‹ Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 9 sur 27 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT

CA » %n DRE LT % Fe ee Corporation

ils firent, hier, un mouvement de vaisseaux qui me fit craindre d’être attaqué cette nuit, Tous les gros bâtiments sont en ligne devant 5crel; on met du canon sur ceux qui n’en avoient pas. Les carcassières vout et viennent; les grands bateaux de débarquement sont çachés derrière les navires, Nous sommes fort alertes, au bivouac, nuit et jour ; et, quoique dans une position assez mauvaise, si les forces étoient plus proportionnées, ou que les combattants fussent d’un meilleur genre, nous pourrions attendre l'ennemi avec succès. Mais les miliciens marquent beaucoup d'étonnement et tiennent de mauvais propos. Je ne sais si les troupes vaudront mieux, et je prévois que je ferai retraite en mauvais ordre, si l'ennemi m'attaque. D'ailleurs, toute la poudre est mouillée, et les coups de fusil seront foibles.

Je vous supplie de me faire passer quelques mains de papier. Les majors des corps manquent absolument de papier, et ne peuvent faire aucun état,

Je n'ai point commandé la compagnie des grenadiers de la Reine, ni les quatre compagnies de Charably, parce que j'ai cru devoir laisser quelques forces de ce côté. Pour la mêine raison, je ne prends que ie premier commandement des paroisses de Saint-Charles, Saint- Antoine et Saint-Denis,

Je joins ici l’état des miliciens désertés du bataillon de Berry. Je vous supplie de me les envoyer, ainsi que ceux qui sont marqués avoir refnsé de marcher,

Je prends le parti, sur votre deruière lettre, de faire venir la compagnie de grenadiers du régiment de la Reine.

A Sorel, le 17, à 6 heures du matin.

La nuit a été fort tranquille, mon cher général, J'envoie à Berthier deux déserteurs anglois, du moins se disant tels, qui ont été traversés par un habitant de l'ile Saint-Ignace,

Je ne vous répète pas les dépositions, puisque vous les pourrez interroger.

M. de Lapause vous aura rendu compte de ma position et du désir que j'ai que vous en jugiez par vous-même.

Si l'on s’en rapporte à ces déserteurs, l’escadre angloise n’a pas envie d'aller à Montréal, mais bien de prendre poste ici.

P, S.—A l’arrivée de la deuxième division, la première apparville et la seconde paroît suivre ; je prends le paiti de marcher, en laissant ici deux cent cinquante

PL'1mes,

{es deux déserteurs disent que M. Murray ne va point à Montréal, et reste ici pour attendre des nouvelles de M. Amherst ; qu’il y a sur la première division deux mille hommes de troupes sans les matelots, Ils ignorent la deuxième division,

Un habitant de la rivière Laprairie, manchot, arrive présentement, disant avoir été pris à Saint-Jeau Deschaillons par M. Murray, et s'être sauvé, hier, à l’île Saint-Ignace, et dit que M. Murray doit aller à Montréal et ne veut point attaquer ici, et en effet l’escadre appareille ; que la seconde division amène deux mille cinq cents hommes ; que la première en a trois mille, Cet homme est suspect, connu pour un mauvais sujet et se coupe. |

A Sorel, le 16 août 1760, après-midi,

Je ne balance pas, mon cher général, à vous demander M. de Fouilhac, Il m'est très important de l'avoir avec moi, non pas que je ne sois très content de M. de Preissac, qui commande très bien ce bataillon ; mais i! est aux grenadiers et dans le cas de le quitter souvent,

Les Anglois sont en grand nombre sur l’île Saint- Ignace ; des sauvages dans l’île Dupas, sans passer le chenal qui sépare ces îles, les empêcheroient d’un bord à l’autre, d'aller aux habitations.

P.S.— Les Anglois font des fascines dans l’île Saint-Ignace. Rien de plus aisé que de les inquiéter en faisant passer des sauvages ; ceux de M. de Saint- Luc y seroient plus utiles qu'ailleurs,

Il paroît qu'ils ont projet de s'établir ici solidement et, par conséquent, de l’attaquer,

A Sorel, le 17 août, à une heure après-midi,

Je vous envoie, mon cher général, une lettre que portoit le Canadien, dont j'ai eu l'honneur de vous parler ce matin. Comme je m'en méfiois, je l’ai menacé de le faire pendre dans une heure. Il m'a montré cette lettre qu’il avoit reçue de M. Murray pour le commandement de l’armée du lac Champlain, Ila traversé seul dans uu canot, avec si peu de précaution, qu'il a tombé à vue de nos gardes. Il me dit qu'il avoit eu le bonheur de se sauver, et point parlé de sa lettre, Je le soupçonne fortement d’avoir eu intention de la jeter quelque part où on pût la trouver ; et vous jugerez peut-être comme moi qu’elle a été écrite pour

me tromper, et me faire abandonner la position de Sorel. Voici le précis de la lettre qui est en anglois : “ Qu'il veut lui faire savoir ses progrès, et que le premier bon vent doit le mettre devant Montréal; qu’au moment que le lord Rollo le joindra, il attaquera cette ville; que le lord est sur la rivière avec la garnison de Louisbourg, et ses deux bataillons complets d’Angleterre ; que, comme son corps sera alors de six mille cinq cents hommes de vieilles troupes, il lui déclare qu'il ne l’attendra pas longtemps, lui, ou M. Amherst, bien persuadé qu'il est bastant pour M. de Lévis et son armée canadienne ; qu'il est beau à lui de faire connoître son dessein, et que ceux qui arriveront trop tard pour cueillir des lauriers dans l’île de Montréal, ne pourront pas le blâmer ; au’il a beaucoup de provisions pour l’armée du lac Champlain; que, si une marche forcée est nécessaire, il ne doit pas être inquiet sur cet article, parce qu'il lui en fournira suffisamment ”.

Je reçois une lettre de M. de Roquemaure qui m'apprend que les Anglois paroissent devant l’Ile-aux-Noix avec des barques et des bâtiments, qu'ils tirent même du canon sur cette île, qu’il rassemble quatre-vingts hommes qui composent son régiment. Je fais partir les huit compagnies que j'ai ici avec tous les Canadiens qu’elles avoient, à la réserve d’une soixantaine que je garde, Elles prendront, en passant, les Canadiens du second commandement, qui n’avoient pas encore marché, et le tout pour se rendre à Chambly, le plus diligemment possihle.

Les trois derniers bâtiments de la dernière division paroissent suivre toute la flotte; ils se sont laissés dériver et sont mouillés actuellement devant Sorel. J'apprends, en même temps, que la flotte paroît continuer sa route, et qu'elle est en vue à une lieue et demie d'ici, Je ne doute pas que ce ne soit une second feinte, Un nouveau courrier m’apprend que toute la flotte est mouillée, ou prête à mouiller à une lieue et demie d'ici. Ils pourroient cependant marcher, Je vais me tenir prêt à passer par le fleuve si la flotte continue sa marche, ou à revenir ici si elle redescend. Le départ de la Reine m'affoiblit de plus de huit cents hommes ; et vous jugez bien que si l'ennemi veut, il forcera bientôt Sorel. Je crais qu’il faut chercher à se rassembler, et j'attends là-dessus, vos ordres,

A Sorel, le 17 août, à 5 heures et demie du soir.

Cette lettre, mon cher général, est le duplicata d’une écrite à midi, que j'ai lieu de craindre avoir été perdue par le porteur.

Le Canadien, arrêté ce matin, et que je jugeois espion, étoit porteur d’une lettre de M. Murray à l'officier commandant l’armée du lac Champlain, écrite en anglois, dont voici extrait :

: “J'’envoie le porteur pour vous faire savoir mes progrès, et que le premier bon vent me portera devant Montréal, J'’attaquerai cette capitale sitôt que le lord Rollo m’aura joint ; il est sur la rivière avec les troupes de Louisbourg, et les deux bataillons complets d’Angleterre, bien portants, quoique entassés dans les transports.

NC CAN CR VIe 4)

Comme mon corps passera six mille cinq cents hommes, vieilles troupes, je vous déclare que je n'attendrai ni vous, ni M. Amherst. Je me:crois plus que bastant pour M. de Lévis et son armée canadienne, et je suis impatient de lui prouver que c’est par un malentendu, et non par la valeur des François, qu’il a pris notre canon le 28 avril dernier. Il est beau de faire connoître son intention, et vous ne pourrez me blâmer si vous arrivez trop tard pour cueillir des lauriers sur l’île de Montréal.

“ P.S.— J'ai beaucoup de provisions pour votre armée ; si une marche forcée est nécessaire, ne vous inquiétez pas de cet article, je vous fournirai suffisamment,

“ Devant Sorel, le 16 août 1760 ”.

Le porteur, soit disant pris à Saint-Jean Deschail. lons, s’est chargé de la lettre pour la porter au lac Champlain. Il dit que c'est pour avoir occasion de s'échapper ; mais je ne lui en ferai pas moins casser la tête, parce qu’il a fallu le menacer de mort pour lui faire avouer sa mission, et que nous sommes entourés d’espions pour lesquels un exemple, quoique rigoureux, est salutaire, Vous soupçonnez, comme moi, que cette lettre a été écrite pour tomber entre mes mains et me faire abandonner Sorel.

La flotte angloise y touche presque encore par ses derniers bâtiments, et je m’attends à voir revenir les milices ici, cette nuit ou demain. J'ai plus de huit cents hommes qui côtoient la flotte.

J'apprends, par une lettre de M. de Roquemaure, que l’armée angloise est devant l’Ile-aux-Noix et y tire du canon. Il me mande qu'il ne lui reste que quatrevingts hommes de son régiment. Je viens de faire partir ce que j'en ai ici avec les miliciens, excepté soixante que j'ai gardés. Les compagnies prendront en passant tout ce qui reste de miliciens dans les paroisses, et le tout ira diligemment à Chambly. Ceci me prive de huit cents bons hommes, Je ferai comme je pourrai, Je pense qu'il ‘audroit nous rassembler,

Si, comme je n’en doute pas, le projet de M. Murray est de revenir sur Sorel, la chose une fois décidée, nous ne pourrons faire autre chose que de replier vers Chambly tout ce qui est dans cette partie, et de camper le reste à Longueuil, en faisant accommoder un chemin entre Chambly et Longueuil, et il nous sera facile alors de passer de Longueuil à l’île de Montréal, si la flotte angloise vouloit y monter,

J'attends vos ordres, si ce que j'ai l'honneur de vous proposer est accepté et que vous jugiez qu'il y ait quelque chose à changer dans mes dispositions, soit en me repliant au plus vite, ou en me mettant à même de recevoir le corps de M. Dumas. Vous trouverez peut-être extraordinaire que je propose d'abandonner la côte du nord; mais je ne crois pas plus difficile de courir au secours de l’île de Montréal en partant de Longueuil, qu’en courant à hauteur de la flotte,

A Sorel, le 19 août 1760, à midi.

Je reçois dans le moment, mon cher général, votre lettre d'hier; elle est venue lentement, parce que le courrier avoit son ordre pour les capitaines et non pour la poste.

Je ferai le mouvement que vous m'ordonnez, ce soir et demain matin, Le vent est contraire, et je suis presque sûr de gagner la tête de la flotte; le pis-aller, s’il changeoïit, seroit de marcher la nuit,

Comme on a commandé tous les habitants de la grande côte, je suis très embarrassé pour l'artillerie et les subsistances, parce que je ne trouverai personne pour emmener les voitures; je ferai comme je pourrai,

Je compte laisser à Sorel cinquante soldats de Berry et cent Canadiens, dont cinquante, placés à la gauche de la rivière Sorel, feront partie de la communication sur la grande côte. Ce détachement se repliera le long de la rivière Sorel, si l'ennemi en attaque l'embouchure, et j'enverrai le renforcer, lorsque j'en serai instruit, Bellot commandera ici.

La partie des vivres sera fort embarrassante ; je vais faire monter à Chambly la plus grande partie de mes farines.

Soyez assuré, mon cher général, que je ferai mon possible pour être avant la flotte ennemie à Longueuil, J'ai grande impatience de vous rejoindre ; mais je serai foible, Cinquante soldats de la Sarre et de Berry, non compris ce qui restera à Sorel, soixante de Languedoc, et au plus trois cent cinquante miliciens, non compris ceux qui resteront à Sorel, voilà tout ce que je vous mènerai; sur quoi il faudra déduire les petits postes

de communication, Il est vrai que, la flotte montant, tout montera; mais l'ennemi peut laisser une divison vis-à-vis Sorel.

La flotte est au même lieu où vous l'avez laissée, excepté que cinq bâtiments, avec nombre de chaloupes, sont redescendus et occupent depuis la rivière Sorel jusqu'à la pointe au-dessus,

Hier, je vis un homme attendre, sur le bord de l’île Saint-Ignace, une chaloupe angloise et s'y embarquer, Il fut rapporté le soir. J'ai envoyé cette nuit l'enlever. C'’étoit M. de Chambaran, Quoique ses raisons parussent plausibles, je l'ai envoyé à Montréal, craignant qu’il ne vous pôt nuire,

Les déserteurs ne sont partis que ce matin, Je n'ai pu les envoyer plus tôt; vous n’en auriez tiré que ce que j'ai mandé,

Vous m'ordonnez, si l'ennemi alloit prendre noste à Sorel, de jeter des détachements dans cette ::vière pour la disputer le plus longtemps possible, Je ne dois pas la défendre en personne et avec tout ce que j'ai; vais-je vous joindre avec le reste des troupes que j'aurai après avoir fait ces détachements ; et ces détachements serontils forts, eu égard à mou petit corps ?

Réponse, je vous supplie, sur cet article.

A Sorel, le 19 août 1760.

J'ai l'honneur de vous rendre compte, mon cher général, que j'envoie à Montréal M. de Chambaran, qui étoit ci-devant dans l’île Saint-Ignace, Je lui ai donné quatre-vingt-seize livres pour sa route, et je lui ai dit

me PE CEE

AU CHEVALIER DE LÉVIS 101 de s'adresser à vous et de prendre vos ordres à son arrivée, .

Je suis toujours dans la même situation; il ne s'est passé rien de nouveau depuis ma dernière lettre.

À Saint-Ours, le 22 août 1760,

M. Bellot, mon cher général, abandonné de tous les Canadiens, et réduit à cinquante soldats, au premier bruit d’un débarquement à une lieue au-dessous de Sorel, a cru devoir se replier ; il l’a fait un peu loin et un peu vite,

L'ennemi ayant brûlé les maisons du bas de Sorel, dont les habitants étoient avec les troupes, et épargné celles des fuyards qui étoient chez eux, s’est rembarqué ; et la flotte ne s'étant pas aperçue que les retranchements étoient abandonnés, j'ai envoyé M. Bellot, après cinq ou six heures, reprendre son poste. Ce ne sera pas pour longtemps sans doute, car M. Murray, qui sait nos moindres mouvements, le chassera bientôt de la même manière et s'établira, s’il en a envie,

Il nous en coûte une centaine de miliciens désertés et qui ne sont point revenus. Les autres se sont éparpillés et n’ont pas paru pendant la marche.

Vous m'ordonnez de jeter trois ou quatre cents hommes dans la rivière Sorel, si la flotte angloise y redescend, et d’aller avec le reste à Verchères. Si je: veux qu’il y ait trois cents hommes, il faut y envoyer trois cents soldats; car les miliciens ne peuvent être comptés. À moins que vous n’y soyez vous-même, une berge les fera tous fuir jusque chez eux. Peut-être aurez-vous plus de crédit sur eux.

ee —— 2 —————— ee

Si M. de Bougainville étant blessé, je vous prie de m'envoyer à sa place ; je trouverai le moyen d'arriver ; et pour fuir avec les Canadiens et vous mener deux ou trois cents soldats qui resteront après que j'aurai garni la rivière Sorel, un commandant de bataillon est plus que suffisant,

J'ai fait arrêter trois miliciens déserteurs de Sorel qui passoient dans le bois à la hauteur d'ici. Ils sont attachés, suivant vos ordres, et j'attends que vous ou M. de Vaudreuil prononciez sur leur sort.

Les habitants de Sorel qui avoïent très bien servi jusqu’à cette heure, sont tous retournés chez eux. Ceux de Saint-Ours, que j'avois gardés chez eux pour le service de l’armée, refusent tout service, et je suis obligé d'envoyer un détachement de soldats dans cette paroisse pour en tirer quelques secours. J'ai fait, à main armée, une levée dans Maska et les autres paroisses ; ils désertent tous. Agréable besogne ! On mandera sans doute à la cour que j'avois deux ou trois mille Canadiens qui ont fait merveille *,

* Bourlamaque, sous le coup de la défaite et d’une déroute générale, se montrait sévère jusqu'à l'injustice envers les Canadiens. On le verra dans une des lettres qui suivent (2 septembre), pester tout autant contre ses propres soldats. “T1 faudrait bientôt, écrit-il à Vaudreuil, faire fouetter toute la tronpe ”,

Bourlainaque, de retour en France, et écrivant de sang-froid, disait des Canadiens :

. Les milices du Canada sont très bonnes: il y a dans ce pays-là beaucoup plus d'hommes naturellement courageux que dans les autres. Lorsqu'on les accoutumer®a à l’obéissance, on en tirera un grand parti à la guerre. Le Canadien est ennemi de la guerre et inconstant, mais très docile, lorsqu'il trouve fermeté et justice dans ses chefs. Il aime la petite guerre de préférence et y est très propre: cependant il ne

P. S, — Je vous envoie l’état des habits à fournir au piquet de Berry que j'aiici, Je n'ai encore que l'envoi de celui qui est resté à Sorel ; on dit que c'est la même chose,

Copie de la lettre écrite par M, Bellot à M. de Bourlaumaque.

Le 22 août 1760, à six heures et demie du soir.

Quelques représentations et menaces que je puisse faire aux habitants de cette paroisse, je ne puis les empêcher de rendre les armes aux Anglois Dans le moment on m'avertit que vingt hommes de la compagnie de Cormier y portent leurs fusils, J'écris à M. Denos pour qu'il les arrête en leur faisant dire que le premier qui le fera, je ferai brûler sa maison,

A Saint-Ours, le 23 août 1760,

Je recois, mon cher général, votre lettre d'hier, Je serai fort embarrassé si l'ennemi porte ses plus grandes forces dans la rivière Sorel, la plus grande partie des farines destinées à ce corps de troupes étant passée à Varennes ou à Longueuil sur les premiers ordres que vous m'aviez donnés. Il ne me restera que les cent

sera pas difficile de le faire combattre en ordre, sous l'appui des troupes réglées, lorsqu'on le prendra par l’amour de la gloire qui est naturel aux habitants du Canada”. Mémoire sur le Canada, adressé au ministre de la Marine, le duc de Choiseul, et daté de Paris, le ler août 1762.

cinquante quintaux que j'ai fait passer à Chambly ; encore le commis que l’on m'a envoyé, il y a quatre jours, m’a-t-il dit qu’on en avoit besoin pour les troupes de Saint-Jean.

Si je vais avec mes plus grandes forces dans la rivière Chambly, que ferai-je des quatre pièces de canon ? Les enverrai-je à Longueuil ou à Chambly ? mandez-le moi ; parce que l'ennemi m'ayant poussé trois lieues dans la rivière Chambly, trouve des portages très beaux par lesquels il peut, en me présentant toujours une tête sur la rivière Chambly, percer sur la grande côte, joindre sa flotte qui aura fait tous ses mouvements sans que j'en sache rien, et enlever le canon que conduiroit le foible détachement que j'aurois sur la grande côte, Ce détachement sera au plus de deux cents hommes, et il m'en restera quatre cents pour défendre la rivière Sorel ; car les miliciens qui prennent ici les vivres ne doivent être comptés pour rien du tout,

Je ne connois pas la rivière Chambly, que je n'ai jamais eu le moment d'aller reconnoître, ne pouvant m’absenter d’un instant, et n'ayant personne sur qui compter, J'ai oui parler de l’Ilet-Vert ; mais on dit qu’il est commandé de droite et de gauche. Je viens d'y envoyer M. Desandrouins. D'ailleurs, des îles à occuper n’empêchent pas l'ennemi de pénétrer par terre ; il chemine derrière vous et votre retraite est Ôôtée, à moins qu’on occupe les terres à droite et à gauche ; mais alors on multiplie les inconvénients puisqu'il faut plus de monde.

J'apprends par M. Bellot que les habitants de Sorel, même ceux qui sont couverts par les troupes, portent,

leurs armes aux Anglois, tant a fait d'impression la conduite de ceux qui brûlent les maisons et qui ont épargné les habitants fuyards de l’armée, Je lni mande de brûler, à son tour, ceux qui tomberont dans le cas de porter leurs armes, mais je pense qu’au recu de ma lettre, i!s auront tous été à bord de la flotte, et qu'il faudroit tout détruire.

A l'égard de la défense de la rivière Sorel, il ne faut pas se flatter qu'avec quatre cents soldats je puisse arrêter l'ennemi. Il marquera ses campements comme si je n’y étois pas. Si j'occupe un des côtés, il passera par l'autre, et quand même il craindroit d'attaquer quatre cents hommes pour n’être pas gêné sur la rivière, il cheminera par le sud et pourra communiquer avec l'Ile-aux-Noix, quoique, à dire vrai, je ne sais ce qui l'empêcheroit de marcher du même côté que moi, ayant une si grande supériorité, et derrière lui partie de sa flotte, tandis que l’autre partie remontant le fleuve à hauteur, il sera maître de l’entre-deux des rivières, et viendra tomber, en douze heures, sur l’île de Montréal‘ par le portage qui lui paroîtra le plus commode, et enlever, chemin faisant, mon détachement.

J'ai vu cinq Abénakis qui m'ont dit qu'ils alloient voir Saint-François, et qu’ils avoient voulu me voir en partant. Ils m'ont regardé une demi-heure et sont partis ; c’est tout le secours que j'en ai reçu,

J'ai donné ordre, il y a longtemps, de faire remonter la plus grande partie des bateaux jusqu’à Chambly ; il n’étoit pas encore exécuté hier ; les habitants de Saint- Ours refusent d’obéir, J'ai envoyé M. de Cléricy avec quelques soldats pour les contraindre,

À qui jugez-vous que je doive donner le détachement où je ne serai pas ? Je n'ai que M. Duparquet, et, si je suis tué ou blessé, personne pour contenir cette troupe, si je le détache, J’avois compté sur M. Bellot pour la rivière Chambly; mais son début ne me donne pas grande confiance. Je n'ai pas un homme d'expérience,

A Saint-Ours, sur le fleuve, le 24 août 1760, à sept heures du matin.

J'ai négligé, mon cher général, de vous rendre compte que la flotte a mouillé, hier après-midi, aux îles Plates, à un quart de lieue plus haut que léglise de Lanoraie, parce que j'ai pensé que M. Dumas vous en écriroit, et que j'ai été occupé excessivement, hier, toute la journée,

Le vent étoit fort près, et il peut se faire que la plupart des vaisseaux ne fussent pas en état de suivre. C’est dommage, car ils étoient tous partis très vite, et j'avois peine à les suivre.

Trois navires sont restés devant Sorel. M. Bellot mande qu’ils n’ont pu doubler la pointe, le vent étant trop près. Je pense qu’il en est redescendu quelquesuns de plus; mais je n’en ai pas de certitude.

Depuis que l’escadre angloise est mouillée, une multitude de carcassières et de chaloupes sont en avant pour sonder le passage des îles, Il y a même des chaloupes à deux lieues de la tête de la flotte. Je crains qu’elles n’enlèvent de nuit quelques habitants; car je ne puis garder si loin, Je ne sais ce que font nos felouques et la carcassière ; elles empêcheroient bien tous ces voltigeurs de quitter le gros, la Cutiche même y serviroit

très bien. J’avois compté trouver les felouques sur le fleuve ; mais personne ne peut me dire où elles sont.

J'ai toujours les trois Canadiens déserteurs. M. le marquis de Vaudreuil devroit bien se déterminer sur leur compte. Ce ban que j'ai fait battre a maintenant l'air d’une plaisanterie, Si on ordonne de le mettre à exécution, il faudra sans doute assembler un conseil de guerre, Mandez-moi comment il faut s’y prendre, si on veut faire un exemple de ces gens-là.

P.S. — L’artillerie part pour Longueuil,

A Saint-Ours, le 25 août 1760.

La flotte angloise n’a pas bougé depuis avant-hier, mon cher général; les trois navires qui étoient devant Sorel se sont fait remorquer et sont devant les îles de Berthier, J'ai retiré une partie des détachements qui étoient à Sorel,

Comme j'ai fait passer à Chambly une partie des farines que j'avois à Saint-Ours, il ne me reste sur la grande côte à Varennes et Longueuil que cent cinquante quintaux, ce qui peut faire pour dix ou douze jours. Je pense que dans ce temps-là, nous serons réunis ; mais si nous ne l’étions pas, il seroit nécessaire d’y pourvoir,

Je n'ai ici ni commissaire ni écrivain, Le sieur Feuilt (?), avec un petit commis qu’on lui a donné, ne peut suffire à faire les levées de viande, aux distributions et aux courses continuelles qu’exigent des vivres placées si loin des troupes. Il lui faudroit deux commis de plus sous lui.

PE EEE

Je n'ai point d'armurier pour la réparation des armes, Je ne me souviens pas s'il y en avoit un dans la division d'artillerie qu’on m'’avoit donné, et que j'ai envoyé, hier, à Longueuil. Quoi qu'il en soit, j'ai oublié de le faire rester ici, s’il y en a un, et je vous supplie de m'en faire passer avec les outils nécessaires.

Il ne seroit pas mal d’avoir ici un ou deux officiers de navire pour juger de la manœuvre des Anglois. Il n’y a pas un seul homme ici qui connoiïsse assez la marine pour prévoir leurs mouvements.

Les habitants de Sorel n’ont point livré leurs armes aux Anglois. On vient de me dire qu’on les en avoit empêchés, et qu'ils ont été obligés de s’en tenir à l'intention.

Un officier de milice de Terrebonne se plaignant à moi qu'on avoit puni sa compagnie mal à propos, pour avoir été accusé de pillage dans un jardin, s’est avisé de me menacer de déserter avec sa troupe; je l’ai fait attacher à un piquet, ne le connoïssant pas pour officier, faute d’un hausse-col. Pour réparer l’injure faite à son grade, je vais l’interdire de toute fonction, et le tenir simplement arrêté. Je vous supplie de demander sa casse à M. le marquis de Vaudreuil, Il s'appelle Pierre Lapointe, enseigne de la compagnie de Terrebonne. On en est d’ailieurs très mécontent depuis son départ; sa compagnie qu'il commande ici, ayant pillé partout, et servi moins bien que toutes les autres.

Le lieutenant de la compagnie de Deschamps, à Repentigny, rt le passager Belle-Humeur, ont refusé . d’obéir à un ordre que je leur avois donné. L'objet est peu essentiel; mais il pourroit arriver que j'eusse

quelque chose à leur ordonner d’intéressant, et ils prétendent ne devoir obéir qu’à M. le marquis de Vaudreuil et à M. Dumas.

J’ose vous supplier de voulsir bien faire remettre le billet ci-joint chez moi.

La flotte Angloise vient d'appareiller (10 heures) ; mais le vent est foible, et s'il n'augmente pas, ils feront peu de chemin.

A Saint-Ours, le 26 août 1760.

J'ai reçu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, hier,

J'ai gardé ici six cents livres de poudre et douze cents livres de balles, et suis d’ailleurs assez mal pourvu ; les soldats n'ayant que dix ou douze coups chacun à tirer,

M. Du Vernys a dû prendre vos ordres en arrivant à Lougueuil. Je ne lui ai rien prescrit autre chose, Je pensois que vous laisseriez cette artillerie à Longueuil pour combattre sur la terre du sud, Si vous êtes dans ce cas, et si la poudre n’est pas retournée à Montréal, je pense qu'il seroit bon d'en laisser une partie à Longueuil.

La fiotte n'a avancé, hier, que d’un demi-quart de lieue, le vent étant trop près.

Je n'ai jamais compté faire exécuter plus d’un Canadien lorsqu'il en sera arrêté plusieurs; ce seroit une boucherie,

P.S.— Je désirerois que M. l’intendant me fit passer quatre cents paires de souliers tannés, je vous supplie de lui en parler.

Une fois l'ennemi vis-à-vis de l'Ile de Montréal, il y a apparence qu'il s'arrêtsra pour essayer un débarquement et rester au sud en présence, Dois-je traverser à l'île de Montréal ? Aurai-je des bâtiments pour cela ?

A Saint-Ours, le 26 août 1760, à 6 heures du soir,

J'ai reçu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, ce matin, et je me dispose à partir cette nuit pour exécuter vos ordres, Je laisserai ici M. de Rennepont, avec cinquante soldats de Languedoe et cent cinquante Canadiens, plus M. de Troron (?), avec le piquet du bataillon de Berry, qui est à l'Tle-aux-Noix; il observera la flotte angloise,

Elle appareille actuellement ; mais le vent est foible,

J'ai eu l'honneur de vous rendre compte que j'avois envoyé à Chambly, il y a huit jours, cent cinquante quintaux de farine, comme vous me l'aviez mandé,

J'y ai aussi envoyé la plus grande partie de mes bateaux. Je pense qu’on donnera des ordres pour mettre cette farine en sûreté,

A Longueuil, ce 27 août, à 4 heures après-midi.

J'arrive dans le moment, mon cher général, suivi de quelques grenadiers et volontaires.

Une partie de mes petits bataillons arrivera ce soir, J’en ai laissé cent hommes à Varennes pour garder des vivres qui seront évacués cette nuit,

J'ai laissé cinquante hommes à Boucherville pour garder cette paroisse, avec Les habitants qui s’y trouvent,

I m'a paru que si les Anglois mouilloient, comme ils le peuvent, entre l’île de Montréal et les tles de Boucherville, ce village pourroit être brûlé aisément.

M. de Rennepont, qui avoit ordre de suivre la flotte, aura eu de la peine à le faire ; elle marchoit bien vite, ce matin, Je l'ai perdue de vue derrière les îles de Varennes. Je ne sais où ils sont à présent ; je comptois les apercevoir dans le chenal de la Longue-Pointe,

Ma position, ici, ne me paroît pas trop appuyée ; je ne puis empêcher les Anglois de débarquer au-dessous de moi, où ils voudront ; et, s’ils marchent ensuite, étant si supérieurs, je serai forcé de me replier sur Laprairie, et là je ne sais ce que j'y ferai, ni si j'y trouverai de l'appui.

J'espère que vous aurez la bonté de me mander pourquoi je suis ici, et ce que j’y dois faire,

P, S. — Pardon de mon griffonnage; mais je suis excessivement fatigué, et les troupes aussi; elles ont fait dix lieues sans s'arrêter.

A Longueuil, le 27 août 1760, au soir,

Il me paroît impossible, mon cher général, de placer des troupes depuis Boucherville jusqu’à Longueuil, d’une facon passable, à moins d’en avoir beaucoup plus que j'en ai. Il y a deux lieues très fortes, selon moi,

J'en ai bien gardé autant vers Sorel ; mais il y avoit des bois mêlés de déserts, et nul objet de l'ennemi pour débarquer, Ici, s’il veut joindre le corps de l’Ile-aux- Noix, il cherchera à se rendre maître de la terre du sud, et il me sera impossible d'empêcher le débarque-

ment dans une étendue si immense. Cependant, pour me conformer à vos instructions, j'eusse laissé la tête de mes troupes à Boucherville, et je me serois allongé de mon mieux vers Longueuil, si vous m'’aviez mandé de me rendre à Longueuil. Actuellement, j'occupe le fort de Longueuil avec la plus grande partie de ce que j'ai ici, et je m’allonge vers le passage des Ormes.

Il est trop tard, et les troupes sont trop fatiguées pour changer aujourd'hui. J'ai deux cent cinquante hommes qui observent la flotte; j'espère qu’ils joindront demain. J’en placerai cent à Boucherville, et le reste voltigera d'ici là.

J'ai aperçu la tête de la flotte, avec une lunette ; elle m'a paru être entre les îles de Varennes et la pointe de l’île de Montréal. Un des officiers que j'ai laissé à Varennes me fait dire que la frégate s’est échouée sous voiles, vis-à-vis Varennes, et que tout a mouillé, Je la juge relevée depuis, et je crois que tout a appareillé, mais n’a pas fait grand chemin.

Voulez-vous bien me mander si j'ai à craindre pour mes derrières ?

P. S. — J'ai amené cinquante bœufs de Maska et de Saint-Ours. Seulement je n'ai rien levé dans toutes les paroisses en deca. J'ai laissé les deux où j'ai levé, encore assez approvisionnées, et j'ai vécu vingt jours. Vous verrez qu'on n’est pas fort au fait des ressources.

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL A Longueuil, le 28 août 1760,

Je recois les deux lettres que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire aujourd'hui, et je fais partir six charrettes pour Chambly.

A l'égard de l’état du monde à faire passer, j'ignore ce que c’est ni où ce monde doit passer, Je ne sais non plus à quoi sont destinés ces canots d’écorce,

M. le chevalier de Lévis m’ordonna, avant-hier, de quitter la flotte et de venir sur le champ à Longueuil, ne laissant que deux ou trois cents hommes pour l'observer, J'arrive à tire d’aile, et il me mande alors qu’il faudroit avoir laissé la plus grande partie de mon détachement à Boucherville, et que ma besogne est d'empêcher que M. Murray ne débarque au sud. En conséquence, sans donner le temps aux troupes de se reposer, je fais repartir cent hommes pour joindre à deux cents, qui observent à Varennes; j’envoie cent hommes entre Boucherville et Longueuil, et j'allois faire repartir encore une partie de ce qui me reste pour aller à Boucherville, joindre cinquante soldats qui y sont déjà; votre lettre m'arrête, Je ne sais si votre intention est de rappeler ce détachement, et je reste ici avec plus de la moitié pour être à portée de le faire, Les souliers tannés ne seront donnés que par mon ordre. Il faudra bien en donner aux miliciens qui sont partis de chez eux nu-pieds, et ne peuvent marcher longtemps sans s’estropier.

L'observation du sieur Dussault est juste; je n'ai jamais pensé que les Anglois passeroïent par le chenal

de Boucherville. Ils mouilleront à la première marche entre la Longue-Pointe et l’île Saint-Hélène ; mais ils n’en sont que plus à portée de faire leur débarquement à la côte du sud, parce que les tles cachent leur manœuvre, qu'ils ont quatre chenaux pour les traverser, et que d’ailleurs ils peuvent doubler le haut des îles.

La preuve que les îles ne peuvent les arrêter, est la descente qu'ils ont faite cette nuit. Les deux cent cinquante hommes chargés d'observer n’ont pu garnir tout, et il est impossible que cela n'arrive souvent,

11 seroit très essentiel d’avoir quelques fusils, J'ai une douzaine de soldats désarmés ou de tambours sans caisses, auxquels il seroit bon de donner des armes,

A Longueuil, le 28 août 1760,

J’appréhende, mon cher général, de n'avoir pas l'honneur de vous voir aujourd'hui, On m'a dit que vous n'aviez pu partir qu’à huit heures pour la pointe de l’île,

J'ai parcouru, ce matin, les environs de Boucherville et le chemin d'ici là. Tant que la flotte angloise sera mouillée où elle est, il est aisé d'empêcher que l’on débarque entre Boucherville et Longueuil ; mais une fois placée entre la Longue-Pointe et l’île Sainte-Hélène, il est impossible de s’opposer à aucun débarquement, et il est facile partout ; la plus belle grève du monde et un terrain immense.

J'ai placé M. de Reunepont à Varennes avec deux cents hommes pour observer la flotte. J’y ai joint les volontaires. Entre Boucherville et Longueuil, deux

ee

compagnies de grenadiers et les habitants de la côte. A Boucherville ciuquante hommes,

Je reste ici avec le fond des bataillons et leurs milices.

J'attends avec impatience d’avoir l'honneur de vous voir,

A Longueuil, le 29 août 1760.

M. Du Roquan, mon cher général, se trouve sans souliers et est hors d'état de marcher, Il ne peut se servir de souliers tannés, quoique bon marcheur,

Vous lui feriez grand plaisir si vous pouviez lui faire fournir une paire de souliers françois, On ne peut en trouver à Montréal pour de l'argent, et ses jambes sont cependant fort utiles, C’est un très bon officier.

A Longueuil, le 29 août 1760, après-midi,

J'ai été voir le passage, mon cher général; il n’y a encore que onze canots d'écorce, Les gens qui les ont amenés disent qu’ils n’en doivent fournir que vingtquatre, Je n'aurai que six ou sept bâtiments; ainsi je ne puis faire passer à la fois que la moitié de mon déta. chement.

I1 me faudroit encore âne vingtaine de bateaux, sans quoi je serai obligé de me retirer plus vite et ne pourrai risquer la moindre fusillade. Il faut deux bonnes heures pour passer et ramener les bateaux. Vous voyez bien dans quelle presse pourroient se trouver les derniers,

J'aurois besoin d’un peu de brai et d’étoupe pour les six ou sept bateaux que j'ai ici. On pourroit en envoyer

Que

par le retour des gens qui mènent les canots, On a pris un de mes bateaux pour passer les malades; je vous supplie de donner ordre qu'il revienne,

Je joins ici une note que m'a remise M. Duparquet.

Vingt-quatre canots à vingt ou vingt-cinq hommes chaque, font cinq ou six cents hommes au plus; dans six bâtiments, cent quatre-vingts hommes ou deux cents au plus. C'est beaucoup si je passe huit cents hommes à la fois,

J'ai appris de Laprairie que M. de Roquemaure avoit donné ordre d’y faire faire tout le pain que l’on pourroit, On croit qu'il va bientôt y revenir, C’est M. de Blainville qui m'écrit,

À Longueuil, le 29 août 1760, au soir.

Vous avez bien raison, mon cher général, d’être plus inquiet du passage de M. de Roquemaure que du mien; il n’y a pas de comparaison, Vingt-six bateaux le passeront tout au plus en trois voyages, et c’est l'affaire d’un jour entier, Pourquoi ne le feriez-vous pas descendre à Longueuil par terre, ainsi que ses bateaux ?

Quoique l'embarquement ne soit pas beau, on peut s'étendre à une ou deux maisons plus haut que l’Espérance. D'ailleurs, en nous réunissant, si l'ennemi nous suit, Ja confiance renoît dans les esprits et la besogne est meilleure,

Si je passe en deux fois, ce ne sera pas à l’île Sainte- Hélène ; la traversée est difficile de chez l'Espérance. Ce sera à une petite île au-dessus de celle-là; assez bien placée pour mettre en dépôt les premiers passés. 11 faudra, si l'ennemi me gêne à l’embarquement, don-

AU CHEVALIER DE LÉVIS 117 ner ordre à l’île Sainte-Hélène, de mettre de la mousqueterie sur une pointe qui commande le petit rapide, pour empêcher les Anglois de faire remonter quelques carcassières, ce que je crois difficile,

J'ai fait une réflexion effrayante, Il faut, dit-on, avoir recours à la récolte et faire battre pour vivre; mais, où faire battre si l'ennemi est maître de toutes les terres, ou s’il coupe les communications ?

L'île de Montréal même sera pour la plus grande partie en son pouvoir, lorsqu'il aura débarqué. Le grenier sera bien petit alors.

P, S. — J'apprends, par des miliciens venus de l’Ileaux-Noix, et que j'ai arrêtés ici, qu’il avoit passé aujourd’hui de Laprairie à Montréal, sept à huit bateaux chargés de monde ; il est à craindre que les vingt-six bateaux sur lesquels on compte, ne s’en aillent ainsi,

L'officier m'avoit pourtant mardé qu'il arrêteroit tout le monde,

A Longueuil, le 30 août 1760, au soir.

J'apprends, mon cher général, par M. de Roquemaure, qu’il a abandonné Saint-Jean et brûlé ce matin ; qu'il est derrière la rivière de Montréal; que les ennemis paroissent à la Savane et y mènent du canon; que je dois prendre garde à moi par le chemin de Chambly ; que sa position est mauvaise, et qu’il a peu de monde,

J’avois déjà posté une grand’garde sur le chemin de Chambly. Je vais placer mes volontaires à portée d'y faire des découvertes. J'ai cinquante hommes à Varennes, cinquante hommes à Boucherville, deux cent

cinquante hommes depuis Boucherville jusqu'ici, pour garder la côte; le reste est dans le fort, et depuis le fort jusqu’au passage.

Mandez-moi si je dois passer lorsque M. de Roquemaure sera à Laprairie ; il ne tardera pas à y être ; si je dois attendre les ennemis au débouché du chemin de Longueuil , s'ils s’y présentent. Je pense que si cela étoit, je ne serois pas bastant ; il est vrai que M. de Roquemaure pourroit me joindre... mais la flotte ?

En un mot, vos ordres pour ce que je dois faire, M. de Roquemaure étant à Laprairie, ou l'ennemi pénétrant par le chemin de Chambly à Longueuil.

On vous dira que ce dernier chemin n’est pas praticable. Fausseté fondée sur l'intérêt des jésuites, qui vouloient faire un chemin dans la savane. Il n’y « que ” quatre lieues de Chambly à Longueuil, et, dans l’état où est le chemin, les gens de pied y peuvent passer, Si M. Ambherst savoit cela, et que sa flotte ne pût monter jusqu’à Laprairie, il seroit fou de ne pas pénétrer par KR. I] la joindroit demain matin, sil vouloit,

A Longueuil, le 30 août 1760,

Il me manque, mon cher général, cinq soldats des deux bataillons, ou passés à l'ennemi, ou cachés dans les bois.

Un soldat de la Sarre est soupconné d’avoir été chez sa femme à l’île Jésus. J’envoie un sergent le chercher ; je voudrois en faire un exemple. J'ai renouvelé fréquemment la défense de s’écarter, et j'ai annoncé que tout soldat qui s’éloigneroit d’une demi-lieue, seroit

AU CHEVALIER DE LÉVIS 119 regardé comme un déserteur. Voyez ce que vous voulez que je fasse,

Un tambour de la Sarre déserts, cet hiver, du piquet de Jacques-Cartier, On dit qu'il a été arrêté et qu'il est dans les prisons de Montréal. Si cela est, M. Duparquet demande qu’on le lui envoie pour en faire justice.

J’envoie à Montréal un soldat de Béarn, arrêté ici, qui a passé le fleuve sans permission pour aller voir sa femme, Incessamment, les Canadiens donneront l'exemple de la stabilité ; cependant j'en ai déjà arrêtés ici une vingtaine, venus de l’Ile-aux-Noix, qui alloient chez eux pour chercher des vivres. Cette raison, très édifiante, ne m'a pas séduit, et je les garderai si je puis, jusqu’à ce que j'aie occasion de rendre à chacun ce qui lui appartient. A propos de cela, M. de Fouilhac n'a pas joint.

J'ai répandu dans les côtes de Longueuil et de Boucherville un grand nombre de Canadiens pour battre ; maïs les propriétaires ne sont pas pressés de faire battre, et les travailleurs sont très fainéants.

J'ai envoyé faire une levée de bœufs dans les côtes d'en bas. Je continuerai à épuiser le sud, tant que les Anglois le trouveront bon.

P.S.— Il n’y a que dix-neuf bateaux à Laprairie.

Lettre de M. de Bourlamaque à M. le marquis de Vaudreuil.

A Longueuil, le 31 août 1760, au matin.

J’envoie à Montréal M. de Revillasse (sic), capitaine au régiment de Berry, malade, J'ai donné ordre aux

hommes qui le conduisent de ramener un bateau qui servit, .avant-hier, au transport de quelques malades, et n’est point revenu. Je vous supplie de permettre qu'ils en prennent un pour le remplacer.

L'on m'a dit qu'il y avoit plusieurs bateaux dans le passage de Repentigny. S'il étoit possible de les faire monter à Montréal, ils seroient fort utiles pour la communication. Il y en a un aux environs de la Longue- Pointe, que l’on a vu hier et qui est en état,

J'ai vu un ordre de vous, Monsieur, au capitaine de Longueuil, pour renvoyer à Chambly tous les Canadiens qui ont quitté le détachement de M. de Bougainville, J’ai cru devoir changer cette disposition, et je lui ai dit de les envoyer par Laprairie au-devant de M. de Roquemaure, Le chemin de Chambly les exposeroit à être enlevés en détail.

J'apprends dans le moment que les Anglois ont débarqué à Varennes en très grand nombre ; ils pillent et ravagent les maisons, Cinquante hommes que M. le chevalier de Lévis m’avoit ordonné d’y laisser, paroissent avoir été coupés ; car on n’a point de nouvelles de M. de Calan, capitaine au régiment de Languedoc, qui les commandoit. La nouvelle est venue par le capitaine de la côte ; il prétend que les Anglois s’y établissent,

J'ai mandé aux troupes que j'ai vers Boucherville, d'aller en découverte de ces côtés.

P. S. — J'apprends que le débarquement des Anglois à Varennes est général,

A Boucherville, le 31 août 1760.

Les Anglois, mon cher général, ont débarqué, ce matin, à Varennes, un peu avant le jour, Comme ils ont mis à terre à plusieurs endroits à la fois, M. de Calan n’a pu les empêcher de débarquer, Il s’est sauvé dans le bois, Quelques soldats de son détachement qui arrivent disent que les Anglois étoient au nombre de cinq cents hommes. Depuis ce moment, ils ont continuellement fait arriver des chaloupes à terre; plusieurs retournent, Le va-et-vient est continuel. Je n’ai pu voir ce qu'ils débarquoient parce que leur mouvement se fait derrière le cap et l’église de Varennes.

J'ai cent habitants du pays en avant qui fusillent avec les troupes avancées, des découvreurs dans le bois pour m'’assurer de cette partie, où ils pourroient pénétrer, Je n'ose m'avancer vers Varennes, parce qu'ils pourroient, en m’amusant là, pousser des troupes au-dessus de leur flotte et prendre poste à Longueuil. D'ailleurs, il ne me seroit pas possible de les forcer à Varennes, ils y sont sans doute bien arrangés; on leur a vu créneler les maisons,

S'ils marchent à moi, je me replierai à Longueuil, et ferai bonne contenance, lorsque j’y serai rassemblé, pour faire mon embarquement en ordre,

A Longueuil, le ler septembre 1760.

Je dois, mon cher général, vous rendre compte que les soldats des deux bataillons que j'ai ici, désertent journellement, Depuis l'évacuation de Saint-Jean, il en est parti cinq de la Sarre et trois de Berry. Les

officiers disent que la plupart des soldats ont résolu de ne pas retoutner en France.

A l'égard des Canadiens, la désertion va son train. I1 s’en est échappé trente ce matin d’une même paroisse ; il en manque bien autant depuis hier sur toutes les autres,

J'ai commandé quarante miliciens, ce matin, pour battre des grains ; ils ont refusé nettement de le faire, et ont menacé de déserter tous.

J'écris à M. de Roquemaure et le prie d'engager des sauvages à arrêter les soldats qu'ils rencontreront dans leurs découvertes, passant à l'ennemi. Je souhaite qu'ils me procurent les moyens d’en faire un exemple.

Rien de plus facile aux déserteurs que de se rendre à Saint-Jean ; il passe journellement, par le bois, des miliciens qui viennent de chez Jacot. Le chemin de Chambly à Longueuil est mauvais ; il en est venu cependant une femme, ce matin, portant un très gros paquet.

La position des Anglois à Varennes va me faire perdre tous les miliciens du sud, qui étoient au nombre de deux cents, et sont actuellement cent trente.

Je vous serois bien obligé si vous pouviez m'envoyer un peu de papier, Je n’en ai pas d'autre que celui-ci, et il n’est pas praticable.

Je recois, dans le moment, les deux lettres que je joins ici. L'une est de M. de Rennepont, qui a environ cent vingt hommes à Boucherville et observe les ennemis ; l’autre est de M. Desplaines, que je ne connois pas.

P.S. — Le porteur de ma lettre est celui qui a été en découverte au-dessous de Varennes.

A Longueuil, le ler septembre 1760.

Les Anglois, mon cher général, sont encore à Varennes, dans la même posture qu'hier. Ils m'ont paru avoir le même nombre de bateaux de ce côté-ci du cap. Nul mouvement d’ailleurs. Lorsque les navires ont appareillé, ils ne m'ont paru rien changer-à leurs dispositions, Ils remuèrent de la terre, hier après-midi. Cet ouvrage ne paroît pas augmenté ce matin, Un homme dit avoir vu le détachement de M. de Calan dans les profondeurs ; je lui ai envoyé un guide ; on le croit tué.

Quel mouvement doit faire M. de Roquemaure, si la flotte approche Longueuil ? Viendra-t-il me joindre ou passerons-nous tous deux tout de suite ?

Sans doute vous êtes assuré que l’armée de M. le chevalier de La Corne empêchera les Anglois de tomber à l’improviste sur l’île de Montréal ; sans quoi l’embarquement à Laprairie ne seroit pas sûr.

P. S. — Quoique la flotte monte, je reste dans la même position; s'ils débarquent entre Longueuil et Boucherville et que je ne puisse l'empêcher, je replierai sur Longueuil ce qui ne sera pas coupé, et j'enverrai dire à M. de Roquemaure de me joindre.

D'ailleurs, je tâcherai de me maintenir jusqu’à ce que j'aie reçu des ordres.

Ce 2 septembre 1760.

J'ai l'honneur de vous envoyer, mon cher général, une lettre que je recois de M. de Vaudreuil, Celle que j'avois eu celui de vous écrire ce matin a

pr

été remise chez vous, Je vous y rendois compte de la désertion de quatorze grenadiers des deux compagnies, J'attends vos ordres que m'annonce M. de Vaudreuil,

P. S. — La frégate, un gros vaisseau, deux goélettes et nombre de bateaux de débarquement ou carcassières, sont mouillés fort en decà de la Longue-Pointe,

À Longueuil, le 2 septembre 1760.

Les Anglois, Monsieur, ont paru, hier au soir et cette nuit, faire passer beaucoup de monde à Varennes, et les découvreurs assuroient que toutes les troupes angloises y avoient débarqué. Il n’a paru cependant encore aucun mouvement de leur part, ce matin, dans cette partie, Je ne crois pas cependant que nous soyons longtemps maîtres de Boucherville.

Quatorze grenadiers ont déserté cette nuit des deux compagnies; mauvais exemple pour les autres: quelques soldats l’ont déjà suivi, et les officiers assurent tous qu’il y en a un grand nombre dans les mêmes dispositions. J'ai regret à ces grenadiers, c’est la seule troupe sur laquelle je comptois. On dit qu’il en manque vingt de la compagnie de Guyenne, et beaucoup aussi des autres; je ne sais si cela est vrai.

On ignore si ces grenadiers ont passé à l'ennemi, ow s'ils ont été chez leurs hôtes ; plusieurs sont mariés, A tout hasard je vous envoie lenrs noms et celui de leur demeure ; il seroit bon d’en arrêter quelques-uns.

P,S.— La maraude se joint à la désertion; je viens

de faire passer par le: verges, mais il faudroit bientôt. fouetter toute la troupe.

A V ERTISSEM ENT

Les lettres de Bourlamaque à Lévis qui forment la première partie de ce volume, ont une importance historique qui n’échappera à personne, Grâce à l’obligeance de M. Parkman, de Boston, j'ai pu y ajouter un complément qui leur donne une bien plus grande valeur; je veux dire la correspondance de Montcalm avec Bourlamaque. La notice suivante, écrite par M. Parkman, fera connaître comment le savant historien a obtenu la copie de cette correspondance,

Many years ago I was told that an important collection of autograph letters of the Marquis de Montcalm was in the hands of some person in Paris ; but I was unable to gain the slightest clue to the name or address of the fortunate possessor. At length I heard that the collection was sold to a foreigner, who, my informant had been told, was an Englishman. I inquired of the representatives of the Montcalm family, but they could give no information, though they had heard of the existence of the leiters. As the greatest collector of manuscripts in England was the late Sir Thomas Philipps, I thought it likely that he might have been the purchaser, and examined the printed catalogue of his vast collection, without finding what I sought.

& It was about fifteen years since I had heard of the letters, and all my attempts to trace them had failed, when a gentleman connected with the British Museum kindly offered to

Page 1