A LA PRINCESSE DOUAIRIÈRE DE CONDÉ
n Ini envoie nne ample instraction snr l'nsage qa'elle doit faire de la grandear et la manière dont elle doit vivre dans sa condition.
[Pi'emiers mois de 1647 (3).]
Madame,
Rien n'a de vie soit dans le monde de la nature, ou celui de la grâce, qui est la sainte Église, sans le fonds
(1) Sur une très ancienne copie dont la CC^ des imprimées reproduisait seulement une partie et encore décolorée par le relranchement des traits plus personnels qui s'y rencontraient.
(2 et 3) Cbarlolte-Marguerite de Montmorency, sœur de l'infortuné duc de ce nom qui fut déciapité à Toulouse en 1632, naquit en 1593 et fut mariée, le 3 mars 1609, à Henri de Bourbon, prince de Coudé. Elle se montra constamment l'une des paroissiennes de Saint-Sulpice les plus assidues à toutes les pratiques de la religion et les plus dévouées à M. Olier, dont elle
de l'esprit. Et d'autant plus que les choses sont élevées en l'un et l'autre monde, autant plus leur vie est parfaite et leur esprit est éminent. De là vient, Madame, que votre obligation est plus grande de vous instruire de la pureté de vos voies et de la sainteté de votre esprit, lequel est d'autant moins connu qu'il se trouve peu de personnes de notre état qui travaillent à en donner la lumière, et moins encore, dans le vôj;re, qui étudient leur vocation en Dieu et qui pensent à entrer dans l'es-r prit et la grâce de cette condition.
Je ne puis pas. Madame, vous celer ce que j'en vois, ni vous cacher les dispositions intérieures et la conduite de sainteté que Dieu demande de votre âme. Car, outre mes obligations générales, vous étant donné de Dieu en la manière que je suis, je dois vous en montrer les ouvertures et vous exposer les moyens faciles pour y entrer.
11 y a bien longtemps que Dieu vous a préparée à ce qu'il vous demande maintenant; et plus j'étudie ses voies sur vous, plus j'aperçois de grâces singulières qui marquent le dessein de vous sanctifier.
prit la défense en toute occasion. Celui-ci, de son côté, ne négligea rien pour la faire avancer dans les vertus et la rendre digne, .par sa piété, du haut rang q[u'elle occupait à la cour et dans le monde. Le prince de Condé étant mort; le 26 décembre 1646, il s'empressa de répondre au désir qu'elle lui exprima d'avoir quelques pratique»chrétiennes et intérieares pour sanctifier désormais plus parfaitement toutes ses actions. A cet effet il fit pour elle seule, et avec de très minutieux détails, ce qu'il devait faire un peu plus tard, pour tout son troupeau, en publiant la Journée chrétienne. Non content de lui tracer les règles qu'elle devait suivre pour vivre en princesse chrétienne, il lui indique des vues et des intentions très élevées dont elle pourrait s'occuper.
— Celte date approximative est donnée par là lettre elle-même, où l'on voit que la princesse se disposait à reparaître dans le monde, après en avoir été séparée quelque temps par son grand deuil de quarante jours et par une petite maladie qu'elle avait faite.
C'est pour cela, Madame, qu'il a pris tant de soin de mettre en vous, pour le fondement de son œuvre, des qualités si sortables à votre condition, joignant aussi les dispositions intérieures en votre âme si propres à la vertu et à la grâce ; par-dessus cela, les protections extraordinaires dont il a conservé votre personne à la face de tout le monde, faisant voir sensiblement par ces marques qu'il vous désire comme un flambeau de piété dans votre condition, et montrer en votre personne quelle est la vocation et l'esprit d'une princesse chrétienne (l).
C'est même dans cette vue que cette bonté divine et sagesse admirable, qui conduit son ouvrage avec tant de douceur et de suavité, vous avait autrefois appelée pour voir dans un pays étranger le modèle de la sainteté qu'il désirait montrer par vous en ce royaume. Dans cette retraite il vous faisait étudier une leçon ad-
mirable dans la conduite d'une femme sanctifiant la qualité d'archiduchesse, qu'il fait revivre en votre personne, dans le dessein de sanctifier la grandeur de princesse qu'il a mise dedans vous. C'est de quoi vous doit avertir celui qui est en Jésus-Christ
Votre...
(1) Ce passage et le suivant sont une allusion à l'exil auquel se condamna volontairement la princesse , pour échapper aux poursuites de Henri rv. L'archiduchesse des Pays-Bas, Isabelle-Claire-Eugénie, infante d'Espagne, la reçut à Bruxelles et lui donna les plus beaux exemples de vertu. (Vie de M. Olier, t. II, p. 125-126.)