‹ Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 11 sur 27 · L'ABBÉ H.-R, CASGRAIN · texte numérisé non relu

L'ABBÉ H.-R, CASGRAIN

LETTRES

DU

Montréal, le 25 juin 1756.

Depuis votre départ, Monsieur, j'ai fait une incorporation de nos volontaires, Je compte qu’un exemple fâcheux mais nécessaire les aura rendus très sages, J'écris sur cet article fort en détail à M. de Fontbonne, Depuis votre départ, on veut toujours faire le siège de Chouaguen; on attend des sauvages d’en haut; on a tous les jours des conférences. Je finis par donner un mémoire ; on le prend ad referendum ; on ne conclut rien, tant y a qu’au lieu de partir demain, samedi, on ne me fait partir que dimanche avec M. de Lévis. On a fait partir quatre cents hommes de la colonie ou volontaires. Royal-Roussillon, qui devait partir lundi, ne partira que mardi. On dit que les

ennemis marchent en force vers la Pointe *, et je vous préviens pour vous seul qu'il est question de faire une marche en avant avec votre corps pour joindre M. de Villiers et quelque artillerie, et essayer, s’il était possible, le siège ; mais au moins remplir l’objet d’une diversion pour dégager la Pointe, sauf si la diversion réussit et que les ennemis reviennent en force, se rembarquer et replier M. de Villiers qu'on aura joint, Vous comprenez bien qu’en ce cas, il faut embarquer pour faire, s’il se peut, des vivres pour un mois, au moins pour quinze à vingt jours, et que l'officier inarche comme le soldat, à un matelas près et un porte-manteau. Je vous préviens de tout cela pour que vous fassiez vos réflexions d'avance sur un projet qui peut avoir lieu ou non; vous pouvez aussi avoir ordre de ne faire embarquer qu’un bataillon. Vous pouvez l'avoir de pousser votre premier mouvement au corps de M. de Villiers pour reconnoître le fort de fort près, avec un détachement que M. de Villiers fourniroit. On veut aussi que j'aille dans cette partie-là ; on me fait partir pour Carillon, peut-être y finirai-je la campagne. J'ai toujours remis un mémoire fort raisonné où je demande pour nos opérations : 1° Des instructions claires, précises, des bateaux nour les vivres pour n’en pas manquer, et des bateaux avec soi pour la retraite; de ne pas annoncer cela comme un projet de siège, quand même on devrait le faire, mais comme un projet de diversion pour dégager la Pointe.

J’ai représenté, après le dire d’un prisonnier, que les Anglois ayant mis trois cents hommes armés sur leurs

* De Saint-Frédéric.

barques, paroissoient vouloir les attaquer, que quand même elles seroient meilleures voilières, ce qu’on suppose peut-être gratuitement, il y a des calmes où l’avantage de la marche ne fait rien, mais bien celui des hommes pour servir le canon et la mousqueterie, et qu’il seroit bon de vous arrêter, A cette occasion, on m'a répondu que vous aviez des instructions suffisantes ; aussi tablez là-dessus et concertez avec le sieur de la Force. M. de Lapause m'a envoyé un mémoire excellent; il vous le communiquera sans doute,

P.S,— Il avoit couru un bruit d'apparition de flotte angloise qui ne s’est pas confirmé, bien au contraire, car il nous est arrivé une goélette de Louisbourg du premier. M. Gaumin est mort ainsi que M. de Bourgat, capitaine du régiment de Royal-Roussillon,

Montréal, 26 juin 1756.

La flûte l’'Outarde est à l’île du Bic. Elle porte trois cents hommes de recrues et l'habillement de la colonie. Nous avons aussi en rivière deux brigantins portant des troupes. Comme cette flûte n’est partie de France que le 7 mai, elle a apporté lettres et nouvelles. Voici les miennes: le maréchal de Noailles retiré ; les trois calottes rouges arrivées; le maréchal de Richelieu a débarqué sans opposition; les habitants ont prêté serment; le siège est formé; la Gualissonière repartie, Les vents ont retenu la flotte angloise à Plymouth. J'ai appris au chevalier de Lévis que M. le duc de Mirepoix avoit la compagnie des gardes avec un brevet de retenue

de quatre cent mille livres; sans doute il a payé pareille somme, car autrement la faveur seroit excessive, De toute part on nous confirme la marche vers le lac Saint-Sacrement, Des familles allemandes, désertées ily a deux ans, de Chibouctou, sont arrivées et viennent à Québec, Elles avoient passé à l’île Saint-Jean où il y a trop de monde à cause des fanilles acadiennes, Elles augmenteront ici la colonie qui n’en a pas assez, Je pars toujours demain ; dites à Cornier que sa lettre est partie,

Au camp de Carillon, le 10 juillet 1756,

Je suis fort aise, Monsieur, que vous soyez arrivé en bonne santé, Depuis que je suis ici, je me couche à minuit; je me lève à quatre heures, Je donne à diner à dix-huit ou vingt personnes, et je suis arrivé sans aucune provision, Je n'ai qu’un mouchoir, une pièce de drap, six chemises el une couverte, Je finirai la camnpagne peut-être ici, où j'irai vous voir dans trois semaines, Nous avons de toutes nations, les sauvages, l'hôpital, le hameau, la police du camp, les petites misères m'excèdent et ne me donnent pas le temps de respirer ; beaucoup de malades, L’ennemi nous a pris deux bateaux, et paroît vouloir mettre des partis sur le lac Champlain, J'ai passé la nuit à tenir des conseils de guerre avec les officiers généraux de mon armée, cela n’a duré que cinq à six heures, ils ont été s’enivrer en sortant de là. Je n’ai pas le temps de répondre à M. de Lespervenche. Mille excuses, mille compliments, ainsi qu’à tous vos messieurs,

Au camp de Carillon, le 14 juillet 1756.

M. le marquis de Vaudreuil vous aura informé, Monsieur, de ses projets, et de ses ordres pour leur exécution, Comme elle dépend de la vitesse ou secret, et de la facilité de transport, il faudra que MM. les officiers marchent quasi comme à un bivouac, Il nous est arrivé d'être souvent de même, à des expéditions qui duroient six semaines ou deux mois. Il faut, sans leur parler de l'objet, les préparer à une réduction d’équipages, car je serai sévère sur ce que j'ordonnerai, et dont je donnerai l'exemple, Une tente de deux en deux officiers, nulle cage à poules, les ordinaires de quatre officiers au moins, on porte moins de batterie, un porte-manteau pour chacun, avec demi-douzaine de chemises, L'opération doit être faite ou manquée, dans moins de vingt jours, Il faut les savoir passer durement pour une expédition qui seroit aussi importante, et très avantageuse pour les régiments qui en servient chargés. Quant aux vivres, le vin ne manquera pas, et pour ce qui est du pain, il serait avantageux aux troupes d'en porter pour dix jours, moitié pain, moitié biscuit; et l'on pourroit embarquer ce qui seroit nécessaire pour construire des fours en arrivant,

Voilà les seules observations que j'ai l'honneur de vous faire, parce qu’on ne sauroit de trop bonne heure préparer l'officier à cette réduction, nécessaire à tout événement, et pour diminuer le grand nombre de bateaux qu'il faudroit autrement.

Je pars après-demain, 16. Je dois être le 18 au soir ou le 19, au plus tard, à Montréal.

Au camp de Chouaguen, le 18 août au matin.

Je vous envoie, Monsieur, l’état de l’arrangement

fait avec le sieur la Force, pour l’arrangement des prisonniers; faites-y cependant tous les changements que vous trouverez convenables, comme celui de n’en point mettre sur l’esquif où sont les poudres. Convenez avec Arnoux pour embarquer plus tôt que plus tard les malades, de leur donner un chirurgien, ou au moins un garcon chirurgien. Je voudrois aussi envoyer deux domestiques avec la première barque qui partira pour Frontenac. Je vous conseille d’en faire autant, avec ordre à M. de la Valtrie de les faire partir avec les premiers bateaux pour rapporter nos effets ; demandez aussi à Arnoux s’il croit que le bien du service exige .qu’il passe par Frontenac, ou qu'il vienne en voiture avec nous, J'aime mieux le dernier parti, pour l'avoir dans le cas où il faudroit remarcher de suite à Carillon ; mais il faudroit, ce. me semble, qu'Arnoux donnât ou envoyât quelqu'un pour faire emporter les effets qu’il peut avoir laissés à Frontenac.

Ne perdez pas de vue l’objet du comblement du port. En supposant toujours que ce soit un ouvrage de peu comme on nous l'a dit, et que ce ne soit pas de la bouillie pour les chats ; car il est désagréable d'annoncer que l’on a comblé un port, et de voir qu'on l’a décomblé trois mois après. Faites attention que sur les quatre cent soixante prisonniers, les matelots que l’on a déjà sont compris. Lorsque vous voudrez faire partir les barques, après avoir employé MM. de Portneuf et Bayeul, écrivez-moi.

Je vous enverrai un sergent, et un cadet pour chacune des autres. Au reste, lorsque nous aurons chargé toutes nos provisions, et que nous aurons pris toutes les berges et bateaux anglois, dont nous pouvons avoir besoin, en donnant les autres berges aux sauvages et les vivres qui resteront, en lard ou en pois, ils les conduiront, en feront des dépôts daus les bois, et viendront les chercher en canot, de chez eux. Ce sont nos missionnaires qui,m'ont fait part de cette observation.

LETTRE DU MARQUIS DE MONTCALM A M. LE COM- MANDANT DE BON (sic.)

Je vous renouvelle, Monsieur, un des articles les plus importants de ma première instruction, qui est qu’aucun officier ne doit rien se faire délivrer dans les magasins, même de e* ui lui revient en vivres ou en équipement. Ce détail ue distribution appartient, conformément aux ordres du Roi, aux seuls officiers chargés des distributions par les commandants de corps, de quartiers ou de détachements. C’est le seul moyen d'empêcher mille abus. Si quelque officier y contrevient, punissezle avec sévérité, je vous en serai très obligé. Je viens d’être obligé de le faire dans un de nos bataillons.

Montréal, le 24 novembre 1756.

Je n'ai pas encore eu l'honneur de vous écrire, Monsieur, parce que suivant les nouvelles de votre marche, vous n’étiez peut-être pas encore arrivé. Je vous ai beaucoup plaint pendant votre navigation, J’ai l’hon-

neur de vous envoyer copie d’une petite lettre circulaire, et voici, pour vous seul, le fait, On a arrêté trois quarts de farine à Sainte-Thérèse, revenant de Carillon ; deux ont été réclamés par trois lieutenants de Royal-Roussillon, qui disent se les être fait donner par la Force, pour remplacement des rations qu'ils n’avoient pas prises ; vous pensez bien que le Roi ne fait pas voiturer à grands frais, des vivres à Carillon, pour que les officiers les fassent refluer d’où ils sont partis, et que le décompte de l'officier, en argent, des vivres, qu’il ne prend pas, n’a été imaginé que pour la conservation des vivres des magasins du Roi, et ce ne seroit pas en prendre le chemin. Ce détail est pour vous seul, Monsieur, à moins que l'intendant ne vous en parlât, auquel cas parlez-lui de ma colère, de ma punition et de ma lettre circulaire. Une autre fois j’enverrai l'officier en prison pour trois mois, dans un fort. 11 faudroit aussi punir les gardes-magasins qui délivrent à d’autres qu'aux officiers chargés des distributions, Voilà, Monsieur, ce que je vous prie de lui dire, s’il vous en parle.

J’ai permis à M. de Solvignac, ainsi qu'à M. de La Mothe, du régiment de Béarn, d'aller passer quelque temps à Québec, tous les deux pour leur plaisir; le premier, parce qu’il est recommandé à M. l’intendant ; le second, pour faire sa cour à M"° de Beaubassin, quoiqu'il m'ait parlé de sa santé, J'ai permis aussi à M. d’Alerac, parent de M. l'archevêque de Bordeaux, pour être entre les mains d’Amoux; il y a de l’étoffe en lui pour faire un joli sujet, Cependant, avec un air et des propos qui vous séduiront, c’est une mauvaise tête ; je lui ai promis de m'occuper de sa santé, de le

former, et de lui faire tâter de la prison. Quant à présent, il est totalement aux ordres d’Arnoux, et s’il ne se conduit pas très bien, sur la plainte d’Arnoux, mettez-lemoi en prison. Si je permets à d’autres d'aller à Québec, je vous écrirai; je ne doute pas que ces messieurs, dans les vingt-quatre heures, ne vous rendent leurs devoirs ; s'ils y manquoient, je ne suis pas en peine que vous les mettiez dans la règle.

S'ils profèrent le seul mot de logement pour Québec, faites-les repartir, tout comme s’il y avoit la moindre chose à dire à leur conduite,

Nul officier de vos deux bataillons ne doit venir ici sans la permission de son commandant et la vôtre ; ne l’accordez que rarement, difficilement, et qu’il y ait de la nécessité pour affaires du service.

M. de Roquemaure m'a parlé de quelques officiers de son bataillon qui auront envie de passer l'hiver à Québec. J’ai répondu : à sa prudence, et avec votre permission, et qu'on n'ait pas l'air d’y rester tout l’hiver, Il faut de temps en temps aller faire un tour à la troupe, et y rester quelques jours ; je n’ai pas besoin de vous recommander l’exactitude pour les uniformes, c'est-à-dire pour l’habit ; d’ailleurs des mitigations pour les vestes, que je n'aurai jamais lorsque je commanderai en France ; que les officiers, de tous les bataillons y soient assujettis indistinctement, et qu'ils n’aillent pas, sous prétexte qu'ils ne sont pas de la garnison, ne la pas porter; et au moindre mot qu'ils vous diroient là-dessus, renvoyez-les à leurs quartiers, et mettez-moi toujours en avant comme le loup gris.

M. le marquis de Vaudreuil m'a ordonné de faire renouveler les défenses de jeux de hasard, par les commandants de corps. Il a fait assembler, à cet effet, les officiers de la colonie chez M. Duplessis ; faites faire la même chose par M. de Fontbonne. J'ai remis à M. le marquis de Vaudreuil le mémoire ci-joint, qui est pour vous seul. La réponse a été que toutes les lois de France étoient les mêmes pour le Canada, à l’exception du fils d’habitant ; qu'il y avoit une tolérance et un abus, qui ne pouvoient jamais regarder nos officiers, à cause de la distinction du domicile dont il a été frappé ; qu'il croit bien que des mariages faits avec sa permission et la mienne, seroient valides pour l'état des personnes, mais que nous n'empêcherions pas l’exhérédation, si le père et la mère vouloient la prononcer ; que nous serions blâmés en France, et qu'aussi je devrois refuser la permission aux personnes en puissance paternelle ; qu’il ne vouloit pas consulter son tribunal, mais que, quant à lui, il en parleroit avec l’intendant, La seule chose que vous ayez à faire, Monsieur, c'est de lâcher un mot vague, comme j'ai fait ici à M. de Roquemaure, à M. de Fontbonne, que les principes de M. le marquis de Vaudreuil, sur cette matière, sont totalement différents de ceux de l’hiver dernier, et c'est ensuite à ce sage commandant à en faire usage, s’il s’apercevoit que ‘juelque officier inclinât à se marier comme l’année dernière, Et vous, Monsieur, avec une modération et une discrétion que vous êtes plus capable de prendre qu'un autre et que moi-même, si, par hasard, on traitoit cette matière, même l'évêque, que vous avez des raisons pour croire que M. le marquis

de Vaudreuil pense différemment, qu’il y a peut-être eu l’année dernière des circonstances qui l’avoient déterminé, et que cette année-ci, il peut l’être par d’autres, et si par une conséquence naturelle, on vouloit apporter du doute, sur les quatre mariages faits l'hiver dernier, ne manquez pas de soutenir la validité sur le fondement de la permission, et que vous doutez qu’on l'accorde cette année. Je vous envoie un petit bulletin de nos nouvelles, sûrement l’intendant les a, en tous cas dites-les lui,

M. le chevalier de Lévis s'amuse fort ici. Il passe sa vie avec sa société, chez M"° de Pénisseault, Il a été d’un grand souper chez M. Martel. Pour moi, je joue au trictrac et je fais whist chez mon général. M"° Varin, rarement; M"° d’Eschambault et parfois je dis des f.. avec M"° de Couagne, et je n’en fais pas. Vous voyez que je n’ai pas étendu mes connoissances,

On a eu des nouvelles de Carillon depuis le départ de M. le chevalier de Lévis, et tout y étoit dans la plus grande tranquillité.

Par les nouvelles de M. Dumuy, fils, et du sieur Desfonds, qui n’est arrivé qu'hier, on est toujours de plus en plus confirmé dans l'opinion que la prise de Chouaguen à fait un effet étonnant chez les sauvages, Les Hurons du Détroit en ont été consternés. Ils sont Anglois dans le fond du cœur, mais entourés des Outaouais et des Poutéotamis, On s’apercoit, dès cette année, de l'avantage pour le commerce des pelleteries,

en comptant celles dont on m’a fait l'envoi et celles qui n'ont pu arriver à temps.

Nous sommes toujours inquiets de savoir quand et comment M. Dumas et M. Duparquet nous descendront,.

Par les nouvelles du 9, de Niagara, un parti de Loups a rapporté quelques chevelures ; les Mississagués avoient formé neuf petits partis pour aller passer vers le haut de la rivière de Chouaguen et de là vers Corlar, stls n’y trouvoient rien. Il y en avoit eu de rentré J- ÿ avec une chevelure. Il est arrivé à Niagara des Touns de Cunestoga, ‘frontière de la Pensylvanie. Ils avoiem jusqu’à présent resté indifférents à notre querelle, T's sont repartis avec la hache de leur père. M. Poucho: in jour a remise, Cet officier paroît fort au gré des nations. fort occupé d’achever ses fortifications et ses magasins.

Les ambassadeurs des Cinq-Nations, au nombre de plus de cent, se sont fait annoncer hier. Leurs chefs sont arrivés aujourd’hui, et l’on attend le reste demain. On avertira les Iroquois du saut Saint-Louis et du lac des Deux-Montagnes pour venir aux conférences; on n’avoit pas accoutumé de recevoir la visite de ces messieurs aussi tard. Ils assurent qu'ils ont aussi envoyé des ambassadeurs à Orange ; mais que ce n’a été que pour savoir les résolutions qu'on y prendroit et nous en faire part. J'ai oublié, Monsieur, de vous marquer que M. le marquis de Vaudreuil m'a dit l’autre jour qu’il avoit oublié d'écrire à M. de Longueuil de donner des ordres pour que l’on marie les soldats de nos bataillons sous votre seule permission, et qu’au moyen de cet oubli les prêtres refuseroient, Ainsi, ne

compromettez pas votre signature sur cet article qu’autant que vous serez assuré par M. de Longueuil que cela. ne soulèvera nulle difficulté, et sera un malheur pour les amoureux et un retard parce qu’il faudra nous en écrire.

Je vous prie, Monsieur, de dire à M. de Solvignac que M. l’intendant paroît craindre que le séjour de l'hiver à Québec ne fût dispendieux. Aussi, quand lui et M. de La Mothe auront passé le temps des plaisirs à Québec, il faudra bien songer à venir faire le carême dans ce triste gouvernement de Montréal pour, suivant les règles, faire Pâques avec son curé,

Montréal, le 20 février 1757.

Je dois réponse, Monsieur, aux deux lettres que vous avez eu la bonté de m'écrire, dont la dernière est en date du 17. Je suis fâché que vous ayez à vous plaindre de votre poitrine. Il faut espérer que le temps doux qu'il fait depuis quelques jours vous sera aussi avantageux que contraire au détachement.

M. le marquis de Vaudreuil est arrivé mardi, J'’eus l'honneur de le voir le jour même, et je le trou vai assez bien, Depuis ce temps-là, il va de mieux en mieux, malgré une petite faiblesse à la jambe, qui n’aura aucune suite. Mercredi matin, M. de Longueuil partit pour aller chanter la guerre sux Iroquois du Saut et à ceux du Lac. M. de Rigaud l’avoit été chanter aux Abénakis ; ce qui nous en produira trois ou quatre cents, Le zèle des Canadiens est d'autant plus grand qu’on leur a quasi promis, par des lettres circulaires, que ceux qui

hi) 140 LETTRES DU MARQUIS DE MONTCALM

marcheroient actuellement ne marcheroient pas cet été ; d’ailleurs on a quasi pris dans ces mêmes lettres le style de Louis XIV, convoquant l'arrière ban; aussi marchent-ils, car les volontaires, espèce de gentils- 1 hommes, s'empressent de marcher sous les étendards de F à FU frère Rigaud, M. de Perigny, moins connu que M... É marche comme second aide de camp; car M. de Thiof baudier de la Ronde, qui étoit à Chouaguen, reste en Le He possession de la place de premier, M. Dufils va, dit-on, (| à la guerre.

L'armée marche sur quatre divisions: la première part de Saint-Jean le 20, elle est composée de six compagnies de marine, commandée par un lieutenant; la seconde, aux ordres de M. Duchat, capitaine de Languedoc, en partira le 21, elle est composée des piquets de la Sarre et de Languedoc, avec quatre compagnies M! de troupes de la colonie; la troisième, aux ordres de

M. Ducoin, capitaine de Royal-Roussillon, composée

des piquets de ce même régiment et de Béarn et quatre » compagnies des troupes de la colonie, part le 22; la

quatrième, qui part le 23, est composée de la compa- 4 gnie des grenadiers volontaires, de deux compagnies 4 des troupes de la colonie et d’une compagnie des volontaires du Canada. C’est à cette division que marchent MM. de Rigaud, de Longueuil, Dumas et Lotbinière, Cet ordre de bataille a fait dire à un plaisant que c’étoit M. l'Evêque qui l’avoit fait, jarce que le curé va toujours le dernier à la procession, M. de Malartic doit se trouver à Saint-Jean pour faire distribuer ses équipements aux nôtres. Nos officiers et soldats marchent avec le plus grand zèle. J'ai fait, hier, la revue de votre

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