LETTRES DE M. DE BOURIAMAQUE
cinquante hommes de Languedoc, le bataillon de la marine a cinquante hommes près, et huit piquets de soixante hommes chaque, en tout à peu près huit cent quatre-vingts soldats, sans compter les trente hommes de Berry, restés à Berthier.
Au reste, la communication est rompue à présent, et je ne sais commet je ferois pour avoir ces piquets.
Je vais tâcher de me rendre par terre jusqu’à Longueuil avec mon canon et mes munitions. Les vivres m'embarrassent beaucoup.
Je me trouverai sans aucun bateau à la côte de Longueuil, étant obligé d’envoyer les miens à Chambly.
A Sorel, le 12 août 1760, à 5 heures du soir.
Il vient de passer dans le chenal, des barques, mon cher général, vingt-sept ou vingt-huit voiles dont je ne vous ferai pas le détail, et un grand nombre de carcassièies ; elles sont plus que moitié au-dessus de Sorel et continuent à marcher ; je ne sais où la tête mouillera ; mais, pour la queue, je crois que ce sera vis-à-vis Sorel, car le vent est bien foible,
J'apprends qu’il paroit dans le moment au même chenal, des barques, un grand nombre de bâtiments ; c’est sans doute la seconde division qu’annoncoit M. Dumas.
Je suis fort embarrassé ; quel parti je prendrai. Jai sur la rive gauche de la rivière Sorel, un parti de quatrevingts volontaires, 11 me reste environ sept cents hommes, dont trois cent cinquante miliciens de mauvaise volonté, Je suis très fâché d’avoir du canon ;
le
j'en suis embarrassé, Je comptois avoir plus de monde, 11 paroît que cette première division va à Montréal. Je ne sais ce que fera la seconde, Nulle nouvelle de M. de Rennepont à qui j'envoie courrier sur courrier; nulle de M. Dumas qui ne peut plus communiquer avec moi, et qui n’est pas encore à Berthier. Trente soldats que j'y ai laissés font toute la défense de cette côte.
Si le vent du nord-est souffle demain, ni M. Dumas ni moi ne pourront côtoyer la flotte angloise ; il n’y a pas un chemin fait, qui mène de la rivière Sorel au grand fleuve. Il faut pourtant y mener les vivres, le canon, les munitions. En vérité, il est fou de vouloir garder autant de pays avec huit cents mauvais hommes, Presque pas de voitures sur cette route,
Les premiers navires Anglois ont tiré sur nous quelques volées de canon, peut-être pour avertir M. Amherst, J'ai entendu, en même temps, un coup de canon vers l'Ile-aux-Noix,
J’envoie cette lettre par la côte du sud, ne pouvant plus communiquer au nord.
Tâchez, je vous supplie, de me mander ce que je dois faire, Dois-je marcher tant que je pourrai vers Longueuil et Laprairie pour vous joindre, si le vent contraire retarde la flotte ? Dois-je rester à hauteur, au risque d’être primé par un bon vent? Où ferai-je la jonction ? Dois-je passer dans l’île de Montréal, si je puis arriver ?
J'apprends, avec la plus grande surprise, que les soldats de la Reine qui étoient à Saint-Ours, en sont revenus, Je ne sais s'il em est de même de ceux : :
Saint-Antoine et de Saint-Denis. Je les avois envoyés joindre leurs bataillons à Chambly, en arrivant ici.
Nulle volonté chez les habitants. Que l’on n’espère pas que j'emmène un seul de ceux qui se trouvent audessous des Anglois. Je ne puis compter arriver à la vue de Montréal qu'avec trois cent quatre-vingts soldats qui peuvent être diminués par les ennemis; encore faut-il que j'en laisse à Sorel,
Je crois que je prendrai le parti d'envoyer mes quatre pièces de canon à Chambly.
P.S. — Je recois dans le moment une lettre de M. de Rennepont que je vous envoie. Son exprès n'apprend que les bâtiments qui passent actuellement le chenal, avoient joint, hier, dans le Lac, et sont au nombre de dix, dont deux gros, non compris la frégate qui est restée dans le Lac, escortée de plusieurs berges, J'écris à M. de Rennepont de laisser là cette frégate, et de venir avec les soldats et le plus d'habitants qu’il pourra.
Je joins ici l’état des bâtiments qui ont passé ou passent encore devant Sorel :
Cinq à trois mâts, dont un de seize canons ; les autres, transports ; Dix-neuf à deux mâts, portant des troupes ; Dix à un mât, dont un de huit canons; Vingt et une carcassières ou bateaux à canon, sans compter‘les berges, chaloupes et canots, non compris la frégate restée dans leLac, et les dix voiles qui s0:.5 actuellement dans les chenaux.
J'ai demandé des souliers à M. l'intendant, Cette troupe-ei est nu-pieds.
Saint-Ours, le 13, à 5 heures et demie du soir.
L'escadre angloise ayant dépassé Sorel, hier, mon cher général, je crus devoir faire le portage de Saint- Ours, et me rendre de Saint-Ours, sur le fleuve, pour la devancer vers Montréal, Je suis arrivé iei ce matin, vers onze heures, La première division étoit mouillée devant le bas de Lanorae, À midi, le vent s'étant élevé, plusieurs bâtiments mirent à la voile. Sept goélettes ou brigantins joignirent la première division, et je ne doutois pas que le tout ne continuât de monter.
Enfin, après avoir bien tourné et changé de manœuvre, je viens d’apercevoir que tous ces bâtiments se laissent dériver et retournent vers Sorel. Je prends le parti de retourner sur cette rivière, non pour défendre Sorel, je compte trouver le détachement que j'y ai laissé, replié ; mais je tâcherai de m’établir sur la rivière que, malheureusement, je ne connois pas, l'ayant montée cette nuit et ce matin, par une brume effroyable.
Songez, Monsieur, que je n'ai qu'une poignée de monde, et qu’il est temps de prendre le parti de manger nos vivres.
P. S.-— Je ne me reproche rien pour avoir été trompé par les manœuvres de l’ennemi, Je n’ai jamais compris que sa marche fût décidée; mais il falloit abandonner Sorel] pour défendre le haut de la rivière, et je ne suis ici qu’à trois-quarts de lieue de l’île Deschaillons qu’on m'a dit être le meilleur poste, et dont l'ennemi est encore à trois lieues au moins.
À Sorel, le 14 août 1760, à dix heures du matin.
Je suis arrivé à Sorel, mon cher général, à trois heures après minuit, n’ayant laissé à Saint-Ours que les miliciens du lieu, Je comptois être attaqué au point du jour. Toute la flotte angloise est mouillée devant la rivière de Sorel. Une frégate de dix-huit canons à la portée de la carabine du moulin, Grand mouvement de berges, de grands bateaux de débarquement et de chaloupes ; sept ou huit carcassières, fort en avant, hors de la vue de Sorel.
Ils viennent de mettre à terre beaucoup de monde à l’île Saint-Ignace, vis-à-vis de nous. Je ne sais s’ils ne veulent pas se pourvoir de fascines.
Le piquet de la Sarre et celui du second bataillon de Berry, viennent de me joindre. J’attends tout le régiment de la Reine, excepté ce qui est à Chambly.
Il m'est arrivé cinquante-six soldats de Languedoc avec MM. de Rennepont et Calan ; c’est tout ce qu'il y avoit au sud, Les habitants de Maska ont refusé de marcher ; quarante-deux sont venus de Saint-François, dont vingt-deux ont déjà fait retraite,
Comme la rivière Sorel est essentielle, je tiens ce poste par moi-même, avec presque tout mon monde, J'ai, à la tête de l’escadre, cent cinquante hommes qui observent les mouvements qu’elle fait jusqu’à Saint- Ours.
Une fois Sorel dégagé, je ferai comme hier, et je prendroi pour moi, la partie de l'avant-garde,
Je mène mon canon; mais ce n’est pas sans peine, Je n’ai pas encore fait tirer un coup sur les bâtiments,
persuadé que, quand j'en incommoderois quelqu'un, je ne ferois pas manquer l’expédition, mais notre poudre,
I] fait le plus beau nord-est du monde; je ne sais à quoi s'amusent ces gens-là.
En mettant ce mot, j'entends qu’il s'amusent à nous canonner, Ils tirent aussi de petites bombes de dessus leurs bâtiments, et il paroît qu’ils ont envie de nous déloger d'ici.
Le peu de temps que l’on a eu pour se couvrir, fait qu’on est fort mal.
Je recois, dans le moment, votre lettre du 14, Desjarlais a raconté juste, excepté que je n’avois eu d’autres nouvelles que la manœuvre des bâtiments Anglois, et qu’ils n’ont point encore débarqué à Sorel même,
Hier au soir, seulement, ils jetèrent trois cents hommes à la pointe de la rive gauche, qui chassèrent un petit poste et empêchèrent mes volontaires qui redescendoient avec le flot, de s’y placer, comme je l’avois ordonné. Ils n’y sont plus.
Cinquante ou soixante Canadiens, partis de Montréal pour conduire des bi ‘nents, les ont laissés dans la rivière et se sont retirés chez eux, n'ayant pu passer, Un des bateaux de M. de Barolon a été perdu.
Mon détachement est déjà sur les dents. Je suis excédé de fatigue, n’ayant personne sur qui compter et, ne dormant point.
À Sorel, le 15 août 1760,
Un matelot de la Pomone, partant de Nicolet pour aller chercher sa vie dans les côtes, a été arrêté par les