigaud.

A l'Ile-aux-Noix, le 8 août 1759,

Je m'attendais, Monsieur, à la prise de Niagara, et ne suis pas plus surpris de la défaite de M. Des Ligneris.

Nous voilà sans aucune ressource de ce côté-là, si M. le marquis de Vaudreuil persiste à ne pas renforcer l'armée du chevalier de La Corne. Dieu nous préserve de plus grands malheurs! N’espérons pas qu'il tire un grand parti du peu de troupes qu’il a. Cette poignée d'hommes sera étonnée de l'échec que nous avons recu à Niagara, et le découragement, surtout pour les milices, est le pire de tous les maux. Vous ne pouvez trop représenter à M. votre frère qu'il est nécessaire de pourvoir à cette partie et à celle-ci. Il voit les Canadiens braves, pleins de bonne volonté à Québec, ainsi que les sauvages; qu'il ne juge pus de même de ceux qui sont ici. La supériorité ou l'égalité du monde donne de l'assurance, Une infériorité trop marquée ôte toute la fermeté, et tel qui sera brave à Québec, avec dix mille autres, ici sera poltron, parce qu'il verra l'ennemi quatre ou cinq fois plus fort que nous.

D'ailleurs, vous savez comme moi que cette inégalité est décisive pour les sauvages, Il est bien à craindre que nous n’en tirions aucun parti, quand ils nous verront si foibles.

Il est de notre devoir à l’un et à l’autre de représenter le bien à M. le marquis de Vaudreuil, Vous avez vu les deux lettres que je lui ai écrites à ce sujet, aidezmoi, je vous prie.

| [Al Méfiez-vous des bois. Johnson peut envoyer un | corps par terre, sur la rive droite du fleuve qui tombe sur Châteauguay et Laprairie. Il seroit bon d’avoir toujours des découvreurs dans cette partie pour avertir à temps.

[1 A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l’Ile-aux-Noix, le 10 août 1759.

J'ai l’honneur de répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 6 de ce mois.

Vous me mandez qu’il auroit été bien à souhaiter que M. d'Hébécourt eût pu soutenir encore une quinzuine de jours, ce délai pouvant produire un excellent effet dans la saison où nous sommes.

Cela est vrai, Monsieur, et peut-être le fort de Carillon, quoique avec une garnison moitié trop foible, eût pu se défendre quinze jours, si votre instruction du 20 mai, dont vos affaires ne vous ont pas sans doute permis de vous rappeler la teneur, ne me prescrivoit de faire évacuer lorsque l'ennemi auroit établi des batteries pour battre le fort. L'ordre que j'ai donné à M. d'Hébécourt étoit copié mot à mot sur votre instruc- | tion, et je pense qu'il n'a pu mieux faire que de s’y (| | conformer, ; (U Je vous supplie même de vous rappeler que j'eus l'honneur de vous mander que le fort de Carillon pourroit arrêter les Anglois douze jours. Vous me répondites, par une lettre datée du 1° juin, que je devois me conformer à votre instruction du 20 mai, et que vous 4 aimiez mieux sauver la garnison que de gagner quelques jours.

Avec des ordres si précis, Monsieur, je me flatte que personne ne pourra riea imputer à M. d'Hébécourt ni à moi sur l'évacuation de Carillon. On ne s’est pas flatté, sans duute, que les Anglois fussent plus de quatre jours à établir des batteries pour battre le fort,

Avec bien moins de monde, et vis-à-vis une garnison six fois plus forte, M. de Montcalm en a établi en trois jours au fort George, et à Chouaguen avec plus de disproportion encore, en aussi peu de temps.

A l'égard de l'évacuation de Saint-Frédéric, que vous avez la bonté d'approuver, elle n’est pas précisément conforme aux termes de votre instruction du 20 mai, puisque vous m’y prescriviez C'attendre que l'ennemi eût fait ses dispositions pour im’y attaquer, en prenant néanmoins mes mesures pour profiter d’un vent du sud-ouest pour dégager les barques et chébecs. Ces deux circonstances, qu'un hasard heureux auroit pu assembler, mais dont on ne pouvoit se flatter sans courir des risques, jointes à beaucoup d’autres que je prévoyois, me firent vous représenter qu’il n'étoit pas de la prudence de rester à Saint-Frédéric jusqu’à ce que l'ennemi marchât à moi, et vous me fîtes l'honneur de me répondre le 5 juillet, que vous me laissiez entièrement le maître de faire ma retraite à l’Ile-aux-Noix, lorsque je le jugerois à propos, et que vous n’entendiez me gêner en aucune facon. J'ai agi en conséquence et j'ai fait pour le mieux, J'ai eu l’honneur de vous rendre compte de mes motifs, et je vois avec bien de la satisfaction que vous les approuvez. L'état où j'ai trouvé l’Ile-aux-Noix justifie encore plus ce mouvement que toutes les raisons que j'ai alléguées, Quoi-

qu'on me mandât souvent que les retranchements étoient à hauteur et les batteries Ctablies, je pense qu'avec douze cents travailleurs commandés chaque jour, je n’aurois pas mis ceci en état de recevoir l'ennemi dans six semaines. Je prends le parti de faire marcher les bataillons en entier au travail, et j'espère accélérer la besogne. Depuis vingt ans que je vois travailler les troupes, je n'ai jamais rencontré de terrain aussi contraire, et d'ouvrage aussi rempli d'obstacles, Au reste, avec du temps et du travail, l’Ile-aux-Noix seroit un poste imprenable l'épée à la main, s’il y eu avoit à la guerre, Il n’est pas même vraisemblable que l'ennemi l'attaque de cette manière, Ce sera par des batteries de canons et de mortiers qu’il s’efforcera de m'en éloigner, s’il s'obstine à pénétrer par la rivière. De la patience et une contenance assurée sont le seul remède que j'y puisse employer, et vous pouvez être persuadé que l'ennemi auroit éprouvé de même à Carillon, si vos ordres ne m’avoient prescrit de l’abandonner,

Vous aurez vu, Monsieur, par mes précédentes, qu’il est à craindre que l'ennemi ne tourne la rivière Saint- Jean, ou n’envoie dans le gouvernement de Montréal des partis considérables qui désoleront les campagnes, peuvent même insulter la ville et empêcher les récoltes. La prise de Niagara et la perte des douze cents hommes qu'avoit M. Des Ligneris, réduisant la partie des Rapides à un si petit nombre, il n’est pas possible d’en espérer une grande résistance, J'ai eu l'honneur de vous faire là-dessus les représentations que le bien de l'Etat m'a dictées. A mon égard, que vous m'’envoyez des renforts ou non, je ferai pour le mieux.

J'attends vos ordres au sujet des projets dont j'ai l’honneur de vous faire part dans ma lettre du 8 août.

P.S.— M. de Rigaud m’annonce la noblesse de Boucherville aux ordres de M. de La Corne. Il compte être obligé de marcher aux Rapides, si l'ennemi s’y présente, avec les Iroquois du Saut et du Lac; et il m'enverra les sauvages d’en haut et les Népissings. Je ne puis qu’approuver cette disposition. Laprairie, Longueuil, Châteauguay et toute la côte de la rivière ne seront plus à couvert des partis anglois, aussitôt que M. de Rigaud sera parti, et il ne me sera guère possible d’y pourvoir.

Mais les Rapides ont besoin de secours, et je me garderai bien d'arrêter le peu de monde que M. de Rigaud compte y mener, quoiqu'il puisse arriver dans cette partie-ci.

Je n'ai point recu de réponse à ce que j'ai eu l’honneur de vous écrire au sujet de MM. Monette et Villeray.

A M, LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l'Ile-aux-Noix, le 12 août 1759.

J'ai recu les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 8. J’exécuterai vos ordres à l'égard de la diminution de la ration qui ne sera plus à l'avenir que de cinq quarterons de pain.

A l'égard de l’Ile-aux-Noix, j'attends vos ordres au sujet des dispositions que j'ai eu l’honneur de vous proposer dans ma lettre du 6, supposé que l’ennemi tente un portage par le bois, que les pluies qui n’ont

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pas cessé depuis mon arrivée, rendent tous les jours plus difficile,

Le coteau de la côte de l’ouest qui mène à Saint- Jean a été reconnu. Il faudroit bien du travail, à certains endroits, pour y mener du canon, J'ai envoyé reconnoître le portage de la baie de Missiscoui ; l’on n’est pas encore de retour,

Il ne restera à craindre d2 la part de l'ennemi qu’une canonnade et un bombardement dans l’Ile-aux-Noix qui n’aboutiroit à rien. La place est grande, et il n’est question que de s’armer de patience, Mais il seroit nécessaire alors d'avoir un corps à Laprairie pour empêcher les détachements anglois d'y pénétrer et de ravager toutes nos côtes.

Je persiste done, Monsieur, à demander que les Rapides soient en état de se passer du camp qui est maintenant à Laprairie, Au reste, je pense que les succès que, vous avez eus à Québec, arrêteront toutes les autres entreprises, et qu’ils ne tenteront rien ni ici, ni ailleurs.

Les troupes qui sont ici paroissent attendre l'ennemi avec impatience. Il seroit à souhaiter en éffet qu'il entreprit d'attaquer le poste de l'Ile-aux-Noix,

Depuis ma lettre écrite, j'apprends que M. Le Mercier est arrivé à Montréal et est suivi de M. le chevalier de Lévis avec un corps de troupes. Il n’y a pas apparence que les Anglois fassent des progrès plus considérables, maintenant que toutes les parties seront suffisamment pourvues,.

J'ai eu nouvelle qu’un petit parti sauvage, que j'avois envoyé en découverte vers Saint-Frédérie, y a

trouvé l’armée ennemie campée en partie, Ce détachement a été découvert et suivi par vingt-cinq berges. M. de Langy, qui le commandoit, l'avoit quitté pour aller par le bois, avec trois sauvages, reconnoître vis-à-vis le fort, J'attends son retour incessamment,

A M. LE MARQUIS DE JAUDREUIL A l’Ile-aux-Noix, le 12 août 1759.

Je dois avoir l’honneur de vous rendre compte de l'action que fit à Carillon le nommé Joseph Fauclon dit Sanschagrin, sergent de l’ancienne compagnie de Cabanac.

Ayant été en découverte aux retranchements, au moment que les ennemis y parurent, le 23 au matin, il enleva une sentinelle angloise à la tête de cinquante hommes de troupes qui avoient poussé cette -sentinglle à quelques pas en avant d'eux. Il répondit au “ Qui vive ”? “ Déserteur ” ; et lorsqu'il fut près de la sentinelle, il la prit par les cheveux. et l’amena À M. d'Hébécourt.

Cette action mérite récompense ; et j'ai cru devoir vous'en informer, Cet homme est déjà connu de ses officiers pour avoir très bien fait à l'affaire du 8 juillet de l’année dernière; il y fit un prisonnier, quoique d'une facon moins brillante.

A l'Ile-aux-Noix, le 13 août 1759,

J'ai reçu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 12, de Montréal, par

laquelle j'apprends votre arrivée pour prendre le commandement du gouvernement de la frontière,

Je ne doute pas que votre présence n’y soit très nécessaire, quand ce ne seroit que pour rassurer les femmes qui ont grand'peur.

J’envoie à Saint-Jean quatre pièces de fonte de six sur affûts de campagne, avec cinq cents boulets et deux

canonniers,

Je fais partir, demain matin, M. Desandrouins pour vous aller joindre, C’est celui qui me seroit le plus

nécessaire,

L'autre a malheureusement commencé cette besogneci, et c’eût été lui dire trop clairement qu’il ne vaut pas grand’chose que de ne la lui pas laisser finir ; mais c'eût été lui dire vérité.

A l'égard de lIle-aux-Noix, je n'ai pas encore pu y faire grand’chose, parce que les pluies continuelles ont empêché le travail, Mais à quelque chose malheur est bon : elles ont gâté les bois, et le vent du sud-ouest prodigieux qui dura tout hier, a fait refouler les eaux du lac et monter la rivière d’un pied et demi; elle : déjà rebaissé et rebaissera encore, s’il fait sec; mais l’eau est entrée dans le bois à bien des endroits.

J: suis occupé à faire continuer les retranchements, les faire munir sur le devant d’un fossé palissadé, barrer

Le fond est roc et on ne

la rivière par des caijeux.

peut y mettre de pieux. J'ai trois chébecs et une barque de huit pièces de canon sur le lac, qui se replieront sur moi, lorsque l'ennemi viendra, s'ils ne peuvent l'arrêter, et <’ils le voient passer, comme je l'espère. Je

les embosserai par le chenal pour garder le passage au-

dessous de mes batteries, J'ai une gabare dont je fais une redoute avec cinq pièces de canon sur un bord, que je placerai à même fin, plus la redoute flottante, que vous connoissez, que j'arme aussi de deux pièces,

Si j'ai le temps, je rendrai l’Ile-aux-Noix une forteresse imprenable l'épée à la main, et la rivière impossible à passer devant l’tle. Mais il faut du temps, ce qui est de sûr, est qu'on n’en perd point, La générale tous les matins; les officiers y sont tous; chaque bataillon a sa tâche; mais la pluie n'a pas cessé, et cette île est un cloaque; il faut ponter partout, A l'égard des substances, M. Pénisseault vous dira que j'en ai demandé dans la rivière pour quatre mille cinq cents hommes d’iei huit à dix jours.

A l'égard du canon et des bombes qui sont à craindre dans lIle-aux-Noix, c’est bagatelle,. On se tient derrière les retranchements ; la terre est molle; les bombes n’y font pas grand chose, et puis l'ennemi n’aura pas plus de canon que moi. D'ailleurs, ceci est vaste, de la patience, et voilà tout.

L'ennemi peut venir par le bord de la rivière aboutir au-dessous de l’île; mais si les bois restent comme ils sont à présent, il y auroit bien de la difficulté, Cela étoit très aisé quand je suis arrivé, et le seroit devenu bien plus, sile beau temps eût continué ; voici le temps où les bois ne sèchent guère.

Le portage de la baie de Missiscoui, qui n’est que de quatre lieues, eût été beau aussi, s’il eût fait sec, Il a été reconnu hier, Ily a trois-quarts de lieue qui paroïissent impraticables à présent, Saint-Jean seroit bon, si on avoit le temps d’y faire des ouvrages, puisqu'il

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