IE ES
ÈS
jusqu’à présent. Votre campagne vous fait beaucoup d'honneur, et je ne doute pas qu'il n’en soit de même à l'avenir, Ici nous vous avons tous rendu justice, Francois et Canadiens. M. le marquis de Vaudreuil pense comme moi. Je ne vous réponds pas des bavardages de Montréal ; où n'y en a-t-il pas ?
Consolez-vous. Si M. le marquis de Vaudreuil et moi eussions accédé aux impatiences et raisonnements du public, la colonie n'existeroit plus. Je ne sais si nous la conserverons. Nous ferons, du moins, de notre mieux. Elle existe encore, J’ai toujours pensé et pense encore que M. le chevalier de Lévis, qui a un ordre pour commander sur cette frontière, ne vouloit que faire une tournée à votre camp, et non y résider. Quoiqu'il en soit, le mérite de cette campagne, sur cette frontière, et des dispositions pour se défendre, vous seront dus ; outre que M. le chevalier de Lévis est de vos amis, je ne le crois pas curieux de gagner de la gloire aux dépens d’autrés. Pour moi, je ne sais que faire valoir ceux qui servent sous mes ordres, et avouer que je dois le peu de réputation que j'ai acquise en Amérique, aux troupes et aux principaux officiers qui ont servi avec moi, qui m'ont secondé au mieux; et vous ne devez pas être en peine du plaisir que j'en a., quand cela vous regarde,
Au camp de Montmorency, le 24 août 1759.
L’ennemi a fait une incursion à Deschambault, qui nous a coûté nos équipages ; je n'ai jamais vu un meilleur ton et moins de regrets sur pareille perte. Bougainville, qui fit une marche de quatorze lieues, depuis
sept heures du matin jusqu'à minuit, leur a empêché de prendre racine; j'accourois pour le même objet, je fis dix-huit lieues, Retour encore à Deschambault; la cavalerie les a empêché de débarquer, Nous n'avons eu aucun homme ni tué ni blessé, L'ennemi en a perdu quelques-uns, on lui a fait deux prisonniers, L’ennemi brûle et ravage, tire moins sur la ville et sur le camp. J'ai neuf partis à la guerre qui ne guériront pas de la
brûlure. Voilà, mon cher Monsieur, ce qu'il y a de plus :
intéressant à vous écrire, en réponse à votre lettre du 18. Vous avez bien fait de décacheter la lettre du général Amherst, dont le style est toujours aussi poli que celui du général Wolfe à M. le marquis de Vaudreuil ; c’est peu, la lettre du général Amherst n’exigeant aucune réponse. Je ne lui en fais point, je me réserve, si nous sommes entiers, comme il faut l’espérer, le 1°‘ octobre, de lui écrire pour lui dire que la saison s'avançant, il y auroit de l’inhumanité à renvoyer les prisonniers pendant l'hiver, et qu'ainsi, si l'échange ne peut être consommé avant le 20 octobre, je renverrai tous les siens dans un paquebot, en Angleterre, et que je le prie d’user de même pour les miens, et de les renvoyer en France; je suppose pour cela que nous serons intacts dans les trois points, le 1° octobre, alors je commencerai à espérer pour le salut de la colonie, jusque là, rien; et j'aime quasi mieux qu'il l’accepte le renvoi en France,
26 août 1759.
Voici, mon cher Bourlamaque, réponse à votre lettre du 21. J'ai insisté auprès de M. de Vaudreuil qui vous eût rappelé, sans la crainte, qu'il ne faille que le chevalier de Lévis ne se porte aux Rapides; cependant je crois avoir obtenu de lui un ordre conditionnel, mais à moins qu'on ne vous le dise, n’en faites semblant, car je vous écris comme votre ami, et non votre général. M. de Vaudreuil avoit peur que vous ne vinssiez sans ordre, je l'ai bien rassuré, Pour ici, si vous y venez de suite, je vous donnerai le poste du chevalier de Lévis, où je me suis quasi (établi), et je laisse, entre nous, souvent le commandement de l’armée au chevalier de Montreuil, qui s'en acquitte bien, C’est la charge de pourvoir à tout sur le champ, vu mon absence, Une lettre pour Amherst à cachet volant, vous ou le chevalier de Lévis l’enverrez quand vous voudrez ou croirez devoir l'envoyer. Soyez tranquille sur tous propos; s’il y en a eu, point d’humeur, mon cher Bourlamaque. Jusqu'à présent nous n’avons pas perdu notre temps, et fiez-vous à moi, quoiqu'il arrive, nous ne le perdrons pas; je n'ose (rien) vous dire, parce que vous en savez plus que moi. Laissez-vous conduire, mais le ciel sait toujours mieux, et si l'humeur me prend jamais, je vous prierai de me conduire, On ne peut vous être plus dévoué, et en faveur de cette sincère déclaration, faites grâce au manque de cérémonial avec lequel je finis ma lettre.
Le 2 septembre, à trois heures après minuit.
Les manœuvres des Anglois, mon cher Bourlamaque, sont si équivoques, qu’elles exercent souvent la cavalerie qui fait au mieux. La Rochebeaucour a de l’honneur dans son sac, Bougainville et les troupes de la communication (sic). Il y a cinq jours que les cinq bâtiments au-dessus de Québec faisoient mine de redescendre ; depuis, il en a passé toutes les nuits, et ils étoient, hier, vingt grands ou petits, avec un joli nordest. Hier au soir, ils étoient tous vers le cap Rouge, faisant mine de descendre. Il y a quelques jours qu'ils faisoient encore des batteries à leur camp du saut, Il ne leur restoit plus, hier au soir, que le canon de retraite et deux obusiers : ils avoient passé devant nous six à sept cents hommes à l’île d'Orléans, trois cents la veille. Ils avoient encore, hier au soir, quarante à cinquante berges à pouvoir embarquer. La nuit obscure ; il pleut, nos troupes habillées et éveillées dans leurs tentes ; la droite et la ville des plus alertes. Je suis botté et mes chevaux sellés, c’est à la vérité mon allure ordinaire la nuit, Suite des interruptions, signatures, visites et conseils des sauvages, questions, minuties, billets continuels à MM. de Vaudreuil, Montreuil et Repentigny, et quelques courses chez le généralissime, En l’aisance alors dans ma maison; mon lieutenant de roi Poulhariez.
Voilà l’état des choses dans le moment. Il me reste à répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 29 ; il n’y a qu’à louer votre vigilance et activité, La prise de l'ingénieur me fait
plaisir. Si Amherst attend son retour et son plan, il n'agira pas de sitôt. Vous paroissez ne pas croire la marche d'Amherst par la rivière Saint-Jean; j'en suis fort aise quoique vous l’eussiez bien reçu ; pour ici, je crois que Wolfe fera comme un joueur de tope et tingue qui, après avoir topé à la gauche du tope, et à la droite, tope au milieu. Nous tâcherons de le renvoyer de notre mieux, Cependant, différence en cela de M. Johnson, J’aimerois autant qu'il penseroit en cela comme Ambherst, et qu'il ne voulût pas nous attaquer, car j'aime toute besogne facile.
Nul passeport pour les domestiques qui veulent retourner en France, et j'en accorderois, que M. de Vaudreuil refuseroit, D'ailleurs, la place sur les bâtiments ? et il y aura à renvoyer les équipages de huit bâtiments brûlés on naufragés, et peut-être les Anglois prisonniers, si on n accède pas au cartel.
Le lendemain que j'ai pris possession de la gauche, j'ai donné une très petite lecon à des travailleurs. Cent hommes tués ou blessés. Je crois toujours une tentative avant le départ qui sera tard. J'espère que tout ira bien, pourvu que M. du Four (?) fasse son devoir, Agissez comme vous l’avez pensé, et je vous en écris dans le cas d’un portage. J'ai six cents hommes à la guerre. Bougainville toujours en communication. Je suis en état de vous louer, justifier, ubique et corum omnes. Le chevalier de Lévis a un commandement général qui s'étend jusque sur votre corps, mais personne ne doit agir séparément, Je vous voudrois ici, où mon plus capable, et j'en suis content, est le chevalier de Mon.
treuil, car je ne puis être partout, quoique je me multiplie bien, et que je ne me sois pas encore déshabillé depuis le 23 juin.
Au camp du saut, le 8 septembre 1759,
Je souhaite, mon cher Monsieur, que vous soyez tranquille dans votre partie; ce mois-ci sera bien décisif pour cette colonie. Les ennemis paroissent très occupés d’inquiéter notre communication au-dessus de Québec, et en veulent, je pense, à notre marine, Cette partie-ci est toujours des plus critiques sur tous les points.
Les ennemis retirés du saut n’annoncent pas leur départ; au contraire, augmentation de batteries et de feu sur la ville. Une petite escadre de vingt bâtiments, cinquante ou soixante berges, depuis trois jours, vis-à-vis Sillery ou le cap Rouge. Bougainville côtoyant la ligne, alerte. Hier, sur les dix heures du soir, démonstration d'attaque, cent berges en bataille à mi-chenal, Ma santé s'épuise.
Le 11 septembre. — Je crois, mon cher Monsieur, que vous ne pouvez rien faire de mieux que de rester où vous êtes, et où le séjour du chevalier de Lévis aura été bref, à ce qu’il me paroît ici, Je suis accablé *à travail, et l'humeur me saisiroit souvent comme vous, si je ne pensois que j'ai été payé par l'Europe pour n’en avoir point. Quel est votre projet d’habitation pour l’hiver ? Québec, en vérité, ne sera pas habitable, et nous n’y aurons pas de troupes.
J'ai lu ce qui concerne les sauvages et Laubaras, Cé dernier sera rappelé à temps. Sa mission pourroit être brillante, s’il vouloit, Depuis ma dernière, rien de nouveau ; je donne encore un mois au moins de séjour à l'ennemi.
Si vous avez quelques employés, particulièrement volontaires, etc., à qui vous voulez laisser quelque gratification de vingt ou vingt-cinq pistoles, un peu les travaux, les six mille au Roi me seront courts pour ici ; à l'égard des nécessiteux, point ou beaucoup (sic). Ici, les équipages brûlés m'ont engagé à lâcher trois ou quatre cents livres et quelques articles; ainsi, vos aides-majors et vos travaux extérieurs par votre ordre. Point besoin d'autre signature.
Les lettres suivantes de Bougainville, de l'abbé Piquet, de M. Delisle et de M. de Rigaud, se trouvaient intercalées parmi les Lettres de Montcalm à Bourlamaque :
LETTRE DE BOUGAINVILLE A BOURLAMAQUE A Montréal, le 20 juin 1756.
M. le marquis de Montcalm, qui est parti dimanche matin avec M. le chevalier de Lévis, m'a chargé, Monsieur, de vous écrire qu’il croyoit qu'il y avoit du changement à l'égard des projets formés pour votre parti et dont vous étiez instruit, Cependant, comme vous connoissez le terrain et la coutume de ce lieu-ci, vous penserez aisément que ce changement pourroit encore être changé, M. de Montcalm restera peut-être
toute la campagne à Carillon. On dit que les Anglois feront tous leurs efforts de ce côté-là et que ces efforts
seront grands. Au reste, il n’y a rien de nouveau. - Le sous-lieutenant de grenadiers de la Sarre est mort
cette nuit. M. de Berval est aussi en danger, C’est (1 la maladie du léopard qui fait du ravage. 11 est arrivé If une goélette partie de Rochefort, qui nous a appris que le débarquement avoit été fait à Mahon, que la ville a apporté les clefs à M. le maréchal de Richelieu et a | prêté entre ses mains serment de fidélité au Roi. L'on f fait actuellement, c’est-à-dire quand la goélette est partie, il le siège du fort dans lequel il y a trois mille six cents hommes de garnison. M. le duc de Mirepoix est capitaine des gardes du corps. Le maréchal de Noailles fl retiré du conseil, M. de Séchelles a entièrement quitté les finances. Voilà, Monsieur, les nouvelles de France. M. de Vaudreuil m'a paru fort mécontent du plan d'ouvrage que M. Desandrouins a envoyé. Je suis ici commissaire des guerres et major général, et déjà ce métier m'ennuie, C’est qu'il n’est pas bon à faire pour il les autres. M. Doreil, heureusement, va revenir me | donner mon congé. Jusqu'à mon départ, je ne man-
querai aucune occasion de vous donner des nouvelles,