LETTRE CXXX
A SAINT VINCENT DE PAUL
II lui dénonce qnelqnes menées jansénistes (2).
[Avril 1648.]
Qui a Dieu a tout.
Monsieur,
J'ai à vous donner avis que le Père Maurice (3) a ét^ visité par M. du Bosquet [h) et que M. l'abbé de
(1) Sur l'autographe au dos duquel on lit cette note : De M. Olier, du mois d'avril 1648. Nouvelles opinions.
(2) Les partisans des nouvelles doctrines, profitant des troubles qui commençaient à agiter le royaume, prirent de l'audace vers 1648 et gagnèrent beaucoup de terrain. Faisant cause commune avec les frondeurs ils eurent l'appui de quelcpies personnages importants et en particulier celui du coadjuteur, qui en haine du cardinal Mazarin, s'attacha à eux. Cela expliquerait au besoin le zèle que M. Olier fait paraître contre le parti de Port-Royal dans cette lettre.
(3) Le P. Maurice était un carme déchaussé de la maison de Paris, sur la paroisse de Saint-Sulpice. Il jouissait dans son ordre et ailleurs d'une grande réputation de vertu : il sera encore parlé de lui ailleurs.
(4) François du Bosquet fut sacré évoque de Lodève, le 20 décembre 1648, et montra peu de sympathies pour M, Olier et ses disciples, ainsi qu'on le verra bientôt.
Gérizy (1) conserve avec lui grande intelligence, par le moyen de M"^^ Seguin qui est la pénitente affidée du dit Père Maurice, qui ne souffrira qu'avec violence que le bon père lui soit ôté et fera ce qu'elle pourra sur l'esprit de M. le chancelier, par ces messieurs et par elle-même pour se le conserver. Cette bonne dame est affectionnée au parti nouveau, autant qu'on le peut être, et comme, ces jours passés, je faisais avertir par un de nos messieurs M"® la chanceliêre de donner avis à M. son mari qu'on voulait faire venir en cette ville le Père Séguenot (2), qui serait une chose périlleuse; la bonne M"'* Seguin se déclara porter avec peine qu'on s'opposât à ce parti et ses suppôts. Et peut-être, Monsieur, serait-il important que vous vissiez M. le chancelier pour le prévenir sur ceci, selon que la divine sagesse vous en pourrait ouvrir les voies.
Je suis libre à vous faire savoir ces choses comme des intrigues nécessaires à découvrir dedans l'œuvre de Dieu que vous aimez et qu'il vous charge de maintenir.
(1) Germain Habert, abbé de Cévisy au diocèse de Bayeux, l'un dès premiers académiciens, auteur d'une Vie du cardinal de Bérulle, mourut en 1655. Il avait été dans l'intimité du chancelier Séguier.
(2) Claude Séguenot, prêtre de l'Oratoire, fut successivement supérieur de plusieurs maisons, il avait été mis à la Bastille, par ordre du cardinal de Richelieu, à cause d'un livre Oii il propageait la doctrine de Saint-Cyran. Jusqu'à la fin de sa vie il se fit le défenseur du jansénisme.
LETTRES DE M. OLIEB. 417
LETTRE CXXXI (l).
M. DE RENTY A M. OLIEB.
Sur la mort de la sœnr Marguerite du Saint-Sacrement (2}.
[16 juin 1648.]
Monsieur,
Je pense que nos bonnes sœurs de Beaune me croyaient encore à Paris, en m'envoyant vos lettres avec les nouvelles de la mort de notre très chère sœur Marguerite du Saint-Sacrement. Dieu enfin a achevé son œuvre en elle, et je crois que vous aurez grande consolation d'en apprendre les parikicularités. Je vous dirai seulement sur ce sujet le renouvellement que mon cœur porte depuis son nouvel établissement en Dieu, et la proximité plus grande que je ressens de son âme. Il me semble que j'ai gagné au lieu de perdre; et, en effet l'accomplissement des saints et des ordres de Dieu ne peuvent qu'augmenter en bénédiction. Je vous avoue que Notre-Seigneur me lie beaucoup à cette sainte âme, et que je ressens secours de me lier avec elle pour mes devoirs devant lui; mais je ne lui ai pas une petite obligation de vous avoir prié de me souffrir. Vous le ferez pour l'amour de Notre-Seigneur etd'eUe, et je serai vers vous dans tous les respects que je dois, au moins que mon infirmité me permettra de rendre, au règne de Dieu dedans vous. Je vous supplie de souffrir l'alliance de ce pécheur Et moi je
(1) Sur l'autographe qu'on ne reproduit qu'en partie.
(2) Cette vénérable servante de Dieu mourut le 26 mai 1648.
me dis de toute ma volonté votre très humble et très obéissant serviteur.
G. DE Renty.
A Citry, ce. 16 juin 1648.