‹ Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 5 sur 27 · À M. DE RIGAUD · texte numérisé non relu

À M. DE RIGAUD

A l'Ile-aux-Noix, le 19 octobre, à 3 heures après-midi.

L'armée angloise, Monsieur, est partie, hier matin, de la rivière aux Sables et doit être actuellement ou à la pointe aux Fers ou dans la baie de Missiscoui.

On a vu, hier, son avant-garde se mettre en mouvement, et son camp a été aperçu par les fumées, à la rivière aux Sables,

Ne tardez pas, je vous supplie, à me faire passer les cinq cents hommes que j'ai demandés, et les cent cinquante destinés pour Saint-Jean, Je n'ai encore recu aucun secours, et il est bien temps d’en avoir,

Si vos découvreurs ne vous rapportent aucune nouvelle des ennemis du côté de la rivière Chazy, je vous supplie de vous porter à Saint-Jean avec ce qui pourra vous rester au delà du nornbre susdit, laissant seulement à Laprairie deux ou trois cents hommes pour assurer cette partie,

Je n'écris point à M. le marquis de Vaudreuil ; je vous prie de lui rendre compte de ce que j'ai l'honneur de vous mander,

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

A l’Ile-aux-Noix, le 20 octobre 1759, à huit heures du soir,

Vous aurez su, par M. de Rigaud, que mes découvreurs ont été poussés dans la rivière par une vingtaine de berges, qui ont paru à midi à la vue des retranchements, et sont retournées ensuite au haut de la rivière.

Il en est parti, ce soir, un coup de canon de retraite, qui paroît annoncer que l’armée y est campée.

Je n'ai pas encore reçu un seul homme de renfort ; il n’en est pas venu non plus à Saint-Jean, Ceux à qui vous avez donné ordre de rassembler les milices, s’acquittent mal, sans doute, de leur besogne,

J'apprends que les Canadiens sont découragés. Il seroit aisé à ceux qui les commandent de leur faire comprendre que, la saison étant avancée, les efforts des Anglois ne seront pas de longue durée, Ce poste-ci est bon ; les troupes sont bien disposées ; mais il faut du secours, On s’y attend, je l'ai annoncé pour donner de la confiance ; s’il ne vient pas, elle manquera,

Il n’y avoit rien encore dans la baie de Missiscoui à deux heures après-midi. J'y ai des découvreurs; mais quelle ressource de ce côté-là, si je n'ai personne ?

J'ai maudé à M. de Rigaud de se porter de sa personne à Saint-Jean, si ses découvreurs ne voient rien sur la rivière Chazy, et de laisser trois cents hommes à Laprairie; bien entendu qu'il m’enverra d'avance les six cent cinquante hommes pour Saint-Jean et ici. Mais comment le fera-t-il, s’il n’a que trois cents hommes en tout? Je le prie, aujourd’hui, de détacher cent hommes de ces trois cents pour me les envoyer,

Les Iroquois s’en vont tous l’un après l’autre ainsi que les Népissings. Je resterai bientôt sans sauvages,

Copie de la lettre écrite par M. de Bourlamaque à M. de Vaudreuil,

A l’Ile-aux-Noix, le 23 octobre 1759,

Je vois par la lettre que vous me faites l’honneur de m'écrire le 21, que l'équipage des chébecs s’est apparemment rendu à Montréal. J’ignorois le rapport des prisonniers, M. de Laubara s'étant mépris de lettre en m'envoyant son exprès. Je suis curieux de savoir

quelle a été sa manœuvre, et quelle raison il a eu pour couler bas ses trois bâtiments, à l'entrée de la nuit, sans avoir essayé à se sauver à la faveur de l'obscurité, et sans avoir essuyé un coup de canon. Je pense que ses raisons sont bonnes ; mais les apparences sont contre lui, Quoi qu'il en soit, si cet homme est habile, il est encore plus malheureux.

Je vous supplie de faire passer diligemment à Saint- Jean tous les soldats qui montaient ces chébecs, n’en ayant pas trop ici pour la défense de cette partie, Je verrai ensuite à en tirer parti selon les occurrences,

J’aurois aussi besoin des matelots pour renforcer l'équipage de la goélette, et pour armer un petit bateau à canon que je fais finir ici, et qui sera très utile pour la défense de la rivière, Je compte, si vous n'avez pas destiné le sieur Tennet à quelque chose, lui donner le commandement de ce bateau. Comme il est bon serviteur du Roi, je suis persuadé qu'il acceptera cette commission avec plaisir, ‘: 1oïque moins importante, en àpparence, que celle qu’il avoit précédemment. Si M. de Basserode s’est rendu avec son détachement, comme je l'espère, et qu'il soit en état de finir cette campagne, je vous supplie de le faire partir promptement pour Saint-Jean, où il attendra de mes nouvelles, Il seroit bon aussi d'envoyer avec lui les miliciens qu'il avoit sur les chébecs. De tous les miliciens que vous avez commandés, il n’en est encore venu que vingt-six à Saint-Jean; nulle nouvelle des autres,

J'eus l'honneur üe vous mander, hier, qu’il avoit paru des Anglois dans la baie de Missiscoui., Quatre à cinq berges ont été au lieu, où les dix-sept débarquèrent le

21, pour aller à Saint-François; ils mirent à terre, firent une découverte, et retournèrent vers le Lac. Les officiers qui les observoient n'ont pu me dire s'ils étoient retournés par le sud de la grande île ou par le chenal du nord, remarque importante, qui m'auroit donné moyen de conjecturer la situation de l’armée angloise, J’y ai encore une quarantaine de découvreurs, à qui j'ai donné ordre d'abandonner la tête du portage, aussitôt que l'ennemi débarqueroit de ce côté-ci, et de se rendre dans la rivière du Sud, où je compte établir des postes par échelons sur des pointes que j'ai reconnues, pour chicaner l'ennemi dans cette rivière et tâcher de gagner quelques jours ; car il m'est impossible de l’attaquer dans le portage où il a trois lieues d’un beau débarquement à choisir, et où il se retranchera peu à peu et très vite. Encore pour la manœuvre que je me propose de faire, est-il absolument nécessaire d’avoir des renforts considérables, :

J'ai deux découvertes sur la terre du nord pour aller voir où est l’armée angloise. J’ai donné ordre à celle de la rivière du Sud d’aller observer du côté du moulin par la baie de Missiscoui.

A l'égard du bombardement et de la canonnade de l'Ile-aux-Noix, je m’y suis toujours attendu, Avec de la patience et des vivres, on prend son paiti. Ce dernier article me manque.

A l’Ile-aux-Noix, le 25 octobre 1759.

Les Anglois, mon cher général, ont paru à la vue des retranchements avec quinze berges, ont vu tirer un

coup de canon et se sont retirés. Je ne sais s'ils se

croyoient aussi près, ou s'ils n’avoient pas été conduits

jusque là par la chasse qu'ils donnoïent à mes décou- — vreurs. Ce détachement étoit soutenu et suivi d’une cinquantaine de berges, d’un brigantin et de deux bateaux, tous trois armés de canon de 18. Ces bâtiments n’ont pas passé le haut de l’Ile-uux-Têtes,

Une quinzaine de berges a paru, en même temps, dans la baie de Missiscoui.

Vous croyez bien que ces apparitions, jointes aux rapports des prisonniers, qui assuroient l’armée partie du 11, nous ont tenus alertes. Les cinquante berges et les trois bâtiments sont partis, avant-hier, de l’anse qui est vis-à-vis le moulin Foucaut, pour remonter dans le Lac, Mes découvertes n’ont rien vu depuis, dans cette partie, ni dans celle de la rivière Chazy, non plus que dans la baie de Missiscoui.

Je crois la saison trop avancée actuellement pour que M. Amherst entreprenne. Je ne comprends pas ; trop comment il mettra sa tête en sûreté ; il fait là une sotte campagne,

La perte des chébecs est une énigme pour moi. Cet homme, aussi malheureux, je crois, qu’il est ignorant, a coulé ses bâtiments sans essayer sa marche, sans avoir essuyé un coup de canon, et sans avoir cherché à profiter de l'obscurité ponr se sauver. Il s'est rendu à Montréal, et sans doute ii a des raisons, puisque M. de Vaudreuil me mande qu’il n’a pas pu faire autrement,

Je ne lui donnerois pas, je crois, le commandement de la galiote de Saint-Cloud,

Notre établissement d’hiver est furieusement retardé ; nous ferons comme nous pourrons; mais il a fallu songer au plus pressé,

Les colons me paroissent de bien mauvaise volonté, M. de Rigaud a rassemblé trois cents hommes à Laprairie ; c’est tout ce qu'ont pu fournir, en dix jours, tous les soins de M. le marquis de Vaudreuil et des officiers, détachés pour rassembler les milices. J’étois réduit à mon petit camp, sans espérance d’avoir un seul homme. Je pense que les sept cents que vous avez fait partir, seront perdus pour les deux côtés, et qu'ils déserteront tous en chemin.

M. de Vaudreuil m'écrit que tous les habitants sont malades et qu’ils ne peuvent marcher.

Roquemaure parott désirer être sur la côte du fleuve Saint-Laurent, et, comme vous me laissez le maître de l’arrangement de ces bataillons, je pourrai bien mettre la Reine à Laprairie, parce que cela est égal pour le service, Il est bon même d’avoir là quelqu'un sur qui on puisse compter.

Je vais vous envoyer quelques officiers à faire repasser en France.

Faites- moi la grâce de me mander, quand vous enverrez en quartiers les cinq bataillons de votre armée, parce que, si je n’ai alors aucune appréhension pour ce côté-ci, je ferai partir les détachements de ces bataillons qui sont ici, pour joindre leurs corps,

et

Copie d'une lettre de M. de Bourlamaque à M. le marquis de Vaudreuil, du 25 octobre 1759.

Les découvertes que j'avois envoyées par terre jusqu’à la pointe aux Fers, y ont trouvé, le 22, cinquante berges avec les trois bâtiments anglois, lesquels ont disparu le 23, à neuf heures, prenant la route du Lac. Un des officiers que j'avois envoyés, a poussé jusqu’à la rivière Chazy, et en a visité les bords jusqu'aux Rapides, sans y rien apercevoir.

Il n’a rien paru, non plus, jusqu’à hier au soir, dans la baie de Missiscoui, depuis le dernier détachemerit, dont j'eus l'honneur de vous rendre compte, J'ai envoyé, par cette baie, visiter les bords de la grande île, du côté du sud, où je pense que l'ennemi auroit pu camper, s’il avoit voulu opérer dans cette partie, J’attends cette découverte aujourd’hui ou demain matin.

Il paroït que, si l’armée ennemie doit faire le mouvement auquel nous devions nous attendre, il n’étoit pas commencé dans le temps que l'ont dit les prisonniers de M. de Laubara, et que le détachement dont il a eu connoissance sur le Lac, étoit celui de cinquante berges, qui étoient, le 22, vis-à-vis le moulin Foucaut, et dont une partie a donné la chasse à mes découvertes, le 21.

La saison est maintenant bien avancée pour commencer des opérations, et, malgré la conviction où je suis que M. Amherst risque sa tête en n’opérant pas, je commence à me persuader qu’il ne fera point de mouvement cette campagne,

Les ouvrages d’hiver sont furieusement retardés, Je n'ai pu les reprendre, à un certain ;int, que depuis

hier matin, et je crains que les pluies ne me gênent beaucoup ; mais il a fallu songer au plus pressé ; nous ferons comme nous pourrons.

J'ai eu l'honneur de vous prier d'envoyer à Saint- Jean les détachements de soldats et Canadiens qui étoient sur les chébecs, ainsi que leurs équipages. Je vous supplie de ne rien changer à cette destination, parce que je serai à même alors de tirer cinquante miliciens de ce fort pour surveiller ici.

La bonne volonté de M. de Laubara est fort louable,

Je doute que, lorsqu'il sera ici, il entende faire son loge, Je crois que les sauvages vont me quitter; je ferai mon possible pour les engager à aller faire un prisonnier, La promesse de mille écus et d’un baril d'eau-de-vie que je leur fais, depuis quinze jours, ne les tente point, Je les trouve toujours les mêmes depuis le départ des Anglois du fort George.

Ce 26 octobre 1759.

Je vous envoie, mon cher général, MM. de Chambaran, de la Sorbière et Mercy, officiers au régiment de Berry, qui désirent repasser en France, et desquels j'ai déjà eu l'honneur de vous rendre compte. Je n'ai point attendu vos ordres pour les envoyer, parce que la saison est avancée; vous en disposerez comme vous jugerez à propos.

Rien de nouveau depuis la dernière lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire.

P. S. — M. Toussac sert depuis 1744 dans le bataillon de milice de Bourg-en-Bresse, — Réformé en 1749, —

Entré en 1752 dans les milices du Soissonnoiïis, d’où il est passé dans le régiment de Berry, où il est souslieutenant de grenadiers. Bon officier, demande une lieutenance ; et, comme il n’y e1a point de vacante dans ce régiment, il supplie M. le chevalier de Lévis de le nommer à une lieutenance dans un des autres régiments. C’est un brave homme qui a de l'expérience et des années, et dont on est fort content dans son régiment,

Ce 29 octobre 1759.

J’ai oublié, mon cheï général, de vous rendre compte que M. de Louvicourt, étant aux batteries des retranchements, le 20, jour auquel les Anglois s’en approchèrent avec une quinzaine de berges, reçut un coup de fusil à l'épaule, d’un Canadien qui, malgré la défense que j'avois faite, tiroit son arme pour la mettre en état. Quoique cette blessure ne soit pas dangereuse, elle est cependant assez considérable ; il a eu l’omoplate en partie fracassée, Je ne sais s'il ne seroit pas possible de faire valoir cet accident pour obtenir la croix de Saint- Louis, que j'ai sollicitée pour lui. Ilest certain qu'il étoit à sa besogne, puisqu'il venoit de faire tirer un coup de canon sur les berges angloises.

Lorsque j'ai eu l'honneur de vous demander les grâces pour les officiers de cette armée, Wolff étoit en détachement, et je n’ai pu vous envoyer l’état de ses services, Il est soldat ou sergent depuis vingt-sept ans, et est le seul de tous les officiers qui ont été au fort George avec M. de Rigaud, ou qui ont hiverné à Carillon, et marché avec vous au siège du fort George, qui n’ait eu aucune espèce de récompense. Il a cependant brûlé

la barque du fort George. Je ne comprends pas pourquoi M. de Montcalm l’avoit oublié de la sorte. J’en ai été très content pendant cette campagne.

Rien de nouveau depuis ma dernière lettre, J'envoie couper tous les bois des environs, pour faire des bâtiments d'hiver. Je ne sais quand tout cela sera fini.

J’ignore encore qui doit commander ici et à Saint- Jean.

Il paroît que l’Ile-aux-Noix sera donnée à M. de Lusignan, du moins c’est le bruit, et il paroît s'intéresser à la commodité du logement. J’ignore aussi ce qu’on y mettra de troupes. J’ai demandé à M. de Vaudreuil de faire réparer le fort, ou enceinte de pieux, qui étoit à Laprairie, pour assurer cette tête de nos quartiers. Il me paroît que nos quartiers seront furieusement exposés aux courses des partis, tant ceux du bas du fleuve que ceux-ci. Je pense que, si vous lui en écriviez, il pourroit y faire attention, du moins pour Laprairie, où cela est aisé; car je me méfie beaucoup de mes représentations ; elles ont peu de poids.

M. de Vaudreuil me paroît dans le dessein de replier cette armée dans peu de jours, quoique les bâtiments d'hiver soient encore dans le bois, Je lui ai mandé ou cela étoit, et M. Le Mercier, qui retourne le joindre demain, sera en état de lui en rendre compte, Je ne pense pas qu'avec du beau temps, trois semaines puissent suffire ; il est vrai qu’on peut laisser quelque chose à faire. Au reste, j’exécuterai l’ordre de la retraite avec d'autant plus de satisfaction que j'ai grand besoin d’aller travailler à ma santé, qui devient tous les jours plus mauvaise, Cependant nous n'avons aucune nouvelle que l'ennemi

ait renoncé au projet d'attaquer cette partie. La grande confiance succède ordinairement aux grandes inquiétudes, Point de prisonnier, ni espérance d’en avoir. Les sauvages sont de la plus mauvaise volonté ; et, malgré tout ce que je puis dire, on ne m'envoie jamais que des vieillard qui gâtent les jeunes gens et que l’on croit les plus fidèles du monde, parce qu’on ne les connoit que par leurs harangues.

Ce ler novembre 1759,

J'ai reçu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 26 du mois dernier.

J'ai eu celui de vous rendre compte du départ de l’avant-garde ennemie. Je ne sais rien de plus nouveau. Les sauvages ne veulent plus aller en guerre, Ils sont d'aussi mauvaise volonté que les colons. Il est vrai que la saison est tellement avancée, qu'il n’y a nulle apparence que les Anglois entreprennent,

J'ai un bateau en chemin pour Saint-Frédéric, qui porte des lettres de M. de Vaudreuil, C’est la seule découverte sur laquelle je puis compter.

Des cinq cents hommes de votre campagne que conduisoit le sieur Rhéaume, il en est arrivé cent vingt à Saint-Jean ; les autres ont déserté en chemin, ainsi du reste,

Vous m'aviez parlé de loger ici trois cents hommes pour l’hiver ; j'ai agi en conséquence. M. de Vaudreuil m'écrit, aujourd'hui, pour la première fois, qu’il en veut mettre cinq cents, et qu’il vous écrit pour savoir ce qu’on mettra de piquet des bataillons. Les cinq cents hommes seront mal logés.

M. de Vaudreuil, à ce qu’on m'a mandé, a ordonné aux bataillons de Royal-Roussillon et de Guyenne, de s'établir dans les quartiers de la côte du fleuve, depuis Sorel jusqu’à Laprairie. C’est une suite du mouvement qu'a fait M. Amherst ; il a compté qu'ils seroient à la portée de venir ici, s’il étoit nécessaire ; mais, comme la saison est maintenant un obstacle invincible, je lui ai représenté que ces bataillons-ci sortiroient tard de campagne, et courroient les risques des mauvais temps, s’ils étoient obligés de passer le fleuve et le lac pour gagner leurs quartiers. Je ne pense pas que ma représentation ait d'effet; mais j'ai cru devoir la faire, parce que les deux autres bataillons venant par terre, pourroient être à temps pour recevoir le contre-ordre,

Le fort d'hiver est: sérieusement contrarié par le froid, N'ayant point de pierres, il faut faire les cheminées en terre, et il gèle déjà assez pour faire compter les degrés au thermomètre, Je tâche d'y remédier par de l’eau chaude et du feu. Pas une planche ; les moulins de Chambly n’ont presque rien fourni. J’ai détaché deux cents hommes pour aller en chercher à Maska ;

mais les habitants désertent en chemin. D'ailleurs, M.

l'intendant me mande que ces planches sont destinées pour Jacques-Cartier, et qu’il désespère qu’on en puisse fournir pour ici. M. le marquis de Vaudreuil me marque qu'à défaut de planches pour faire des logements, il faut faire faire des baraques. Cet expédient, à coup sûr, ne me tirera pas d'affaire, parce qu'il a oublié de me mander avec quoi on les couvrira,

Je prends la Kberté, mon cher général, de vous envoyer un paquet de lettres pour France, que je vous

me

supplie de faire mettre sur le même bâtiment que les vôtres. J’enverrai les duplicata, au hasard, sur un des bâtiments qui comptent passer sous Québec. Il n’y a rien dans ces lettres que les Anglois ne puissent voir,

Vous ne m'avez pas fait l'honneur de me mander où vous comptiez passer l'hiver, J'imagine que ce sera avec M. le marquis de Vaudreuil, Je désire fort voir la fin de cet établissement-ci; mais, depuis qu’il fait froid, ma santé va en empirant, et ma petite fièvre devient journalière, Je ferai ce que je pourrai et partirai le plus tard qu'il me sera possible,

Je rends compte succinctement au ministre de ma campagne, Je pense, qu'en gros, on doit être content, de ce corps de troupes. Nous avons fait ce que nous devions faire, et il n’est pas mal, avec si peu de monde, d’avoir mis ceci en état d’être respecté, Il est vrai que la position, par elle-même, étoit bien bonne.

Ce 2 novembre au soir.

Je pense, mon cher général, que vous êtes instruit du départ de M. Le Mercier, et ne doute nullement qu’il ne soit arrangé de concert avec vous. Cependant il m'en a fait mystère et, à tout hasari, j'ai l'honneur de vous donner avis qu’il passe en France, Je lai su par voie indirecte ; mais je crois la chose sûre ; si vous le savez, comme il y a apparence, je n'ai rien dit ; si, par hasard, vous n’en saviez rien, il sera bon d’en être instruit.

Les Anglois sont dans le fort des Abénakis, à Missiscoui, depuis avant-hier, Je viens d'envoyer reconnoître ce qu'ils y font, et en quel nombre,

M. le marquis de Vaudreuil m'a envoyé un paquet à faire passer à M. Amherst, dont j'ignore la teneur ; mais par des lettres que j'ai eues de Montréal, il y a apparence qu’il y est question de l'échange des prisonniers. Il est parti avant-hier,

Aujourd’hui, M"° de la Milletière me mande que M. de Vaudreuil ne réclame l’échange que pour les officiers du pays, et elle se lamente de ce que son mari n'y sera pas compris et ne reviendra point,

Je lui mande qu’il n’y a nulle apparence à cela, que sûrement M. de Vaudreuil réclame tous les officiers francois, indistinctement, et que son mari aura le sort des autres. Je pense, en effet, que c’est une inquiétude qu'on lui a donnée, sans fondement. D'ailleurs ils pourroient bien ne revenir ni les uns ni les autres,

P. S. — M. Le Mercier me dit un jour que Bougainville avoit peint, l’année dernière, notre situation comme trop désespérée, et qu'il étoit cause par là que le pays n'avoit point eu les secours qu'on auroit sans doute envoyés, s’il n’avoit pas parlé de la sorte, Je vous répète cette phrase, indifférente en elle-même, parce qu’il passe en France cette année, Je vous supplie que ceci soit pour vous seul; je n’ai pas envie de faire plus d’inimitiés qu'il y en a.

Ce 3 novembre 1759.

Les Auglois qu'on avoit vus dans le fort de Missiscoui, se sont trouvés être cinq hommes du détachement de M. Rogers qui se sont égarés, Trois Abénakis, moins poltrons que les autres, les ont pris sans peine, Ils disent que M. Rogers s’est rendu sur la rivière de Con-

necticut où il doit être arrivé depuis longtemps, Son projet n'a jamais été de revenir aux berges qu'ils avoient laissées dans la baie, Ils n’avoient presque plus de vivres en partant de Saint-François.

Un grenadier de Béarn, qui étoit malade aux Trois- Rivières, a eu une permission de M. de Longueuil pour aller à Montréal. Il est gendre de Xaïintonge, et est venu voir sa femme dans la rivière de Chambly, puis son beau-père qui est ici, Je le fais repartir sur le champ pour joindre sa troupe.

(Sans signature)

Ce 5 novembre 1759.

M. de Cadillac, qui arrive, mon cher général, de Saint-Frédéric, n’a point trouvé l’armée retirée comme on le croyoit.

Il a même rencontré dans la baie des Tsonnonthouans deux bâtiments, l’un desquels est un de nos chébecs que l’on a cru avoir coulé bas; les deux autres sont en effet sous l’eau, et les Anglois comptent les relever.

L'aide de camp Abercromby a parlé de la manœuvre de ces chébecs avec bien peu d'estime, et assure avoir été bien surpris qu'on les eût abandonnés. Rien ne leur étoit plus aisé, selon lui, que de se sauver.

Il a dit aussi que l’armée angloise étoit venue jusqu’au près de la baie de Tsonnonthouans, et que M. Ambherst ayant recu un courrier de Boston, qui lui apprenoit la prise de Québec, s'en étoit retourné tout de suite, ne voulant pas perdre du monde pour prendre un pays qu’il regardoit comme rendu,

on Sir Abercromby étoit sur les berges qui ont reconnu ils l'Ile-aux-Noix, le 21, et a, dit-il, été fort surpris de voir us vingt pièces de canon dirigées sur l'entrée de la rivière, Il a conclu que nous en avions beaucoup ici, quoiqu'il S- | crut le contraire, sachant que j'avois eu ordre d'envoyer ur deux convois d'artillerie aux Rapides et à Jacquesst Cartier, lis Il paroît que le maréchal de Contades a été battu le près de Minden.

Je vous prie de me permettre de quitter l’Ile-aux-

Noix, lorsque ma santé ne pourra plus en soutenir le séjour, Ma fièvre devient tous les jours plus forte, et

je crains de ne pouvoir finir la campagne jusqu’au bout,

de M. de Vaudreuil m'ayant mandé que vous arriviez incessamment à Montréal, je vous y adresse cette lettre,

. et vous supplie de lui faire agréer mon retour au cas

"A que j'y sois forcé, Ce sera le plus tard que je pourrai.

cs

en A l'Ile-aux-Noix, le 18 novembre 1759.

ù Sur les lettres réitérées, mon cher général, de M. le A marquis de Vaudreuil, par lesquelles il me pressoit de + renvoyer les troupes, sans vouloir me donner d'ordre,

j'ai pris sur moi, pour épargner les vivres, de faire partir

à Berry le 15, la Reine, le 17, et la plus grande partie Fe des milices ; il ne me reste plus que la garnison de i Y'Ile-aux-Noix, les cent trente hommes de surplus de la t marine, et deux cents miliciens avec lesquels je tâche à de finir les logements et l’arrangement du fort.

Je souhaite que les Anglois, dont je n'ai aucune nouvelle, ne viennent pas m’attaquer dans cette circon-

stance, cela seroit très fâcheux. Le temps qui étoit très froid quand j'ai commenté le déblaiement, leux est main- ‘nant bien favorable.

Nulle nouvelle de nos prisonniers, ni de ceux qui ont conduit les Anglois ; ils devroient être de retour.

Je ne sais quand je paitirai; ce ne sera pas sans avoir, si je puis, des nouvelles des Anglois, à moins que le temps ne change.

Je ferai part de ce que vous me mandez à M. de Roquemaure, lorsque je passerai à Chambly. 1l est fort difficile de décider la manœuvre qu'il doit faire pour lsver les quartiers, et se porter ici. Il est nécessaire pour cela de savoir comment on pourra s’y prendre, par eau ou sur les glaces. D'ailleurs, s’il faut venir en bateaux, il »’y en aura pas assez, à moins que M. de Vaudreuil ne donne ordre d'en faire passer à Saint- Jean, ou il n’y en aura pas suffisamment,

J'ai l'honneur de vous représenter que toutes ces instructions devroient émaner de M. de Vaudreuil. Parti d'ici, je ne suis plus ‘ien. Cependant j'en laisserai ane telle quelie à chacun des coramandants des forts. Celle de M. de Lusignan sera bientôt faite, il est rompu au commandement, D'ailleurs, tout ce que je pourrai lui prescrire, ne le rendra ni actif, ni plus prévoyant, ni moins occupé de ses intérêts que je l’ai vu à Carillon et à Saint-Frédéric. Ceux, ou plutôt celles qui l'ont fait nommer, n'ont pas choisi comme il aurait fall: dans la circonstaice où nous sommes, J'ai tâché indiractement de parer le coup; mais on ne m’écoute en rien.

M. de Roquemaure m'a dit qu'il se logeroit hors du fort de Chambly; et en effet il n’y a dans le fort que

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des petits trous à poêle. Il prétend que le poêle ne convient pas à son asthme; je le crois, parce que je suis un peu asthmatique, À

Le fort de l’Ile-aux-Noix pourra être en état dans peu de jours Il est bien foible contre l'ennemi, n’étant que de pieux debout, et bien mal construit quant aux logements, ayant été fait très pressé, et n'ayant pas un seul charpentier, J’en avois demandé cinquante ; mais, de tout cela comme tout le reste, on m'a répondu que les Canadiens étoient charpentiers, et il paroît bien qu’ils ne le sont pas assez pour une telle entreprise.

Pas un seul sauvabe depuis quinze jours, quoique M. de Vaudreuil m’en ait annoncé depuis longtemps.

Sans doute vous enverrez ordre aux bataillons de Royal-Roussillon et de Guyenne, de marcher sous les ordres de M. de Roquemaure.

J'ai beaucoup d’impatience de partir d'ici, et grand besoin de quitter un tracas aussi désagréable et pour lequel il faut tout faire, sans recevoir secours de personne,

P. S. — Il s’en faut bien qu’il y ait iciassez de vivres pour l'hiver, J'ai écrit là-dessus à M. Landrière, il y a longtemps; mais il n’en est pas venn.

A Sorel, le 12 août 1760.

Depuis ma lettre d'aujourd'hui, mon cher général, je recois celle que m'apporte M. de Beauclair, Vous paraissez ne pas approuver que je retire les deux piquets que j'ai dit Vous ne pensez pas que je n’ai que trois cent auatre-vingts soldats, et que M. Dumas à cent

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