‹ Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 20 sur 27 · SR RS · texte numérisé non relu

SR RS

Le 8 août. — J'ai raisonné, d’après votre lettre, mon cher Bourlamaque, avec le chevalier de Lévis, qui connoît le poste de l’Ile-aux-Noix mieux que moi, puisqu'il a été chargé, avec M. de Lapause, de l'aller reconnottre. 1° Votre présence et les bras hâteront l'ouvrage pour mettre le poste en état de se défendre ; 2° il me paroît difficile de vous tourner par les droites et les gauches, que vous prétendez être plus marécageuses, ayant du canon. A l'égard du chemin connu 1° quoiqu'il le soit de nos sauvages, il peut ne pas l’être des enneinis; 2° le fût-il, c'est un portage de dix lieues à faire, et pour lequel ils n’auroient pas les ressources qu'ils ont eues de Lydius au fort George, qui a beaucoup de chevaux et de voitures. Je voudrois bien qu’ils prissent ce parti; il me semble que voici alors la manœuvre que je ferois : je quitterois mon poste où je laisserois, au plus, trois cents hommes ; je marcherois et je ferois marcher M. de Rigaud pour, en me combinant, attaquer l'ennemi fort ou foible, dans la marche ou opération du portage. Je crois cela possible, c’est à vous à l’examiner. Vous m'objecterez peut-être que la perte d’un combat détruit la seule espérance que la colonie ait du côté de cette frontière ; ma réponse est que si le portage se faisoit, l’Ile-aux-Noix et votre corps deviendroient inutiles, et une attaque dans la inarche, pour peu que vous ayez de sauvages, doit réussir, malgré l’infériorité du nombre.

La seule chose qui nous fâche, ici, c’est d’être séparés de l'ennemi, car après ce que j'en ai vu l’autre jour, s'ils se commettent, ils seront battus; mais eux qui devroient nous attaquer, ont pris des points de défensive

SO

inattaquables, Lisez ma lettre aux commandants des corps et que l’on (encourage) les troupes. Il faut com-

battre pour l'honneur, pour l'intérêt et pour la dernière .

fois. Quoique votre marine ue soit pas des meilleures, tâchez d'en tirer parti, même des barques, et assurez bien tous vos marins, à commencer par M. de Laubaras, que le moindre succès de leur part (deviendra) une rare fortune pour eux.

Je ne dis rien sur les Rapides; je ne dis pas cependant que d'ici à quelques jours on ne voit pas à faire passer qu:ique chose de vos côtés.

Le 9.— Je maintiens la colonie perdue, et cela est dû à l’ignorance et à l'intérêt. L'armée de la Belle- Rivière battue et défaite ; Niagara pris, et sa garnison prisonnière de guerre; le chevalier de Lévis part à minuit, et mène huit cents hommes; c’est beaucoup d’une petite armée, obligée de garder depuis Jacques- Cartier au saut Montmorency. La basse ville est incendiée d’hier au soir, Bougainville a, hier, repoussé deux fois les ennemis, qui vouloient débarquer à la Pointeaux-Trembles; ïils étoient douze cents hommes, et peuvent avoir perdu cent cinquante hommes. Je ne sais qui de nous trois sera le plus tôt défait.

Le 19. — J'ai lu avec plaisir, Monsieur, votre relation ; quoique je sois persuadé que vous l’avez envoyée à M. le marquis de Vaudreuil, je la lui ai fait passer, soyez tranquille. Nous en savons tout ie contenu, Toutes les lettres de notre armée étoient conformes,

Page 1