LETTRE CXI
II soaliaite la destruction parfaite du vieil homme en elle, afin que Dieu y vive et rëgnè seul par son esprit.
[Vers le 10 septembre 1647 (3).]
Si la charité se pouvait plaindre de l'excès de son
(1) C'était la XXXV^ des imprimées.
(2) Nous rapportons encore cette troisième lettre à M^« du Vigean au sujet de laquelle M. Olier nous apprend lui-môme qu'il reçut, à cette épocpie, une nouvelle grâce bien signalée, devant l'image miraculeuse de la très sainte Vierge, vénérée à Châtillon-sur-Seine.« Comme la sainte « Vierge, dit-il dans ses Mémoires, ne peut souffrir la moindre afifliction « dans le cœur de ses enfants, pour me mettre en repos d'une peine qui « me tenait au fond du creur, elle m'expliqua l'état d'une âme qui était à « Paris et que j'appréhendais être troublée sur sa vocation. Je la vis « dans une dilatation de cœur, dans une joie et jubilation merveilleuse. « qui fut cause que je dis à M. de Bretonvilliers : Je ne suis plus en peine « de M.^^ du Vigean, elle est en paix et grande joie. Et en effet, deux « jours après je reçus de ses lettres qui me firent connaître sa disposi- '<■ tion toute semblable à ce que j'en avais porté et ressenti dedans moi- « même. (Cité dans la Fie ms. de M. Olier, t. II, p. 224.)
Après cette faveur et celle dont il a été parlé précédemment, M. Oliér pouvait bien dire à M^^" Marthe du Vigean que Dieu lui faisait beaucoup de grâces par elle, et l'on ne voit pas de meilleure manière d'expliquer la première phrase de cette lettre. Ce qui est dit un peu plus bas : Je désire de ne vous trouver plus à mon retour, convient très bien aussi, puisque M. Olier venait de quitter Paris pour le plus long voyage qu'il ait fait durant son ministère pastoral.
(3) M. Olier était à Châtillon-sur-Seine le 8 septembre 1647 [Vie de M. Olier, t. II, p. 573), ce qui, si l'on admet nos conjectures, fixe assez exactement la date de notre lettre.
bien, je le ferais des grâces que Dieu me fait par vous. Dieu, il faut bien avouer que la vérité surpasse tous les sentiments des vertus , et qu'on ne doit point trouver à redire à sa conduite, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans la sienne, a surpris et surmonté l'attente de tous les hommes.
Allez donc et vous perdez en Dieu, qui n'a ni mesure ni borne en ce qu'il est, et en ce qu'il opère. Je désire de ne vous trouver plus à mon retour, parce que je voudrais ne trouver en vous que Dieu seul qui vous ayant absorbée en lui, vous eût entièrement ravie et dérobée à tout ce qui est de vous. Laissez pour cela régner le Saint-Esprit sur vous : laissez-le agir en toute l'étendue de ses effets et de ses opérations divines. Qu'il soit en vous le destructeur universel de vous-même , et le possesseur de tout votre intérieur en l'établissement parfait de son règne divin, et dans la plénitude de toutes ses vertus et de toutes ses perfections, qui vous rendront parfaitement semblable à lui. Adieu.
LETTRE CXll (1).
A MADAME MARIB ROUSSEAU.
n lai donne connaissance d'une faveur spirituelle et Intérieure dont saint Bernard Ta favorisé à Glairvanx (2).
[Probablement de Dijon vers le 10 septembre 1647 (3).] Qui a Jésus a tout.
Madame, J'ai appris par M. Cambiac (4.) que vous avez pris
(1) Sur l'autographe.
(2, 3 et 4) Après cinq ans d'un travail continuel M. Olier se trouva si
la peine de m'écrire. J'aurais été ravi d'avoir reçu de vos nouvelles, comme je ne doute pas que vous avez été bien aise d*en avoir appris des nôtres par M. Bretonvilliers.
J'oubliai de vous écrire de Glairvaux et par M. de Poussé (1) sur le sujet de Jean (2), dont sans doute vous m'écrivez, mais le temps ne me le. permit pas, vu même que j'avais à vous mander le renouvellement intérieur qu'il avait plu au grand] saint Bernard de me procurer sur le sujet de la charité intérieure que Dieu veut qui vive et règne dans sesf créatures, qui fut un sujet de joie et de consolation solide et assurée. Je pris résolution de vous le faire savoir, pour votre satisfaction et repos d'esprit dans cet éloignement , et le genre de vie que Dieu désire de ceux qui vivent à son service en la^pureté de l'esprit, qui sèvre les enfants de lait et les veut soutenir d'une plus forte nourriture. Ce n*est pas que le souvenir de l'enfance ne soit tendre et qu'il n'oblige à s'en ressouvenir souvent,
épuisé que les médecins l'obligèrent à prendre du repos. Il se détermina àfaire le pèlerinage d'Annecy, qu'il avait promis àDièu en 1637, à l'occasion d'une maladie fort grave dont il a été parlé.
— Parti de Paris le 2 septembre 1647, il visita d'abord Châtillon, où saint Bernard reçut de grandes faveurs de la sainte Vierge, jpuis Clairvaux, où il mourut saintement. {Vie de M. Olier, t. II, p. 574.)
— Jean du Ferrier, dit de Cambiac, fut un des premiers séminaristes ûe Vaugirard : il s'attacha même à la compagnie de Saint-Sulpice, mais il la quitta, comme on le dira bientôt. Il était frère de M. du Ferrier, qui pendant six ans aida de toutes ses forces M. Olier dans l'établisse ment de sa Société et la réforme de] sa paroisse.
(1) Antoine Raguier de Poussé, dont il sera bientôt parlé plus amplement, était aussi un des premiers disciples de M. Olier.
(2) Il s'agit probablement de Jean Blondeau, plus connu sous le nom de fi:ère Jean de la Croix> lequel après la mort de M. Le Gaufiie avait passé au service de M. Olier, qui l'occupait à la visite et au soulagement ^es pauvres. Marie Rousseau l'employait aussi assez souvent à cet office de charité.
mais, ma Mère, il faut mourir à tout et se crucifier dans les goûts de Dieu même.
LETTRE GXÏII (1).
M. DE RENTY (2) A LA MÈRE ELISABETH DE LA TRINITÉ, PRIEURE DU CARMEL DE BEAUNE (3).
n lai fait connaître que M. Olier se propose de voir sa commnnauté^ en se rendant à Annecy.
2 septembre 1647.
Ma révérende Mère,
Je crois que vous aurez une grande joie ( d'apprendre) que la Providence de Dieu fait aller M. l'abbé
(1) Sur l'autographe conservé au Carmel de Beaune.
(2) Le baron de Renty, dont la piété et les bonnes œuvres furent l'édification de son siècle, était depuis quelques années en grande relation avec la prieure des Carmélites de Beaune et avec la V. sœur Marguerite du Saint-Sacrement, religieuse du même monastère. Il avait reçu par le moyen de cette sœur de grandes faveurs spirituelles, dont la principale fut que Notre-Seigneur l'attacha comme elle, d'une manière spéciale, au mystère de son enfance. M. Olier ne pouvait choisir un meilleur intermédiaire pour obtenir de voir la vénérable sœur Marguerite, dont le grand attrait était de ne parler que par obéissance aux personnes séculières.
(3) Elisabeth de Qaatrebarbes, qui prit au Carmel le nom d'Elisabeth de la Trinité, naquit à Château-Gontier le 5 janvier 1598, Ses premières années furent marquées par des grâces extraordinaires. Â. l'âge de vingt ans elle entra chez les carmélites de Tours et fut formée à la vie religieuse par la mère Marguerite du Saint-Sacrement, fille de M™" Acarie. Elle n'était professe que depuis peu d'années quand on la choisit pour être sousprieure du Carmel de Lyon, mais elle ne fit qu'y passer, car en 1626 les carmélites de Beaune l'élurent prieure, et c'est là que parurent les trésors de vertus dont Dieu l'avait enrichie. On peut dire que cette maison, qui ne faisait que de naître, lui dut en grande partie ce qu'elle fut alors et ce qu'elle a été depuis, au spirituel et au temporel. « La réputation de sainteté dont elle jouissait, dit son historien, attira promptement en ce monastère un certain nombre de prétendantes appartenant aux preiûières maisons de Beaune. » {Vie de la M. Elisabeth de la Trinité^ p. 370).
Olier par vos quartiers, se rendant au tombeau du bienheureux évêque de Genève, François de Sales. Je Fai supplié que ce ne fût pas sans vous voir; il m*a témoigné que c'était son dessein, et m'a prié de vous écrire et à ma sœur Marguerite. Ce que je fais plutôt pour lui obéir que pour vous recommander un saint et très grand (saint) de nos jours. Tous le remarquerez bientôt. J'espère que Notre-Seigneur fera abonder sa bénédiction sur votre entrevue; et si j'avais à vous donner conseil, ce serait de lui faire connaître entièrement ma soeur Marguerite, parce qu'il n'y a personne en qui vous puissiez prendre plus de confiance , et qui ait plus de grâce et d'expérience pour vous servir d'appui devant Dieu et devant les hommes, autant qu'il sera nécessaire. J'aurais tort de vous en dire davantage. C'est au saint Enfant Jésus et à sa grâce de tout gouverner.
Je vous supplie que la communauté demande quelques conférences à M. Olier. Il est toujours plein ; vous verrez un grand vaisseau de grâce et une pure lumière.
La plus remarquable fut une jeune enfant de onze ans, Marguerite Parigot, si connue dans la France entière sous le nom de Marguerite du Saint-Sacrement. La mère Elisabeth de la Trinité, en la recevant, eut, un pressentiment de ce qu'elle serait un jour. Elle dit à la maîtresse des novices en la lui présentant: « Voilà, ma mère, ce que nous avons tant demandé; vous verrez que cette petite renouvellera dans le monde la dévotion à la sainte enfance du Fils de Dieu. » Cette vue s'est parfaitement réalisée : le Carmel de Beaune a été comme un foyer d'où la dévotion envers Jésus enfant s'est répandue en tout lieu. Le séminaire de Safnt- Sulpice embrassa de bonne heure les pratiques de cette dévotion que M. Olier avait puisée lui-même à Beaune. La vénérable sœur Marguerite du Saint-Sacrement mourut le 26 mai 1648, et la mère Elisabeth de la Trinité, le l^' janvier 1660. Les corps de ces deux saintes amies furent inhumés à côté l'un de l'autre, dans la chapelle de l'Enfant-Jésus.